‹ Traité théorique et pratique de la fabrication du fer et de l'acierChapitre 94 sur 189 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

FABRICATION DE LA TOLE

681. Avant-propos. — La fabrication de la tôle a reçu dans ces derniers temps un développement colossal en Belgique, comme le prouve, entr'autres, le tableau des exportations qui ont eu lieu de ce fer. Ainsi, en 1859, la Belgique a exporté 2000 tonnes de tôle, en 1860, 4000 tonnes et en 1861, 8000. A la vérité, l'Angleterre a aussi importé de grandes quantités de tôle en Belgique, principalement à l'état de chaudières confectionnées, mais, comme on ne tient pas compte de la consommation intérieure, ces chiffres n'en annoncent pas moins une prospérité croissante, inconnue jusque là. Notons qu'à cette époque une lourde crise pesait encore sur l'industrie du fer.

CHAP. IV. FABRICATION DE LA TOLE

Cette crise ayant cessé et de nouveaux laminoirs à tôle ayant été créés depuis 1862, la marche ascendante des exportations a dû se maintenir. En effet, en 1862, il a été exporté 8,211,861 k. de tôle, en 1863, 10,960,709 k., en 1864, 18,137,81 0 k., en 1866,16,884,769 k., en 1867, 12,391,437 k. , en 1868, 14,412,891 k. , en 1869, 20,839,176 k. Ce dernier chiffre n'est encore qu'approximatif. Quant à la lacune qui existe pour l'année 186S, elle provient de ce qu'alors on avait confondu tous les fers battus, étirés ou laminés, sans distinguer les tôles.

Suivant Molinos et Pronnier (Construction des ponts en fer), la nouvelle ère s'est levée pour la tôle après que la construction du pont de Menai', en Angleterre, eût montré tout le parti qu'on pouvait tirer de ce fer ; non-seulement la production en a dû être augmentée, mais les constructions ont imposé, en outre, de nouveaux progrès à la métallurgie, en lui demandant la fabrication économique et sur une vaste échelle, des tôles des plus fortes dimensions.

ARTICLE PREMIER

NOTIONS GÉNÉRALES

682. Classification des tôles ordinaires. — Elle peut varier dans les diverses usines. A Couillet, on distingue la tôle forte, dont l'épaisseur est égale ou supérieure à 6"""-, la tôle fine, qui a une épaisseur moindre que 1,S"""', et la tôle moyenne, dont l'épaisseur se trouve comprise entre les limites précédentes.

Selon Rongé (R. U., t. 13), on considère comme grosses tôles celles qui ont depuis 2 ou S""- jusqu'à 20"""" d'épaisseur environ, comme tôles moyennes, celles qui ont de 1 ou 1,2S"""" d'épaisseur jusqu'à 2 ou 5mm. environ, et comme tôle minces, celles qui ont depuis 0,2S'""" d'épaisseur jusqu'à 1,2b""".

Voir plus loin le prix courant des tôles à Seraing pour un autre exemple de classification. Nous admettrons généralement les définitions de Couillet.

683. Métaux employés pour fabriquer les tôles. — On emploie toujours le meilleur fer pour la fabrication des tôles, mais c'est principalement la tôle fine qui exige un choix attentif de la matière première. Nous avons vu qu'à Seraing le puddlage de la fonte pour tôle se fait dans des fours particuliers. Autrefois les tôles se fabriquaient généralement avec des fers provenant de l'affinage des fontes au charbon de bois. Aujourd'hui on n'affine plus guère que des fontes au coke pour cette

«4 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.

fabrication, et les fines qualités se fabriquent avec du fer à fins grains, de l'acier puddlé ou des métaux Bcssemer. Les riblons, dont on fait un grand emploi, sont soigneusement classés d'après l'usage auquel servaient les fers qui les ont donnés.

Cliacun des trois groupes de tôles définis plus haut comporte des subdivisions d'après l'espèce de fer mise en œuvre; car les divers usages de la- tôle exigent des métaux possédant des propriétés différentes, et de là résulte une seconde classification dite sur qualité.

Parmi les tôles de plus de 2 mm. d'épaisseur, on distingue celles qui sont destinées à l'emboutissage et au travail à froid, et celles qui s'emploient pour la chaudronnerie. Pour les premières, on se sert des meilleures qualités de fer et on préfère les fers au bois quand on peut se les procurer. Les secondes se subdivisent en n°^ 2, 3 et A. Les tôles n° 2 ou de deuxième qualité, s'emploient pour bacs, réservoirs, cheminées, clous à la mécanique, etc. Les tôles n" 5 ou de qualité intermédiaire, servent pour chaudières ordinaires, etc., et les tôles n° i ou de première qualité, pour chaudières de locomotives et comme tôles à forger.

