PIL LAMINÉ OU FER A GUIDES
570. Systèmes de fabrication. — Parmi les divers systèmes de fabrication que l'on a imaginés, nous n'étudierons que ceux qui se trouvent actuellement adoptés. Le premier de ceux-ci parait être d'origine française, car il a été décrit pour la première fois par MM. Flachat, Barrault et Pétiet, dans leur traité de la Métallurgie du fer. Il fut appliqué avec succès en Belgique, entr'autres chez Lassence et C'"= à Liège, chez MM. Schumakers, à Charlcroi, chez M. Debavay, à Bruxelles, etc.,' et vers l'année 1852, il se répandit dans les provinces Rhénanes, en Westplialie, et dans beaucoup d'autres localités. Des perfectionnements importants ont été réalisés dans cette fabrication par M. Parmentier, à la Croycre, en Belgique, par William Brown, en Angleterre, et par Jos. Booth, également en Angleterre, (Ding., t. 197, p. 9).
571. Système français. — Le train, fig. l, pl. 20, se compose de cinq équipages à cylindres et d'un équipage à pignons. Le premier équipage à cylindres est un trio. Les autres équipages à cylindres sont des duos, et les cylindres y sont alternativement disposés dans le bas et dans le haut des cages, afin d'en changer le mouvement de rotation. Par cet arrangement, le fer qui sort d'une cage rentre immédiatement dans sa voisine, dont l'entrée se trouve être placée du môme côté que la sortie de la première ; il a été adopté pour éviter l'emploi de trois cylindres dans les cages où le fer est déjà très-allongé, disposition qui réclamerait trop d'adresse et de célérité de la part des ouvriers. Ce mode de laminage offre le fer engagé dans trois cannelures à la fois. A cette fin et pour ne pas exposer l'ouvrier à avoir les jambes saisies par le fer rouge, on fixe solidement dans le sol des barres de fer d'environ 1,5 pouce de diamètre, du côté de la sortie, à environ cinq pieds de la cage. On fait passer derrière ce rond le bout de la barre avant de l'introduire dans la cage suivante.
CHAP. II. FERS MAUCIIANDS
La disposition pour introduire et guider le fer dans chaque cannelure consiste en un bec de deux pièces qui, lorsqu'elles sont placées l'une sur l'autre, offrent une cavité centrale de la forme de la barre à laminer et deux saillies ou oreilles au moyen desquelles elles sont maintenues dans une boite en fer (§ S52).
Les cages sont à chapeaux et non à colonnes.
Les cannelures, alternativement ovales et carrées, à l'exception de la dernière qui est ronde, sont tournées doubles et les petites répétées plusieurs fois, parce qu'elles s'usent rapidement. Il est par conséquent nécessaire que les cylindres soient en métal dur. Les dégrossisseurs se coulent en demi-coquille, les cylindres suivants en coquille et les finisseurs en acier.
On emploie du fer fort à fins grains, de première qualité, facile à travailler à chaud pour le laminage, doux et tenace à froid pour l'étirage à la filière. Les loupes puddlées sont battues au marteau-pilon en massiaux ou pièces d'environ S pouces de côté et laminées immédiatement après en barres carrées de 1 ,S à 2 pouces de côté, suivant l'épaisseur du fil à produire. On découpe les ébauchés carrés en morceaux (massets, billettes, ragotins) d'environ 2, S pieds de long que l'on réchauffe au blanc soudant dans un four à réchauffer ordinaire pour les laminer en une chaude en fil.
Comme exemple des cannelures ovales, dont on se sert alternativement avec des cannelures carrées pour la fabrication du fil laminé de 2,8 lignes (mesure de Vienne) de diamètre, nous rapportons, d'après Knut Styffe, pl. 19, fig. 5, les cannelures en grandeur d'exécution employées dans une usine de la Carinthie.
Le masset réchauffé au degré voulu passe d'abord 8 ou 9 fois par le trio dégrossisscur avec des cannelures ovales et carrées, après quoi et avant sa sortie complète de la dernière cannelure, il entre dans la cannelure \ d'un duo avec des cannelures étirantes carrées, puis dans la cannelure 2 d'un duo avec des cannelures ovales animé d'un mouvement en sens contraire du premier duo ; de là successivement dans la cannelure carrée 3 du premier duo, dans la cannelure ovale 4 du 2""° duo, dans la cannelure carrée 5 du premier duo, et ainsi de suite pour les cannelures 6 et 7. Le fil est déjà assez long pour se trouver le plus souvent dans 2 et même momentanément dans 3 cannelures à la fois. La cannelure ovale 8 et la cannelure finisseuse ronde 9 se trouvent dans des équipages particuliers, afin qu'on puisse régler la position des cylindres et que le fer prenne exactement la forme circulaire sans acquérir de barbe. Le fil achevé a une longueur de 120 à 150 pieds. Le nombre total de cannelures que la
410 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, CORUOYAGE ET FINISSAGE.
pièce doit traverser est de 18, et ces passages ont lieu en une minute de temps à peu près.
Les cylindres du premier équipage ont environ 9 pouces de diamètre et 36 à 40 pouces de table. Les cylindres qui portent les cannelures 8 et 9 ont environ 7 1/2 pouces de diamètre et 7 pouces de table. Tous les cylindres font 2S0 tours par minute, mais aujourd'hui on porte celte vitesse de 400 à .'jOO tours dans les laminoirs de 6 à 7 1/2 pouces de diamètre au moyen desquels on fabrique des fils de 2 lignes d'épaisseur (mesures de Vienne) ; mais cette vitesse exige l'emploi d'un personnel adroit et, pour les cannelures encore plates, un rapport de décroissance ou un tirage des cannelures plus considérable que celui qui a été indiqué.
Les cannelures carrées servant à l'étirage, on devrait les construire à proprement parler sous un angle de 110», mais comme elles alternent avec des cannelures ovales qui aplatissent considérablement la barre, un angle de 92 1/2 ou même de 90° suffit.
Pour faire fonctionner un laminoir de ce genre, on se sert de la vapeur, l'eau ne procurant ni la force, ni la vitesse nécessaires. Les machines exigent un développement de force de SO à 60 chevaux.
Les fers de petites longueurs se livrent au commerce en bottes comme tous les petits fers ronds ; mais les fils de fer de 4 à 7""" que l'on fabrique sur de grandes longueurs sont enroulés sur des bobines au sortir du laminoir et livrés en bottes circulaires de différents poids, selon qu'elles sont destinées aux tréfileries ou au commerce.
