‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 194 sur 226 · Sée, Des dyspepsies gaslro-inleslinales, 1881, p. -t · texte numérisé non relu

Sée, Des dyspepsies gaslro-inleslinales, 1881, p. -t

LECORCHÉ, Goutte.

m TUAITÉ TllÉOUlQUE ET l'IlATlQUE UE LA GOUTTE.

qui présentent tons les caractères apparents et réels d’une hypernutrition. Aussi sommes-nous tout à fait de l’avis de Garrod qui dit que, dans la forme chronique de la goutte, c’est-k-dire à une époque avancée de la diathèse goutteuse, elles sont plus nuisibles qu’utiles, lorsque l’organisme est déjà affaibli, et aussi dans les cas où des dépôts d’urate de soude se sont formés hâtivement sur les jointures ainsi qu a la surface du corps.

La raison de cette indication s’explique tout naturellement d’après les idées que nous avons émises plus haut sur la nature de la goutte et sur le mode d’action des bicarbonates alcalins. Si la diathèse goutteuse est bien réellement due, comme nous le pensons, à une action exagérée des cellules organiques qui président à la dissociation des matières azotées, il faut dans les cas où cette dissociation est des plus prononcées, c’est-à-dire quand la maladie atteint des sujets vigoureux et se traduit par des localisations nettement accusées, avoir recours aux eaux thermales qui possèdent l’action modératrice la plus puissante pour ralentir le travail de dissociation; or les eaux de Vichy, comme celles de Vais dont nous allons parler, sont assurément à ce point de vue les plus énergiques des eaux bicarbonatées sodiques.

C’est à ce titre encore qu’elles sont utiles pour combattre la gravelle, puisqu’en ralentissant la dissociation des matières azotées elles diminuent la formation de 1 acide urique. Pai 1 alcalinité qu’elles communiquent au sang, elles facilitent enfin la sortie de l’acide urique déjà formé. Si donc vous vous trouvez consulté par un goutteux dont les urines sont d’une densité élevée et qui contiennent en excès de l’urée et de l’acide urique, n’hésitez pas à prescrire l’usage des eaux de Vichy, que les manifestations soient articulaires ou viscérales.

En dehors de leur action intime sur les échanges oiganiques, en dehors de l’alcalinité qu’elles communiquent à l’urine et sur laquelle d’Arcet s’est longuement étendu, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, les eaux de Vichy exercent sur les différentes fonctions de l’économie une action qu’il est utile de connaître poui en mieux préciser le mode d’emploi. L’eau de Vichy n aurait pas seulement la propriété d’augmenter l’alcalescence du sang, ce rendre les urines alcalines, elle jouirai t également du pouvoir d agir sur la sueur; elle augmenterait la sécrétion cutanée cpii, au dire de Ch. Petit, deviendrait alcaline. Cet auteur auiait ui le papiei ce

TRAITEMENT DE LA GOUTTE

tournesol rougi par un acide et préalablement liuineclé passer au bleu le plus Ibncé au contact de la peau.

Les sécrétions lournies par les membranes muqueuses, comme celle de l’estomac, acquièrent, surtout au moment de la digestion, un degré d alcalinité des plus prononcés. Ces sécrétions deviendraient en même temps moins abondantes et Ch. Petit se demande si ce n’est pas à cette propriété que possèdent les eaux de Vichy de diminuer les sécrétions qu’il faut attribuer la rareté des selles observée si fréquemment chez les malades qui en font usage. C’est à torique Claude Fouet disait, en parlant de leurs vertus, qu’elles étaient apéritives, désopilatives et purgatives. Elles ne deviennent purgatives que si on les prend à grandes doses et si elles sont mal digérées. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’en dehors de ces conditions elles agissent comme purgatives et encore souvent à ce dérangement momentané succède une constipation opiniâtre.

