Trousseau, Ibid., t. II. p
312 THAITÉ TIIÉOIIIQUE ET l'IlATIQUE DE LA GOUTTE.
Garroil, Braun, Gairdncr sont très brefs sur raslhiue goiiUcux. Braun se conlenle de dire que dans les cas i)cu prononcés de métastase goutteuse sur les poumons, on constate de l’asthme à ses divers degrés. Garrod n’a qu’une phrase sur ce sujet ; « On a remarqué, dit-il, que l’asthme est commun dans les lamilles des goutteux; il dépend probablement ici de l’altération du sang par l’acide urique. ».
Nous n’avons relevé de l’asthme que cinq fois sur nos cent cinquante goutteux. Nous en donnons plus loin trois observations.
Non seulement l’asthme peut alterner avec des accès ai'liculaires ; mais il peut aussi coïncider ou alterner avec d’autres manifestations viscérales, telles que la migraine, la dyspepsie, la colique néphrétique.
L’asthme goutteux ne diffère d’ailleurs en rien de l’asthme ordinaire. Charcot en distingue deux formes : l’une, nerveuse, qui laisse les poumons parfaitement libres pendant l’intervalle des crises ; l’autre, s’accompagnant de lésions permanentes et d emphysème. Cette distinction nous paraît inutile. Comme 1 asthme eommun,- l’asthme goutteux procède d’abord par accès plus ou moins espacés, déterminant seulement un catarrhe ou un emphysème tout à fait passagers, qui disparaissent avec la fin de la crise. .Mais à la longue, sous l’influence de la répétition des accès, ces lésions deviennent permanentes et 1 on observe tous les signes du catarrhe hronchique ou de l’emphysème. Enfin, comme dans l’asthme ordinaire, les lésions pulmonaires peuvent retentir cà la longue sur le coeur, déterminant une dilatation de ses cavités droites, avec ou sans insuffisance tricuspide, puis une véritable asystolie, ce qui est encore une manière de mourir des goutteux.
0ns. LXtlt. Asthme suivi (V attaques de goutte articulaire.
H .., âgé de trente-six ans. Pas de goutteux dans ta fainitte : père mort à soixante-dix ans, d’apoptexie. Sujet à des attaques d asthme depuis sa jeunesse. It y a dix ans, rtiumatisme articutaire (?) dans le genou. Après cette poussée articulaire, il serait demeuré cinq ou six mois sans avoir de crise d’asllitne. Depuis lors, deux attaques d’asthme par an, une au printemps, l’autre à l’automne. Dans ces trois dernières années, les crises sont devenues très fréquentes; elles se produisent presque tous les mois, tous les quinze jours. Elles s’annoncent dans la journée pai un malaise général; l’accès éclate dans la nuit; chaque crise dure en général trois jours et se termine par un rhume de cerveau, qui disparaît rapidement en quetques jours. Parfois, ce coryza survient en dehors des accès d’asthme; souvent alors il est suivi d’une crise asthmatique.
I,A GOI TTIC DANS LES OUGANES. 313
L’acct's esl provoqué par le froid, par des préoccupations, une contrariété.
Il y a deux mois, attaque de goutte à un orteil; rapidement l’autre orteil a été pris, puis les deux pieds. Les pieds étaient encore gonllés, mais sans douleur, quand la goutte s’est portée à la main droite, au poignet et à la première articulation du pouce. Toute l’attaque a duré six semaines et s’est terminée par un léger accès d’asthme.
Le malade digère bien; mais il a facilement des aigreurs et souvent «le la diarrhée. Embonpoint notable; il pèse 80 kilog. Prurigo sur les bourses et sur les bras, il y a quinze ans ; sous les genoux, il y a huit ans. llémorrboïdes Iluentcs depuis l’attaque de goutte articulaire.
Obs. L.XIV. Asthme catarrhal suivi de goutte articulaire.
E. G..., âgé de quarante-cinq ans. Première attaque d’asthme vers l’âge de trente ans. Depuis lors, crises fréquentes, surtout l’hiver. Chaque attaque détermine du catarrhe bronchique avec une expectoration abondante.
11 y a cinq ans, attaque de goutte .à l’orteil droit; depuis cette attaque un ou deux accès chaque année, toujours limités au pied droit. Une seule fois, l’orteil gauche fut pris.
Depuis les attaques de goutte, les crises d’asthme sont moins fré- «pientes et moins intenses. L’attaque de goutte remplacerait même, au (lire du malade, l’accès d’asthme.
