Kolbe, Journal f. prakl. Chemie
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répondrons que celle opinion qui n’esl ([uTuie vue de l’esprit, qui ne s’appuie sur aucune base sérieuse, esl tout à fait antiphysiologi(iue. Il nous paraît invraisemblable qu’on puisse, quelle que soit la dose qu on administre au malade, ari'iver à saturer les tissus d un excès de potasse. On ne peut assurément pas plus augmenter les sels de potasse cojitenus dans un organe qu’on ne peut augmenter le chiffre de l’oxygène absorbé par le sang, quelle que soit la somme d’oxygène qu’on fait respirer à l’animal soumis à l’expérimentation.
Nous ajouterons que l’alcalescence produite par la soude est loin d’être passagère, qu’elle se prolonge souvent fort longtemps après quelquesjours d’ingestion de ce médicament ;que, d’aulre part, rien ne prouve, jusqu’à présent, l’innocuilé des sels de potasse sur les organes; tout le monde connaît l’action dangereuse qu’ils exercent sur le tissu musculaire du cœur. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’ils sont moins bien tolérés par les malades; qu’ils provoquent souvent des diarrhées; qu’on ne saurait en prolonger longtemps 1 usage a des doses élevés; c’est qu’il n’est pas démontré qu’ils jouissent d’une action plus grande que les sels de soude pour diminuer la puissance des dissociations des cellules organiques; c’est que leur puissance de dissolution n’est pas beaucoup plus considérable que celle des sels de soude, ainsi qu’il résulte des expériences que Chevallier^ et Ch. Petit^ entreprirent pour étudier l’acliou du bicarbonate de soude des eaux de Vichy sur les graviers, sur les calculs composés d’acide urique. Il résulte de ces recherches, qui ont été reprises par A. Bérard et 0. Henry, que l’acide urique se combine avec la soude et que d’autre part cet alcali désagrège les calculs en provoquant la dissolution du mucus qui entre dans leur constitution.
Aussi, pour toutes ces raisons, ji’hésitons-nous pas à conseiller d’employer de préférence aux sels dépotasse et aux sels de lithine dilficileinenl tolérés et dont nous allons nous occuper, les sels de soude, surtout le bicarbonate que nous prescrivons le plus liabituelemenl. Ce sel, qui possède les propriétés typiques des sels alcalins, a, pour nous, l’avantage de pouvoir être donné à des doses assez élevées sans préjudice pour la constitution du malade, et de plus.
1. Chevallier, Essai sur la dissolution de la gravelle (t des calculs de la vessie, Pai is, 1837.
2. Ch. Petit, Du traitement médical des calculs urinaires et particuliérement de leur dissolution par les eaux de Vichy et les bicarbonates alcalins.
TRAITEMENT DE EA GOUTTE
ou peut en prolonger longtemps l’usage; la dose habituelle à la- ((uelle on l’administre est de ü à 8 grammespar jour, mais on peut eu donner 15 à 20 grammes. Ch. Petit* raconte que ses malades en absorbent quelquefois beaucoup plus sans aucun inconvénient; mais re.xemple le plus intéressant qu’il relate est celui de d’Arcet (pii mangeait, dit-il, 1 kilogramme de pastilles de Vichy par mois, indépendamment d’une très grande quantité de bicarbonate de soude qu’il prenait chaque jour en boisson, soit à jeun, soit à ses repas. Il a pu continuer ainsi pendant quinze ans l’usage constant du bicarbonate de soude à très haute dose et l’emploi de ce sel, loin d’avoir eu le plus léger inconvénient, a été au contraire pour lui le moyen de conserver sa santé dans un état parlait.