Les tôles de 1 à 5 mm. d'épaisseur comprennent les tôles dites du commerce et les tôles pour clouterie. Les premières sont en bon fer au bois ou au coke et les secondes en fer médiocre au coke, corroyé ou simplement ébauché. Enfin les tôles de 1,2S mm. et au-dessous renferment des tôles du commerce, les tôles à fer-blanc que les usines ne produisent que pour leur consommation, les tôles polies et les tôles décapées dont il sera question à la fin de ce chapitre.

Nous rapportons ci-dessous la classification adoptée par la marine française et plus loin, à l'article troisième de ce chapitre, la classification de Seraing.

684. Classification et épreuves des tôles prescrites dans la marine française (An. du Génie civil, t. 6 et Ding., t. 189, p. 382). — ^ On distingue : 1° les tôles communes, pour cheminées, cloisons, bordé de ponts, soutes, parquets, cuisinières, etc. ; 2» les tôles ordinaires, fers forts, pour bordé des carènes, varangues, barrots, enveloppes de chaudières, doublage des soutes ; 3° les tôles supérieures, fers forts supérieurs, pour façades, fonds, coffres à vapeur, sécheurs, cendriers, etc., des chaudières à vapeur; 4° les fines, forgées et au bois, pour plaques de tète, foyers, boîtes à feu, boîtes à fumée, etc., des chaudières à vapeur.

Pour s'assurer de la qualité des tôles, il sera fait deux sortes d'épreuves, savoir à chaud et à froid. La circulaire ministérielle n'indique ces épreuves que pour les trois premières catégories.

685. Epreuves à chaud. — 1° Tôles communes. — Dans un morceau

CHAP. IV. FABRICATION DE LA TOLE

d'une tôle de dimension convenable et prise au hasard, il sera exécuté un cylindre ayant pour hauteur et pour diamètre intérieur 25 fois répaisseur de la tôle, ce cylindre ne devra présenter ni fentes ni gerçures.

2° Tôles ordinaires. — Avec un morceau de tôle de dimension convenable et découpé dans une feuille f)rise au hasard, il sera formé une calotte sphérique avec bord plat conservé dans le plan primitif de la tôle. La corde de cette calotte mesurée intérieurement sera égale à 30 fois l'épaisseur de la tôle, et sa flèche, aussi mesurée intérieurement, à S fois cette même épaisseur. Le bord plat circulaire de cette pièce aura pour largeur 7 fois l'épaisseur de la tôle et sera raccordé à la partie sphérique par un congé ayant pour rayon l'épaisseur même de la tôle. Ce congé sera mesuré dans l'intérieur de l'angle. — La calotte ainsi exécutée ne devra présenter ni fentes ni gerçures.

5° Tôles supérieures. — ■ Comme pour les tôles ordinaires, excepté que la flèche de la calotte mesurée intérieurement, sera égale à 10 fois l'épaisseur.

686. Épreuves à froid. — Ces épreuves ont pour objet de déterminer la résistance à la rupture et l'allongement dans le sens du laminage et dans le sens perpendiculaire.

On découpera des bandes de tôle dans un certain nombre de feuilles prises au hasard dans chaque livraison, en ayant soin d'essayer, pour chaque feuille, un nombre égal de bandes dans le sens du laminage et dans le sens perpendiculaire. Ces bandes seront façonnées de manière à avoir pour section de rupture un rectangle dont l'un des côtés aura 30 mm. de largeur et l'autre l'épaisseur de la tôle. Par exception pour les tôles au-dessous de 3 mm., la largeur de la bande d'épreuve sera réduite à 20 mm. La longueur de la partie prismatique soumise à la traction sera toujours de 20 mm.

On fera agir sur ces bandes, au moyen de poids appliqués directement ou par l'intermédiaire de leviers tarés avec soin, des efforts de traction croissant jusqu'à ce que la rupture ait lieu.

La charge initiale sera calculée de manière à produire un cff'ort de traction de 2S k. par millim. carré de section ; cette première charge sera maintenue en action pendant S minutes. Les charges additionnelles seront ensuite placées à des-intervalles de temps sensiblement égaux et d'environ une minute. Elles seront calculées, aussi approximativement que le permettra la division des poids en usage, à raison d'un quart de kilogr. de traction par mm. carré de section. On notera pour chaque charge l'allongement correspondant mesuré sur la longueur prismatique de 20 mm.

