A. Brisson, Lettre à Claude Charles
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
jamais produire aucun des troubles que causent souvent les sels à base de soude ou de potasse.
Ce qui constitue pour lui un avantage dans l’emploi des eaux de Fougues, c’est qu’il peut être prolongé sans qu’on voie survenir l’action débilitante qui accompagne l’administration prolongée des mêmes sels à base de potasse et de soude. C’est, dit-il, un privilège de l’eau de Fougues de se conduire au milieu de l’économie comme le font les eaux alcalines sans en avoir les inconvénients. C est ce qui, pour nous, les rend si précieuses dans ces cas de diathèse goutteuse où les localisations ont perdu de leur acuité et qui déjà se caractérisent par une anémie plus ou moins prononcée.
Frise par des personnes en santé, dit Roubaud, l’eau de Fougues a pour effet d’exalter la muqueuse de l’estomac, de développer l’appétit et d’augmenter considérablement la sécrétion de l’urine qui devient presque tout de suite alcaline.
Fendant le repas, coupée avec du vin ou de l’eau sucrée, elle facilite la digestion et délivre des nausées auxquelles sont sujets quelques individus bien portants.
La dyspepsie des goutteux cède naturellement à l’usage de l’eau de Fougues. Les douleurs d’estomac se calment et s’éteignent en même temps que les chaleurs qui les accompagnent. En outre, les fonctions naturelles de l’estomac s’exaltent, la transformation des aliments et leur absorption deviennent plus faciles et plus complètes.
Si l’on tient compte que parmi les états morbides producteurs de la gravelle les troubles digestifs tiennent la première place, on s’expliquera facilement comment les eaux de Fougues, si merveilleuses pour la guérison des dyspepsies, atteignent certaines gravelles dans leur source et les guérissent complètement en prévenant la formation de la diathèse goutteuse ou en la guérissant.
Roubaud n’admet pas plus pour les eaux de Fougues que pour les eaux de Vichy ou de Vais la propriété de dissoudre les graviers; mais elles en facilitent et en précipitent la marche. D’autre part elles s’opposent à leurformation et préviennent le catarrheurinaire qui en est la suite.
Eaux de Buxton. — La réputation, des eaux de Ruxton n’est plus à faire dans le traitement de la goutte, puisqu’on les voit affectées au traitement de cette maladie à une époque déjà reculée, au temps de la reine Élisabeth et de la reine Marie (1570-1595).
C’est surtout sous Ibrme do haiiis qu’oii les administre, ainsi que nous avons pu nous en assurer nous-inènie ; c’est de l’iiydrothérapie qu’on fait surtout à Bu.vton.
Les maladies qui relèvent les eaux de Buxton où nous avons longtemps séjourné, sont assez nombreuses ; mais au premier rang, d’après Robertson, se trouve la diathèse goutteuse, avec manifestations articulaires subaiguës; les névralgies qui en dépendent, comme la sciatique, les affections rénales, les troubles vésicaux. On doit considérer comme des contre-indications à l’usage des bains de Buxton les affections inflammatoires portant sur des organes essentiels à la vie. Aussi ne devra-t-on soumettre qu’avec la i)Ius grande prudence à l’action des bains les goutteux atteints de i>aralysies qui peuvent dépendre d’une affection inflammatoire du cerveau , de la moelle ou de ses enveloppes, de maladies du cœur ou des bronches; les métastases si menaçantes chez les goutteux doivent être pour le médecin l’objet de grandes préoccupations lorsqu’il prescrit à l’extérieur les eaux de Buxton.
Robertson^ conseille de ne les prendre que de deux jours l’un, ou deux jours successifs avec un repos le troisième. B s’est très bien trouvé de faire faire cà ses malades deux ou trois cures chaque année de courte durée, avec des intervalles de repos. Nous avons pu constater nous-raême sur place tout le bénéfice que I on peut retirer de l’usage de ces eaux sous forme de bains.
Prises à l’intérieur, les eaux de Buxton (Saint Ann’sAAell) agissent avantageusement dans les cas de congestion des orpnes abdominaux, dans les dyspepsies. Elles sont en outre diurétiques et modifient la nature de l’urine. Elles agissent avantageuscmenl
sur la constitution des goutteux.
Pearsoii^ de son côté a eu l’occasion d’étudier l’action des eaux de Buxton; il a constaté leur efficacité dans les cas de goutte subaiguë avec localisation articulaire, dans les cas de céphalalgie
goutteuse.
