‹ Traité théorique et pratique de la fabrication du fer et de l'acierChapitre 120 sur 189 · C) BANDAGES DES BOUES EMPLOYEES SUR LES CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

C) BANDAGES DES BOUES EMPLOYEES SUR LES CHEMINS DE FER

891. Métal à employer. — Pour ces bandages il faut un métal dur, compacte et uniforme ou homogène : dur, afin que les bandages résistent à l'usure, qui en est la principale cause de dépérissement; compacte, pour que les roues tournent plus facilement et avec moins de friction ; uniforme, pour l'usure régulière ; et le métal qui remplit toutes ces conditions au plus haut degré, à quelque prix qu'il revienne, n'est pas trop bon pour l'application dont il s'agit.

Le fer malléable, fût-il de qualité extra, manquerait de la dureté et de l'homogénéité nécessaires : les bandages en fer s'useraient vite et inégalement.

Le fer à fins grains et l'acier puddié ont une dureté qui ne dilîère pas seulement d'un morceau à l'autre, mais encore dans les diverses parties d'un même échantillon. De là résulte que chaque roue s'use inégalement sur les différents points de sa surface, perd sa forme arrondie et cesse de s'accoupler exactement avec l'autre roue du même essieu. La forme polygonale des bandages et l'inégalité des diamètres augmenteront les difficultés de la traction et nécessiteront de nombreux rajustages sur le tour.

L'acier fondu seul remplit la condition de l'uniformité, pourvu qu'il ait été coulé à la température convenable, mais il ne satisfait pas toujours aux conditions de compacité et de dureté. Ainsi, par exemple, le métal obtenu par la fusion de l'acier puddié de fonte au coke, soit seul, soit avec de la fonte au coke dite fonte à canons, donne des bandages de qualité très-inférieure comparativement à ceux qu'on obtient en se servant d'acier de fontes d'élite au charbon de bois et en faisant fondre cet acier seul ou avec des fontes au bois de qualité supérieure pour acier, ou encore avec des fers de la même nature.

Aujourd'hui les bandages se fabriquent généralement en métal Bessemer et il est à peu près certain que l'acier réputé fondu de Krupp, dont il sera question plus loin, n'était aussi que ce même métal en réalité. On emploie encore de l'acier puddlé et du fer à fins grains qui résistent mieux au choc que les autres aciers, mais peuvent manquer de dureté et d'homogénéité. A Seraing, on ne fabrique plus que des rails en acier Bessemer et le laminage s'effectue de préférence au laminoir vertical de Collier (g 862).

89i2. Fabrication. — Pour fabriquer ces bandages, on commence par façonner le métal en un anneau d'un poids et de dimensions convenables, puis on le lamine en bandage.

La manière de confectionner l'anneau dift'ère suivant la nature du métal qu'on emploie.

Si celui-ci est de l'acier fondu proprement dit ou de l'acier Bessemer, on peut adopter l'un ou l'autre des deux moyens suivants. Le premier consiste à couler directement dans une coquille un disque d'épaisseur et de diamètre convenables et pourvu d'un noyau en terre d'environ 10 pouces de diamètre. Après avoir retiré le noyau central, on agrandit de plus en plus le trou à l'aide d'un marteau-pilon de trois tonnes qu'on fait agir sur la surface convexe de l'anneau soutenu par une traverse de l'enclume. Cette opération s'appelle cornage.

Dans la deuxième méthode, à laquelle on donne aujourd'hui la préférence, on aplatit au marteau-pilon de quinze tonnes des lingots cylindriques, d'un pied de diamètre et portés à la température nécessaire, en disques d'un décimètre de hauteur, puis on les perce au centre ou picote à l'aide du marteau-pilon de quatre tonnes, dont l'enclume est à étampe et la tète munie d'un poinçoin en acier, que l'on remplace successivement par des poinçons de plus en plus grands, de manière à augmenter graduellement le diamètre intérieur des anneaux, pour pouvoir les corner ou marteler latéralement, dans le sens de l'axe, sous le marteau-pilon de trois tonnes, ce qui donne au trou un pied de diamètre pour les roues de waggons et 1,5 à 2 pieds pour les roues de locomotives. Enfin, on met les disques aux dimensions sous le marteaupilon de 15 tonnes, on les pèse et l'on abat ce qu'il y a de trop. Toutes ces opérations se font en une seule chaude pour les bandages de 180 à 300 k., et en deux chaudes pour ceux de 400 à 500 k., ceux-ci exigeant une chaude pour le refoulement au marteau de 15 tonnes et une pour picoter et corner. De même le laminage des premiers en bandages n'exige qu'une demi-chaude, tandis qu'il en faut deux pour les seconds, l'une pour dégrossir et l'autre pour finir.

Essayés à l'aide d'une presse hydraulique, les bandages ainsi préparés

652 SECTION IV. PROCÉDÉ BESSEMER

résisteraient à un effort à peu près triple de celui qui suffît pour rompre les bandages fabriqués d'anneaux coulés.

Si le métal est du fer à fins grains ou de l'acier puddlé, on l'enroule de la manière décrite aux |§ 859 et 860.