Une bobine se compose d'un plateau où sont fixées en porte à faux des barres et qu'un ouvrier fait tourner à l'aide d'une manivelle.
Le train se compose, comme il a été dit, de cinq équipages de cylindres dont le premier constitue le dégrossisseur, parce qu'il sert à dégrossir le fer; les deux équipages suivants, l'un à cannelures ovales et l'autre à cannelures carrées, forment le serpenteur ; enfin les deux derniers équipages, respectivement à cannelures ovales et à cannelures rondes, s'appellent le finisseur.
De chaque côté du train, il y a trois lamineurs et trois crocheteurs. Les lamineurs sont armés de tenailles et les crocheteurs d'un crochet de l'",80 de longueur. Deux lamineurs travaillent constamment au dégrossisseur. Le service du train serpenteur se fait par un lamineur et deux crocheteurs de chaque côté, et celui du finisseur par un lamineur et un crocheteur devant, un lamineur et un crochcteur derrière. Le lamineur placé devant le finisseur est le chef du train.
Enfin il y a trois jeunes ouvriers à la bobine, un qui apporte le fil, un qui l'enroule et le troisième qui tire le fer enroulé, ce qu'on appelle tirer la bobine.
CIIAP. II. FEUS MARCHANDS
Dans l'intervalle des charges au four à réchauffer, les crocheteurs transportent le fer provenant du laminoir à la décaperie et les ragotins à charger dans le four. Ordinairement l'usine affine elle-même une partie au moins des fontes dont elle consomme le fer. S'il n'y a qu'un four à puddler, les cinq lamineurs travaillent à tour de rôle au train ébaucheur. On compte que les ouvriers doivent pouvoir se reposer pendant la moitié de leur temps, le travail étant très-fatiguant.
Tous les ouvriers travaillent à pièce ou aux 1000 k. de petit rond réussi ; il y a toujours 2 ou 3 pour 100 de rebuts. Le maître lamineur touche 1 fr. 90, par 1000 k., chacun des autres lamineurs 1 fr. 70, chacun des crocheteurs 0 fr. 24 et chacun des bobineurs 0,S3; ce qui, pour une fabrication de 3000 k., porte les journées de ces ouvriers respectivement à fr. S; 4,30; 0,72 et l,bO. On devrait fabriquer et l'on fabrique effectivement 5000 k. au lieu de 3000, en ne travaillant que de jour, comme on le fait.
572. Système de M. W. Brown Q) pour le laminage accéléré des fers de petit échantillon, tels que les feuillards, les spatés, les fers d'angle, les bandelettes, etc. — Dans ce système on emploie deux trains de laminoirs, dont l'un est à trois cylindres et l'autre à deux. Ils sont parallèles et à une petite distance l'un de l'autre. On donne aux deux trains des vitesses différentes : à cet effet, la roue motrice les commande au moyen d'engrenages inégaux, ou bien les cylindres en ont des diamètres différents.
A chaque train il y a deux équipages de cylindres placés sur la même ligne et servant l'un pour dégrossir et l'autre pour finir. L'un et l'autre équipage peuvent être munis d'espatards, dont il y a au moins deux paires, ce qui est nécessité par la division des barres avant le laminage complet.
Les fig. 6 et 7, pl. 19, représentent, à l'échelle de i/e pouce anglais par pied, une élévation et un plan des équipages dégrossisseurs. Fig. 8 et 9, coupes transversales. A, train à deux cylindres. B, train accéléré à trois cylindres. 6% manchons et tiges d'accouplement. Les dégrossisseurs B ont des cannelures plates et des cannelures ogives. Les dégrossisseurs A n'ont que des cannelures plates, mais on peut aussi les rendre semblables aux dégrossisseurs B. Les cylindres dd portent un collet d^ sur l'un des côtés de chaque cannelure pour empêcher la formation de bavures, ou les cylindres supérieur et inférieur ont deux collets, l'un à droite et l'autre à gauche de la cannelure.
(') A. D. 1867. 12th September. N» 2388. — Spécification of William Brown. Rolling iron and Steel Bars. — London, elc.
412 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, COUROYAGE ET FINNISSAGE.
S75. Manière d'opérer. — Si l'on doit laminer un fort ébauché ou une grosse billette, on passe d'abord dans la cannelure e du train accéléré B, puis dans la cannelure correspondante du train lent A, de sorte que le parcours oblique s'opère au-dessus du cylindre supérieur de ce dernier; enfin la barre revient au lamineur à travers la cannelure opposée du train B, et cette manœuvre, qui s'exécute avec la plus grande régularité, est continuée jusqu'à ce que la barre ait les dimensions voulues. Voir fig. 8. Des supports plats, non représentés sur la fig. 8, guident la barre entre les deux trains.
Pour le laminage d'une mince billette, on passe d'abord dans le train A et ensuite dans le train B, comme l'indique la fig. 9, puis elle revient par le train A.
Ces moyens donnent des barres plates, que l'on passe dans les cannelures ogivales des dégrossisseurs, afin de rabattre les angles et d'empêcher, dans le laminage subséquent, la formation de bavures. La fig. 8 montre une barre passant par les cannelures plates des cylindres lents et par les cannelures ogivales des cylindres à mouvement accéléré.
Après que la barre a passé dans les cannelures ogivales des dégrossisseurs, on la découpe à la longueur voulue et chaque morceau est laminé aux finisseurs, en commençant par les cannelures du train A ; il revient par les cylindres supérieurs de B; enfin, on le passe dans les espatards du même train B.
On peut aussi diviser la barre après son passage dans les cannelures finisseuses, mais avant le polissage aux espatards de B, au moyen de cisailles disposées convenablement. On conçoit que l'une et l'autre marche donnent assez de morceaux pour justifier l'emploi de plusieurs espatards.
Au laminoir de Brown on produit par 24 heures 26 tonnes de feuillards de 1/2 mm. d'épaisseur, tandis que les trains anciens ne comportent qu'une fabrication de 4 tonnes de 1 mm. pendant ce temps. Cette grande production tient : 1» à l'emploi de deux fours au lieu d'un, 2° au fer ébauché dont on fait usage et qui se lamine plus vite que le fer corroyé, 3° à l'accélération du laminage et 4° à la grande longeur des barres.
S74. Petit laminoir de l'usine Parmentier à la Croyère lez-Manage. — Le croquis, pl. 19, fig. 10, peut donner une idée de ce laminoir remarquable, qui se trouve également moulé à Louvroil près Maubeuge (Société de l'Espérance Victor Dumont et O"). p, petit train marchand ; g, gros train marchand ; d, dégrossisseur pour les deux trains ; c, machine pour deux cisailles.