Les eaux de Vichy exercent une action évidente sur le système circulatoire. Aussi doit-on éviter de les prescrire dans.les cas où il existe une maladie du cœur d’une certaine gravité, dans les cas de catarrhe pulmonaire et en général dans toutes les affections des organes qui, comme les poumons, joignent à une organisation éminemment vasculaire une grande irritabilité. Les effets qu’elles produisent sur le système nerveux, dit Ch. Petit, varient à l’infini. Ils dépendent tout à fait de la susceptibilité plus ou moins grande et quelquefois très mobile du sujet. En général, les malades supportent facilement la dose ordinaire, qui varie de trois à six verres par jour, lorsque les voies digestives ne sont pas dans un état d’irritation trop grande ou qu’elles ne sont le siège d’aucune inflammation aigue. Mais il en est d’autres qui ne peuvent en supporter la plus légère quantité, quoiqu’ils se trouvent, en apparence, dans des conditions convenables pour les prendre. Aussi doit-on toujours procéder avec prudence.

Pendant les premiers jours du traitement on n’observe pas en général d'effets bien sensibles. Quelquefois seulement les malades se plaignent d’un peu de fatigue dans les meinbres, de pesanteur de tète, d’un penchant assez prononcé au sommeil. Au bout de très peu de jours, lorsque les organes digestifs ne sont pas trop fortement affectés, l’appétit manque rarement de se développer; mais il se calme au bout d’un certain temps et cesse même tout à fait quand le malade prend des eaux en excès ou arrive à

saliiralioii. C’esl alors qu’on observe fréquemment une certaine excitation (lu système nerveux. Les malades se plaignent d’insomnie, d’agitation générale. Il est prudent dans ces cas de faire cesser le traitement ou de le suspendre pendant cjuelqnes jours.

Indépendamment des différences que l’on observe dans les ellels des eaux de Vichy suivant la susceptiblité nerveuse des sujets, la nature de leurs maladies ou les complications qu’elles peuvent offrir, il en est d’autres, dit Ch. Petit, qui tiennent aux sources dont on'fait usage. Il cite à ce propos le cas d’uu malade qui ne pouvait tolérer la Grande-Grille et qui supportait très bien l’Hôpital.

Les eaux de Vichy peuvent être utilisées dans le traitement de la diathèse goutteuse acciuise aussi bien que dans le traitement de la diathèse héréditaire. Toutefois il semble, cl après Ch. Petit, qu(\ le traitement a plus de chance de succès contre la goutte acquise que contre la goutte héréditaire.

Elles paraissent également efficaces ([uels que soient l’âge et le

sexe des malades.

Les résultats sont beaucoup plus complets, plus prompts, dans la goutte aiguë régulière que dans la goutte chronique. Le traitement par les eaux de Vichy peut provoquer un accès de goutte, mais ce fait n’est pas habituel et n’est nullement nécessaire pour arriver à la modification de la diathèse goutteuse.

Cil. Petit ditavoir vu, bien que rarement, sous l’influence de ces eaux, disparaître des tophus au bout de quelques mois. Cette disparition peut se faire insensiblement, elle peut survenir, comme conséquence d’une attaciue de goutte aiguë provociuée par les eaux. Il croit ([ue le traitement alcalin, s’il est continué, empêche

la formation de tophus nouveaux.'

Il ne conseille qu’avec la plus grande réserve 1 usage des eaux de Vichy dans les cas de goutte dite ah articulaire ou viscérale. Qu’elle soit fixée sur les organes de la poitrine, de 1 abdomen ou de la tête, il veut qu’au préalable et avant d’avoir recours aux eaux de Vichy, on combatte les inflammations qu elle a pu faire naître vers l’une ou l’autre de ces différentes partms du corps Comme Ch. Petit, nous croyons que les eaux de Vichy ue son qu’exceptionnellement applicables au traitement des manifestations viscérales de la goutte. Comme ces manilestations nappaiaisscn qu’à une époque avancée de l’évolnlion de la maladie, alors que l’écoudmie est fortement épuisée, que les échanges moleculaii es

TUAI I’EMENT DE LA GOLTTE

ont perdu de leur intensité, nous pensons qu’il faut alors avoir recours à des eaux qui, loin de ralentir le travail nutritif comme les eaux bicarbonatées sodiques ou les sulfiitées sodiques, le stimulent au contraire, comme les eaux cblorurées, ou ne le ralentissent que faiblement, comme les bicarbonatées ou les sulfatées calcaires. De là, la nécessité d’avoir de préférence recours pour le traitement des viscéralgies aux eaux bicarbonatées ou sulfatées cal- (■aires ou aux eaux chlorurées.

