DE 1;A GOUTTE
pas Irop sensible el lorsque la douleur n’est pas augmenlée par la |)esanlenr du cataplasme.
L’hyperesthésie cutanée doit l'aire rejeter toute idée de frictions et, à plus forte raison, de massage. Il nous est arrivé parfois, dans des cas douteux, lorsque le malade accusait une douteur à Tune des articulations, à la suite d’une chute, d’avoir recours au massage. Or ce massage, lorsqu’il s’agissait d’une manifestation goutteuse de cause traumatique, n’a jamais manqué d’exaspérer la douleur et de provoquer une véritable attaque, que du repos el des calmants auraient peut-être prévenue.
Le massage n’est utile que vers la fin de l’accès, lorsque la douleur spontanée a disparu, qu’il ne reste qu’un peu d’endolorissement à la pression, et lorsque l'œdème persiste. Mais tout en le conseillant, il faut bien se rappeler qu’il ne doit être employé qu’avec réserve et qu’il suffit souvent de la moindre violence pouique la douleur reprenne tonte son acuité et pour que l’attaque se reproduise.
L’hyperesthésie est parfois si considérable que le malade ne supporte que péniblement le poids de ses couvertures, que le moindre ébranlement de son lit exaspère ses douleurs, qu’on ne pent'marcber dans sa chambre. Dans ces cas, on se contentera d’onctions sur la jointure qu’on protégera à l’aide d’un cerceau.
Cette médication calmante, qui nous paraît la plus rationnelle, est la seule médication locale que nous employions ; mais ce n’est pa.'c la seule qu’on ait conseillée.
Les émissions sanguines locales, par les sangsues ou les ventouses, ont eu leur moment de vogue. Elles peuvent soulager; mais elles nous paraissent redoutables, en ce sens que, souvent employées, elles précipitent l’évolution de la diathèse goutteuse, et, sous leur influence, on voit bientôt apparaître les manifestations de la goutte chronique, ainsi que nous avons pu le constater chez quelques-uns de nos malades qui s’étaient soumis à ce «enre de médication. Aussi ne saurions-nous trop en blâmer l’usage.
La teinture d’iode en badigeonnages, que recommandent certains médecins, ne nous a donné que de factieux résultats. Elle ne calme pas l’intensité de la fluxion et nous a paru plutôt augmenter la douleur que la diminuer.
Les vésicatoires, recommandés par Cullen, ne nous ont pain égtilemcnt donner que de mauvais résultats, lorsqu on les emploie
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
contre les manifestations articulaires delà goutte aiguë, llsnediminuent pas l’intensité de 1a douleur, ni la durée de l’attaque. Ils donnent lieu parfois à une suppuration très lente à se tarir. Toutefois il ne faut pas hésiter à y avoir recours, lorsque la fluxion articulaire s’accompagne d’un épanchement considérable, comme nous avons été souvent à même d’en observer des exemptes, surtout lorsque la localisation s’était faite aux genoux.
L’eau froide, appliquée en lotions sur la jointure malade, en pédiluve, a été également préconisée. Ceux qui la conseillent, comme Kinglake, veulent que l’usage en soit continué d’une façon ininterrompue jusqu’à cessation de la douleur. Il faut par conséquent renouveler fréquemment les compresses et changer l’eau des bains qui commencent à s’échauffer; il faut à tout prix, selon ces médecins, éviter la réaction consécutive à l’application du froid, cette réaction ne pouvant qu’augmenter l’intensité de la fluxion et par suite de la douleur. Nous avons parlé déjà, à propos de l’hydrothérapie, de cette application du froid et, tout en reconnaissant que parfois cette application a été heureuse, nous croyons qu’on doit la bannir du traitement de la goutte, en raison du danger qu’elle peut faire courir aux malades. Assez nombreux sont en effet les cas rapportés par les auteurs de goutte répercutée sous l’influence du froid.
Au bout de quelques jours cessent les douleurs spontanées; les douleurs provoquées durent un peu plus longtemps et condamnent les malades à garder le repos un temps plus ou moins long. On ne devra le quitter qu’avec la plus grande réserve; on ne devra que peu à peu reprendre ses habitudes ; on ne devra pas oublier qu’une chaussure un peu dure, qu’une marche un peu prolongée suffit le plus souvent pour rappeler toute l’acuité des douleurs et provoquer le retour d’une attaque.
La poussée fébrile, qui d’ordinaire accompagne toute attaque de goutte aiguë, impose au malade l’obligation de ne prendre pendant les premiers jours qu’une alimentation légère et même de se mettre à la diète. Cette précaution n’est pas toujours suffisante. Lorsqu’il existe de l’embarras gastrique, lorsque cet embarras gastrique est prononcé, nous n’hésitons pas à recourir à un éméto-catbartique.
La constipation, fréquente aussi dans ces cas, réclame souvent l’intervention des purgatifs; nous avons de préférence recours aux eaux sulfatées sodiques ou aux chlorurées sodiques. Nous rappelant tout l’avantage qu’on obtient à prescrire aux goutteux l’usage de LECORCiiÉ, Goutte. 45
706 TltAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE UE (.A GOUTTE.
ces eaux clans les cas de catarrhe gastro-intestinal, de congestion tiépaliciue, nous conseillons volontiers aux malades, cliaciue matin, une couple de verres d’eau de Carlsbad, de Marienbad, de Hornbourg ou de Kissingen.
La dysurie, assez habituelle dans le cours d’une attacfue de goutte aiguë, doit être également l’objet de l’attention du médecin. Cette dysurie, cjui s’expliciue d’une part par la rareté des urines, et d'autre part par l’abondance plus grande de l’acide uri(iue renfermé dans ces urines, sera avantageusement combattue par les eaux alcalines bicarbonatées sodicjues. Vichy, Vais, mais nous leur préférons les sulfatées calcaires, comme celles de Contre.xéville, Vittel, Aulus ou Capvern, que le malade peut, sans inconvénient, prendre en assez grande quantité.
