Charcot, Leçons sur les maladies chroniques, Paris
fi5“2 TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
Contrexéville activent les sticrétions, augmentent la faculté contractile des organes du ventre. A doses élevées, elles deviennent purgatives.
Eaux de Vittel. — Comme les eaux de Contrexéville, les eaux de Vittel sont des eaux froides. La température de ces eaux est de il“25.. Le sulfate de chaux qu’elles renferment comme principale substance minéralisatrice y est en plus faible proportion que dans les eaux de Contrexéville. On en signale dans ces eaux de à 1 gramme par litre.
Il existe à Vittel trois sources principales; la Grande Source, la source Marie et la source des Demoiselles, qu’on utilise et qu’on prescrit surtout en boisson à la dose de huit à quinze verres par jour.
Bouloumié*, à propos du traitement de la goutte et de la gravelle par les eaux de Vittel, expose ses opinions qui nous paraissent tout à fait justes et qui nous permettent de nous rendre compte de l’action de ces eaux.
Le traitement de la goutte, dit-il, varie avec les périodes, au point de vue de certaines indications spéciales ; mais, au point de vue des indications générales, un seul traitement peut être recommandé durant toutes les périodes et dans à peu près tous les cas, c’est le traitement par les eaux minérales comme celles de Vittel, Aulus, Capvern, Contrexéville, Martigny, Bath....
Boulournié ne pense pas, et avec raison, qu’on puisse par d’autres moyens agir mieux et avec autant de sécurité en même temps sur l’état des voies digestives, sur l’état de la nutrition, sur l’état des liquides de l’économie et sur l’état des reins. L’eau de la Grande Source agit en effet chez les goutteux, non seulement en améliorant l’état des voies digestives et en opérant un lavage de l’économie tout entière et des reins en particulier, mais encore en favorisant manifestement la régularité des phénomènes intimes de la nutrition.
Par son emploi, les accès de goutte sont généralement éloignés, diminués dans leur intensité, supprimés chez un assez grand nombre pour un temps quelquefois très long, et cela sans le.s inconvénients graves qui restent attachés aux traitements par les préparations de colchique, par les alcalins à haute dose, par le salicylate de soude.
C’est aux goutteux débiles aussi bien qu’aux exubérants que
1. Boulournié, Extrait du guide aux eaux minérales des Vosges, Paris, 1880.
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convient le traitement par l’eau de la Grande Source. Quand la goutte est arrivée à ses dernières périodes, les eaux de Vittel peuvent encore être utiles, elles diminuent les souffrances et prolongent la vie. La gravelle peut être guérie à Vitlel, mais ce n’est généralement qu’aprcs plusieurs séjours.
Eaux de Martigny. — Ces eaux, dont la composition se rapproche beaucoup des eaux de Vitlel, se prescrivent dans les mêmes conditions qu elles. Toutefois, elles sont un peu plus ferrugineuses et un peu plus excitantes.
Eaux de Capvevn. — Il existe à Capvern deux sources d’eaux minérales, la source du Hount-Caoute et la source du Bourde.
La température de ces eaux est assez peu élevée, 24“,37.
Le sulfate de chaux s’y rencontre dans la proporlion de 1,096.
L’eau de ces sources dont la composition est à peu près la même s’administre à l’intérieur et à l’extérieur, mais surtout à 1 intérieur à la dose de huit à dix verres par vingt-quatre heures.
Ces sources, bien que chimiquement à peu près semblables, jouissent de propriétés physiologiques quelque peu différentes. L’eau de la Hount-Caoute serait excitante, celle du Bourde hypd- •sthénisante.
Sous l’influence des eaux de la Hount-Caoute, dit Ticier*, Tappé- (it est vivement excite et les forces digestives sont pour ainsi dire décuplées. Est-ce aux sels de chaux ou de magnésie que cette eau contient en grande proportion, est-ce fi sa thermalilé, à son .acide carbonique, que l’on doit rapporter son action remarquable? Nous ne savons; cependant l’utilité incontestable de ces agents de la matière médicale dans les affections des organes digestifs le laisse pressentir.
La sécrétion de la bile est considérablemeni augmentée par 1 usage de 1 eau de la Hount-Caoute. Chez la plupart des baigneurs, nu bout de huit à dix jours de traitement, se déclarent des selles diarrhéiques composées de matières bilieuses. Chez quelques-uns ros évacuations alvines abondantes se produisent plus tôt; chez quelques autres plus tard. La diarrhée coïncide ordinairement avec du malaise, de l’agitation, de l’insomnie, et constitue avec ces divers symptômes ce qu’on nomme la fièvre thermale, qui Ji’esl autre chose qu’une crise favorable jugeant d’ordinaire l’affection morbide.