Eaux (VÉvian. — Comme les eaux de Pougues et de Buxton, les eaux d’Evian sont des bicarbonatées calcaires. Gomme elles, elles agissent très avantageusement dans les cas de diathese goutteuse avec dyspepsie, congestion du foie. Elles sont diuiv-
1. Robertson, A hand boolc to lhe peak of Derhjshire and lo lhe use of
the IJiuclon minerai Walers. Buxton, 18G2. „
2. Pearson, Reports of cases Ireated at lhe Riuvton Bath. Livcrpool,
TRAITEMENT DE LA GOUTTE. Gii
tiques, aussi les avons-nous prescrites très heureusement dans les cas de gravelle avec ou sans catarrhe vésical, avec pyélite. Comme ces eaux, elles modifient l’action des cellules organiques dont elles diminuent 1 activité, mais elles sont beaucoup moins loi tes et contiennent moins de bicarhonate calcaire; on les prescrira donc dans les cas de diathèse goutteuse peu intense, chez les sujets déjà affaiblis ou qui ne présentent qu’une force de résistance peu considérable, alors que les quantités d’urée et d’acide urique ne dépassent qu assez faiblement la moyenne normale.
Nous les avons vues réussir merveilleusement dans ces cas, lorsque la diathèse goutteuse se traduit par des localisations articulaires ou viscérales peu prononcées, congestives ou névralgiques.
Comme les eaux de Buxton, les eaux d’Évian se prescrivent en bains et en boissons. C est l’administration intérieure qui prédomine.
II. Eaux sulfatées, alcalines et calcaires. — Les SulfateS alcalins et calcaires, comme les bicarbonates alcalins et calcaires, sont utilement employés pour combattre la diathèse goutteuse à sa période d’évolution.
Les sulfates alcalins les plus généralement usités sont les sulfates de soude et de magnésie. C’est sous forme d’eau minérale (}u’on les prescrit (eaux de Carlsbad, de Marienbad).
Il en est de même des sulfates calcaires que contiennent les eaux de Contrexéville , de Vittel, de Martigny, d’Aulus, de Capvern et de Bath.
Les sulfates n’ont pas, comme les bicarbonates, la propriété de diminuer l’acidité de l’estomac; ils ne sont pas décomposés au contact du suc digestif ou des acides qui restent dans l’estomac comme résidus de la digestion. Ce n’est donc point dans les cas de dyspepsie acide qu’on doit y avoir recours.
Mais absorbés dans l’estomac, ils diminueraient par le fait de leur absorption l’état congestif de la muqueuse gastrique et, en changeant le pouvoir endosmotique, ils agiraient ultérieurement, comme sels purgatifs. C’est à ce litre qu’ils sont pi'écieux.
Ils combattent avantageusement le catarrhe gastro-intestinal qui constitue une des manifestations si fréquentes de la diathèse goutteuse; diminuent la dilatation stomacale et la distension que protliiil si souvent raccumiilation de gaz dans l’intestin.
Ils sojit également efficaces pour modifier l’état congestif du foie. Ils se recommandent, comme on le voit, lors(iu’on se trouve
LECORCIIÉ, Goutte. il
en présence de cet état caractérisé par la congestion des dilTérenls organes contenus dans l’abdomen, étal que les anciens décrivaient sous le nom de pléthore abdominale. Enfin ils agissent comme diurétiques et favorisent l’élimination de l’acide urique contenu dans le sang. Ainsi il résulte des recherches de Voil‘ que l’ingestion du sulfate de sonde fait monter l’urine de 1260 à 1335, dans un autre cas de 400 à 4-36 centimètres cubes.
Mais là ne se bornent pas les propriétés dont ils jouissent. Ce qui les rend précieux dans le traitement de la diathèse goutteuse à sa première période, c’est que, comme les bicarbonates alcalins, ils agissent sur les cellules organiques qui président au tiavail d assimilation et de désassimilation des matières azotées et que, comme eux, ils en modèrent l’action.
Seegen a constaté que le sulfate de soude, à la dose de 2 gr., faisairbaisser le travail d’assimilation et de désassimilation des matières azotées de 24 p. 100.
Voit, il est vrai, n’a pas confirmé ces résultats; mais ce qui résulte de ses tableaux, c’est que le sulfate de soude est tout au
plus indifférent.
Nous ne saurions admettre celte dernière manière de voir; et, nous basant sur nos recherches personnelles, dont nous avons donné plus haut un aperçu, nous n’hésitons pas à accepter 1 opinion de Seegen et à regarder les sulfates comme jouissant d’une propriété modératrice sur l’action des- cellules organiques. Tout porte à croire même qu’en employant des doses plus élevees que celles de Seegen et que celles que nous conseillons à nos malades, on obtiendrait des résultats plus marqués. Mais ces résultats suffisent pour nous expliquer l’aclion thérapeutique de ces sels dans le traitement de la goutte, action que l’expérience clinique a consacrée. . . I , . ,
C’est très certainement par leur action modératrice sur les irans
formations azotées que ces sels se recommandent dans le traitement de la goutte, à sa période d’évolution. Comme les bicai onates, ils jouissent de la propriété de faire baisser le chiffre ce l’urée et cîe l’acide uriciue. Le fait intéressant a sipialei, a pi pos de ces sels, c’est que l’expérience a démontre ciue les su làtes, comme les carbonates, deviennent dangereux a une période avancée de la diathèse, alors ciue les cellules organiques ont perdu