Il nous reste enfin, pour compléter le traitement de l’attaque de goutte aiguë, à dire que, lorsque l’étal fébrile est prononcé, lorsque la douleur est vive, nous n’bésitons pas à prescrire à l’intérieur le sulfate de quinine à la dose de 30 à 50 centigr. par jour, et les potions calmantes à base d’opium ou de morphine. Nous avons eu même plusieurs fois recours à des injections sous-cutanées de morphine avec grand bénéfice pour le malade. C’est à tort, que certains médecins, à l’exemple de Scudamore et de Barthez, ont, sans raison plausible, à notre avis, blâmé l’usage de l’opium chez les goutteux. Nous n’avons eu qu’à nous féliciter d’y avoir recours.
Lorsque l’attaque est terminée, lorsque le malade commence à se servir de son membre, s’il reste tuméfié, malgré le massage, si l’endolorissement persiste, nous prescrivons l’usage de l’iodure de potassium. La préparation qui nous a le mieux réussi est une solution d’iodure de potassium dans du sirop d’écorce d’oranges amères, contenant environ 30 centigrammes d’iodure de potassium par cuillerée à soupe, et dont on prend 2 ou 3 cuillerées à soupe par vingt-quatre heures.
Tels sont les médicaments auxquels doivent avoir recours les médecins qui pensent que l’attaque de goutte est un bienfait de la nature et qu’il faut à tout prix en respecter l’évolution au grand profit du malade; pour ces médecins, s ils sont logiques, l’emploi de ces divers médicaments constitue la seule médication qu’il leur soit permis d’utiliser. Pour nous, qui n hésitons pas à combattre la goutte à l’aide de spécifiques, cette médication ne constitue (ju’une médication adjuvante.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE. 707
C’est au colchique et au salicylate de soude que nous nous adressons pour atteindre ce but.
Le colchique et le salicylate de soude méritent, à juste titre, d’être regardés comme tout-puissants pour combattre les manifestations articulaires de la goutte. C’est au colchique que nous nous adressons de préférence, le regardant comme le véritable spécifique de ces manifestations ; le salicylate ne nous semble pas avoir, ainsi que déjà nous l’avons dit, la même puissance d’action.
Le colchique est d’une efficacité presque constante dans le traitement de la goutte articulaire aiguë. Il réussit surtout lorsqu»» les manifestations occupent les articulations des membres inférieurs.
Il a pour propriété, lorsqu’on l’administre au début, de faire cesser la douleur, d’enrayer tout mouvement Iluxionnaire. Il prévient ainsi la tuméfaction de la jointure et l’œdème qui lui succède. Donné à une époque plus avancée de l’attaque, il calme la douleur, c’est à peine si la jointure reste sensible à la pression; mais il est sans action sur les conséquences du mouvement fluxionnaire produit, c’est à dire que la jointure, bien qu’indolore, reste quelque temps rouge et tuméfiée.
Le colchique s’administre en teinture sous forme de potion, à la dose de 30 à 40 gouttes; mais nous devons avouer que la liqueur de Laville, dans laquelle il entre, prescrite à dose faible, 30 ou 40 gouttes par jour, nous a donné des résultats plus sûrs et plus rapides que la teinture de colchique.
Bien qu’on ne puisse douter de l’efficacité du colchique dans le traitement de la goutte articulaire, on se demande s’il serait bon et rationnel d’y avoir toujours recours.
Il semble à quelques médecins avoir pour résultat de précipiter l’évolution de la diathèse goutteuse et de conduire plus rapidement le malade à l’étal d’anétnie ou de cachexie que cette diathèse finit toujours par engendrer.
Il semble en outre en modifier l’évolution, puisque, sous son influence, les manifestations articulaires ont paru, dans certains cas, faire place à des manifestations viscérales. Or celle modification n’est pas toujours sans danger, et, lors même qu’elle ne met point en péril l’existence du malade, elle crée un étal morbide souvent des plus pénibles; c’est ainsi qu’apparaissent souvent ces états névropathiques qui rendent la vie insupportable.
Nous ne pensons pas que le colchique, pas plus que le salicylate.
soit jiisliciable de ces reproches. Seulement, ainsi que nous le disions plus haut, pour en obtenir les résultats désirables, il l'aut donner ces médicaments à dose suffisante. Pris àtrop petite dose, ils ne font qu’atténuer l’intensité de la manifestation et, n’enrayant pas suffisamment la production de l’acide urique, ou ne l’éliminant qu’incomplètement, ils peuvent favoriser le retour d’attaques ultérieures. Cet inconvénient disparaît lorsqu’on n’hésite pas aies prendre en quantité suffisante pour juguler la maladie- Quant à l’autre reproche qu’on leur adresse, de transformer la goutte articulaire en goutte viscérale, nous le croyons, tout à fait immérité. En faisant allusion à ces cas, on a oublié que c’est le propre de la goutte de passer peu à peu de l’état de goutte articulaire à l’état de goutte viscérale et nous pouvons affirmer, nous basant sur les faits nombreux que nous avons observés, que nous n’avons jamais vu nos goutteux faisant usage du colchique ou du salicylate être prématurément atteints de goutte viscérale
Goutte articulaire chronique. — L’attaque de goutte articulaire chronique ne diffère de l’attaque de goutte articulaire aiguë que par l’intensité moinsgrandedes symptômes locaux et généraux. Comme dans l’attaque dégoutté aiguë, on trouve deladouleur, de la tuméfaction; c’est dire que la médication, bien qu’atténuée, doit être lamême. On aura donc recours à l’immobilisation de la jointure, aux topiques calmants, aux cataplasmes; mais on évitera, avec le plus grand soin, les émissions sanguines locales et l’application de l’eau froide sur la jointure. Les résullals que donnent de tels agents médicamenteux, souventdangereux, dans les cas de goutte aiguë, ne pourraient être ici que désastreux, en exagérant l’anémie dont ces malades sont toufours atteints, ou en provoquant le déplacement de la manifestation et l’apparition d’un état viscéral plus ou moins grave.