476 SFXTION III. — - RÉCHAUFFAGE, COUROYAGE ET FINISSAGE.

\° Tôles communes. — Dans le sens qui aura donné la moindre résistance, la charge de rupture moyenne par mm. carré de section sera d'au moins 28 k., et l'allongement moyen correspondant d'au moins 3, S pour 100. En outre, aucune épreuve isolée faile sur une bande reconnue saine ne devra donner un résultat inférieur à 2S k. par mm. carré, ni un allongement inférieur à 2, S pour 100.

2" et 5° Tôles ordinaires et tôles supérieures. — Les charges de rupture moyennes par mm. carré de section seront respectivement d'au moins 31 et 32 k., et les allongements correspondants d'au moins S et 7 pour 100. En outre, aucune épreuve isolée faite sur une bande reconnue saine ne devra donner un résultat inférieur à 28 k. par mm. carré de section pour le n" 2, et à 29 k. pour le n" 3, ni un allongement inférieur aux nombres respectifs l et S, 5 pour 100.

687. Qualités et défauts des tôles. — La tôle doit être homogène et de qualité constante ou régulière, et avoir une épaisseur uniforme et une surface parfaitement unie, exempte de défauts. La tôle fine doit pouvoir être pliée un grand nombre de fois en sens opposés avant qu'elle ne casse.

Les défauts des tôles sont les bosses, les cavités, les rides ou espèces de plissages à la surface, les gravelures ou aspérités, les pailles ou filaments de fer non soudés à la surface, les gerçures ou fentes, les doublures qui proviennent du défaut de soudage dans quelques parties de l'épaisseur, et enfin les cendrures qui résultent de battitures imprimées par les cylindres dans les feuilles.

La grande vitesse du travail actuel due principalement aux élévateurs perfectionnés qu'on emploie, permet d'arroser les tôles durant le laminage, ce qui procure des tôles plus lisses et surtout moins chargées de cendrures que celles qu'on fabriquait autrefois.

Lorsqu'il y a des pailles trop petites pour faire rebuter les tôles, on les enlève au burin (espèce de ciseau), et on remate au marteau à main la place où elles se trouvaient. A Couillet, ce travail se fait par un ouvrier spécial chargé de la réparation de tous les fers, en général. Dans d'autres usines, il est fait par un mécanicien également étranger à la brigade du train.

688. Jauges. — Dans la jauge anglaise, il y a 26 numéros qui correspondent aux épaisseurs respectives suivantes exprimées en millimètres, savoir :

N"» 1 2 3 4 8 6 7 8 9 10 1 1 12 13 mm. 7,7b 7,52S 6,70 6,20 5,78 8,3 ^,828 4,â0 3,878 5,80 5,10 2,88 2,88

No» U 18 16 17 18 19 20 21 22 25 U 23 28 mm. 2,2 2 1,70 1,88 1,55 1,09 0,96 0,88 0,80 0,778 0,66 0,U 0,82

CIIAP. IV.

FABRICATION DE LA TÔLE

A Jeraeppe (Liège), chez M. Delexhy, on se sert d'un pelit instrument à vis, appelé calibre Palmer, pour mesurer l'épaisseur des tôles qu'il donne en dixièmes de millimètre. Cet instrument est breveté.

Une autre jauge, celle de J. R. Brown et Sharpe, en Providence (États-Unis, Rhode-Island), qui est très-simple et comporte un haut degré de précision, se trouve décrite dans Dingler, t. 189, p. 33.

Voir au Supplément fin de l'article pour 14.

689. Cahier des charges pour la construction de la charpente métallique des ponts sur VYssel, à Zutphen, et sur la Meuse, à Venlo (Pays-Bas).

Les tôles en fer devront être d'une qualité au moins égale à celle des tôles employées généralement dans la fabrication des chaudières à vapeur ; celles de qualités inférieures seront refusées.

Les tôles en fer ou en acier seront parfaitement laminées et soudées, sans pailles, stries, gerçures, ou manque de matière. Elles devront se plier à froid ou à une température qui n'exèdera pas iO" C, de manière que les deux bouts se touchent à une distance du pli égale à 10 fois l'épaisseur de la tôle et que la plus grande hauteur entre les deux bouts, n'excède pas S fois l'épaisseur de la tôle. Redressées à froid ou à la même température, les tôles ne devront indiquer aucun défaut.