CIIAP. II. FEUS MARCHANDS
B75. Système de Joseph Booth. — Dans ce système, il y a deux paires de cylindres placées, sous une certaine inclinaison, vis-à-vis l'une de l'autre et soutenues au moyen d'une cage commune, de telle manière que la pièce à laminer, en sortant d'une paire de cylindres, puisse passer sous l'autre paire ; après quoi on la saisit avec une tenaille et, sans qu'elle touche le sol, on la ramène dans une cannelure; de cette manière le fer traverse à la même chaude les diverses cannelures pour acquérir le diamètre voulu. Les fig. 2 et 3, pl. 20, montrent cette disposition ainsi que le chemin fait par la pièce à laminer dans cet appareil. (Voir Engineer, mai 1870, p. 276, ADing., t. 197, p. 9).
2» piL d'auciial.
576. Tréfîleries de la Belgique. — On donne le nom de tréfderîes aux étahlissements dans lesquels le fer est réduit en fils plus ou moins minces par l'étirage à froid au moyen de la filière. — Il y a en Belgique au moins sept tréfilerics, savoir à Couvin, à Chameleu, à Florenville, à Verviers, deux à Liège, savoir celle de M. Orban et celle de M. Lassence, une à Tournay, celle de M. Lefèvre, et une à Bruxelles. La tréfilerie de Couvin est une des plus belles de l'Europe. Les produits qu'elle fournit sont irès-estimés dans le commerce à cause de leur bonne qualité. Dans la tréfilerie de Verviers, qui appartient à M. Laoureux, on se borne à amincir les fils provenant de l'usine de Couvin pour les rendre propres à la carderie.
577. Fers propres à la tréfilerie. — La matière première employée dans les tréfilerics est le fer réduit, au moyen d'un petit train de laminoir, en ronds de 4 à 10""»- de diamètre. Le petit train de Couvin, en tout semblable à celui dont j'ai donné la description au § 571, fournit facilement des ronds de 160 pieds de longueur sur 3 à /t."""- de diamètre. Dans les tréfilerics, il est utile d'employer des ronds de cette longueur, surtout lorsque le fil qu'on fabrique est destiné à la confection de câbles ; mais en filant à d'aussi grandes longueurs au petit train, il est bon d'avoir un moteur plus puissant que celui qui a été indiqué au § 192. La force théorique de la chute d'eau qui dessert le petit train de Couvin est de 40 chevaux. Le fer destiné à la tréfilerie doit être facile à travailler à chaud, afin de se prêter à un amincissement suffisant par l'action du laminoir ; fort et doux à froid, afin de subir sans difliculté la compression dans la filière ; plutôt dur que mou, à cause de la texture nerveuse qu'il prend par le travail : le fer trop mou est sujet à des solutions de continuité (crevasses) dans le sens de la longueur, par suite de la séparation des fibres produites par l'étirage. En général, on n'emploie que des fers provenant de bonnes fontes au bois, et les
414 SECTION III. UÉCHAUFFAGE, CORROYAGE EE FINISSAGE.
meilleures qualités de fil se fabriquent toujours avec des fontes affinées au combustible végétal. A Bruxelles, on n'emploie que des fers puddlés d'un mélange à proportions variables de fonte au bois et de fonte au coke. Le fer puddlé peut être filé sans difficulté en numéros ordinaires, inférieurs au n° 24. de la jauge anglaise (Voir plus loin), mais les fils qu'il donne sont plus durs, plus roides et moins souples que ceux du fer affiné dans les feux. Le fer puddlé s'emploie de préférence pour pointes de Paris, à cause de sa dureté et de l'infériorité de son prix.
378. Jauges. — On appelle jauge un disque ou une plaque d'acier sur le pourtour de laquelle on a fait des entailles rectangulaires qui sont désignées par des numéros : un fil de fer appartient à un numéro quand il peut entrer dans l'entaille qui lui correspond. Cette mesure ne détermine pas exactement le diamètre des fils, parce qu'il suffit qu'un fil entre dans une entaille, et npn dans celle qui est immédiatement plus petite, pour appartenir au numéro correspondant à la première.
On distingue dans le commerce trois jauges, appelées improprement filières, comme les plaques employées pour la fabrication du fil ; ce sont les jauges anglaise, française et allemande. La jauge anglaise contient 27 numéros, dont le plus bas ou le zéro correspond au diamètre de S"""", et dont le plus élevé ou le n» 26 a la grosseur d'un crin ou environ 0™-,0005 de diamètre. Le n» 1 de cette jauge a 0'",007 de diamètre et le n»2, 0-",0065.
Dans la filière française, les n"' et les diamètres des fils vont en croissant depuis le n° 0, appelé passe-perle et désigné par la lettre P, jusqu'au n» 24 ; pour les fils inférieurs au passe-perle, la jauge contient des n°^ qui croissent depuis le n° 8 jusqu'au n° 50, mais correspondent à des diamètres décroissants. Le n° 24 français au-dessus du passe-perle égale le n° 2 anglais, et le n" 1 français aussi au-dessus du passe-perle égale le n° 22 anglais. Le n» 30 au-dessous du passe-perle correspond au fil le plus mince que l'on puisse obtenir avec le meilleur fer et qui s'emploie pour cordes de pianos, fines toiles métalliques, etc.
Dans la filière allemande, on distingue principalement deux séries de n»' appelées Band et Holl. La série Band comprend dix no' désignés respectivement par 12, K, F, K, S, F, G, M, F, K, et correspondant à des diamètres décroissants. Dans la série Holl les n"^ croissent depuis 1 jusqu'à 6, mais correspondent à des diamètres décroissants. Le 6 Band égale le n" 21 anglais et le 2 Holl le n» 2S anglais.
La jauge, que je vais décrire et qui a été inventée par un Anglais nommé Aitkin, remplirait mieux que les jauges ordinaires les conditions d'exactitude et de simplicité auxquelles ces instruments doivent satisfaire. Cependant elle n'est pas encore usitée. Voici en quoi elle consiste :
CIIAP. II. FERS MARCHANDS
on prend deux règles bien droites, d'une longueur suffisante, on les met en contact par l'une de leurs extrémités, et, après les avoir fixées d'une manière invariable, sous un angle très-aigu, on cherche les points où une sphère de 0,30 pouce anglais introduite entre les deux branches de cette fourche, toucherait à la fois ces dernières. Cela posé, que l'on divise en SO parties égales, convenablement numérotées, les droites comprises entre le point où les règles se rencontrent, et ceux où elles touchent la sphère, les divisions indiqueront le diamètre des fils en centièmes de pouce anglais. Si l'écartement, au lieu d'être de 0,S0 pouce, est de 0,05, les divisions donneront des millièmes.
