‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 104 sur 226 · IV. — GOUTTE BRONCHO-PULMO.XAinE · texte numérisé non relu

IV. — GOUTTE BRONCHO-PULMO.XAinE

Les anciens auteurs regardaient comme très fréquentes les maiiiléstations de la goutte sur les organes respiratoires, et Portai dit qu’il n’est aucun viscère que l’arthritis affecte plus souvent ([lie les poumons. Barthez décrit la péripneumonie goutteuse, H’œdème du poumon goutteux, le catarrhe suffocant, l’asthme hu- ' moral et l’asthme convulsif ou sec de nature goutteuse. Il iidinet même un catarrhe goutteux de la pituitaire, par lequel,

■ dit-il, commence souvent le catarrhe goutteux du poumon.

Nous ne parlerons pas de ce catarrhe nasal goutteux ; mais nous devons signaler une affection particulière qui a sa localisation principale sur la membrane muqueuse des fosses nasales; nous voulons parler de l’asthme des foins, du hay-fever des Anglais. La nature réelle de cette affection est peu connue; on sait qu’elle survient par crises au début ou dans le cours de la belle saison ; elle a été attribuée à l’irritation produite par le pollen des fleurs ou des graminées ou par d’autres substances flottant dans l’atmosphère avec la poussière et que l’inspiration apporte au contact des I inmpieuscs nasale et bronchique. Ce qui est certain, c’est que I asthme des foins s’observe souvent chez des sujets goutteux ou ^ d origine putteuse. Cette remarque a été faite par divers auteurs, et en particulier par Guéneau de Mussy. On voit parfois les syin-

niO TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.

ptôinos lie celle alTcctioii cariiclérisée, comme on .sait, par ile.>> éteniuemenls répélés, un écoulomenl nasal, fluide el abondanl, une fluxion intense des conjonclives avec larmoiement el cpiphora, allerner avec d’autres manifeslalions goulleuses, telles que la sciatique, la migraine, etc. Parfois enfin elle aboutit à l’astlime pulmonaire vrai et est justiciable du meme traitement. Pour toutes ces raisons, l’asthme des foins peut être regardé dans bien des cas comme une forme larvée de la goutte.

Mais les vraies manifestations broncbo-pulmonaires de la goutte sur lesquelles nous voulons insister, sont l’asthme proprement dit et le catarrhe bronchique, d’une part; la congestion pulmonaire et la pneumonie, de l’autre. Les rapports de la goutte et de la tuberculose pulmonaire seront étudiés à part, dans un chapitre ultérieur spécial.

A. rie l’astlimc goutteux.

« L’asthme, dit Durand-Fardel, est peut-être une des formes dont on a saisi le plus nettement la corrélation avec la goutte, soit précédant les manifestations articulaires, soit alternant avec elles ou se développant à mesure qu’elles s’amoindrissent, soit se montrant comme état exclusif ou prédominant chez des sujets à qui des antécédents héréditaires et leur constitution propre semblaient promettre la goutte. »

La plupart des auteurs reconnaissent l’existence de l’asthme de nature goutteuse. G. de Mussy admet même que 1 asthme peut s’observer comme unique manifestation de l’arthritis chez des sujets issus de race goutteuse. Murchison dit que cette maladie est fréquente chez les individus de souche goutteuse ; que chez le môme sujet il est souvent associé à la goutte; enfin que les attaques d’asthme peuvent alterner périodiquement avec les attaques de goutte.

Trousseau a soutenu la même opinion et a rapporté plusieurs faits dont la valeur et l’interprétation sont indiscutables. — « J’ai connu, dit-il, le frère d’un pbarmacien qui porte un nom célèbre dans les annales de l’École de droit de Paris, chez lequel des atlaques d’asthme alternaient d’une façon périodique avec des at- I taques de goutte articulaire. Les accidents thoracipues se répé- ;

LA GOUTTE DANS LES ORGANES

taienl pendant deux ou trois mois, sans que rien intervînt du côté des jointures; puis, lorsque celles-ci se prenaient, les attaques d’asthme ne se produisaient plus L » Dans une seconde observation il s’agit d’un jeune homme de trente ans qui, de dix-sept à vingt et un ans, fut tourmenté par de fréquentes attaques d’asthme nerveux, d’une violence extrême. A vingt et un ans, il fut pris d’un accès de goutte régulière, et depuis lors, il n’eut plus d’asthme, qui fut remplacé par des attaques de goutte articulaire. Trousseau raconte encore l’histoire d’un homme de trente-cinq ans asthmatique depuis l’àge de seize ans; ses attaques ne duraient jamais moins de quinze jours. Depuis six mois, elles avaient diminué d’intensité, et la dernière, qui avait débuté par des accidents très modérés, se termina le troisième ou quatrième jour par un accès de goutte parfaitement régulière Ainsi l’asthme peut exister dans la jeunesse, comme unique manifestation de la goutte ; puis au bout d’un temps plus ou moins longsurvient un accès de goutte articulaire, et dès lors l’asthme disparaît complètement; les manifestations articulaires se reproduisent seules. D’autres fois, les attaques d’asthme persistent et elles alternent alors plus ou moins régulièrement avec les crises du côté des jointures. Enfin un accès d’asthme peut se terminer brusquement par une attaque de goutte articulaire. Il est exceptionnel de voir la marche inverse, c’est-à-dire un accès de goutte articulaire se terminer par une attaque d’asthme. G. Sée, dans son article Asthme du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, n’admet cependant comme critérium de l’asthme goutteux que des cas de ce genre où la disparition de l’arthrite coïncide avec le début de la dyspnée. Il y a pour lui une véritable métastase du principe goutteux sur le système nerveux central, et la matière morbide ne peut être que le sang chargé d’acide urique. Puisque M. Sée pense que l’acide urique peut, par sa présence en excès dans le sang, provoquer une attaque d’asthme, nous ne comprenons pas pourquoi il n’admet cette action morbide que dans les conditions spéciales que nous venons de dire, et pourquoi il la nie en dehors de la crise articulaire. L’excès d’acide urique dans le sang n’existe-t-il pas chez les goutteux sans localisation dans les jointures ?

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