I. Ticier, Capvern, ses eaux, applications Ihérapeuliques, l‘ari.s, 1875.
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11 esl hors de doulc que celte diarrhée exerce une influence salutaire sur la cure thermale dans un grand nombre de cas que l’on traite à Gapvern. Une fois déclarée, elle persiste ordinairement pendant plusieurs jours, et tant qu’elle ne devient pas excessive il ne faut rien faii'e pour l’arrêter. Dans les cas rares où elle ne se produit point, il convient de la provoquer, en ajoutant quelques grammes de sulfate de magnésie à l’eau minérale pendant deux ou trois matinées consécutives. 11 arrive, dans quelques circonstances exceptionnelles, que, malgré cette addition, la cure thermale n’a pas lieu, ce n’est que plus tard, quand le malade est rentré chez lui, que la détente s’opère et qu’alors se produit une diarrhée modérée.
Un effet presque constant de l’eau de la Hount-Caoute c’esl l’augmentation de la sécrétion urinaire. On chercherait en vain un diurétique plus puissant. Quand le bain accompagne la boisson, le llux d’urine est quelquefois si répété et si considérable que certains malades s’en trouvent fatigués.
L’eau minérale sulfatée calcique arsénicale et ferrugineuse de Hount-Caoute, quand on l’emploie contre la dyspepsie, stimule l’estomac, régularise les sécrétions gastrique et pancréatique et détruit par ses propriétés laxatives un des symptômes les plus constants et les plus tenaces de la dyspepsie, la constipation. Sous, son influence l’appétit est excité, la digestion devient facile, la nutrition s’améliore de la façon la plus remarquable.
L’eau de Gapvern, dit encore Ticier, agit de plusieurs manières lorsqu’on l’emploie contre la gravelle.
1° Par son action remarquable sur les fonctions digestives qu’elle relève et régularise, elle améliore la nutrition. Or, pour guéi’ir la gravelle, il ne suffit pas de s’attaquer à ses résultats, il faut surtout chercher à ramener l’équilibre troublé entre les actes d’assimilation et de désassimilation. G’est ce que semble faire l’eau de Gapvern.
Par l’action qu’elle exerce sur le mucus qui relie entre elles les concrétions uriques, elle produit la dissociation des graviers; elle les émiette pour ainsi dire et en favorise la sortie.
3“ Comme on peut boire l’eau de Gapvern sans inconvénient à la dose de plusieurs verres, par son passage fréquemment répété à travers les canalicules urinifères, elle entraîne, avec les mucosités, les sédiments, les sables ou les graviers qui les encombrent.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
C’est par la cure de Capvern que les goulleux se mettront cà l’abri des concrétions.
Conseillées aux goutteux, dit d’autre part Delfau% elles moilifient la dystrophie constitutionnelle comme les eaux de Vichy, mais moins violemment. Elles donnent à la nutrition générale une impulsion nouvelle, peu favorable à la formation de l’acide urique.
Prescrites contre la gravellc, elles ne provoquent pas un simple lavage dû à leur action diurétique. Elles paraissent agir sur l’uricémie elle-même, en provoquant l’issue de l’acide urique par le filti’e rénal. En effet, pendant la cure, on constate fréquemment que les malades rendent beaucoup plus de sable et, la cure finie, ils restent un temps parfois long sans en voir apparaître au fond de leur vase.
Eaiix d'Aldus. — Les sources d’eaux minérales sont au nombre de trois : les sources Darmagnac, de Bacque et des Trois-Césars. La température de l’eau de ces sources est de 20°.
Ces eaux sulfatées calcaires renferment environ l3'',81 de sulfate de chaux par litre.
On les administre en bains et en boisson, mais surtout en Doisson. L’une de ces sources, celle des Trois-Césars, comme celle de la source Marie à Vittel, passe pour être légèrement laxative ; c’est celle de Bacque qu’on prescrit de préférence dans le cas de goirtte et de gravelle.
Si l’on en juge d’après leur composition, d’après leur action sur le travail d’assimilation et de désassimilation, les eaux d’Aulus méritent, ajuste titre, d’être comparées aux eaux de Contrexéville, ainsi que l’a fait Burand-Fardel qui n’hésite pas à surnommer Aulus le Contrexéville du Midi.
Ingérées à la dose moyenne de deux à quatre verres, les eaux d’Aulus produisent un effet laxatif, sans colique, sans fatigue d’aucune sorte. Pour obtenir une action purgative, il faut élever la dose à six, et quelquefois huit et dix verres.
Cet effet laxatif ne se produit d’ordinake que le deuxième ou troisième jour de la cure. Les selles en nombre variable sont habituellement rares, paraissant fortement chargées de bile. Ces évacuations sont toujours suivies d’un bien-être général très marqué. C’est alors que l’on voit s’accroître l’énergie fonctionnelle des
1. Delfau, Gravelle urinaire, son traitement par les eaux minérales, Paris, 1876.
organes digeslifs. Bietitôl la circulation devient plus active, l’hématose pulmonaire plus complète.
