TRAITÉ
THÉORIQUE ET RRATIQUE UE I.A UOUTTE.
Donc, qu’il s’agisse des bases de l’iirine ou de rurée, de racid(; urique, de l’acide pliosphorique, le salicylate de soude détermine immédiatement une augmentation considérable de tous les matériaux solides de l’urine. A cette période de baiisse succède une période où laplupartde ces principes retombent un chiffre normal et même au-dessous; ce point serait à rechercher pour les bases; mais nous l’avons du moins constaté pour l’urée et l’acide urique, et il est probable que les autres éléments suivent la même pi’ogression descendante.
Mais comment expliquer le mode d’action du salicylate relativement à l’augmentation de l’acide urique contenu dans les urines. N’agit-il qu’en alcalinisant le sang et par suite en favorisant l’élimination de l’acide urique sous forme d’urate neutre? Nous ne le croyons pas; nous pensons que, comme les chlorures alcalins, il agit sur la vitalité des cellules organiques qu’il augmente; nous pensons qu’il exagère la désassimilation des matières azotées. Nous n’en voulons pour preuve que cette élévation du chilTre de l’urée, qui accompagne toujours l’élévation du chiffre de l’acide urique. Il agit donc tout à fait à l’inverse des bicarbonates et des sulfates alcalins, et en présence de ces faits on est en droit de se demander s’il est utile de l’employer dans le traitement de la diathèse goutteuse. Les résultats satisfaisants qu’on en obtient dans le traitement de la goutte articulaire, qui n’est qu’une des manifestations de cette diathèse, parle dans le sens de son utilité. Nous avons d’autre part entrepris des expériences en le donnant à des goutteux dans l’intervalle de leurs attaques et nous avons, dans ces cas, retardé le retour des attaques et diminué leur intensité. Quel peut être alors son mode d’action?Nons croyons qu’il ne diminue la vitalité des cellules qu’après l’avoir exagérée. Il y a pour ainsi dire sous son influence surmenage de ces cellules et ce n’est qn’à la, suite de ce surmenage qu’elles perdent la propriété de dissocier en excès les matières azotées. C’est dn reste ainsi qu’il nous paraît agir dans te rhumatisme articulaire caractérisé pour nous par une suractivité passagère des cellules organiques. Cette suractivité cellulaire, due sans nul doute à la nature infectieuse de la maladie et qui, abandonnée à elle même, ne s’épuiserait qu’à la longue, permettant au rhumatisme de parcourir toute son évolution, s exagère sons l’influence dn salicylate et bientôt la suractivité cellulaire fait place à l’atonie. Le rhumatisme articulaire est guéri; il ne dure ainsi que quatre à cinq jours au lieu de se prolongei
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cinq ou si-K semaines jusqu’à répuisemeiU naturel des cellules.
Dans les cas de diathèse goutteuse où il y a, comme dans le rluiinatisme articulaire, une suractivité cellulaire mais qui est ici persistante, suractivité que peuvent faire baisser les bicarbonates et les sulfates, on comprend qu’il soit possible, en l’exagérant de temps à autre à l’aide du salicylate, d’arriver à une atténuation de la maladie.
XI. — Colchique d'automne. — Les anciens employaient contre les louleurs articulaires sous le nom d'hermodacte, hermodactulos, une plante dont les effets paraissent fort analogues à ceux du colchique d’automne. « Il est, dit Paul d’Égine, des médecins qui dans les attaques de toute maladie articulaire ont recours à l’hermodacte à titre d’agent purgatif; mais il y a lieu de remarquer que l’hermodacte agit sur l’estomac d’une manière fâcheuse, produisant des nausées et de l’anorexie; c’est pourquoi il convient de l’employer seulement chez les gens très pressés de se guérir. Cette substance fait en effet disparaître très rapidement, dans l’espace de deux ou trois jours au plus, la fluxion articulaire, si bien que les malades se trouvent bientôt à même de reprendre leurs occupations. y> On n’est pas absolument d’accoixlsur la nature de cette bermodacte ; elle parait bien représenter cependant une variété de colchique que Samuel Dalon, Richard et Planche pensent être le colchicum variegatum. Quoi qu’il en soit, l’hermodacte fut aussi employée par les Arabes, Avicenne, Sérapion, dans les mêmes circonstances et au même titre que les médecins grecs. Quant au colchique d’automne, on le regardait comme un poison, et jusqu’au dix-huitième siècle il n’entre pas dans la matière médicale.
C’est Stork qui le pi'emier, en 1763, introduisit le colchique dans la thérapeutique. Il l’appliqua au traitement du rhumatisme et de la goutte; c’est surtout comme diurétique et drastique qu’il le préconisa contre les hydropisies; il l’employait aussi dans le catarrhe bronchique et l’asthme humide.