Mais si l’état fluxionnaire, cause de la douleur, ne réclame pas d’autre médication locale que l’application de calmants, il en est tout autrement des suites de cet état fluxionnaire. Si, dans les cas de goutte articulaire aiguë, l’intervention médicale devient presque inutile une fois l’attaque finie, il n’en est plus de même dans le cas de goutte articulaire chronique.
A l’état aigu, les liquides épanchés dans le tissu cellulaire périarticulaire ou dans la jointure se résorbent rapidement. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’on se voit dans l’obligation de prescrire le massage, de conseiller les vésicatoires. A l’état chronique, le tra-
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
vail de résorplion ne se fait qu’incomplètement; de là l’apparition de toplms, d’ulcérations dans certains cas, de raideur des jointures, d’arthrite, d’ankylose, dans d’autres, d’atrophie, de paralysies musculaires ou nerveuses, tous états morbides consécutifs qui réclament l’intervention de médications diverses.
Les symptômes généraux ne sont pas moins impérieux que dans les cas de goutte articulaire aiguë. L’état fébrile est d’ordinaire à peu près nul ; mais l’état des voies digestives laisse presque toujours à désirer. On peut constater chez ces malades l’existence d’un état catarrhal du tube digestif, revêtant le caractère d’atonie.” Aussi est-on obligé d’exciter l’appétit à l’aide des toniques, des amers. Parfois même sera-t-on obligé de prescrire les eaux chlorurées légèrement laxatives. Les urines sont moins sédimenteuses qu’à l’état aigu. Toutefois, il ne faut pas oublier que c’est le propre de toute poussée articulaire de faire monter le chiffre de l’acide urique; aussi ne doit-on pas hésiter à conseiller, à titre de diurétiques, les eaux bicarbonatées calciques (Fougues, Évian), ou sulfatées calciques (Contrexéville, Vittel, Martigny, Capvern) qui ne possèdent pas les propriétés débilitantes des bicarbonatées sodiques (Vichy, Vais) ou des sulfatées sodiques (Garlsbad, Marienbad).
Le traitement des manifestations articulaires ne doit pas être seulement curatif, il doit être également préventif. C’est dans ce but qu’on conseillera une médication qui variera suivant qu’il s’agit de goutte articulaire aiguë ou chronique.
L’accès de goutte articulaire aiguë passé, on devra, si l’on veut en prévenir le retour, prescrire au malade le régime hygiénique dont nous avons parlé plus haut et qui nous paraît apte à modifier la diathèse; on fera d’autre part appel à une médication capable d’en atténuer la violence. Nous n’accordons qu’une assez faible confiance à l’action des antiphlogistiques, des purgatifs, que certains médecins ont, ainsi que nous l’avons dit, préconisés dans ces cas. Mais nous sommes loin d’être aussi incrédule à propos de la médication thermale. Nous pensons que les eaux minérales, bicarbonatées et sulfatées sodiques et calciques, sont seules propres à modifier et peut-être à guérir la diathèse à l’état aigu. Nous conseillons donc les eaux, en ayant soin toutefois de les prescrire, ainsi que nous l’avons formulé plus haut, en nous aidant, pour prendre les unes de préférence aux autres, des indications que peuvent nous fournir certaines complications concomitantes qui manquent rarement, nous voulons parler de l’état du tube
digestif, du foie, des forces du malade. C’est dans l’intervalle des attaques et pour en prévenir le retour, qu’on devra utiliser le colchique à petites doses et surtout le salicylatede soude, qui, administré dans ces conditions, nous a donné les meilleurs résullats. Donné à la dose de 3 à 4 grammes par jour, pendant quatre à cinq jours consécutifs, avec des repos de trois à quatre jours et continué longtemps, ce sel, en favorisant l’élimination de l’acide urique, nous semble devoir être considéré comme un des meilleurs agents préventifs contre l’attaque de goutte. Aussi n’hésitons-nous pas à lui attribuer des vertus presqu’aussi efficaces que celles que nous reconnaissons au colchique, aussi bien dans le traitement de la goutte articulaire aiguë que dans le traitement de la goutte articulaire chronique. Nous devons même dire que son action préventive nous a paru plus éclatante encore dans le traitement de cette dernière.
Lorsqu’il s’agit de goutte articulaire chronique, on devra, dans l’intervalle des attaques, avoir recours à l’intervention de médicaments pharmaceutiques ou d’eaux minérales capables de relever les forces du malade, trop beureux si l'on arrive à redonner aux mouvements fluxionnaires caractéristiques de l’attaque une certaine acuité. C’est le seul moyen de diminuer le nombre des accès, d’éviter leslophus, les déformations articulaires, les ankylosés, les atrophies; c’est le seul moyen de prévenir le déplacement des manifestations goutteuses et de se garer par conséquent des manifestations viscérales.
Dans ces cas on devra conseiller le fer, le quinquina, et toutes les eaux chlorurées sodiques, dont nous avons formulé plus haut les indications ; enfin les eaux ferrugineuses et l’hydrothérapie. Ce qu’il faut avant tout dans les cas d’attaque de goutte articulaire chronique, c’est faire l’impossible pour éviter les reliquats d’un travail fluxionnaire trop longtemps prolongé ou incomplètement disparu. Aussi doit-on, lorsque l’oedème persiste, ne pas hésiter à badigeonner la jointure avec de la teinture d’iode, à appliquer des vésicatoires, à recourir même à des pointes de feu. En agissant de cette manière, on aura quelque chance de rendre à la jointure son jeu régulier et l’on évitera l’ankylose si fréquente dans ces cas.