D'après une notice de F. L. Pope (Ding., t. 192, p. 28), non-seulementces diverses jauges ne donneraient pas des indications concordantes, mais une jauge réputée la même, par exemple, celle qui porte le nom de jauge de Birmingham, pourrait .aussi présenter des différences nombreuses et considérables avec le môme fil.
S79. Filières. — On appelle filière une plaque d'acier percée d'une suite de trous placés en échiquier et dont les diamètres vont en décroissant. Les trous de la filière sont coniques, et l'on fait entrer le fil par le grand côté du cône. Pour que le trou de sortie conserve sa rondeur, de laquelle dépend la forme du fil, il est nécessaire que la plaque d'acier employée pour filière soit très-dure. L'angle du cône doit être très-aigu afin que la compression du métal et sa réduction au diamètre voulu soient mieux ménagées. Il faut que les diamètres des trous ne décroissent pas trop rapidement. — On perce la filière à chaud avec des poinçons coniques, dont chacun peut servir pour 4 à S trous de diamètres différents.
Les filières employées pour les fins n»% à partir du n° IS de la jauge anglaise, se font seulement en acier fondu ; pour les autres fils on se sert d'une plaque d'acier sauvage soudée à une plaque de fer. Voici la manière dont on confectionne ces filières pour gros n"'' : on prend une bande de fer plat de 2 à 5 pieds de long, de quelques pouces de large et d'environ 3/4 pouce d'épaisseur, percée de trous et ayant ses bords relevés de manière à former une boîte dont la hauteur totale est d'environ un pouce. On remplit la boîte de morceaux d'acier sauvage saupoudrés de borax, et on la chauffe dans une forge maréchale voûtée, de façon que la plus forte action du feu s'exerce sur l'acier. Avant que celui-ci soit devenu pâteux, on retire la boîte pour égaliser son contenu à petits coups de marteau; puis on la reporte au feu, et quand sa température est arrivée au degré convenable (le rouge clair), on la sort de nouveau et on la forge pour souder les morceaux d'acier tant entre eux qu'avec le fer. Dans cette opération, qui ne peut être confiée qu'à des ouvriers
41G SECTION m. RÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.
adroits et exercés, les trous percés dans la plaque de fer ne sont guère déformés, et la filière achevée conserve l'épaisseur d'environ un pouce que la boîte avait avant le forgeage. — Les filières en acier fondu pour fins n°^ ont tout au plus un demi-pouce d'épaisseur.
Pour conduire du n" 0 au n° 23 de la jauge anglaise, on peut avoir quatre lilières, dont la première va de n° 0 à n° 8, la deuxième de n» 8à n" 14, la troisième de n" 14 à n° 20 et la dernière de n° 20 à n» 23.
580. Tambours, bobines et dévidoirs. — Comme la longueur du fil s'accroit par le passage dans la filière, on l'enroule sur des cylindres auxquels on donne le mouvement de rotation qui produit la traction au moyen de roues d'engrenage. Pour les fils inférieurs au n° 15 de la filière anglaise, on emploie un tambour horizontal; les autres fils s'enroulent autour de bobines verticales en forme de cônes très-aigus. Chaque bobine est assujettie à un axe qui traverse la table de travail et qui donne le mouvement.
Quand une botte de fil est faite, on la jette sur un dévidoir de forme conique pour renouveler le passage dans la filière. Le dévidoir est placé en avant de la filière sur la table de travail.
581. Tenailles articulées. — Pour attirer le fil appointé du trou de la filière sur le tambour ou sur la bobine, on emploie des tenailles qui s'ouvrent d'elles-mêmes lorsqu'elles avancent vers la filière, et qui, en se retirant, prennent et serrent fortement le fil qu'elles doivent filer. La bobine (ou le tambour) est entaillée pour recevoir la tenaille, qui, après avoir saisi le fil, recule, puis, quand la bobine a fait un quart de tour, s'applique dans l'entaille de cette dernière ; après quoi l'enroulement commence.
582. Recuit. — Après qu'on a fait passer le fil par une série de trous, il est écroui et moins ductile ; on le recuit au rouge brun pour le ramener à son état primitif.
Généralement, le recuit du fil entre les diverses opérations d'étirage à la filière s'opère dans des chaudières en fonte munies de couvercles et chauffées dans des fours de la forme représentée fig. 17 et 18, pl. 20. a, foyer; b, voûte sur laquelle la chaudière repose et qui présente six ouvertures o, c, pour l'ascension de la flamme ; d, chaudière remplie de fil, et e, couvercle en fonte du four. Dans la construction indiquée fig. 17, la fumée sort par un tuyau qui traverse le couvercle du four, et dans celle représentée /?</. 18, par six canaux f, situés immédiatement en-dessous du couvercle du four et conduisant à un canal commun. Les interstices entre les fils dans la marmite doivent être remplis avec de la poussière de charbon. Il peut y avoir, par exemple, quatre ou six de ces fours : ils sont disposés sur un arc de cercle dont le centre est
CIIAP. II. FERS MAUCHANDS. 417
occupé par une grue. Le combustible employé est la houille. Chaque chaude dure 6 heures, après quoi on laisse refroidir la chaudière pendant 7 heures dans le four et pendant 3 autres heures hors de ce dernier.
A Bruxelles, on emploie de grandes chaudières en tôle forte de Q"',0\ , de 1"',30 de hauteur sur 0",8 de diamètre ; elles sont munies d'un couvercle en fer et sont chauffées par le fond sur un fourneau à réverbère qui en reçoit trois. On ne met pas de poussier de charbon.
Le nombre de recuits que Ton fait subir au fil, dépend de la nature plus ou moins ductile du fer et du diamètre auquel le fil est parvenu. Les gros numéros exigent des recuits beaucoup plus fréquents que les autres. On recuit toujours le fil avant de l'engager dans le premier trou de la filière, pour obtenir le n" 0 anglais.