Les résultats que donne l’usage des eaux de Vichy dans le traitement des manifestations articulaires de la goutte chronique ne sont pas des plus satisfaisants. Si Petit signale sous l’influence de ces eaux la cessation des douleurs subaiguës qui persistent parfois un temps plus ou moins long au niveau des jointures récemment prises; si l’on voit parfois la disparition de l’œdème qui souvent les accompagne, on doit reconnaître que, dans ce cas, les effets du traitement par les eaux de Vichy sont, sinon dangereux comme dans le cas précédent, du moins fort problématiques. Les résultats sont encore plus incertains lorsqu’il existe des contractures des membres, surtout si elles sont anciennes, des ankylosés plus ou moins complètes, des paralysies. Dans tous ces cas, il faut proscrire les eaux de Vichy et avoir recours à des eaux stimulantes soit chlorurées, soit indifférentes ou sulfureuses.

Les eaux de Vichy contiennent en moyenne de 4 à 5 grammes de bicarbonate de soude par litre.

La température en est assez variable suivant la nature des sources qui les fournissent. De 42° centigrades pour l’eau de la Grande-Grille, de 31 pour l’eau dç l’Hôpital, la température tombe à 15°, 2 pour l’eau des Célestins. C’est la température qui est la moins élevée de toutes les eaux de Vichy.

Les sources sont nombreuses à Vichy, mais elles ne sont pas indistinctement affectées à l’usage interne età Pusage externe.il en est qui, comme celle des Célestins, ne sont utilisées que pour l’usage interne. 11 en est d’autres qui ne servent qu’à l’usage externe, comme celle du Puits carré.

Certaines d’entre elles comme celles de l’Hopilal, de la Grande- Grille... sont à la fois prescrites à l’intérieur et à l’extérieur. Il en est même comme celle d’IIauterive qu’on n’utilise que pour l’exportation.

Toutes ces eaux sont plus ou moins gazeuses et contiennent une ((uantité plus ou moins grande d’acide carbonique. Toutes sont

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plus ou moins chargées d’hydrogène sulfuré; certaines, comme celles que Iburiiissent les sources de Lardy, de Mesdames cl d’Hauterive, sont l'eiTugineuses à certain degré et peuvent être utiles cà employer dans les cas où il y a quelques indications spéciales à remplir.

Eaux de Vais. — Les eaux de Vais sont des hicarhonatées sodiques. Les soui'ces en sont très nombreuses. Leur minértalisaüon est très riche. Elles contiennent de 3 à 9 grammes de hicarhonate de soude par litre.

C’est à tort qu’avec Chahannes' on voudrait faire une distinction entre les eaux de Vais et de Vichy. La constitution en est à peu près la même, la hase principale est constituée, comme celle des eaux de Vichy, par le hicarhonate de soude et, si elles agissent contre la goutte, elles le doivent cà des propriétés qu’elles partagent avec les eaux de Vichy. Comme celles-ci, elles rcalentissenl la nutrition et c’est à ce litre qu’elles sont heureusement employées contre la dicalhèse goutteuse. Comme elles aussi, elles diminuent la formation de l’acide urique et en facilitent l’élimination.

Les indications qu’elles comportent sont à peu près les mêmes que celles des eaux de Vichy. Toutefois les eiiux de Vichy, par le fait de leur thermalilé plus élevée, ont assurément une action plus stimulante; aussi doit-on réserver les eaux de A^als pour les sujets qui ont tout à redouter d’une excitation trop prononcée, pour ceux qui, eau début de leurs manifestations goutteuses et tout en présentant les signes de la vigueur et de la force, n’offrent pas les caractères d’une hypernulrilion aussi marquée, ce dont on peut toujours s’assurer par Texamen de l’urine. On y aura également recours lorsqu’il s’agira de dyspepsie acide à combattre, de troubles hépatiques à modifier, d’urines sédimenleuses à transformer, de gravelle urique à prévenir.

Nous trouvons dans le recueil d’observatiohs physiologiques et cliniques du D'’ Clermont des indications qui viennent à l’appui de celles que nous venons de formuler.

Si l’on demandait, dit le D' Clermont, pourquoi les stations d’eaux minérales alcalines, comme celles de Vais, appellent un si grand nombre de personnes atteintes de lésions hépatiques, MM. Petrequin et Socquet se chargeraient eu.x-mèmes de répondre à cette question. Ils disent en effet ; « Par l’usage des eaux alca-

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