Il faudra même, pour assurer le succès, et dès que la surface des téguments le permettra, avoir recours aux frictions, au massage, aux douches sulfureuses localisées, k l’électricité.
Si, malgré tous ces soins, s’établissait une semi-ankylose ou une
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
ankylosé complète, on devra, tout en continuant ces différentes médications, penser à envoyer le malade à des eaux chlorurées sodiques chaudes, comme celles deBourbonne,deliOurbon-Lancy, de Bourbon -UArchambault, de Wiesbaden, de Baden-Baden, ou aux eaux sulfureuses mixtes comme celles d’Aix-les-Bains , ou d’Aix-la-Chapelle.
L’électricité nous a, dans ces cas, donné d’excellents résultats, non seulement en stimulant l’action des muscles voisins, mais encore en favorisant la résorption des liquides infiltrés dans les tissus périarticulaires et en rendant de cette manière, aux ligiiments leur souplesse normale. Aussi, tout en conseillant l’usage des eaux, ne saurions nous trop recommander l’électricité à courants continus, ou à courants intermittents, mais surtout à courants continus.
C’est dans ces conditions que se développent également les déformations articulaires généralisées ou les déformations circonscrites dues au tophus. On connaît tout l’intérêt qu’il y a pour le malade à prévenir ces déformations.
On a conseillé, pour les éviter, la compression au niveau de la Jointure ; mais il suffit d’avoir constaté par soi-même l’état hyperesthésique des parties, pour se convaincre que, dans la généralité des cas, la compression est impossible.
Le tophus formé réclame des médications différentes, suivant l’âge de son apparition. Lorsqu’il est de date récente, à l’état mou ou demi-mou, on peut se demander s’il n’y aurait pas avantage à donner issue, à l’aide d’une incision, à l’urate de soude épanché à ce niveau et que l’économie est dans l’impuissance de résorber comme dans les cas de goutte aiguë , alors que le malade a conservé toute sa vigueur. Nous avons essayé plusieurs fois de prévenir ainsi la formation de tophus ; mais la suppuration longtemps prolongée, qui a suivi l’incision, donnant lieu à la sortie de pus et d’urate de soude, nous a dissuadé d’y avoir ultérieurement recours.
A une époque plus avancée du tophus, lorsque l’urate de soude s’est concrété, on pourrait croire, au premier abord, que tout espoir de le faire disparaître est perdu. 11 n’en est rien. Nous avons souvent obtenu d’excellents résultats du massage prescrit dans ces conditions. D’autres fois, nous avons vu diminuer et disparaître les concrétions sous l’influence de lotions faites avec l’eau mère de Kreuznach, de Salies-de-Béarn. Il nous est arrivé par-
712 TISAITÉ TllÉOIUQUE ET l'UATIQUE DE LA GOUTTE.
fois de faire avec avanlage envelopper, pendanl la nuit, les mains ou les pieds de nos malades de compresses imbibées d’eau mère.
Dans d’autres cas, il faut conseiller des applications de pointes de feu. On réveille ainsi la vitalité des parties malades qui se lluxionnent. Sous l’influence de cet état fluxionnaire, on voit se ramollir et parfois disparaître des tophus considérables.
L’électricité nous a paru également utile à prescrire dans ces cas.
Ce traitement externe ne constitue pas la seule médication à laquelle on doit alors avoir recours. Nous avons employé le salicylate de soude avec avantage. Nous avons vu, sous son influence, des topbus énormes diminuer peu à peu, puis disparaître complètement. Nous avons vu, par suite de son administration, des membres tout à fait difformes reprendre peu à peu leur apparence normale. Celle efficacité du salicylate de soude dans le traitement des topbus n’a rien qui doive surprendre, puisque ce médicament, ainsi que nous l’avons démontré, constitue un des plus puissants éliminateurs de l’acide urique. Des cures d’eaux appropriées ont souventdonné des l'ésultats aussi satisfaisants. Ch. Petit a vu des topbus disparaître sous l’influence des eaux de Vieby.
Mais [)our triompher des topbus qui dénotent un épuisement de l’économie, qui n’apparaissent qu’à une époque avancée de la diathèse goutteuse, alors qu’existe l’anémie, et que déjà s’est dévclo)q)é l’état cachectique, il faut prescrire au malade une médication tonique ; il faut conseiller l’usage des eaux chlorurées sodique's et des eaux ferrugineuses. C’est le seul moyen d’activer chez les malades le travail de nutrition, de voir se résorber les topbus déjà formés et d’en prévenir de nouvelles formations. Nous ne conseillerons qu’avec réserve, dans ces cas, les eaux bicarbonatées sodiques. En premier lieu elles sont peu efficaces ; Ch. Petit ne les a vues réussir qu’incomplètement dans quatre cas. Ensuite, les tophus ne se montrant qu’à une époque avancée de la diathèse, l’emploi de ces eaux constitue un danger pour les maladgs.
Il n’est pas rare de voir s’ulcérer des tophus. On se trouve alors en présence d’une plaie plus ou moins profonde qui donne issue à du pus et à de l’urate de soude. Ces suppurations qui peuvent affecter les mains et les pieds, et que nous avons le plus souvent observées aux pieds, se prolongent habituellement fort longtemps.
Elles peuvent se compliquer de nécrose des ligaments, des pha-
ïnAITEMEXT DE LA GOUTTE.
langes même. Nous en rapportons plusieurs exemples. On comprend que dans ces cas l’intervention chirurgicale soit nécessaire. Toutefois le meilleur adjuvant qu’on puisse lui donner, c’est de relever l’économie des malades en les soumettant, comme lorsqu’il s’agit de tophus non ulcérés, aux toniques, aux ferrugineux, aux eaux ferrugineuses et chlorurées.