L’eau d’Aulus excite puissamment la sécrétion rénale et étant donnée sa composition chimique, ce l'ait n’a rien qui doive surprendre. On sait en elfet que les sels qui, concentrés et, pris à haute dose, produisent la purgation, ne produisent qu’une action diurétique lorsqu’ils sont pris à faible dose et dilués dans une grande quantité d’eau.
L’eau d’Aulus peut enfin, si l’on en juge d’après les analyses du D‘‘ Alricq, faire au bout d’un certain temps baisser le cbiffre de l’urée et de l’acide urique, c’est-à-dire que, comme toutes les eaux sulfiilées, les eaux d’Aulus agissent sur les cellules chargées de procéder au travail d’assimilation et de désassimilation pour en diminuer l’activité.
La constitution des eaux d’Aulus et les propriétés qu’elles ]iossèdent laissent soupçonner tout le parti qu’on doit en tirer dans le traitement de la diathèse goutteuse. Les résultats thérapeutiques signalés par le D" Alricq sont encore peu nombreux, mais ils sont satisfaisants, et tout fait espérer que les cas de guérison obtenus par les eaux d’Aulus ne pourront qa’augmenter chaque année.
On peut citer parmi les guérisons des cas de dyspepsie goutteuse llatulente, des cas de gravelle, et déjà le D'' Alricq a pu formuler (pielques conseils, émettre quelques notions relatives aux cas de goutte traités à Aulus.
11 n’est pas rare, dit-il, que les goutteux pendant leur traitement voient apparaître une recrudescence de leurs douleurs et quelquefois un accès de goutte. Ces accidents toujours fâcheux ne doivent pas être imputés aux eaux, mais à l’imprudence des malades qui boivent sans règle et sans mesure, se baignent; parfois, mangent trop, généralement, et n’observent pas toujours les préceptes de I hyaiène qui doivent être plus rigoureux ici qu ailleurs. De plus, ils arrivent sous l’imminence d’un accès de goutte ou à peine guéiis d'un accès antérieur.
L’eau d’Aulus, que le malade le sache, doit être prise à petites
doses régulièrement fractionnées.
Les bains, suivant le D-- Alricq, doivent être sévèrement proscrits.
HL — i^nu.v chlorurées. — Si, aussi bien que les bicaibonates, les sulfates alcalins ou calcaires se prescrivent dans les premières périodes de la goutte, les chlorures et les sulfures alcalins
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
no. conviennent qu’à une époque avancée de la maladie. Ils ne sont véritablement indiqués (jue lorsqu’elle se traduit par des manifestations viscérales et que l’économie est plus on moins affaiblie. G est sous forme d’eaux minérales qu’on les conseille et le plus souvent, à la station. Leur action, comme celle des sulfates et des bicarbonates, se traduit par des manifestations locales et par une modification du travail d assimilation et de désassimilation.
Gomme les sulfates, ils n ont qu’une influence insignifiante sur la constitution du suc gastrique; comme les sulfates, ils sont absorbés sans être décomposés. Sous l’influence des chlorures alcalins, on voit diminuer le volume du foie dù à l’état congestit de cet oigane, on voit en même temps augmenter le nombre de selles. Tout porte à croire que dans ces cas il y a augmentation du flux biliaire et de la sécrétion intestinale.
L mine est modifiée par suite de l’ingestion du chlorure de sodium, qui agit comme diurétique, ainsi qu’il résulte des recheiclies de Salkowski, de Feder, de Voit. Cette action diurétique appartient bien réellement au chlorure, caria polyurie n’est point ilue, comme on pourrait le croire, à l’ingestion plus grande des liquides qu’il provoque, puisque, sous l’influence de ce sel, la polyurie n’en existe pas moins, alors qu’on prive d’eau les animaux auxquels on le fait ingérer. Par leur passage dans le sang les chlorures alcalins augmentent l’alcalinisation de ce liquide. Ils sont ensuite éliminés et modifient la nature des sécrétions biliaire, intestinale et urinaire L
C’est assurément en partie aux modifications subies par ces sécrétions qu’ils activent, en partie au travail exagéré d’assimilation et de désassimilation qu’ils provoquent, que sont dus les phénomènes déjà constatés par Boussingault, Barrai, Th. Bischoff et Kaupp.
Boussingault- le premier signala qu’en ajoutant du sel à la nourriture des bœufs on conslalalt une augmentation notable dn poids des animaux,
BarraF fit remarquer que les montons, soumis à l’usage du sel, augmentaient non seulement de volume, mais encore qu’ils rendaient plus d’urée.
t. Feder, Zlschr. f. Biol., XIII, S. 278, 1877. XIV, 8. 108, 187 188
2. Boussingault, Arm. d. chim. el plujs., XIX, p. 117, XX, p. IIÜ, XXII