583. Décapage. — Le recuit donne toujours lieu à la formation d'une couche d'oxyde plus ou moins épaisse, dont on doit débarrasser le fil par le décapage. S'il y avait une trop forte oxydation à la surface du fil, l'oxyde, en se détachant pendant le tirage, corroderait la filière et changerait la forme des trous, ou bien, dans le cas où la filière offrirait assez de résistance pour ne pas se laisser attaquer, l'oxyde interposé entre le fil et le trou produirait des raies ou des stries nuisibles à l'apparence et à la qualité du fil. Le décapage se fait au moyen de l'acide sulfurique , étendu ordinairement d'environ 240 fois son volume d'eau, et on recueille le sulfate de fer formé par l'évaporalion de la liqueur. Les anneaux de fil, suspendus à un bras animé d'un mouvement violent de va-et-vient dans un plan vertical, sont lavés et secoués de la manière connue au milieu d'un courant d'eau, puis plongés dans un lait de chaux et désséchés. Pour les gros fils, les filières sont toujours enduites d'huile, mais pour les fils fins ou pour ceux dont la surface doit être brillante, les rouleaux desquels on déroule le fil, se trouvent placés dans de petits tonneaux contenant de la levure de bière acide, qui donne au fil une belle surface blanche. Pour tous les gros fils, les filières (Ziehscheiben, Zieheisen) sont formées (Vacier sauvage avec du fer d'un côté, comme cela s'observe toujours dans l'application de cet acier. Les filières pour les fils fins sont en acier fondu. Il faut employer un acide plus fort pour les fils recuits à feu nu que pour ceux qui ont été chauffés en vase clos. Après le décapage, on laisse les fils s'égouttcr pendant quelques heures, puis on les repasse à la filière. En place de l'acide sulfurique, on peut, par économie, employer des résidus aigris de la fabrication de la bière, pour décaper les gros fils. On ne décape pas après chaque recuit, surtout pour gros numéros.
418 SECTION III. nÉCIIAUFFAGE, CORUOYAGE ET FIiNlSS.VGE.
S84. Graissage. — Alin de diminuer le frottement qui a lieu pendant la traction, on graisse le fil avec du suif ou du lard, ou bien le trou avec de l'huile ; mais 11 est préférable d'appliquer à la filière une pelote de graisse (suif et onguent noir), à travers laquelle passe le fer qu'il s'agit de filer; par ce moyen on refroidit l'ouverture conique, en même temps qu'on facilite le passage du fil.
S88. Conditions d'une bonne traction et force consommée. — Nonseulement tout obstacle dans la filière doit être écarté, mais il faut en outre que le mouvement soit uniforme, que l'on évite les secousses et que la vitesse du tirage soit réglée d'après la nature du fer, d'après la destination du fil et d'après le diamètre acquis par ce dernier. Les fers puddlés, qui s'oxydent et se rompent facilement, exigent une vitesse moindre que les fers affinés au charbon de bois. La fabrication des fils pour ressorts nécessite une plus grande vitesse de traction que celle des fils pour câbles de houillères et de marine. Un fil mince qui a déjà passé plusieurs fois à la filière et qui a pris par ce moyen une texture propre à l'extension en longueur, peut recevoir une plus grande vitesse que celui qui passe aux premières filières, et il est avantageux de la lui donner, ne fût-ce que pour accélérer le travail.
ACouvin, on fait fonctionner huit bobines et tambours au moyen de deux chutes d'eau d'une force théorique d'environ 18 chevaux.
886. Fil télégraphique. — Une grande partie du fil est employée pour fil télégraphique. Le fil télégraphique employé en Prusse n'est pas zingué, mais seulement vernissé par l'immersion à l'état chaud dans de l'huile bouillante, opération qui n'augmente que de 62, S centimes le prix par quintal du Zollverein, tandis que le zinguage augmente ce prix de 3 fr. Selon la prescription, le fil télégraphique prussien de 2,4S à 2,SS lignes (mesure prussienne) de diamètre, fil qui est fourni en anneaux de 50 à 3S livres de Prusse, doit pouvoir résister à une charge de 1980 livres et, fixé par un de ses bouts dans un étau, il doit pouvoir, sans se rompre au point fixé, supporter à 3 pouces de distance, 20 flexions à angle droit. Ce n'est que pour de petites lignes qu'en Prusse on emploie du fil zingué, que l'on essaie en le plongeant quatre fois dans une solution de 1 partie de vitriol de cuivre dans 12 parties d'eau et l'y laissant chaque fois séjourner pendant une minute : par ce moyen le fil ne doit se cuivrer en aucun point de sa surface.
L'administration des télégraphes anglais, qui tire beaucoup de fil télégraphique de Hamm, exige que ce fil du n" S de la jauge anglaise correspondant à 2,8 lignes viennoises de diamètre, porte IdiO livres anglaises et que, sur une longueur de six pouces anglais, on puisse le
CHAI* II. — FEUS MARCHANDS
faire tourner 15 fois sur son axe sans qu'il se rompe. Cette dernière épreuve basée sur l'extensibilité (Dehnbariteit), ofli-e naturellement plus de garantie que l'épreuve prussienne par la flexion (").
c) TBAIN FENDEUR.
S87. Composition d'un train à fendre. — Lorsqu'on veut fabriquer avec économie des fers carrés ou plats dont les formes n'ont pas besoin d'une entière perfection, on se sert de macbines appelées fenderies ou découpoirs. L'usine ou la partie d'usine dans laquelle ces machines sont employées s'appelle aussi fenderie. — L'invention des fenderies a précédé d'un demi-siècle celle des laminoirs : il paraît qu'elle a été faite en Lorraine, vers le milieu du xvii"' siècle.
Un train à fendre se compose de deux équipages, dont l'un, appelé espatard, sert de dégrossisseur et dont l'autre est le découpoir proprement dit ou le finisseur. L'espatard peut être tout simplement un équipage à cylindres unis, mais beaucoup moins longs que ceux du train à tôle. Alors les languettes que l'on veut découper doivent avoir à peu près la largeur et l'épaisseur nécessaires pour la fente en arrivant au train ; mais très-souvent le dégrossisseur est un équipage ordinaire à fer plat marchand, muni d'une large cannelure, qui fait fonction d'espatard (Voir pl. 18, fig. 3). Dans ce cas le fer brut s'emploie à l'état de paquets que l'on réduit au train h fendre aux dimensions voulues et que l'on découpe ensuite en tringles. Dans tous les cas le fer, en passant au découpoir, doit avoir une épaisseur égale à celle des verges qu'on veut obtenir et une largeur qui ne soit pas supérieure à celle de la partie travaillante du découpoir.
Il est utile de passer les plats dans une spaterie dure avant de les fendre.
On associe ordinairement le train fendeur à un gros train marchand, parce qu'il exige beaucoup de force et la même vitesse que ce dernier. On n'a fait qu'un seul changement avantageux et essentiel dans la
(•) Le prix auquel les usines de Ilamm vendent à Paris le fil laminé oscille entre 30 et 40 fr. les 100 k. Le fil télegrapliiiiue zingué se vend à Ilamni à raison de IG fr. 23 à iS fr. 73 le quintal du Zollvcrein, et le fil télégraphique galvanisé n" S 1/2 de la jauge anglaise correspondant à une épaisseur de 2 1/3 lignes viennoises, s'obtient à Londres au prix de 23 livres sterling la tonne.