Les tophus s’accompagnent fréquemment d’atrophies musculaires, de paralysies; la médication sera la même dans ces cas. Mais lorsque les atrophies et les paralysies prédominent, lorsqu’elles ont résisté au massage, à l’électricité, lorsqu’elles existent seules, tout eu soumettant le malade à un régime tonique, à des eaux reconstituantes, il ne faut pas oublier que c’est surtout contre les paralysies et les atrophies qu’on doit prescrire les eaux dites indifférentes, telles que celles de Wildbad, de Pfàffers, de Gastein, de Néris et de Plombières, dont nous nous sommes occupé plus haut.
Les déformations articulaires ne tiennent pas seulement à des tophus ; il en est qui paraissent produites par des périostites. Nous en avons constaté |de cette nature aux doigts, à la rotule, à l’apophyse styloïde du cubitus. On se trouve bien dans ces cas, la douleur passée, lorsque ces déformations se produisent consécutivement à des attaques, ou aussitôt leur apparition, quand elles se manifestent en dehors des accès, d’avoir recours à des frictions faites avec des liniments excitants, tels que le Uniment ammoniacal camphré, le baume opodeldoch, à des badigeonnages avec la teinture d’iode morphinée ou non morphinée. Nous avons obtenu à l’aide de ces topiques des modifications parfois très rapides.
Goulle viscérale. — Les manifestations de la diathèse goutteuse, au lieu de se faire sur les Jointures, peuvent se localiser sur les viscères. De là les viscéralgies de nature goutteuse que nous avons étudiées en détail. Ces diverses viscéralgies, qui souvent alternent avec les manifestations articulaires, qui souvent leur succèdent, qui peuvent apparaître d’emblée sans avoir été précédées de manifestations articulaires, nécessitent, lorsqu’elles se produisent, l’intervention médicale. Nous allons essayer d’en formuler les indications, en passant successivement en revue chacune de ces viscéralgies.
Goutte gastro-intestinale et hépatique. — Les manifestations goutteuses de l’estomac sont ou névralgiques ou inllammatoires.
lu TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
Dans les cas de névralgie, on devra se contenter le plus souvent des calmants habituels, c’est-à-dire qu’on prescrira le sous-nitrate de bismuth, l’opium, le chloral, l’éther sous l'orme de perles'ou de sirop. E.vceptionnellement nous avons, dans ces cas, employé la teinture de colchique avec avantage. Parfois on se verra obligé d’avoir recours à des piqûres de morphine.
On devra d’autre part surveiller le régime du malade. C’est surtout par le fait d’aliments impropres qu’apparaissent ou que s’exagèrent les symptômes gastralgiques.
L’inflammation gastrique ou catarrhe de l’estomac se montre bien plus fréquemment, le plus souvent à l’état subaigu. Le catarrhe aigu est exceptionnel. Nous ne l’avons pour notre part Jamais rencontré. Les auteurs qui en rapportent des exemples conseillent dans ces cas d’avoir recours aux calmants, au laudanum surtout et aux alcooliques. Les vomissements seront combattus par des médicaments appropriés : potion de Rivière, glace. Enfin comme le catarrhe aigu est le plus souvent consécutif à la disparition d’une manifestation articulaire, il faudra tâcher de rappeler le travail fluxionnaire vers la jointure, à l’aide de sinapismes, de cataplasmes sinapisés, de bains de pieds.
Le catarrhe subaigu se produit avec ou sans distension stomacale.
Il peut, ainsi que nous l’avons vu, précéder l’apparition de toute manifestation articulaire, alterner ou co'incider avec elle.
Lorsqu’on a affaire au catarrhe chronique simple, on prescrira aux malades l’usage des alcalins, sous forme de médicaments pharmaceutiques, ou mieux encore sous forme d’eaux minérales. Si la goutte est de date récente, si le sujet est vigoureux, si le catarrhe s’accompagne d’acidité, on pi’escrira le bicarbonate de soude, au moment des repas, ou bien un mélange de sulfate de magnésie, de bicarbonate de soude et de crème de tartre par parties égales, à la dose de 03'',50 chaque malin, pendant quinze jours, trois semaines. Mais les eaux minérales agiront dans ces cas plus sûrement encore, soit qu’on les prenne à la maison ou à la source. On presci’ira alors les eaux de Vais ou de Vichy.
S’il existe de la constipation, un certain état congestif du foie, on donnera de préférence des purgatifs alcalins ou les eaux sulfatées sodiques de Marienbad, de Carlsbad.
Si le catarrhe apparaît chez des goutteux déjà débilités, en proie depuis longtemps à des manifestations de nalure di-
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
> verse, on aura recours aux eaux bicarbonatées mixtes, comme celles de Royal, de Saint-Nectaire, ou bien aux bicarbonatées calcaires de Fougues, de Buxlon, aux sulfatées calcaires de Gonirexéville, de Vittel, de Capvern, d’Aulus; et mieux encore, si la débilité du malade est extrême, aux chlorurées sodiques de Hombourg, de Kissingen de Wiesbaden, de Cheltenham.
Tout en conseillant l’usage de ces eaux, il faut se rappeler que rien n’exagère la débilité des malades, rien ne provoque l’anémie autant que le catarrhe de 1 estomac 5 aussi devra-t-on presciire simultanément des toniques, quinquina, fer. C’est à ce point de vue que certaines eaux comme celles de Hombourg, de Cbeltenham sont si précieuses ; à ces sources se trouvent en effet des eaux chlorurées et ferrugineuses qu’on utilise dans ce but. G est à ce titie que les eaux de Royal peuvent être utilement prescrites puisqu’elles sont alcalines et ferrugineuses.
