PARTIE MATÉRIELLE DE LA FORGE
Société paye à raison de 1 fr. 8Q à 2 fr. par jour. Le montage d'un marteau neuf se paye au maître à raison de 10 fr. Avec cette somme, le maître doit payer son deuxième et l'aide. Un manche de marteau neuf peut être mis en place en une journée de temps, lorsqu'il se trouve à proximité et chargé sur un chariot.
Le service du squeezer se fait par un maître et par un goujat qui composent une brigade. Le maître cingle. Le goujat enlève les crasses, arrose l'enclume et répond de la propreté autour du squeezer. Le maître reçoit 1 fr. par \ ,000 k. de fer ébauché. Son salaire peut s'élever à 4 fr. par jour. Le maître paye au goujat 1 fr. par jour.
La mâchoire et l'enclume du squeezer ont une durée qui varie entre un jour et six mois. C'est le maître monteur qui doit renouveler la mâchoire quand elle est usée. L'entretien de l'enclume incombe au cingleur seul et n'exige que de 10 à 15 minutes de travail. — Pour ce qui concerne la manière de cingler au squeezer et les avantages de cette machine, je renvoie à la description que j'en ai donnée plus haut 273 et 274).
290. Laminage, dressage, etc. — Quoique le train ébaucheur de Couillet se compose de trois équipages de cylindres, cependant il n'y a jamais que deux équipages qui fonctionnent simultanément. On pourrait, à la vérité, travailler à la fois aux trois équipages, mais alors il faudrait un plus grand nombre d'ouvriers, les arbres de communication seraient exposés à casser et il se produirait des chocs trop violents dans les engrenages de la machine.
Chacune des deux brigades d'ouvriers dont se compose le personnel du train à ébaucher comprend un maître, un deuxième, deux troisièmes, appelés rattrappeurs ou rappetisseurs, deux crocheteurs ou releveurs de pièces, deux traîneurs de loupes ou de pièces, trois dresseurs de barres et deux peseurs. Si l'on travaillait simultanément aux trois équipages, il faudrait employer un deuxième, un troisième, deux crocheteurs et un dresseur de plus.
Le maître et le deuxième, placés sur le devant, c'est-à-dire à l'entrée des cylindres, et armés de tenailles, engagent dans les cannelures les pièces cinglées que les traîneurs apportent^ avec des pinces. Les deux troisièmes et les crocheteurs se trouvent de l'autre côté du train. Les troisièmes ont des tenailles avec lesquelles ils saissisent les barres au sortir des cannelures. En même temps les crocheteurs, au moyen des aviots, soutiennent les barres, puis, quand elles sont dégagées, ils les soulèvent, ce qui permet aux troisièmes de les faire repasser, par dessus les cylindres, au maître et au deuxième, qui reprennent chacun la barre qui lui appartient pour l'engager dans une cannelure nouvelle, et cette manœuvre continue, jusqu'à ce que les barres soient achevées. Alors les
dresseurs traînent les barres sur la cour et les dressent, après quoi les peseurs en déterminent le poids.
Supposons qu'il faille fabriquer du fer plat de S pouces. Le maitre se trouve devant l'équipage du milieu et s'occupe du dégrossissage avec un troisième et un crocheteur, placés de l'autre côté de cet équipage. L'équipage de S pouces est desservi par le deuxième placé devant et par l'autre troisième et l'autre crocheteur placés derrière l'équipage. Les barres dégrossies au moyen de l'équipage du milieu passent à l'équipage de 5 pouces pour être finies. S'agit-il de faire du fer plat de 3 pouces, on n'emploie que l'équipage du milieu ; le maître avec un troisième et un crocheteur, travaillent au moyen des cannelures à dégrossir, tandis que le deuxième, un troisième et un crocheteur finissent le fer dégrossi par le maître, en se servant des cannelures à finir pratiquées dans l'équipage employé. Ordinairement le maître dégrossit et le deuxième finit. Quelquefois l'inverse a lieu. Mais lorsque le deuxième n'est pas à proximité, le maître habitué à dégrossir seulement, achève aussi les barres.
Lorsqu'il arrive plusieurs pièces cinglées à la fois, le maître dessert deux équipages, et les deux releveurs font respectivement les fonctions de troisième et de crocheteur.
Lorsque l'un des troisièmes est absent, l'un des crocheteurs le remplace, tandis qu'un des dresseurs de barres fait les fonctions de crocheteur.
Les traîneurs ont pour fonctions ordinaires de prendre avec des tenailles les pièces cinglées au marteau ou au squeezer et de les déposer près du maître pour être engagées entre les cylindres.
A Seraing, où il n'y a que deux équipages de cylindres au train ébaucheur, il suffit, pour dix fours, d'un ouvrier devant et de deux ouvriers derrière, les pièces étant relevées au dégrossisseur avec une grande tenaille, ce qui épargne l'emploi d'un crocheteur. Pour 18 fours il faut quatre ouvriers.
A Couillet, il faut trois dresseurs de barres, savoir : un pour l'équipage de 6 pouces, un pour l'équipage dégrossisseur et le troisième pour l'équipage de S pouces. Cependant les trois dresseurs peuvent aussi travailler à un même équipage, par exemple au dégrossisseur. Tandis que le premier dépose une barre sur la cour, le second en saisit une autre près du laminoir, et le troisième retourne pour prendre une barre nouvelle. Indépendamment des tenailles, les dresseurs ont des maillets de bois pour dresser les barres. Le dressage se fait sur une taque de fonte bien égale, appelée banc à redresser, qui se trouve sur la cour. Après le dressage, les barres sont mises par les dresseurs en piles dont
CHAP. II. DU PUDDLAGE POUR FER
chacune doit se composer d'une fournée et porter le numéro du four d'où elle provient.
Les peseurs reprennent ces piles une à une, les traînent à la balance, les pèsent sous les yeux du surveillant, et, après avoir inscrit le poids sur un tableau divisé en autant de colonnes qu'il y a de fours, et marqué soigneusement le poids de chaque pile dans la colonne du four où elle a été produite, ils transportent les barres sur des tas composés de fers des mêmes qualités et dimensions, sans distinction des fours d'où ils proviennent. A la fin de la tournée, le surveillant relève le tableau dans son calepin.
L'un des crocheteurs est chargé de graisser les tourillons des cylindres et les pignons. Ce graissage se fait deux ou trois fois par jour, savoir, à 6 heures du matin, dans la journée et à 6 heures du soir.
Les releveurs de pièces doivent balayer les taques qui se trouvent devant les cylindres, c'est-à-dire la place occupée par le maître lamineur et son deuxième. Les dresseurs sont responsables de la propreté des chemins qu'ils parcourent et des taques dont ils se servent. Enfin les peseurs maintiennent la propreté autour de leur balance et dans le bureau du surveillant.
Le maître lamineur, responsable de tout le travail, a sous ses ordres et paye tous les autres ouvriers du train ébaucheur proprement dit. Il reçoit 1 fr. 7S par 1 ,000 k. de fer ébauché. Quand il a payé tous les ouvriers, il peut lui rester un salaire journalier de 4 fr. SO. Le deuxième gagne 5 fr. par jour, les deux rattrapeurs chacun 2 fr., les crocheteurs, les releveurs de pièces, les dresseurs de barres, chacun l fr. SO, et les peseurs 2 fr. SO à 3 fr., suivant que le nombre des fours en activité est inférieur ou supérieur à 14.