Le fil télégraphique très-fort, tel qu'il le faut, par exemple, pour des passages au-dessus d'un fleuve, se confectionne en acier fondu.
Le fil de fer. que la Société française Menons et exporte actuellement en quantité assez grande en Angleteri'e, se vend dit-on, 30 ou 40 fr. les 100 le., suivant qu'il est en fer à la houille ou en fer provenant de fontes au charhon de bois et alilnécs dans des feux comtois. Ce fil, de i/n mm. de diamètre, s'emploie, entr'autres, pour câbles électriques.
420 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, COHROYAGE ET FINISSAGE.
fabrication du fer fendu : il consiste à donner aux barres à fendre trois fois plus de longueur qu'on ne leur en donnait autrefois , ce qui permet de tripler la quantité de l'ouvrage effectué dans un temps donné.
588. Penderie. — La fig 4, pl. 20, est une élévation par devant de la fenderie, c'est-à-dire du côté où l'on présente le fer, et la fig. 8, une coupe horizontale suivant la ligne 1,2 de la fig. i. Les figures 6 à 16 de la même planche représentent séparément les diverses pièces qui composent la machine.
Les fenderies ou découpoirs se composent de deux systèmes de taillants ou couteaux circulaires, faits en acier ou en fer aciéré, comme l'indiquent les lettres t, t, fig 4, et S. Chaque système est monté sur un arbre en fonte.
Entre ces pièces sont placés des disques e, e, de même épaisseur, mais d'un plus petit diamètre, qui les maintiennent à une distance égale à la largeur des verges que l'on veut fabriquer. Ces disques s'appellent fausses rondelles, rondelles, ou entre-deux, et forment, par leur ensemble avec les taillants, ce que l'on nomme une trousse. Chaque trousse est appuyée contre une rondelle d'épaulement R, faisant corps avec son arbre ; elle est recouverte du côté opposé par une rondelle mobile ou garde R', et le tout est assemblé par quatre boulons b, qui rendent ce système invariable.
Les trousses sont ^disposées l'une au-dessus de l'autre, de manière que les taillants de l'une correspondent aux entre-deux de l'autre, et remplissent parfaitement les intervalles formés par ces pièces. Les taillants doivent se pénétrer ou se croiser de 0'",0l à 0">,01S au plus; en les engageant davantage, on augmente l'angle qu'ils forment à leur jonction, et le fer est saisi moins facilement.
On voit aisément, par la fig. i, que le fer, en passant entre les trousses, est coupé en autant de parties qu'il y a d'entre deux.
Pour empêcher les verges de s'enrouler autour du découpoir, on place entre les taillants des lames droites en fer, f, f, fig. 6 ; ces lames que l'on nomme vergetles ou fourchettes, ont, en outre, pour but de faire sortir les verges en ligne droite et de les rassembler en faisceau. Il est bon d'aciérer les côtés des vergettes pour les faire résister au frottement des verges. Les vergettes sont portées par des pièces 5 S, S' S', fig. S, 7 et 8, 9 et 10, que l'on nomme seignes ou porte-ver gettes.
Afin que le fer soit exactement dirigé sur les taillants et soit fendu avec le moins de perte possible, on place du côté de l'entrée, des guides g, g, fig. i, 11 et 12, qui ont entre eux un écartement plus grand de 0"',004 à 0'",00S seulement que Tépaissseur des trousses. Ces guides
CIIAP. II FERS MARCHANDS
sont adaptés aux tirants en fer /, /, qui séparent et maintiennent les porte-vergettes.
Les diverses parties de la machine sont assemblées solidement dans des cages à colonnes en fonte ; quatre écrous de pression, s'adaptant à l'extrémité des colonnes, maintiennent et consolident ce système. Les colonnes des pignons ne diffèrent de celles des trousses que parce que les premières peuvent être à clefs. On peut aussi faire une fenderie avec des cages de laminoirs à chapeaux.
B, B, fig. 4 et 5, embases en fonte, coulées d'une seule pièce avec leurs semelles D, D, et servant d'empoises à l'arbre des taillants inférieurs. Les parties coniques de ces embases sont percées pour recevoir la partie inférieure des colonnes C, C, fig. k. Les semelles D, D, reposent par leurs ergots sur une plaque ou lit de fonte et y sont calées solidement. Le lit est boulonné sur une charpente de fondation pareille à celle des laminoirs.
M, M, manchons en fonte, servant simplement de hausses.
Les seignes S S, fig. 4, 5, 7 et 8, sont à lunettes et enfilées dans les colonnes. Les seignes de devant S' S', fig. 9, 10, embrassent les colonnes, et ont leurs extrémités en forme de fer à cheval, de manière à pouvoir être placées et enlevées sans démonter les pièces supérieures.
Les tirants ou jumelles en fer, J J, fig. i, 5, H et 12, qui se trouvent entre les seignes, ont une tête en forme de T du côté de l'entrée du fer et sont percées, à l'extrémité opposée, d'une mortaise dans laquelle passe une clavette de pression d.
F F, fig. 4, empoise en fonte de l'arbre supérieur. Elle a la même forme et les mêmes dimensions que le chapeau.
h, h, h, même figure, fausses rondelles ou fers à cheval en fer et de diverses épaisseurs. Elles sont représentées séparément, en élévation et en plan, par les fig. 13 et 14, et servent à régler la hauteur des seignes et des empoises FF, au besoin.
GG, fig. 4, 15 et 16, chapeau de l'arbre des taillants supérieurs, en fonte.
J, 1, fig. 4, rondelles percées, en fonte ou en fer, selon l'épaisseur qu'il est nécessaire de leur donner. Elles servent simplement de hausses.
E, E, écrous en fer ou mieux en bronze pour serrer les chapeaux, et empêcher les arbres de s'écarter pendant le travail.
A, A, fig. 4 et 5, arbres des taillants. On les fait en fonte. T, T, trèfles par lesquels les arbres reçoivent le mouvement, c, c, tourillons de l'arbre. R, rondelles fixes ou d'épaulement coulées en même temps que l'arbre.
422 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, COUROYAGE ET FINISSAGE.