Lorsque le catarrhe se complique de dilatation stomacale, le traitement sera le même; mais il est parfois nécessaire de prescrire quelques médicaments destinés à combattre 1 atonie des fibres musculaires, la noix vomique par exemple. Nous avons souvent, dans ces cas, employé avec avantage le lavage à 1 aide du tube Faucher.
L’intestin, comme l’estomac, mais moins souvent que 1 estomac, peut être le siège de manifestations goutteuses.
Nous avons souvent observé des cas d’entéralgie avec flatulence, que nous avons combattus avantageusement à l’aide de médicaments opiacés, de révulsifs cutanés, sinapismes, badigeonnages iodés, de cataplasmes, d’hydrothérapie localisée faite à l’aide de compresses froides appliquées sur le ventre.
Le catarrhe intestinal, qui souvent coexiste avec le catarrhe de l’estomac, peut exister sans lui. Il s’accompagne tantôt de diarrhée et tantôt de constipation. Nous en avons observé de nombreux exemples, et nous devons dire que, si l’usage des eaux triomphe d’ordinaire de cette inflammation, elle résiste le plus habituellement aux médicaments pharmaceutiques ordinaires.
Ainsi, il nous est arrivé souvent de voir chez des goutteux des diarrhées catarrhales, vainement combattues pendant des mois par le bismuth, les opiacés, un régime sévère, céder en quelques Jours à l’usage des eaux de Vittel et de Gapvern, pi'ises sur place ou à la source, et ne pas sc reproduire.
Nous avons dans d’autres cas vu des constipations ducs à la
même cause ne céder qu’à l’eau de Vichy ; mais la guérison nous a toujours paru moins complète et nous avons été obligé, pour en combattre le retour et parer aux inconvénients qui en résultaient, de revenir fréquemment à l’usage de l’eau de Vichy ou à des purgatifs salins, tels que les sels de Carlsbad, les eaux de Gheltenbam, de Leaminglon. Lorsque les eaux de Vieil v ne réussissent qu’incomplètement, il ne faut pas hésitera conseiller l’usage des eaux de Carlsbad, de Marienbad.
Chez certains goutteux atteints de catarrhe gastro-inteslinal subaigu ou chronique, nous nous sommes souvent très bien trouvé de prescrire aux repas, avec le vin, l’usage de certaines eaux sulfatées calcaires, celles de Vittel et d’Aulus. Sous l’influence de ces eaux, nous avons vu disparaître les glaires dont se plaignent les malades, se dissiper le ballonnement du ventre et se régulariser les garde-robes, en même temps que s’espaçaient les attaques de goutte articulaire et les menaces de gravelle.
Ce catarrhe gastro-intestinal s’accompagne le plus souvent de congestion hépatique. C’est même, ainsi que nous l’avons vu, à cet état congestif que Murchison attribue les troubles sympathiques, si nombreux et si fréquents chez les goutteux. Cet état congestif existe rarement seul. Il est exceptionnel qu’on soit obligé de le combattre par des ventouses, des applications de sangsues ou des vésicatoires. On prescrira avec avantage en pareil cas les eaux bicarbonatées sodiques; les sulfatées sodiques, s’il existe de la constipation. Enfin, si le malade est débilité et si l’on redoute l’action de ces eaux, on conseillera les sulfatées calciques. Nous n’avons eu qu’à nous louer d’avoir utilisé, dans ces cas, les eaux de Contrexéville, de Vittel, d’Aulus et de Capvern.
Ous. GXXXIX. — Catarrhe de l'estomac consécutif à des accès de goutte articulaire, amélioré par le colchique et les eaux de Vittel.
N..., âgé de cinquante ans. Vigoureux. Depuis dix ans environ, obèse, il pesait 210 livres, a maigri depuis un an de 20 livres.
Pas de goutteux dans la famille ; pas de maladie antérieure.
Depuis quinze ans il habite l’Amérique du sud. Il n’a jamais fait d’excès et le pays qu’il habite ne paraît pas prédisposer à la goutte.
Il y a six ans que se manifestèrent pour la première fois des symptômes de goutte régulière localisée aux orteils. Ces attaques se reproduisent deux fois chaque année pendant les cinq premières années. Depuis un an, il est presque constamment en puissance de
TUAITE.MENT DE LA GOUTTE
goutte. Chaque mois surviennent deux ou trois poussées douloureuses, portant tantôt sur les pieds, tantôt sur les mains et même sur les genoux, durant quelques jours, mais laissant après elles un endolorissement des parties qui ont été le siège de la poussée. Aussi le malade est-il dans l’impossibilité à peu près complète de ‘se lever, de se chausser.
Ses jointures tuméfiées, légèrement œdémateuses , ne sont pas cependant déformées. 11 existe quelques craquements dans les genoux lorsque le malade remue les jambes.
Ces poussées douloureuses se montrent subitement et sont surtout prononcées la nuit.
Le malade est pâle, anémique. 11 a, comme nous le disons, perdu une vingtaine de livres de son poids.
En même temps que se rapproebaient et se multipliaient ces attaques de goutte qui prenaient le caractère de la chronicité, le malade voyait survenir des troubles multiples en rapport avec le passage de la goutte articulaire cà l’état de goutte viscérale. 11 constatait la fréquence (le rhumes le plus souvent rebelles au traitement babituel, mais surtout l’apparition de symptômes gastriques très pénibles, des renvois, des aigreurs, du pyrosis. Ces symptômes, qui se montraient surtout après les repas, allaient parfois jusqu’tà s’accompagner de vomissements. Ils apparaissaient surtout lorsque le malade prenait comme boisson du vin rouge.
11 se plaignait de glaires, de vomissements pituiteux, bien qu’il n’eût jamais fait d’excès de boisson et qu’il ne présentât aucun symptôme d’intoxication alcoolique.
