‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 133 sur 226 · gr. pour un litre, soit 0.40 gr · texte numérisé non relu

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11 faut noter l’apparition de l’albumine en quantité psez notable coïncidant avec l’attaque de goutte. L’accès vient de finir et avec lui disparaît l’albumine. 11 est vrai que l’albuminurie avait été constatée à l’arrivée du malade, mais dans des proportions très minimes et d’une manière fugace.

2“ La goutte et Varthrite déformante. — Nous ne voulons pas entrer ici clans la discussion de la nature de la maladie décrite

l.A GOUTTE ET LES MALADIES ASSOCIÉES. 421 parAdanissüiis le iiouHleC/i?'o?iic?7ieîiîH^a<car</jr«7is,el qui depuis

a reçu tant de ilcnoniinalioiis diverses. D’accord avec Fuller et Gai-iod, nous ne reconnaissons aucune analogie entre celte affection et le rliuinalisine aigu. Le rhuinalisine aigu peut déterminer dans les articulations qu’il a touchées des altérations qui évoluent à l’état chronique et ahoutissent à des déformations plus ou moins voisines de celles de l’aiThi'ile déformante; mais ce rhumatisme chronique n’est pas l’aiThrite déformante. Celle-ci forme une espèce morbide à part, qui a une marche, des lésions et des conditions étiologiques spéciales. Nous ignorons, il est vrai, sa cause première, mais celte ignorance ne saurait autoriser à la ranger parmi les variétés du rhumatisme chronique.

Si l’aiThrile déformante n’est pas le rhumatisme, elle n’est pas davantage la goutte. La goutte peut, sans doute, nous en avons rapporté des exemples, déterminer, comme le rhumatisme, des iléfoi mations articulaires analogues a celles de l’arthrite déformante. Mais nous avons ici un critérium qui ne permet pas la confusion. Quhl y ait ou non des déformations desjoinlures, la goutte se caractérise par les dépôts uraliques dans les cartilages et par la présence de l’acide urique en excès dans le sang. Dans l’arthrite déformante proprement dite, ces deux caractères font absolument défaut.

Sans parler des conditions étiologiques si différentes qu’on a pu iioinmer 1 arthrite délormante la goutte des pauvres, la marche des deux maladies ne se ressemble guère. Tandis que la goutte : procède par attaques aiguës localisées, l’arthrite - déformante envahit un grand nombre de jointures à la fois, en particulier les petites articulations, soit d’une manière subaiguë, soit d’emblée avec des allures chroniques. Elle peut débuter par le gros orteil, mais presque simultanément tous les autres orteils seront aussi

atteints. En tout cas, l’envahissement se fait d’une façon symétrique ; les deformations sont rapides, résultant du goiinemenl 'des os et

deleiir subluxation, en môme tempsquedel’épaississementdes tissus

pm-articulaircs. .lamais, comme dans la goutte, ces déformations ne sont la conséquence de dépôts d’urate de soude dans les ligaments ou au pourtour des jointures. Enfin, contrairement à'' la goutte, ce sont les articulations des membres supérieurs qui sont a ectees le plus souvent eu premier lieu et offrent des lésions et des e üimalion.s plus accusées que celles des membres inférieurs •’^ans qu il y ail là toutefois rien d’absolu..

Il existe une allection particulière, limitée aux articulations des

'i22 TUAITÉ TliÉOmOlIE ET PUATIOUE DE l.A GOUTTE.

phalangiiies avoc les plialangcllcs des doigts, que Garrod considère comme une forme de son arthrite rhumato'ide et dont Charcot fait une variété île rhumnlisme clironique. Ce sont les nodosités dites dTleherden, que cet auteur décrit comme « de petites tumeurs dures, dont le volume égale environ celui d’un pois, et que l’on rencontre fréquemment un peu au-dessous de l’extrémité des doigts de la main, au voisinage de la seconde articulation plialangienne. » Pour Héberden, ces nodosités n’ont aucun rapport avec la goutte. C’est aussi l’avis de Garrod, qui dit ne les avoir jamais observées chez un sujet qui eût éprouvé un véritableacccsdegoutte. Begbie a soutenu, au contraire, la nature goutteuse des nodosités d’IIeberden. Par une exagération évidente, il déclare qu’on ne les rencontre que chez les sujets affectés de diathèse goutteuse, tout en reconnaissant qu’elles peuvent exister chez des individus qui n’ont jamais eu un seul accès de goutte.