Les vergettes en fer f, f, placées entre les laillanLs, se trouvent serrées entre les porte-vergcttcs : à cet effet, ceux-ci, comme on le voit par les /Içi. 7, 8, 9 et 10, sont taillés en biseau obtus mn, m' n' , pour recevoir les échancrures des vergettes.
Les guides en fer, g, g, fig. 4, 5, H et 12, sont assemblés par des boulons à tête fraisée sur les jumelles.
9) 1) fio- ^ 6t IS, coussinets en bronze pour les tourillons d'arbres.
S89. Des taillants. — - Ainsi que je l'ai dit plus baut, les taillants sont en fer, aciéré à la circonférence. L'acier doit être soudé sur la surface convexe, et non sur le limbe ou sur le pourtour des bases des taillants qui sont des portions de cylindres. Si l'acier n'entourait pas le taillant à la manière du bandage d'une roue, il ne tarderait pas à se détacber. Les taillants doivent être bien plans, d'égale épaisseur, et, autant que possible, tournés sur leur pourtour, afin d'être égaux de diamètre et avoir des arêtes plus vives. On les chauffe au rouge cerise pour les tremper, et on les recuit jusqu'au bleu léger.
Le diamètre des taillants inférieurs et supérieurs est le même ; il peut varier de 0'",27 à 0"',40 ; mais il ne cbange jamais dans la même machine. Il est avantageux d'employer de grandes dimensions, parce que le fer sort plus droit cl le travail marche avec plus de célérité ; mais les grands taillants sont difficiles à confectionner, exigent beaucoup de force motrice et sont sujets à se voiler.
Les entre-deux ont un diamètre moindre de 0"',12 à 0'",15 que celui des taillants.
L'épaisseur des taillants et entre-deux d'une paire de trousses est la même et égale à la largeur du fer fendu que l'on veut obtenir.
Le plus souvent le nombre des taillants d'un équipage est impair. On les dispose en nombre pair, tantôt sur l'arbre supérieur, tantôt sur l'arbre inférieur, mais de préférence sur le premier. Dans cette disposition le nombre de brins fournis par une barre est aussi impair, et égal à la somme des taillants des deux trousses, diminuée de deux.
Le nombre des taillants dont se composent les trousses dépend des dimensions des verges à fabriquer; il est d'autant plus grand que ces fers doivent avoir moins de largeur. Les lames de 5 à 9™"", de M à 14mm. ^ de 14 à 16"""-, de 10 à aa-""", de 22 à27""n- de largeur, peuvent se faire respectivement à 13 ou 11, à 9, 7, S et 3 brins.
Toutes les trousses doivent avoir la même largeur, par exemple de 36 lignes de France, afin qu'on ne soit pas obligé d'employer des cylindres plats différents pour les divers échantillons sous lesquels on veut débiter le fer dans la fenderic. Ordinairement on a deux paires de cylindres plats avec une large cannelure et l'on s'arrange de manière
CIUP. II. — FEUS MARCHANDS. 42S
que le fer acquière la largeur de 36 lignes au moyen de cette dernière cannelure (v. pl. 18, fig. 3).
590. Détails d'une fonderie à colonnes avec 8 paires de trousses fabriquée à Couillet (1840). — 4 lunettes, pl. 20, fig. 7, 8, 9 et 10, fonte 92 k. — 2 chapeaux, pg. 15 et 16, fonte lOS k. — 4. supports, fonte 67 k. — 16 arbres de trousses, fonte 1024 k. — 8 coussinets en cuivre, 21 k. — 16 anneaux en fer, 34 k. — 36 demi-lunes, fig. 13 et 14, fer 26 k. — 2 T, fig. 11 et 12, fer 19 k. — 2 T petits, fer 3 k.— 16 platines, fer 80 k. — 8 paires de trousses, fer et acier 800 k. — 2 colonnes en fonte, 754 k. — 4 vis en fer, 124 k. — 14 cales, fer 10 k. — Dents de trousses, fer et acier, 52 k. — 1 clef à monter, fer 7 k. — Total de la fonte, 2042 k. — Total du fer, 301 k. — Total du fer aciéré, 852 k. — Total du bronze, 21 k. — Main-d'œuvre du tournage, 188 fr. 78.
591. Prix de revient de 6 paires de trousses à Couillet (1840). — 114 k. acier de Hongrie, 148 fr. 20. — 766 k. de tôles, 306 fr. 40. — 48 boulons en fer, 48 k., 14 fr. 40. — 50 k. acier pour dents, 39 fr. — 8 brouettes de charbon, 29 fr. 60. — 766 k. fonte moulée pour 12 arbres, 191 fr. 50. — Taraudage des boulons, 6 fr. 72. — Tournage des arbres, 126 fr. — 43 journées du maître fondeur, 235 fr. 64. — 43 journées de l'aide du maître fondeur, 86 fr. — Tournage des trousses, 105 fr. — Total 1288 fr. 46.
592. — Forge du maître fendeur. — Dans une fonderie constamment en activité, le raccommodage, Farrangement, le placement et le déplacement des trousses occupent un ouvrier spécial, appelé maître fendeur et payé à raison de 5 fr. par 12 heures. Il a un aide dont le salaire est de 2 fr. par jour. La forge où ces ouvriers travaillent s'appelle forge du maître fendeur.
593. Espèces de fers fendus. — On fabrique en Belgique de grandes quantités de fer fendu, principalement pour la clouterie, qui est une industrie très-développée à Liège et à Charleroi. Tous les fers ordinaires, excepté les fers rouverins, conviennent pour la fente. I y a plusieurs qualités de fers fendus. La qualité supérieure s'obtient avec du fer à fins grains. Pour la première qualité , on prend de l'ébauclié première qualité avec corroyé ou fer de masse n° 3 dans l'intérieur, pour la seconde de l'ébauché ordinaire et pour la troisième de l'ébauché fer tendre. La deuxième qualilé porte le nom de métisse. On classe encore les fers fendus d'après leurs dimensions. Les plus grandes dimensions de fer fendu qu'on fabrique sont celles de 0'",028 de large sur une épaisseur de plus 0'",003, et les plus petites celles de 0"',004 de large sur 0"',003 d'épaisseur. Les cloutiers donnent le
424 SECTION III. — UÉCIUUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.
nom de fin grêle aux verges qui ont ces dernières dimensions, et ils appellent respectivement petit grêle et gros grêle les verges de b et de 6 mm. (2 1/2 et 3 lignes de France).