L’appétit était à peu près nul, la constipation babituelle. 11 y avait en outre des palpitations très fatigantes sans bruit cîe souffle appréciable et par conséquent sans lésion d’orifice.
Les urines, fréquemment analysées, contenaient de grandes proportions d’acide urique.
En présence de tous ces symptômes, nous n’hésitâmes pas à soumettre ce malade à la teinture de colchique (liqueur Laville), et nous eûmes la satisfaction de voir s’améliorer son état. Pour compléter la guérison, ou du moins pour assurer l’amélioration, nous lui avons prescrit une saison à Vittel. L’usage de ces eaux provoqua le retour d’une attaque de goutte aiguë; mais malgré ce contre temps le catarrhe stomacal n’en fut pas moins remarquablement amélioré.
Goutte des organes génito-urinaires. — Les manifestations goutteuses qui se localisent sur les organes génito-urinaires ne réclament pas de médication spéciale.
Lorsqu’il existe de la gravelle, on doit faire intervenir tous les moyens thérapeutiques auxquels on a d’habitude recours en pareil cas, les diurétiques, les calmants, sous forme de topiques, en potion, en injection sous-cutanée.
L’attaque de gravelle passée, il ne faut pas hésiter à conseiller
718 TllAlTÉ TllÉOIUUUE ET l'ItATIQUE UE I.A GOUTTE.
Mu.v malades l’usage des eaux bicarljonalées sodiques, suiTout les faibles, comme Wildungeu, Soiiltzmatl, Biliii, Ems. Mais celles qui nous ont donné les meil leurs résultats sont les sulfatées calcaires.
Ces eaux agissent non seulement comme diurétiques, mais elles préviennent encore la formalion de l’acide urique ; pouvant être prises à haute dose, elles lacilitent la sortie des graviers, du sable, et modifient heureusement l’état de la muqueuse du bassinet. Aussi sont elles utiles dans les cas de pyélite, bien qu’on puisse, dans l’intervalle d’une saison à une autre, avoir recours aux agents médicamentenx employés d’ordinaire dans toute inflammation de la muqueuse des bassinets, térébenthine, goudron.
Il est parfois nécessaire d’intervenir chirurgicalement, lorsque la pyélite se complique d’hydronéphrose. On ne le fera toutefois ([u’ii la dernière extrémité, comme nous l’avons fait chez un de nos malades. Très souvent l’hydronéphrose guérit seule. Au bout d’un temps plus ou moins long de souffrance, de diminution de l’urine, la poche se vide brusquement et le malade en est quitte pour émettre pendant quelques jours une urine boueuse. Celte bydronéphrose peut d’ailleurs se reproduire à plusieurs reprises, pour se juger de même. On peut voir plus haut les observations que nous en avons données à propos de la pyélite.
L’hématurie, dont nous avons observé plusieurs exemples chez les goutteux, résiste le plus habituellement au traitement vulgaire de cette hémorrhagie, tannin, perchlorure... Du reste elle a de la tendance à se reproduire. Un seul moyen nous a réussi, pour éloigner les hémorrhagies, les atténuer ou les faire disparaître. Ce sont les eaux bicarbonatées sodiques légères ou les eaux sulfatées calcaires.
Nous dirons peu de chose du traitenaent des néphrites interstitielle ou parenchymateuse. Ces affections produites, on doit recourir à la médication qu’elles réclament dans tous les cas, qu’elle (lu’en soit la provenance; il faut surveiller l’état du cœur, en prévenir l’épuisement, cause de Tœdème généralisé et d’accidents multiples, en donnant de temps à autre et en moment opportun, de la digitale; dans les cas de néphrite parenchymateuse, on prescrira les diurétiques, surtout sous forme d’eaux minérales telles que les eaux de Wildungeu, de Soultzmatt, de Vittel ; et dans tous les cas on combattra, à l’aide des ferrugineux, l’état de cachexie qu’engendrent fatalement les néphrites chroniques.
TUAITEMENT DE LA GOUTTE
7 lu
Nous conseillons avec d’autant plus d’insistance l’usage des eaux minérales au début des néphrites que nous avons vu les symptômes caractéristiques de ces inflammations cesser à la suite de cures faites àAVildungen, à Yittel et à Evian. Nous sommes convaincu que dans ces cas l’inflammation du rein était le fait d’une urine trop chargée d’acide urique, et que la lésion, encore peu avancée, s’est dissipée sous l’influence de ces eaux qui ont heureusement modifié la constitution des urines.
Ce qu’il y a de certain, c’est que nous avons vu, dans plusieurs cas, cesser ainsi la polyurie et disparaître l’alhuminurie. Ce qui nous porte à croire que cette influence heureuse des eaux doit être fréquemment et heureusement applicable, c’est que, longtemps avant de s’accuser par des symptômes très nets et continus, ces néphrites symptomatiques s’annoncent souvent par des poussées passagères de polyurie et d’alhuminurie intermittentes.
Obs. CXL. — Uricémie. — Albuminurie. — Guérison par l'emploi
de Veau de Vittel.
D..., âgé de trente-neuf ans, entré le 31 mars à la maison Dubois. Parents très bien portants; père sujet à quelques douleurs dans les changements de temps, douleurs sans localisation spéciale. Pas d’antécédents goutteux dans la famille.
Enfance du malade ne présente rien à noter. Militaire de 1867 à 1881, n’a eu ni syphilis, ni blennorrhagie, a fait quelques excès de boisson, a bu beaucoup de bière pendant deux ans, alors qu’il était en garnison dans le nord et pendant sa captivité en Allemagne.
En 1868, il eut une angine couenneuse sans suites graves. En 1879, il fut pris pour la première fois de douleurs dans la région des reins ; il fut mis à l’infirmerie du régiment pendant dix jours et sortit guéri.