Entre ces deux affirmations extrêmes, il y a probablement place pour une opinion moyenne. Il est d’abord un point qui est hors de discussion; c’est que ces nodosités ne sauraient être confondues avec des tophus; elles n’en ont ni l’aspect, ni la consistance, ni la constitution ; elles tiennent à l’os même et ne sont autre chose qu’une hyperostose des petits tubercules qui existent normalement à l’extrémité inférieure de la deuxième phalange, à la face dorsale. Ces nodosités appartiennent le plus souvent à l’arthrite déformante. Mais ne peuvent-elles jamais se rencontrer dans la goutte? C’est là une opinion trop absolue. Nous croyons que, chez les femmes, en particulier, les nodosités d’Heberden peuvent fort bien être l’indice de la diathèse goutteuse, se traduisant d’ailleurs par diverses manifestations viscérales, asthme, dyspepsie, sciatique, etc., et surtout par les modifications caractéristiques de l’urine et du sang. Nous en avons relevé plusieurs exemples dans nos observations. En voici deux.

Obs. CVIll. — Nodosités d' Héberden. — Dégénérescence graisseuse du, cœur.

Madame H..., soixante ans, a jusque clans ces dernières années joui d’une assez bonne santé.

l.e père de Mme H... était goutteux, son fils est un des types les plus réussis de goutteux. 11 n’est âgé que de quarante ans et goutteux à un âge peu avancé (vingt-deux ans), on peut dire que chez lui la diathèse goutteuse a déjà parcouru presque toute son évolution. Ses jointures j ont été presque toutes intéressées. Un rien rappelle une attaque le

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goutte et sur douze mois il n’eu passe pas trois indemnes de douleur; six mois sur douze il est obligé de garder le lit. Son urine renferme d’énormes proportions d’acide urique.

Tous ces détails ne laissent aucun doute sur la possibilité d’une diathèse goutteuse cliez Mme H...

Or Mme H..., avons-nous dit, a toujours joui d’une bonne santé jusqu’en ses dernières années.

Elle n’a ressenti durant toute son existence que des migraines se montrant de temps à autre.

\ cinquante ans elle a, sans trouble aucun, cessé d’être réglée.

Depuis lors elle a pris quelque embonpoint; sa marebe est devenue plus pénible. Pour un rien elle est en sueur.

Son estomac qui jusqu’en ces derniers temps fonctionnait assez bien est devenu, depuis deux ans environ, le siège de troubles assez persistants. Mme II... se plaint de la lenteur de ses digestions, de renvois acides.

Le fonctionnement de l’intestin laisse lui-même quelque peu à désirer. Il y a des alternatives de diarrhée et de constipation.

La respiration est assez courte; le soir il y a un peu d’œdème des extrémités inférieures. Lorsqu’on ausculte les poumons on trouve de temps à autre un peu de congestion pulmonaire à leur base, où il existe des râles sous-crépitants. Le cœur est volumineux, les battements en sont assez faibles; les bruits peu intenses. Tout nous porte à penser <iu’il y a de la dégénérescence graisseuse de cet organe.

Mais en dehors de ces troubles, ce qui préoccupe vivement Mme IL.., c’est que depuis quelque temps elle éprouve des douleurs presque continues, au niveau des dernières articulations des doigts, qui sont légèrement déformées. Sur tous les doigts au niveau des articulations des troisièmes et deuxièmes phalanges e.xistent des nodosités d’IIéberden-

Ces nodosités ne sont pas les seules causes de déformation. Aux indicateurs, les phalangettes sont légèrement déjetées en dehors. Pas d’autres jointures prises.

Les urines renferment de grandes proportions d’acide urique, mais ni sucre ni albumine.

Quantité I60u

IG pa,. litpe.

Acide urique. .. ; 0.80

Obs. CIX. - Migraines. — Pharyngo-lanjnrjite. — Catarrhe pulmonaire sec. — Congestion pulmonaire. — Nodosités d’Héberden. Mme B..., quarante ans, petite-fille et sœur de goutteux. Nous avons eu l’occasion de soigner le frère qui présente chaque année une ou eux attaques de goutte des plus caractéristiques et des plus intenses, "ies attaques ne durent pas moins de cinq à six semaines.