Les urines sont abondantes ; pour la première fois, elles sont devenues glycosuriques, il y a huit jours; G grammes de sucre par litre.
Obs. LXV. Coliques né})hrétiques. Goîitte articulaire, attaques d’asthme suivies de catarrhe bronchique avec emphysème X..., âgé de soixante-trois ans. Pas de diabète ni de goutte dans la famille, gros mangeur. En 1865, alfection oculaire caractérisée de rhumatismale par Desmarres. — En 1870, coliques néphrétiques. Deuxième crise néphrétique en 1876. Urine cependant rarement chargée de sable.
^ En 1879, attaque de goutte k l’orteil droit; au bout de huit jours, l’orteil gauche se prit.
En 1880, au printemps, attaque d’asthme avec coryza et catarrhe bronchique consécutif. Depuis trois ans, retour des mêmes accidents asthmatiques au printemps. La respiration est restée courte; on constate actuelfement tous les signes de l’emphysème pulmonaire. Le cœur est intact.
Depuis l’ajiparition de ces attaques d’asthme, le malade n’a eu ni coliques néphrétiques ni accès de goutte articulaire.
^ Ce malade est allé sans grand succès, à deux reprises, au Mont-Dore. Nous lui conseillons Vittel ou Contrexeville.
‘Mi THAITÉ TllEOlilQUE ET PRATIQUE DE RA GOUTTE.
lî, Catarrlie goutteux des bronches.
Le Irtivail de Greenhow sur la broncliile clironkjue dans ses rapports avec la goutte est le plus complet c[ue nous possédions sur ce sujet'. Ce fju’en dit Barthez au point de vue symptomatologique se borne à peu de choses. <( Dans ce catarrhe, dit-il, il n’y a que peu ou point de lièvre; mais si ceux qui en sont affectés viennent à être saisis par le froid, la fièvre s’allume et peut être suivie de la péripneumonie. 11 est quelques malades chez qui le catarrhe existe avec la goutte dans les articulations des extrémités. Mais le plus souvent les reprises de cette goutte articulaire sont alternatives avec les attaques de catarrhe et de toux aithiitiques . qui produisent des évacuations abondantes par les ci achats. » Stokes, dans son Trciité dos vicilüdies de Ici poitrine, Holland, parlent aussi de l’origine goutteuse de la hronchite chi unique.
« Une forme fréquente de la goutte viscérale, dit Trousseau, est le catarrhe pulmonaire, par lequel un grand nombre de goutteux terminent leur existence. » D’après le savant clinicien, ce catarrhe donne lieu à une sorte de congestion habituelle se traduisant par des râles sous-crépitants fins et par les signes d une hronchite chronique; il se complique souvent iV épanchements pleuraux survenus d’une manière latente. Pour Blurchison, la goutte est on ne peut plus fréquente chez les bronchitiques; les deux maladies sont très communes dans une même famille. De même, elles alternent souvent chez le même individu, la goutte disparaissant quand vient la bronchite, et celle-ci cédant à l’apparition de la goutte; l’une et l’autre se trouvant bien du même traitement. Hayem, toutefois, dans sa thèse sur les hronchites, n’admet qu’avec réserve un catarrhe goutteux, et croi que les goutteux tiennent seulement de leur diathèse une prédisposition à prendre plus facilement que les autres sujets une hronchite sous l’influence des causes ordinaires de cette maladie.
Greenhow, sur quatre-vingt-seize cas de bronchite, a trouvé que trente-quatre fois l’affection pulmonaire pouvait être rapportée a la ooutte. Sur ces trente-quatre malades, quatorze étaient sujets a des
1. Greenhow, On chronic bronchilis as especially connecled with Goût, Asthma and Diseuses of the fleart, London, 1869.
IA GOUTTE DANS UES OliGANES.
attaques de goutte régulière, iieuf présentant simnltanémenl des inanifestalions articulaires et bronchiques; onze offraient les signes de la goutte chronique avec dérorniations ; enfin, chez les neuT autres, on ne constatait l’existence de la goutte que chez leurs proches: père, mère, frères, sœurs. Personnellement, Greenhow a pu établir dans dix cas les rapports de la goutte avec la hroncliite.
Première famille : deux goutteux, deux catarrheux.
Deuxième famille : un goutteux, trois catarrheux.
Troisième famille : un goutteux, cinq catarrheux.
