PARTIE MATÉRIELLE DE LA FORGE
pantalon. Souvent, quand il fait chaud, les puddleurs ne portent que les souliers et le pantalon.
Comme le travail du puddlage est très-pénible, on ne voit guère de puddleurs d'un âge plus avancé que 43 ans. A cet âge, les ouvriers ne peuvent plus puddler que par intervalles et seulement après s'être reposés plusieurs jours. — Le maître puddleur travaille toujours avec plus d'énergie que son aide, ce qui le fait facilement reconnaître.
289. Le cinglage au marteau frontal. — Le marteau est servi par deux brigades d'ouvriers, l'une pour le jour et l'autre pour la nuit. Chaque brigade se compose de trois ouvriers, le maître, le deuxième et l'aide. Ceux-ci dépendent du maître et sont payés par lui. Le deuxième travaille lorsque le maître est fatigué, de sorte qu'il n'y a réellement que deux ouvriers au marteau. L'aide assiste constamment pour brider le marteau, c'est-à-dire pour placer et enlever le bonhomme, mais il peut être remplacé momentanément par le deuxième. Le maître ne fait que cingler. Le deuxième cingle aussi, quand il remplace le maître ; mais il est chargé en outre d'enlever les crasses du marteau et de les porter sur la cour. Dans ce travail il est assisté par l'aide. Le décrassage de l'enclume se fait après le cinglage de chaque loupe, au moyen d'un ringard pointu. ■ — Après le cinglage de quatre fournées, l'aide doit rafraîchir l'enclume au moyen d'un jet d'eau, puis balayer le pourtour du marteau.
Les balles étant terminées dans le four à puddler, on les retire successivement, en commençant par celles qui sont près du pont. L'aidepuddleur soulève la porte, après que le maître l'a décalée, puis celui-ci amène une balle près du seuil avec un crochet, la saisit avec une grande tenaille à mors recourbés, que l'on appelle écrevisse, la tire hors du four, la traîne au marteau et la place sur l'enclume, où elle est reprise par le marteleur. Dès que la balle est sortie du four, l'aide-puddleur laisse retomber la porte et amène une autre balle à proximité, de sorte que le puddleur, quand il revient, n'a que peu d'ouvrage à faire pour la retirer du four.
Le cinglage des balles destinées à être transformées en fer ébauché se fait au moyen de tenailles. La balle est placée sur la table à cingler. Après le premier coup de marteau, le marteleur la retourne, alors il la fait battre en ne la retournant qu'après plusieurs coups et il lui fait prendre la forme d'un prisme à base carrée. Après quoi il la place verticalement entre le manche du marteau et la deuxième enclume, afin de la refouler par bouts en laissant tomber dessus le marteau. La balle transformée ainsi en prisme quadrangulaire de O^OO à O",!! d'équar-
rissage, prend le nom de pièce et elle est passée de suite aux cylindres cbaucheurs.
La durée moyenne du cinglage d'une loupe au marteau est de 1 1/2 minute. Avec une bonne loupe de fer fort, cette durée n'est que d'une minute.
Le cinglage des balles destinées à la fabrication de la tôle se fait quelquefois d'une manière différente. On peut manœuvrer ces balles au moyen de barres de fer de 1™,30 à l^jSO de longueur appelées crosses, queues ou gouvers. Ces barres sont chauffées par un bout au blanc soudant dans le four à puddler. A cet effet, au moment où le puddleur fait ses balles, l'aide introduit les gouvers dans le foyer, soit par le tisard, soit par des ouvertures pratiquées autour de ce canal, et quand le maître traîne les balles au marteau, l'aide le suit avec un gouver que l'on soude à la balle dès le premier coup de marteau. Le marteleur se sert ensuite du gouver pour retourner la balle, et la présenter dans tous les sens au choc du marteau.
Les balles sont d'abord battues entre les pannes à cingler, puis aplaties entre les pannes dites pannes à parer. Par ce moyen on leur donne la forme de parallélipipèdes rectangles appelés brammes. Celles-ci sont refoulées par bout en les plaçant verticalement entre la chabotte et l'oreille de la tête du manche. Quand elles sont prêtes, l'aide marteleur place un couteau ou hacheron sur le gouver, pour le couper à l'aide du marteau, puis on les laisse refroidir.
Le maître reçoit 1 fr. 50 par 1,000 k. de fer ébauché. Sa journée sur le livre est de 5 fr., c'est-à-dire qu'il gagne au moins 5 fr. par jour, lorsqu'il ne travaille pas à l'entreprise. Mais ordinairement son salaire est plus élevé et il peut gagner jusqu'à 10 fr. en un jour. Le deuxième marteleur reçoit 4 fr. par jour et l'aide de 2 à 2 fr. SO.
Les scories que le marteau fait jaillir des balles peuvent facilement atteindre et blesser les ouvriers cingleurs, ainsi que les puddleurs qui portent les balles sous le marteau. Les cingleurs portent des bottes en tôle sur celles en cuir, un tablier en cuir de cheval, une visière-masque en toile métallique et des espèces de gantelets en toile grossière. Cet équipement ne les garantit pas toujours. Mais les brûlures ne sont pas les seuls accidents auxquels les marteleurs sont exposés.
Le manche du marteau peut se casser au bout de 8 jours et quelquefois au bout de plusieurs années seulement. La table de l'enclume et la panne du marteau ont une durée de trois semaines à un mois. Elles se creusent et doivent être renouvelées après ce temps. Lorsque le marteau vient à se casser, les trois ouvriers du marteau doivent le remplacer par un marteau neuf. Ils sont alors assistés par 4 à 5 manœuvres que la
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