Mme B... n’a jamais présenté d’attaques articulaires franches. Elle îst vigoureuse, d’un embonpoint satisfaisant. Elle a eu deux enfants et .a menstruation n’a jamais présenté rien de particulier à signaler.

m TRAITÉ THÉORIQUE ET l’RATIQUE DE LA GOUTTE.

Dès radolcscencc clic t-i tmijours éic sujette à s’enrliumer, dil-cile; mais scs rhumes ne ressemblaient en rien aux rliumcs liabituels. Elle était brusquement prise, sans cause appréciable, d’une grosse toux quinteuse, comme coquclucheusc, qui ne s’accompagnait d’aucune cxpecloralion, qui cessait parfois rapidement pour se reproduire bientôt après.

A peine mariée, cette toux devint moins fréquente mais parut faire place à des migraines qui se reproduisaient fréquemment; deux ou trois fois par mois, et qui, souvent, s’accompagnaient de vomissements.

En 1870, vers l’âge de trente ans, à la suite des fatigues physiques, de grandes préoccupations, la toux reparut mais ne revêtit plus le même caraclére ; au lieu d’une toux longue, rauque, ce fut une toux plus sèche, moins éclatante, encore quinteuse, accompagnée de temps à autre de sifflements dans la poitrine, qui se manifesta. Gette toux s’accompagnait souvent d’une expectoration rare, sanguinolente. Mais il n’y eut jamais à proprement parlé d’hémoptysie. Les médecins consultés à cette époque n’ont jamais constaté de lésion grave de la poitrine. Cette malade nous parait avoir eu du catarrhe pulmonaire sec. [.es accidents ne cessaient que lorsque la malade arrivait à rejeter quelques rares crachats visqueux parfois teintés de sang. Ace moment encore il n’y eu jamais l’expectoration abondante qu’on rencontre dans la bronebite ordinaire. Ces crachats rejetés, le bien-être reparaissait et la toux cessait pour quelques mois. Cet état persista jusqu’en 1876.

A cctie époque la toux disparut jusqu’en 188‘2, pendant ce laps de temps reparurent les migraines.

En 1882 retour de la toux toujours quinteuse, toujours sèche ou à peu ju’ès sèche, se manifestant de temps à autre pendant trois à quatre semaines et surtout accusée le matin au réveil.

Elle survient parfois sans cause, d’aulrcs fois c’est à la suite d’un refroidissement qu’elle se montre à nouveau.

Lorsque la malade est reprise de cette toux, c’est le matin surtout (ju’clle se manifeste par trois ou quatre (piintes fort longues et très pénibles. 11 semble à la malade qu’elle a à rejeter des mucosités adhérentes et tout se borne à l’expulsion de liquide clair, transparent. Jamais il n’y a d’expecloration, de crachats muqueux ou mucoso-purulents. Ce n’est qu’exceptiounellement que la malade rend quelques stries sanguinolentes. A l’auscultation, on ne trouve çà et là dans les bronches que des râles sibilants. Parfois même ces râles font complètement défaut. D’autres fois on rencontre quelques foyers de congesgestion pulmonaire, peu étendus, souvent limités à un seul côté, à gauche d’ordinaire, et se dissipant habituellement en quelques jours.

C’est manifestement â l’état des grosses bronches et de la gorge qu’est due cette toux si fatigante. j

La muqueuse du pharynx et du larynx est le siège constant d’un état j inflammatoire des plus prononcés. La muqueuse en est épaissie, rouge, ■ et présente çà et là des varicosités fort étendues. Ce qui prouve bien j que la toux a pour point de départ l’état de cette muqueuse, c’est qu’au i début d’une poussée inflammatoire nouvelle, il suflit parfois de toucher

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(•etle inuqaeuse à l’aide d’un caustique léger pour empêcher l’inflamiiuilion de s’exagérer et pour provenir le relourde l’cxacerhalion de la toux.

