Clément, Thèse de Paris, 1871, n
C’esl en vertu de leur propriété hypoglobulisante que les eaux de Vichy sont utilement prescrites contre la diathèse goutteuse, à sa période de début ou d’étal, alors que les caractères en sont nettement tranchés, c’est-à-dire lorsqu’il y a exagération du travail de dissociation des matières azotées. Administrées à propos, elles enrayent le travail de désassimilation et par conséquent éloignent l’époque d’apparition de l’état cachectique, terme fatal de l’état diathésique goutteux.
Ainsi, ce qui rend les bicarbonates alcalins précieux dans le traitement de la diathèse goutteuse, c’est qu’ils agissent directement sur les cellules organiques pour en modérer l’action et par suite pour diminuer la formation de l’acide urique; c’est qu’en augmentant l’alcalinité du sang ils préviennent les effets désastreux de l’acide urique sur les organes et favorisent son élimination; nous ne saurions trop nous appesantir sur cette double action que partagent en partie avec les bicarbonates les sulfates alcalins dont nous allons nous occuper.
En résumé, l’action que les bicarbonates alcalins et calcaires exercent sur les cellules organiques en diminuant leur puissance de transformation, nous paraît être à l’abri de tout conteste. Celte action est manifeste, bien qu’elle puisse ne se produire qu’au bout d’un certain temps, alors qu’on a cessé l’action des alcalins (médicaments pharmaceutiques ou eaux minérales). Parfois ce n’est qu’au retour des eaux qu’on voit baisser le chiffre de l’urée et de l’acide urique. Ce qui empêche de constater cette action des alcalins pendant le séjour des malades aux eaux, c’est que les alcalins sont diurétiques et que, comme tous les diurétiques, ils font momentanément monter le chiffre de l’urée; mais cette augmentation n’est qu’apparente et passagère. Elle peut s’expliquer aussi par une augmentation de l’appétit; dans ces cas les cellules organiques subissent deux influences, celle des matières azotées ingérées en plus grande quantité et celle des alcalins ; mais même dans ces cas l’action des alcalins ne s en fait pas moins sentir sur les cellules et cette empreinte durable se traduit par un abaissement de l’urée lorsque vient à diminuer l’appétit et à cesser l’action diurétique.
C’est cette élévation passagère de l’urée, due à l’ingestion plus considérable des aliments, qui avait fait croire à Mialbe que les alcalins augmentaient les combustions, opinion du reste encore répandue, et qui les avait lait regarder par Trousseau
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comme des médicameiils dangereux el débilitanls. Or, s’ils débilitent, c est en faisant baisser le cbiffre des échanges moléculaires. Avec les alcalins pris en excès les cellules organiques perdent de leur vitalité; moins de dissociations organiques, moins d’urée, moins d acide urique. Par le fait de la diminution des échanges moléculaires les organes s’atrophient, le sang s’appauvrit, les globules ne se renouvellent plus et l’on comprend que, si on en continue longtemps l’usage, on puisse voir survenir l’anémie, la débilitation dont parle Trousseau; de là le danger des alcalins pris en excès.
Le danger est d autant plus grand qu’on y a parfois recours chez des sujets épuisés, arrivés à une période avancée de la goutte et chez lesquels la vitalité des cellules a déjà baissé sous l’influence de l’action nocive de l’acide urique retenu dans le sang, et alors qu’il faudrait instituer une tout autre médication.
Il paiait plus grand encore, lorsqu au lieu d’alcalins pharmaceutiques et isolés on a recours à l’usage des eaux minérales qui, en somme, sont constituées par la réunion de plusieurs alcalins dont l’action est alors beaucoup plus énergique.
Ainsi s expliquent par 1 action des alcalins sur les cellules organiques les effets désastreux qu’on voit parfois se produire chez des goutteux, chez des diabétiques dont la constitution était déjà ruinée par une maladie ancienne et avancée. Chez ces malades, la vitalité des cellules déjà diminuée baisse encore sous l’influence de ces médicaments et l’anémie devient irrémédiable.
Cette propriété des alcalins qui les rend précieux lorsqu’il s’agit de prévenir l’apparition de la diathèse goutteuse ou de la combattre lorsqu elle existe, n est pas la seule, disions-nous, qu’ils possèdent. Absoi bes à 1 intérieur et même pris en bain, ils jouissent du pi ivilège de modifier la crase du sang, ils le rendent plus alcalin, ainsi que nous avons pu le constater plusieurs fois, ainsi que le démontre du reste l’alcalinité de l’urine. Or, en alcalinisant le sang, ils ôtent à l’acide urique son action nocive. Tant que l’acide urique contenu dans le sang y rencontre des bases en quantité suffisante pour exister à l’état d’urate neutre, il devient pour ainsi dire inoffensif; on est, ainsi que nous l’avons déjà dit, à l’abri de toute attaque de goutte. L’attaque articulaire ne survient, les manifestations viscérales ne se produisent que lorsque le sang charrie du biurate de soude. C’est en fournissant à l’acide urique les bases dont il a besoin qu’agissent contre la diatbèso goutteuse les bicar-
Ijonales alcalins, quelle qu’en soit la nature, soude, potasse, lithine ou chaux; qu’ils soient pharmacenliques ou qu’il s’agisse d’eaux minérales.