Les tôles aigres, à nerf feuillé, qui se fendraient ou s'ouvriraient sous le forage, ou qui se déchireraient en les pliant, courbant ou cisaillant, seront également refusées. Sous la machine à forer, la machine à raboter ou à la cisaille, la tôle devra présenter dans sa tranche une coupe grasse parfaitement homogène.

Les feuilles devront être planes ; à cet effet elles seront dressées aux tas avec des marteaux. Leur exactitude sous ce rapport sera l'objet d'une vérification rigoureuse. Elles auront en général la plus grande longueur qu'il sera possible d'employer.

La fonte ne devra pas se rompre à l'écrasement sous une charge de 63 kg. par mm. carré de section et devra supporter à la traction sans se rompre une charge de 12 kg. par mm. carré de section.

Tous les fers et aciers devront supporter à la traction sans se rompre une charge qui sera pour les fers de 30 kg. et pour les pièces d'acier de 60 kg. par mm. carré de section.

Les épreuves d'écrasement prescrites auront lieu au moyen de la presse hydraulique.

Les barres ou autres pièces destinées à l'épreuve de traction seront fortement attachées à l'un des bouts et soumises à l'autre bout à une traction directe, soit au moyen de la presse hydraulique, soit par charge.

A cette épreuve, les allongements seront scrupuleusement observés, à chaque augmentation de S kg. par mm. carré de section.

La charge sera augmentée jusqu'à la rupture.

Les fers et aciers soumis à l'épreuve auront, autant que possible, une longueur de 3 mètres.

Quant aux pièces dont la section serait trop grande pour les rompre par la traction directe, il en sera coupé une partie ou pièce en présence du délégué de la commission. Ces pièces seront soigneusement limées à froid à une section égale et seront soumises à la même épreuve. La longueur de ces pièces sera au moins d'un mètre.

Épreuve de flexion.

La commission aura le droit de soumettre toutes les pièces d'acier ou de fer à l'épreuve suivante :

Les fers ou aciers seront placés sur deux points d'appui et en mettant des charges

478 SECTION III. — ■ RÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.

déterminées sur différents points, les flexions ne devront pas excéder colles fixées par la formule usuelle :

(G + 2P)a' 5a— il '~ ni ^ E (I) '

dans laquelle les lettres et signes indiqueront :

G, le poids de la barre ; P, le poids de la charge ; œ, la distance de la cliarge au point d'appui le plus rapproché ; ^, la longueur de la barre; (I), le moment d'inertie ; le coefficient en millimètres, qui aura été fixé par la formule suivante pour l'acier :

et pour le fer : E = 6 ^ ;

l, la longueur de toutes les barres soumises à la traction directe ; et )., la moycune des allongements de ces barres sous la charge de 12 kg. par mm. carré pour l'acier, et de 6 kg. par mm. carré pour le fer.

Les poids seront fixés de manière que la tension n'excède pas, pour l'acier, 12 kg. et pour le fer, 6 kg. par mm. carré.

Les barres ou autres pièces devront résister à cet effort, pendant au moins 10 minutes, sans flexion constante appréciable après le déchargement. La flexion sous la charge devra en outre pour les pièces en acier, présenter une courbe régulière, sans ondulation ni déformation.

Pour faire les épreuves, il sera choisi par le délégué de la commission 3 pour 100 au plus des tôles, barres, etc., de la même section, et au moins une pièce de chaque espèce pour les soumettre aux épreuves prescrites.

Si cette pièce ne résiste pas à l'épreuve, on passera à la 2» et à la 3», et si celles-là aussi ne résistent pas, toute la fourniture de 100 pièces sera rebutée.

690. Laminoirs à tôles de la Belgique. — i" Provinces de Liège et de

Namur. a) Grosses tôles seulement : Seraing.

b) Grosses tôles et fines tôles : Ougrée, Jemeppe-sur-Meuse, Sclessin, Grivegnée, Longdoz(aux usines de l'Espérance, ci-devant chez Dothéc), Ilaut-Pré lez-Liégc (arrêté).

c) Fines tôles : Jupilic Icz-Liége, chez M. Deh'éez et C' ; Sawheid ; Soiiiez lez-Liége, chez M. Walthéry; ibd., chez M. Remacle; Colonster, ciiez M. Raikem-Verdbois ; Larochette lez-Chaudfontaine, cliez M. Grisard-Vanzuilen ; Iluy, chez M. Paul Delloye (fines tôles et fer-blanc) ; ibd., chez M. Delloyc-Mathieu; Régissa lez-Huy, chez M. Silllyé Pauwels.