La voix a perdu de sa clarté. Depuis que s’est manifestée à nouveau la toux, c’est-à-dire depuis 1882, se sont montrées quelques manifestations de nature spéciale. La malade a été prise de douleurs fréquentes et de craquements à la nuque ; en même temps se sont montrés des points névralgiques limités aux tempes, aux sourcils; mais ce qui nous paraît plus important pour caractériser la nature des souffrances dont se plaint notre malade, les doigts ont commencé à se déformer et à devenir douloureux. Ce sont les annulaires, celui de la main gauche d’abord, qui ont été pris les premiers. Ils sont actuellement tous envahis. Celte déformation est due à l’apparition de nodosités d’Héherden, au niveau des dernières articulations phalangionnes ; elle tient en outre à une raideur insolite au niveau des articulations des deuxièmes et premières phalanges. Ces jointures sont quelque peu tuméfiées et sensibles à la pression; mais en dehors de celle sensibilité provoquée, il existe de la douleur dans ces différentes parties, la nuit et surtout le malin.

Les jointures des doigts et du cou sont les seules intéressées; la malade n accuse aucune autre douleur, ni aux membres supérieurs, ni aux membres inférieurs.

Le cœur est intact; l’appétit est resté bon.

Les urines contiennent de grandes proportions d’acide urique. Pas de sucre ni d’albumine.

Quantité

Acide urique

15 par litre.

3“ Rapports de la gouUe et de l’arthritisme. — Pour établir ces rappoi ts, il faudrait s’entendre sur la signification du mot arthritisme. Or, il est devenu de moins en moins facile de faire la lumière dans le chaos nosologique auquel les médecins français ont impose cette étiquette. Pour les uns, c’est une diathèse, une maniéré defre de l’organisme prédisposant à certaines affections ; pour es autres, c’est une sorte de maladie générale analogue k la syphilis, par exemple, ayant des déterminations multiples" sur les muqueuses, sur la peau, sur les viscères mêmes; car on décrit une bconchite, une angine, une entérite arthritique. Pour les médenus qui s’occupent des maladies de la peau, tout ce qui n’est pas

nlf.: i-iM est arthritique, et encore exisle-l-il

m.wt?'- scrofulides de nature arthritique. Pour les

doulem'r ■ liydi'o-lliermales, tout sujet souffrant de

•Il iculaires, musculaires ou nerveuses, est entaché

.426 TRAITÉ TllÉORIOUE ET l'RATIQUE DE LA GOUTTE.

d’arlliritisme; la goutte, le rliumatisme aigu, l’arthrite déformante, les arthropathies de loute nature, ils confondent tout sous cette dénomination commode. Etrange aberration d’un esprit remarquable, Pidoux considère ce beau désordre comme un effet de l’art. — « La science, dit-il, les écoles sont aujourd’hui à à la distinction radicale du rhumatisme et de la goutte; l’art, au contraire, incline aies croire congénères L » Pidoux ne voit pas que par cet aveu spontané, il fait du mot art le synonyme d’ignorance. De ce que vous ne savez pas distinguer, de ce que la plupart du temps vous n’essayez même pas de différencier une manifestation goutteuse d’une manifestation rhumatismale ou autre, vous vous croyez le droit de les réunir sous une étiquette commune, et vous invoquez l’art pour vous couvrir, et vous opposez votre ignorance artistique aux efforts de ceux qui essayent de savoir !

Indiquons enfin, une dernière variété de partisans de l’arthritisme qui, sous le couvert de la pathologie générale, et s’inspirant d’idées larges, très larges, font entrer dans ce cadre, de gré ou de force, la pathologie et, on peut le dire, l’humanité presque tout entière. Et nous ne parlons pas de ceux qui, sous le nom d’herpétisme, ont voulu créer une nouvelle variété d’état diathésique, variété dont les caractères sont tellement semblables aux manifestations assignées à l’arthritisme que les élèves même de Bazin ont renoncé <\ faire la distinction.

On voit que le mol chaos est le terme juste pour caractériser une pareille situation. Comment y faire la place de la goutte? La goutte, c’est l’arthritisme, disent les uns; la goutte est une branche de l’arthritisme, disent les autres. La goutte et le l'humatisme sont les deux embranchements d’un même tronc, qui est l’arthritisme, dit Pidoux. Qu’on définisse d’abord l’arthritisme; on pourra discuter ensuite. Pour nous, en attendant, la goutte est une maladie qui se différencie des autres mabadies à manifestations articulaires pai' un excès d’acide urique dans le sang et dans les tissus, et elle n’a aucune analogie avec le rhumatisme, maladie infectieuse.

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