893. Main-d'œuvre pour la fabrication des bandages en acier Bessemer à l'usine de Seraing. — 1° Cinglage des lingots, picotage et cornage : aux deux fours, 6 ouvriers, et aux trois marteaux, 15, total 25.

S» Laminage : à un four 2 ouvriers et au laminoir 8, total 10 : soit en tout 31 ouvriers, payés à raison de 4fr. par 12 heures, ci fr. 124 ;

3° Nettoyage des rondelles cornées : une brigade de 4 hommes, à fr. 3,50, ci fr 14;

4° Burinage des bandages : une brigade de 8 hommes, à

fr. 3, ci fr. . . . • 24 ;

Somme fr. . .162

Et l'on fait en 12 heures 90 bandages de 200 k., en moyenne.

Lorsqu'on employait encore le fer à fins grains, on faisait quelquefois 114 bandages en 12 heures, parce que ce métal est plus facile à travailler que l'acier Bessemer.

894. Bandages en acier puddlé ou en fer à fins grains. — Pour fabriquer ces bandages d'après la méthode de MM. Petin etGaudet, on commence par laminer sous des cylindres ordinaires une barre plate, dans les dimensions correspondantes au bandage à produire.

Cette barre, au sortir du laminoir, c'est-à-dire encore à la température rouge brun au moins, est enroulée sur un cylindre vertical, un peu conique, placé à une faible distance du laminoir. On obtient ainsi une rondelle en forme de spirale, représentée par le croquis pl. 35, fig. 7, qu'on enlève du cylindre, ce que la forme un peu conique de ce dernier permet de faire sans difficulté, et qu'ensuite on refroidit à l'eau.

On réchauffe ensuite les anneaux au blanc soudant dans un four à réchauffer ordinaire et on les soude à l'aide du marteau-pilon de quinze tonnes qui leur donne en même temps une forme correspondante aux bandages à produire, avec leur bourrelet, mais d'une épaisseur beaucoup plus forte et n'ayant qu'un diamètre moitié moindre que celui qu'ils doivent avoir étant finis. A cet effet, l'enclume présente l'empreinte nécessaire au développement ultérieur des anneaux en bandages. Le travail sous le marteau se fait en deux chaudes.

Enfin on ramène une dernière fois les anneaux au four à réchauffer, et, dès qu'ils ont de nouveau atteint la chaleur blanche, on les porte au laminoir de Petin et Gaudet, où ils sont agrandis à l'aide de galets mobiles et transformés en bandages de la forme et des dimensions voulues.

ClIAP. m. TRAVAIL ET APPLICATIONS DES MÉTAUX BESSEMEl!. CS>

Pour les bandages cii fer à fins grains, on donne aux cylindres supérieurs du laminoir Pelin-Gaudet de Seraing trois pouces de plus en diamètre qu'il ne le faudrait en théorie, afin de perfectionner les soudures; pour le métal Besscmer, cette précaution est inutile.

Au sortir de ces laminoirs, on leur donne, au moyen d'une macliine à calibrer, la forme exacte qu'ils doivent avoir.

Cette forme acquise, on les plonge, pour les refroidir, dans un réservoir d'eau situé à proximité, puis on les retire, on les visiie et on les met en état d'être placés sur les roues en les parant, c'est-à-dire en faisant disparaître à la lime ou au ciseau les petites imperfections qu'ils peuvent encore présenter.

895. Rapports divers sur la durée des bandages. — 1) Il résulte d'un état comparatif publié par la Société du chemin de fer du Luxembourg, à Bruxelles, en 1862, que, toutes choses égales d'ailleurs, les bandages de roues motrices en fer à fins grains belge ont présenté une usure inégale d'au moins 4 mm. et ont dù être rafraîchis après un parcours de 18,640 kilomètres, tandis que l'usure des bandages en acier Krupp, d'ailleurs uniforme et sans méplats, a été un peu moindre et n'a pas encore nécessité de rafraîchissage après un parcours de 6S,774 kilomètres ; les bandages de roues motrices en acier fondu belge et en acier Krupp, ont présenté les premiers une usure d'environ 3 mm. après un parcours de 26,967 kilom., et les seconds une usure de 3 i/2 mm. après un parcours de 85,726 kilomètres.

2) Un relevé des bulletins publiés en 1862, par M. Pétiet, sur les bandages du chemin de fer du Nord (France) et par Laurent en 1861, sur ceux des chemins de fer de l'ouest de la Suisse, fait voir qu'en moyenne les bandages en acier Krupp n'exigent un rafraîchissage de leur surface de roulement qu'après un parcours de 55 à 61,000 kilomètres et que cette surface reste parfaitement ronde et sans méplats.

3) Rapport de l'inspecteur Strecker, à Vienne. — Le tableau suivant contient les résultats des observations faites dans la Haute-Silésie sur 220 bandages en acier Krupp pour waggons de voyageurs et de marchandises depuis 1854 jusqu'en juillet 1861, et une comparaison de ces bandages avec ceux en fer et en acier puddlé.

Ce tableau donne plusieurs indications exagérées, entre autres celles qui sont relatives au parcours des bandages.

DÉSIGNATION

«ODVEAC.

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