2" Provinces du Eainaut et du Brabant. — a) Grosses tôles seulement : Couillet.

b) Grosses tôles et fines tôles : Marcliiennes, chez MM. Gilicaux et C"; Zone lez-Marchiennes, chez M. Nice; Chatelineau, chez M. Dumont; Clabecq lez-Tubise (Brabant), chez M. Goffin (5 trains à fine tôle et un à grosse tôle : on y fait aussi de la tôle gauffrée) ; à la Louvière lez- Braine-le-Comte (Brabant).

Comme moyen de production, les usines de Chatelineau, de la Louvière, de Sawheid, de Sohié, et même celles de Jemeppe et de M. Gilicaux, ne sont pas aussi importantes que les autres, bien que.

CHAP. IV. — FABRICATION DE LA TOLE

comme constructions, elles puissent offrir les derniers perfectionnements, ainsi que c'est au moins le cas pour la dernière. On cite l'usine de Clabecq parmi les plus considérables.

Toutes les usines à fines tôles font ou peuvent faire des tôles à clous.

691. Disposition d'une usine spéciale à tôle forte. — Admettons, pour fixer les idées, qu'on emploie 14 fours à puddler et 6 fours à réchauffer. L'usine pourra alors se composer : l" d'une section de puddlage semblable au nouveau laminoir à loupes de Seraing, excepté qu'on y remplacera les squeezers et la rotative par un marteau frontal ; !2° d'un laminoir à tôles avec les fours à réchauffer, le train à tôles, deux marteaux-pilons et au moins deux cisailles ; 3" des accessoires indispensables, qui sont les bureaux pour les écritures, le magasin, etc., le tout placé convenablement pour le service des deux laminoirs et l'expédition des produits. Les laminoirs pourront se trouver à la suite l'un de l'autre, sur la même ligne et sous la même halle, comme le sont, à Seraing, le nouveau laminoir à rails et le laminoir à loupes qui l'alimente. On pourra aussi séparer les deux laminoirs par une cour et il serait bon que le laminoir à tôles donnât sur un rivage ou sur une station de chemin de fer.

La fig. i, pl. 31, représente en plan une autre disposition indiquée par M. Sauvage, mais légèrement modifiée à Seraing en 1871. P, 14 fours à puddler; R, 6 fours à réchauffer; C, 5 cheminées en tôle. Les fours sont surmontés chacun d'une chaudière horizontale. M, 4 marteaux-pilons; F, 2 marteaux-frontaux; E, 2 trains ébaucheurs; T, train à tôles à trois cylindres (v. plus loin) ; ce, deux cisailles à queue pour ébauchés ; co, cisaille oscillante pour ébauché ; et, deux cisailles à tôles; tp, tours à cylindres et pompes; A, ateliers des menuisiers, forge des maréchaux et des ajusteurs. S, magasins; B, bureaux. — Les cinq sections de l'usine sont couvertes chacune d'un toit en lanterne. Les maçonneries extérieures sont remplacées par 24 colonnes en fonte pour supporter les toits et les jambes d'air de ceux-ci reposent également sur des colonnes.

692. Éléments du devis approximatif d'une usine à tôles fortes avec un laminoir à trois cylindres, 1 4 fours à puddler et 6 fours à réchauffer, selon M. Sauvage; travail revu à Seraing, en 1871.

Achat du terrain fr 36,000,00

Mains-d'œuvre diverses, pilotages, etc 11,400,00

S machines à vapeur de la force de 227 chevaux savoir : une de la force de 16 chevaux pour le marteau-frontal, une de SO chevaux pour le train ébaucheur, une de 123 chevaux pour le train à tôle, une de 16 chevaux pour les cisailles à rogner et autres, et une de 20 chevaux pour un tour à cylindres et trois pompes alimentaires ; total 227 chevaux de force, à 225 francs par cheval, ci fr 31,078,00

480 SECTION III. RÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.

Un marteau-frontal de .4000 k 9,000,00

Un train ébaucheur 12,700,00

Un train à tôle 31,000,00

Un tour à cylindres 3,300,00

Deux pompes alimentaires pour chaudières 1,600,00

Une pompe à eau froide 1,400,00

Deux marteaux-pilons, un de 2000 et un de 3000 k., à fr 22,000,00

Transmission de la machine du marteau frontal.