Mais le véritable emploi du colchique dans le traitement de la goutte date du commencement de ce siècle, avec les médecins anglais, AVant, Home, Amstrong, Scudamore, Williams, Haden '. Depuis lors, prôné avec enthousiasme par les uns, employé à
1. Want, Z,OM(t. med. and phys. Jauni. 1815. — Everard Home, Pliilonoph. Transactions, 1816 et 1817. — Williams et Haden, Prael. observ. on the coleh. autumnale, 1820.
coiiire-cœur par les autres, il n’a pas cessé d’êlre prescrit contre la goutte, et il l'ait encore aujourd’hui la hase de toutes les préparations dites spécifiques, de tous les remèdes secrets, eau, liqueur, pilules, vantés contre les douleurs goutteuses.
La manière dont le colchique agit dans la goutte est cependani loin d’êlre démontrée. Ce n’est pas que les expériences manquent sur ce sujet, mais elles ne permettent pas de conclusion définitive et nette. Ce qui ne paraît pas disculahle c’est son action purgative, son influence irritante sur le tube digestif, que le médicament soit pris par ingestion directe ou qu’il soit injecté dans le système circulatoire.
Dans les cas d’empoisonnement chez l’homme, les symptômes observés ont été des vomissements, de la diarrhée avec tenesme,de la faiblesse avec lenteur du pouls, une grande prostration avec refroidissement des extrémités. Il y a inflammation, ulcération et même mortification par places de la muqueuse gastro-intestinale.
Quand on injecte, comme Everard Home et Scudamore l’ont fait, ilu vin de colchique dans la veine jugulaire d’un chien, on voit de même survenir des vomissements de mucus sanglant et des selles bilieuses. On constate en même temps un ralentissement remarquable des mouvements respiratoires et des battements du cœur; le pouls devient faible; puis il ne larde pas à s’accélérer; il devient irrégulier, la respiration s’embarrasse et le chien succombe. A l’autopsie, la muqueuse gastro-intestinale dans presque toute son étendue paraît rouge, congestionnée et enflammée.
A doses thérapentiques, si ces doses sont élevées et répétées, le colchique provoque de même des effets irritants, surtout sur l’intestin. Il agit comme nn drastique énergique; mais il détermine rarement des vomissements; l’effet stomacal se borne d’ordinaire à des nausées.
L’action sur le cœur et la circulation a été peu étudiée. D’après ce que nous venons dire des expériences de Home, le colchique semble agir sur le pneumogastrique à la manière de la digitale ; il ralentit d’abord les battements du cœur chez le chien, puis dans une période terminale qui précède la mort, il les accélère, les précipite et les rend irréguliers. Garrod admet de même cette action sédative sur le système cardio-vasculaire. Dans deux expériences faites sur lui-même, Maclagan a vu 12 centigrammes de teinture de colchique faire tomber la fréquence du pouls en quatre heures de 87 à 65 pulsations, ponr nn cas, et de 84 à 62, pour l’autre.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
L’action du colchique sur la sécrétion urinaire est des plus controversées. Stork considérait ce médicament comme un puissant diurétique. Or cette action est au moins variable, car la plupart des auteurs la nient, et dans nos expériences nous ne l’avons pas constatée d’une manière nette.
Pour ce qui est des principes constituants de Purine, les uns admettent qu’ils sont augmentés, les autres qu’ils sont diminués, d’autres qu’ils ne sont en rien modifiés.
D’après Hammond, le colchique augmente la quantité de l’urine et des matériaux solides excrétés*. Christison et Maclagan ont constaté de même une proportion très élevée d’urée ^ Au bout de ■ deux jours de traitement, Christson trouve la quantité d’urée pres- I que doublée. Mais Garrod fait remarquer que ces auteurs ne tiennent aucun compte de la quantité d’urine rendue pendant les vingt- I quatre heures et font leurs analyses sur des échantillons d’urine recueillis à diverses heures de la journée. D’après Chelius (d’Hei- ' delberg), c’est sur la quantité d’acide urique excrétée par les urines 'que porterait surtout l’action du médicament; et en douze heures il aurait vu cette proportion s’élever du simple au double. Enfin
iBouchardat conclut de ses expériences que le colchique élimine "urée et l’acide urique du sang, et augmente la quantité de ces (deux substances dans l’urine ainsi que la proportion des sels i inorganiques.
D’après Œsterlen, le colchique ne modifierait nullement l’urine mi dans sa quantité, ni dans sa contenance en urée et en acide lurique. Bæcker semble se rapprocher de cette opinion; cependant !Ü admet qu’il y aurait plutôt diminution de la quantité d’urée et d’acide urique
Graves a émis une opinion particulière mais qui n’est pas appuyée d’expériences. D’après lui, le colchique loin d’avoir une d’action éliminatoire sur l’acide urique par les reins, aurait pour effet d’entraver la formation de cet acide dans l’organisme, et c’est à ce titre qu’il agirait dans la goutte.
Garrod, malgré de nombreuses expériences et de nombreuses analyses, n’a pu arriver à rien de précis. Il incline toutefois cà
1. Hammond, Experimenl s relatives lo lhe diuretic action of colchicum — Glasgow med. Journ. 1861, t. IX.
2. Maclagan, On colchicum autumnale; ils phys. and therap. action. Edinb. Monthley Journ. of med. sc., 1851, t. XI, et 1852, t.' XIV.