L’alcalinisation exagérée du sang ne met pas seulement à l’abri momentané d’une attaque de goutte. Elle peut en prévenir l’apparition ultérieure en facilitant l’élimination de l’acide uriqne. Le biurate de soude ne se prête pas à l’endosmose rénale. C’est à l’état d’urate de soude que l’acide urique peut être éliminé par les reins, et les bicarbonates alcalins, assurant l’existence de l’urate de soude dans le sang, garantissent l’intégrité de la fonction rénale et par suite la sortie de l’acide urique. Enfin tout nous porte à croire que cette alcalinisation exagérée du sang peut exercer sur les lopbus une heureuse infiueuce, en provoquant la disparition.
Les eaux bicarbonatées sodiques et calcaires qu’on emploie le plus généralement sont les eaux de Vichy, de A^als, de Saint-Nectaire, de Royat, de Fougues et d’Evian en France; de Buxton en Angleterre; de Tarasp en Suisse; d’Ems, de Neunabr, de Teplilz, deBil, de Geilnan, de Fuacbingen, de Soultzmatt, de Asmannsbausen, en Allemagne.
Nous allons examiner celles de ces eaux qui sont avec juste raison le plus généralement prescrites.
A. — Eaux bicarbonatées sodiques. — Eaux de Vichy. — De temps immémorial on prescrivit l’usage des eaux de Vichy dans les affections du foie, de l’estomac, des intestins. On les regardait comme très résolutives. Toutefois elles ne convenaient pas dans tous les cas : « 11 faut éviter, dit Emmanuel Tardy, do les prescrire dans les cas de maladies qui sont l’effet de la trop grande ténuité et dissolution dn sang. » Elles ne conviennent, dit Desbrets, dans aucune des circonstances où l’on peut soupçonner de l’alcalescence dans les humeurs, lorsque le sang se dissout. Grâce aux travaux de Lassone (1750), de Desbrets (1777), de Bertbier, on les conseilla en outre dans les cas de gravelle, de pierre vésicale.
Mais c’est aux travaux de d’Arcet (1825), et surtout à ceux de Ch. Petit (1827-1846), qu’on doit la véritable indication des eaux de Vichy dans le traitement non seulement de la gravelle, qui n’est qu’une des manifestations de la diathèse goutteuse, mais encore dans le traitement de la diathèse elle-même et de toutes ses manifes-
1. Desbrets, Traité des eaux minérales de Châteldon, de celles de [ichij H de llaulerive, Moulins, 1778, in 12.
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lalions articulaires ou viscérales. Ce dernier auteur comprit d’une laçon à peu près complète l’action de ces eanx sur la goutte ; il attribua cette action à la propriété que possèdent ces eaux d’augmenter l’alcalescence du sang; mais cette propriété des eaux de Vichy, tout importante qu’elle est, n’est pas, ainsi que nous l’avons vu, la seule que leur communiquent les bicarbonates alcalins, puisqu’en raison de ces bicarbonates elles ralentissent le travail de dissociation et facilitent la sortie de l’acide urique.
Pour Durand-Fardel, si compétent lorsqu’il s’agit des eaux de Vichy qu’il pratique depuis tant d'années, l’indication des eaux de Vichy se rapporte spécialement à la diathèse goutteuse se traduisant par des manifestations de goutte régulière articulaire à déterminations franches et nettement fluxionnaires. Elles ne doivent être administrées, suivant cet auteur, qu’en dehors des manifestations articulaires; c’est ainsi qu’on parvient, dit-il, à ne les adresser qu à la diathèse elle-même et non point à ses manifestations qu’il faut toujours préserver de toute intervention perturbatrice.
Elles conviennent encore dans les cas de diathèse goutteuse où existent des signes de catarrhe gastrique avec production exagérée d’acides, chez les malades dont les forces sont encore en bon étal, (jui ne sont sujets qu’à des attaques de goutte franche avec tendance à la formation de graviers (Senalor) L Garrod les conseille dans les cas où la maladie paraît dépendre de la production exagérée de l’acide urique plutôt que de l’élimination insuffisante de cet acide; dans les cas où les fonctions du foie et celles des organes digestifs sont particulièrement alîectées. G. Sée n’hésite pas de son côté à placer les eaux de Vichy au premier rang des eaux bicarbonatées sodiques^.
Pour .laccoud et Labadie-Lagrave, ces eaux seraient plus utiles chez les sujets où la goutte. n’existe encore qu’à l’état talent, c’està-dire contre la diathèse que contre les manifestations de la goutte confirmée.
Nous sommes, de notre côté, tout à fait convaincu que les eaux de Vichy doivent être réservées pour les cas de diathèse goutteuse, qu’elle se soit ou non déjà traduite par des localisations articulaires ou viscérales, survenant chez des inJividus forts, vigoureux,
1. Senatür, Ziemssen's Ilandbuch, t. XIII, p. 130, Leipzig-, 1875.