Arbre de couche, volants, paliers, tambour, etc., fonte . . 11,200 kil. Transmission du train ébaucheur, le volant avec son arbre et

ses paliers, boîte d'embrayage, etc., fonte .... 17,600 « Transmission du train à tôle, « .... 58,000 »

Cisailles avec leur ti'ansmission, « .... 59,710 »

Transmission du tour et des pompes « .... 1 0,S00 »

Blocs et autres parties des marteaux-pilons, » .... 24, ISO »

Total fonte à 23 fr. les 100 k., modèles compris . . . . 14.1,160 » 32,466,80 Bois de chêne pour toutes les fondations, tant des marteaux que des trains,

S2 mètres cubes, à 200 fr., ci 10,400,00

Roulons pour paliers et fondations, 4596 k., à 50 fr., ci 2,298,00

Coussinets en cuivre pour les arbres et les deux trains, 1 135 k. à 3 fr. 65 . 4,155,43

Fonte pour 14 fours à puddler, et 6 fours à réchauffer, à 15 fr 40,050,00

Construction de ces 20 fours, briques et main-d'œuvre, à 500 p. four . . 6,000,00

Trois grandes cheminées en tôle, ci 7,200,00

20 registres de fours (ghssières, encadrements, etc.), fonte 5540 k., ci . . 1,274,20 10 chaudières horizontales à vapeur de lm,20 de diamètre, lo"»,!! de long

et 0"',0I2 d'épaisseur, poids 48,200 kil., à 40 fr., ci 18,600,00

10 enveloppes en tôle remplaçant la maçonnerie ordinaire, épaisseur

0n>,004, poids 25,000 kil., à fr. 40, ci 9,200,00

Garnitures des chaudières, 800 fr. par chaudière, ci 8,000,00

90 piliers ou colonnes pour supporter les chaudières, avec marâtres, fonte

51,000 kil , à 23 fr., modèles compris, ci 11,750,00

Deux réservoirs en tôle pour l'alimentation des chaudières et l'arrosage des

trains, 5900 k. à fr. 40, ci 1,560,00

700 mètres carrés de taquos de pavement, 12,600 k , à 15 fr. . . . 1,890,00

Grille à redresser l'ébauché 3,600,00

23200 de fer à 45 fr. pour grilles et outillage de fours, à 45 fr 10,440,00

Ancres, chariots, tenailles, etc., fer 7100 k., à fr. 45, ci fr 3,195,00

Outils pour la forge maréchale et pour l'atelier des charpentiers : souflets,

enclumes, étaux, etc 7,600,00

18 colonnes pour appuis des charpentes de la halle, fonte 22000 k. à 20 fr. 4,400,00 24 piliers creux en fonte avec architraves également en fonte pour supporter le toit de la halle fr 1,800,00

Bois de sapin pour la charpente de la halle, 390"'5 à 85 fr 33,150,00

1 1100 m' de toiture en pannes, à 1 fr. 40 le m', ci fr 15,540,00

Gouttières en zinc, 270 m. à 5 fr 1,550,00

Pour les bureaux : planchers, plâtrages, plafonnages, 5 portes doubles et

5 portes simples, 14 châssis de fenêtres, etc 2,260,48

Conduite et surveillance de la construction et du montage 3,600,00

Intérêt du capital pendant un an (mémoire).

Total ou coût de l'usine, fr. . . 421,214,93

Observations. — La chemise en tôle dont on suppose les chaudières enveloppées, au lieu de les entourer d'une maçonnerie, n'a

CIIAI». IV.

PAnUICATION DE LA TOLE.

d'autre but que de procurer un refroidissement plus rapide pour les nettoyages.

Aujourd'hui on n'emploie plus de chaudières horizontales : elles occupent trop de place. On les place maintenant debout.

Bien que les 10 chaudières du système ne représentent qu'une force de 160 chevaux, cependant, si l'on considère que, dans un laminoir, les machines ne fonctionnent guère plus de 10 heures par 24 et jamais simultanément, on comprendra que la force réellement disponible s'élève au moins à 320 chevaux.

On se contente, dans le laminoir, de lignes de plaques de traînage. Si on voulait daller entièrement le laminoir de taques de fonte, il en faudrait 2400 m^ au lieu de 1400.

On remplace souvent les piliers en fonte de la toiture par des poutrelles en fer. Autrefois on entourait la halle d'une maçonnerie avec des corniches en pierre de taille.

ARTICLE DEUXIÈME

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