Les sels de potasse, au contraire, ne peuvent se donner qu’à beaucoup plus faible dose, surtout si l’on en prolonge longtemps l’usage.’ Ainsi Beneke les prescrit à la dose de 50 centigr. à 1 gr. par jour; on peut en donner de 2 à 4 grammes; mais il faut alors en interrompre l’administration. On ne pourrait sans inconvénient en prolonger l’usage pendant des mois, des années, comme on peut le faire, ainsi que l’a déniontré Ch. Petit, pour les sels de soude (carbonate, citrate, acétate); de sorte qu’en admettant, comme le veulent certains auteurs, que le carbonate de potasse I possède au plus haut point les propriétés des sels alcalins, ces t propriétés se trouveraient amoindries par le fait seul qu’on ne j peut le donner qu’à faible dose et qu’on ne peut sans danger en prolonger l’usage. Ces propriétés des alcalins, sur lesquelles nous reviendrons à propos des eaux bicarbonatées, sont multiples. Administrés aux goutteux, ils diminuent la puissance de dissociation des cellules organiques; ils agissent comme dissolvants sur les dépôts uratiques; ils préviennent la formation de ces dépôts, en augmentant 1 alcalescence du sang, et en transformant le biurate de soude en urate neutre, plus dialysable. Ainsi s’explique l’élimination exagérée de la soude dans les urines des malades soumis à l’usage du bicarbonate de soude, la soude qui apparaît dans l’urine n’étant que la conséquence de l’excrétion exagérée de l’acide urique qu’elle entraîne après s’être combinée avec lui pour former un urate neutre.
i Nous avons déjà consigné plus liant, dans le chapitre consacré à
1. Ch. Petit, Du mode d’action den eaux minérales de Vichy, p. 3G1. Pans, 1850.
THAITE TIIEOrUQUE ET PIIATKJUE UE I.A GOUTTE.
l’étude de l’acide urique, les résultats que nous ont fournis nos rocherclies relativement à l’action du bicarbonate de soude sur la lorination et 1 excrétion de cet acide. Nous avons cru pouvoir conclure que, si le bicarbonate de soude diminue la formation de cet acide, il en facilite l’élimination, et par conséquent en augmente passagèrement l’excrétion. Les deux tableaux suivants, qui nous montrent l’influence du bicarbonate de soude sur l’élimination des bases, potasse, soude, chaux et magnésie, contenues dans l’urine, nous permettent de nous expliquer de quelle manière le bicarbonate de soude ingéré arrive à augmenter l’excrétion de l’acide urique; lorsqu’on examine ces tableaux, on voit que, si le chiffre de la potasse, de la chaux et de la magnésie reste à peu près indifférent à l’action du bicarbonate, il n’en est pas de même de celui de la soude qui toujours est augmenté. C’est à cette augmentation de la soude qu’est due sans nul doute l’élévation du chiffre de l’acide urique excrété lorsqu’on soumet un individu à l’action du hicarhonate de soude.
La soude ingérée se combine avec l’acide urique qui existe dans le sang des goutteux à l’état d’acide biurique. Elle forme de l’urate neutre de soude plus diffusible que le biurate ; de là son éliminalion plus complète par les reins. Ainsi s’explique un des modes d’aclion favorable du bicarbonate de soude. Il prévient les attaques ou les fait cesser en faisant baisser le cbiffre de l’acide urique contenu dans le sang. Nous aurons ailleurs à attirer l’attenlion sui' un autre mode d’action du bicarbonate de soude, (ju’il partage avec les autres bicarbonates et les sulfates, nous voulons parler de l’action qu’il exerce sur la dissociation des matières azotées, qu’il fait baisser. Donnés à ce point de vue, les bicarbonates et les sulfates constituent les médicaments par excellence de la diathèse goutteuse.
Thompson, qui de son côté s’est livré à des recherches sur l’influence qu’exerce la potasse sur l’élimination des hases contenues dans l’urine, a vu le chiffre de la potasse monter par le fait de l’ingestion des sels à base de potasse. 11 est probable qu’elle est principalement éliminée par les urines, comme la soude, sous forme d’urate, et qu’elle se comporte dans l’économie d’une manière analogue à celle de la soude.
Voici les tableaux relatifs à l’action qu’exercent les sels de soude sur l’élimination des bases contenues dans l’iirine.
THAITEMENT DE LA GOUTTE