594. Usages. — Quoique le fer fendu soit principalement employé pour la clouterie, cependant on peut s'en servir aussi pour une infinité d'autres usages, par exemple , pour fers à cheval , ancres de murailles, etc., en modifiant sa qualité et ses dimensions selon l'emploi qu'on veut en faire. Le fer tendre ne s'emploie que pour clous d'ardoises, de boiseries en bois blanc, et en général pour clous qui ne doivent pas offrir une grande résistance. Les fers tendres des Ardennes obtenus au charbon de bois, se font surtout remarquer par les avantages qu'ils procurent dans la clouterie d'ardoises. Ils déchoient peu à la forge, se pointent bien, s'accommodent très-bien au chauffage à la houille, ont beaucoup de roideur et résistent à la rouille. En outre, la facilité avec laquelle ils cassent par un choc oblique, les empêche d'endommager les trous dans les ardoises, ce qui est un point très-essentiel. Si les couvreurs d'ardoises ont soin de se munir de marteaux à tète très-petite, c'est afin de ne pouvoir frapper que droit.
595. Fabrication. — Tous les fers fendus se fabriquent en une chaude. Lorsqu'on fabrique du fer fendu, tous les fours en activité dans la section du laminoir où se trouve la fenderie, et au nombre de deux, trois ou six, sont consacrés à cette fabrication. On introduit dans chaque four 500 à 900 k. de métal en paquets d'un poids variable, on dégrossit et on finit au train de l-i pouces. Voici de quelle manière se font les travaux au train à fendre: le deuxième chauffeur lance les bidons un à un jusqu'à une petite distance de l'espatard, où ils sont repris immédiatement par le lamineur pour être spatés. Le spatage occupe trois ouvriers, savoir : le troisième lamineur, qui est placé du côté de l'entrée des cylindres, et le quatrième lamineur avec un crocheteur qui rattrapent à l'arrière de l'équipage. Aussitôt que la lame est spatée, les deux ouvriers que je viens do désigner en dernier lieu, la passent à l'ouvrier qui travaille à l'entrée des trousses et qui est l'autre crocheteur. Au moyen d'une tenaille, cet ouvrier engage la barre dans les trousses. Derrière les trousses se trouvent le premier crocheteur avec le premier lamineur ou son deuxième, dont l'un travaille quand l'autre se repose. Le maître ou le deuxième est armé d'une tenaille légère, à mâchoires courbées d'équerre sur les branches, et d'une petite tringle en fer terminée par un crochet ; il saisit d'abord les brins à leur sortie avec sa tenaille qu'il tient de sa main gauche, puis, sans abandonner les extrémités serrées avec cet outil, il relève les brins
CHAP. II. FERS MARCHANDS
au moyen du crochet qu'il tient de sa main droite, se recule à mesure que les brins, qu'il soutient ainsi de ses deux mains, se dégagent, et va les déposer sur les taques du laminoir. Le crocheteur soutient l'extrémité opposée du faisceau de verges.
Après le refroidissement, les verges sont pesées et mises en piles par deux crochetcurs, puis triées par un ouvrier particulier payé par la Société, et enfin, mises en bottes. L'employé surveille le pesage et surtout le triage.
Non-seulement les trousses doivent être constamment arrosées par une abondante injection d'eau froide, pour qu'elles ne se détrempent pas trop vite, mais on doit encore les graisser avec du suif placé par morceaux sur les portes-vcrgettes supérieurs de devant, afin que les taillants glissent sans effort les uns sur les autres.
S96. Boltelage. — Tous les fers fendus sont bottelés, ainsi que les spatés et les ronds et carrés depuis O^jOOS jusqu'à 0"\013. Les bottes de fer fendu pèsent 25 k. et celles des autres fers de 50 à 60 k. On les relie avec du fer fendu de 0",007 sur 0"',004. Pour le bottelagc, on doit avoir un banc en madriers, une balance pour peser les verges, des liens pour relier les bottes, un petit four pour chauffer les liens et deux pinces pour former les nœuds des liens.
Le banc présente : 1° trois formes ou supports en fer, demi-circulaires et évidés pour contenir les verges ; 2° trois étriers à charnières qui achèvent les cercles des supports, mais s'adaptent, non pas sur les supports, mais un peu à côté, et servent à serrer les bottes ; 3° une plaque verticale de tôle à l'un des bouts pour mettre les extrémités des verges dans un même plan, appelé le pied de la botte.
Le four à chauffer les liens est un très-petit four dormant d'environ deux pieds de long, un pied de large et H/4, pied de haut. On y brûle des escarbilles et quelques morceaux de bouille.
On emploie quatre liens pour le fer tendre et trois pour les autres fers fendus. Les bouts des quatre nœuds sont parallèles aux verges dans les bottes de fer tendre. Les autres qualités de fer se distinguent seulement par la direction qu'on donne aux bouts des nœuds. Pour le fer fendu de première qualité, les bouts du nœud au pied sont perpendiculaires à la direction des verges et les bouts des autres nœuds parallèles à cette direction. Pour la deuxième qualité, le lien du milieu a ses extrémités perpendiculaires et les autres ont les leurs parallèles aux verges. Enfin les bottes de fer métis sont distinguées par trois nœuds perpendiculaires à la direction des verges.
11 y a un botteleur par four qui marche constamment.
Le maître botteleur travaille par entreprise. Il reçoit 0 fr. 75 par
426 SECTION III. — BÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.
SOO k. de bottes de fer fendu et 1 fr. par 1,000 k. de bottes d'autres fers. Son salaire par jour peut s'élever à 5 fr.
S97. Prix de revient approximatif du fer fendu métis, fabriqué à Couillet, le S aotit 18S4, avec de la fonte à fr. 10,00 (au lieude 6 fr. 73,
prix actuel) les 100 kilogr. et du charbon à fr. 1,2S.
Fers JÉB4UCHÉS : Main d'œuvre fr. 1,1500
Fonte k. 112,00 à fr. 10 » 11,2000
Charbon k. U6,^0 à fr. 1,23 » 1,8300
Objets de consommation " 0,1300
Amortissement des réparations » 0,6000
Frais particuliers et divers » 0,0730
Prix de revient fr. 1 3,0030
Fers pendus : Main d'œuvre fr. 0,7300
r Ébauché .... k. 116,50 à fr. 13 fr. 17,^430 Fer ! Mitrailles à déduire . » 4,60 » H » 0,6^40
( Reste k. 111,70 » 16,8010
Charbon » 80,00 à fr. 1,30 « 1,0400
Objets de consommation » 0,2S00
Amortissement des réparations " 0,5000
Frais particuliers et divers » 0, 1000
Part des frais et intérêts généraux (5 »|„ de 19,2710) « 0,3800
Prix de revient fr. 19,8310
Soit les 1000 livres » 95,50