Quatrième famille : deux goutteux, trois catarrheux.
Dans les six autres familles, au moins un membre avait souffert de goutte et de bronchite chronique.
Pour l’auteur anglais, qufind la tendance goutteuse héréditaire ne se développe pas sous sa forme articulaire caractéristique, elle peut se produire sous forme de catarrhe bronchique.
Greenhow rapporte un grand nombre d’observations; dans les unes, on voit la goutte et la bronchite se succéder; tantôt la goutte articulaire apparaît la première, tantôt le catarrhe pulmonaire. Dans d’autres, on voit ici la bronchite se développer au moment où cessent les symptômes articulaires; là, au contraire, les symptômes pulmonaires céder hrusquemenh à l’apparition de la goutte sur les jointures. Dans une troisième catégorie de faits, il n’y a pas de manifestations articulaires; mais chez des individus souffrant de goutte irrégulière, sciatique, névralgies diverses, éruptions cutanées, le catarrhe se développe et alterne avec ces localisations abarticulaires comme avec la goutte régulière. Greenhow insiste surtout sur les cas d’alternance avec le psoriasis et l’eczéma.
Nous avons observé chez nos goutteux la coïncidence du catarrhe pulmonaire dans un certain nombre de cas. Nous croyons pouvoir diviser en trois variétés ces manifestations bronchiques de la goutte.
Première variété. — C’est une sorte de catarrhe sec, caracti’risé uniquement par une toux pénible, quinteuse, sans grande expectoration, s’accompagnant d’une sensation d’oppression, de dyspnée qui s’accentue surtout dans la soirée ou dans la nuit. Cette forme de catarrhe précède souvent les attaques de goutte aiguë, résistant a toutes les médications, pour céder brusquement au moment où se fait la localisation articulaire. C’est sans doute
i\ (les cas de ce genre (jiie fait allusHjn Garrod en cilant 1 ol)Scrvaion d’un malade (jni souffrait d’une dyspnée assez intense i)our le mettre dans l’impossibilité do se coucher; celte dysiuiée se compliquait d’une loux rude et sèche. Les ventouses, les révulsils, les expectorants avaient échoué quand, au bout de quelques jours, les symptômes thoraciques s’évanouirent tout à coup et firent place à la goutte articulaire, qui occupa d’abord le gros orteil
ü,auche et ensuite le genou.
Robertson a décrit aussi un étal
bronchique caractérisé par une sensation d ardeur et de sécheresse dans la poitrine et par une toux sifllante et paroxystique.
« Le caractère prédominant de celte toux, dit-il, est dêtie peu amendée par les moyens thérapeutiques habituels et d’être particulièrement influencée par l’étal des articulations. Cette bronchite goutteuse augmente ou diminue avec 1 accroissement ou la dimiirution des manifestations articulaires, et disparaît rarement sans une attaque de goutte aux extrémités, sauf peut-être pendant les chaleurs de l’été. »
Deuxième variété. — La bronchite peut revêtir l'aspect d’un catarrhe aigu suffocant. Elle débute alors brusquement sans cause appréciable. Le malade se plaint d’un malaise général avec sensation de courbature.il n’est pas rare de le voir accuser quelques frissonnements passagers et, bien qu’il n’y ait pas de iminl de côté il proprement parler, une douleur thoracique généralisée. C’est le soir surtout que se maiiifestent ces différents symptômes, (,ui vont s’accentuant de plus en plus. Bientôtsurvient une dyspnée intense, avec cyanose, injection de la face; le malade ne peut restei au lit, ou du moins il se voit dans la nécessité de s’y tenir presque assis.’ La toux est fatigante, intense, quinteuse, sèche d’abord mais bientôt suivie d’une expectoration muqueuse abondante, parfois striée de sang.
A ce moment, l’auscultation montre que la poitrine est pleine de râles muqueux. On se trouve manifestement en présence d un catarrhe suffocant et non point, comme on serait porté à le crou-e, en présence d’une attaque d’asthme. Sons l’influence d’une médication active, sinapismes, ventouses, vésicatoires, on arrive a modilier l’intensité des symptômes; mais tout en perdant de son acuité, le catarrhe n’eu persiste pas moins pendant plusieurs jours. La toux devient moins fréiiuente ; l’expectoration muqueuse fait place à une expectoration muco-purulente. Les râles deviennent moins fins, moins abondants et finissent par disparaître.