‹ Traité théorique et pratique de la folieChapitre 28 sur 295 · III. V · texte numérisé non relu

III. V

Homme. 33. Célibataire. CnltiTatenr.

Revers de fortune. 192 J. Pleurésie.

Deux mois avant l’entrée , quelques jours après la perte d’un procès , il va chez le président du tribunal , le traiter de lâche et d’infâme. Agitation fréquente. Insomnie. Tentatives continuelles pour échapper à ses gardiens.

A l’entrée , agitation , loquacité. Le malade s’étonne de ce qu’on l’a placé dans une maison d’aliénés. Il veut sortir , aller rejoindre ses parens qu’on a trompés sur son compte. (Ces parens sont des personnes riches dont il re- 'cherche l’alliance , et qui n’ont jamais encouragé ses espérances. ) Tous les jours il demande à sortir. 11 parle sans cesse de ses parens qui le désirent , de sa cousine qui l’attend pour se marier. Il écrit lettres sur lettres. Une de ces lettres , adressée au curé de son village , est ainsi conçue :

a Je vous prie d'achever de dire des messes pour feu ma

OBSERVATIONS DE FOLIE

inalheiireuso mère le plutôt possible et vous lui direz un service après comme nous sommes convenus et je vous payerai les vingt quatre messes qui restaient encore à dire quand je vous donnai de l’argent pour celles que vous aviez dites précédemment et je vous donnerai également de l’argent pour le service que vous lui direz tel que nous sommes convenus , je désire Monsieur que vous soyez en bonne santé tant qu’a moi je puis vous dire que je suis bien malheureux. J’ai des adversaires dans mon pays natal qui me font tourmenter nuit et jour et m’ont fait depuis longtemps exposer dans les dangers les plus imminents. Je me trouve insulté même dans les moments ou je suis le plus paisible possible , il est bien malheureux pour moi d’éprouver tant de peines car vous savez que je n’ai jamais fait aucune sottise a personne et que la vie que j’ai menée dans mon pays natal et partout ailleurs n’a dû me faire aucun ennemi, je me trouvais heureux et content quand je pouvais obliger les personnes qui avaientbesoin de moi et (jiiand je pouvais faire l’aumône aux misérables et ce sont leurs fausses idées qui sont cause de cela car je puis vous assurer avec la plus pure vérité que les déclarations que j’ai faites à... et celles que je fais à Rouen ne sont que pure vérité et que je ne déguise pas une parole c’est en vain pour eux je perdrais plutôt la vie que d’épouser une autre personne que celle que je déclare vous allez voir Monsieur que je déclare bien la vérité , il y a environ trois ans j’allai à Rouen et j’eus l’honneur d’aller voir M^ N. , M“® son épouse et ses demoiselles qui sont mon cousin et mes cousines a l’instant que j’ai eu l’honneur de voir ma cousine aînée j’en ai été épris mais me trouvant si inférieur a elle de qualités et fortune que je n’ai jamais osé la demander en mariage mais je n’ai pas pu n’ont plus l’abandonner pour en épouser une autre si j’en ai demandé une de Saint-X. c’est par soUicition et je n’ai jamais fré-

FOLIE AIGUE

quenté chez elle en vue de cela quand j’y allais quelquefois ce n’était que pour y porter de la chandelle ou pour m’informer s’il lui en fallait, elle ne m’a pas fait de réponse j’en suis bien aise je ne lui ai fait aucune sottise et je l’ai oubliée facilement et sans regret , les sentiments de mon cœur sont entièrement a ma cousine aînée et je perdrais plutôt la vie que d’en épouser une autre , je suis en âge de me marier et je la prendrai de force si elle ne me veut pas de bonne volonté j’ai pour toute satisfaction queje ne pense ni regrette aucunement mon pays natal.

«J’ai l’honneur M*" de vous saluer avec respect. »

Des symptômes de pleurésie se manifestent. Le malade prétend que son gardien le fait périr par la cruelle influence qu’il exerce sur lui. Il refuse toute médication. On le transfère à l’infirmerie , où il se trouve mieux. Dans l’autre salle , des gens lui faisaient des signes et l’accusaient d’avoir voulu séduire des femmes qu’il nomme. Le malade consent à prendre des 'remèdes , et supplie le médecin de le guérir. Un épanchement se forme dans la cavité pleurale gauche ; gargouillement , tintement métallique. Le malade dit qu’il sent comme un flot quand il se remue. Mouvement fébrile. Délire incohérent. Mort.

Encéphale, 1.632. — Cervelet, 0.136.

Injection générale de la pie-mère. Ecchymoses sousarachnoïdiennes. Surface corticale d’un gris argentin , s’enlevant sous forme de pellicule mince , ferme , sans ramollissement du reste de la couche corticale qui est rosée. Hypérémie des deux substances , dont la consistance est ferme.

Cerveau volumineux. Le développement est surtout remarquable dans les circonvolutions qui sont au-dessus de la scissure de Sylvius. Dans la région qui correspond à la partie moyenne de cette scissure, le cerveau de

OBSERVATIONS DE FOLIE

chaque côté est fortement bombé , et forme un renflement orbiculaire très sensible.

Épanchement de pus et de gaz fétides dans la caTité pleurale gauche.

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