Deux ans plus tard, réapparition de ces douleurs de reins avec extension à la hanche gauche et à la cuisse gauche. 11 ne fut pas alité comme la première fois; cette attaque dispanil en quelques jours.
Deux ans se passent sans qu’il éprouve aucune douleur. Troisième rechute, s’étant produite progressivement et étant devenue assez violente pour rendre la marche difficile; impossibilité absolue de fléchir le tronc. Il entre à la maison Dubois, y passe une semaine et se rappelle qu’on avait constaté chez lui de l’albuminurie légère. Frictions et pointes de feu; il sort amélioré, mais avec une grande raideur persistante. On n’avait pas pris garde à cette albuminurie; l’e.\amen complet des urines fut négligé.
Aujourd’hui, un mois après son premier séjour à l’hôpital, il nous revient dans l’état suivant ;
Douleurs dans les lombes, do chaque côté de la colonne vertébrale. Douleurs continues, avec exacerbations nocturnes empêchant. le sommeil.
72>t) TIIAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
Douleurs à caractère conlusif. Pression de chaque côté de la colonne lombaire exagère cette sensibilité; les mouvements agissent de même.
Aucune espèce de gonflement, pas de deformation de la région. .Aucun symptôme fébrile. Cœur, poumons sains. Pas de troubles gastrointestinaux.
Les urines des vingt-quatre heures sont recueillies.
l'r avril. — Quantité
Densité
Coloration. . .
Urée
Acide urique Albumine
1600 cc.
19 gr.
1 gr.
1 gr.
Nouvel examen du cœur du malade est absolument négatif. Pas d’œdème circonscrit, fugace, pas de polyurie, etc.
Application de ventouses scarifiées, lait, eau de Vittel.
5 avril. Diminution très notalile des douleurs.
Densité 1017
Coloration 3
Urée 1 f
Acide urique 0.30
Albumine précipité, très peu abondan t.
8 avril. — Quantité d’urine 2 litres.
Densité 1017
Coloration 3
Urée 11
Acide urique 0,40
Albumine 0
La cystite aiguë est une des manifestations fréquentes de la diathèse goutteuse, faisant souvent place à une localisation articulaire, d’autres fois consécutive. On arrive d’ordinaire assez facilement à en diminuer l’acuité, à l’aide de moyens antiphlogistiques ; cataplasmes sur le bas ventre, applications de ventouses scarifiées ou de sangsues. En même temps, il faut prescrire des diurétiques, surtout les eaux bicarbonatées sodiques faibles ou les sulfatées calcaires. Nous nous sommes très bien trouvé dans ces cas des eaux de Wildungen, de Vittel.
Toutefois nous devons à la vérité de dire que nous avons retiré souvent les plus grands avantages, dans les cas de cystite, de l’emploi du salicylate de soude. Nous avons vu, sous l’influence de ce sel, des cystites goutteuses, qui avaient résisté aux médications les plus
TRA1TE.A1ENT DE LA GOUTTE
('•nergiques el les plus variées, céder très rapidement à des doses môme faibles, 2ii4 grammes par jour, et nous nous demandons en présence de ces faits, ainsi qu’en présence des résultats souvent heureux que nous a donnés ce médicament dans le traitement de certaines autres manifestations viscérales de nature goutteuse, alors que le colchique avait échoué, s’il n’y aurait pas lieu de lui attribuer une vertu aussi grande dans le traitement des viscéralgies goutteuses que dans le traitement des manifestations articulaires.
Lorsque la cystite passe à l’état chronique il faudra continuer l’usage des eaux; mais les prescrire surtout sous forme de cure faite à la station même. Cette cystite chronique provoquel’alcalinité de l’urine et entraîne parfois la dilatation de la vessie et l’hypertrophie de ses parois. De là la possibilité de voir apparaître la lithiase phosphatique et toutes ses complications. Aussi n’hésiterat-on pas à avoir recours, s’il est nécessaire, à des lavages acidulés avec l’acide borique en solution, lavages qu’on pratiquera de préférence à l’aide du siphon vésical.
Bien qu’il ne puisse exister de doutes sur la nature de ces manifestations qui se localisent sur les organes génito-urinaires , on comprend que la plupart de ces manifestations échappent à l’action du spécifique de la goutte, le colchique. Que peut, en effet, le colchique contre l’attaque de gravelle? Lorsque l’attaque se produit, elle est la conséquence d’un gravier engagé dans l’uretère et le colchique est impuissant à modifier la cause de l’attaque.
Toutefois, il nous a semblé que, dans certains cas où le malade ne rend pas de gravier, la colique néphrétique pouvait se produire |)ar le fait seul d’un excès d’acide urique charrié par l’urine. A'ous avons, dans quelques-uns de ces cas, prescrit la teinture de colchique qui nous a paru donner d’excellents résultats.
On la prescrira encore avec avantage dans les cas de néphrite peu prononcée qui paraissent relever d’une irritation légère, provoquée parmi excès d’acide urique. C’est en diminuant très proiial)lement l’acide ui'ique contenu dans l’urine que le colchique agit favorahlcment dans ces circonstances. Nous nous sommes également parfois bien trouvé de le prescrire dans des. cas de cystite légère due à la même cause.
Goutte cardio-vasculaire. — Les lésions d’orifice de provenance.goutteuse sont presque toutes localisées à l’orifice aortique. Elles s’accompagnent fréquemment d’angine de poitrine vraie. La
LECORCriÉ. Goutte. -if)
m TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
leinlure de colchique ne nous a donné que des résultats insignifiants en pareil cas, résultats qui s’expliquent Irès bien du reste, puisque, selon toute probabilité, il existait dans ces cas, des lésions des artères coronaires. Parfois cependant, nous avons vu sous l’inlluence de ce médicament, sinon disparaître, du moins diminuer la fréquence et l’intensité des attaques.
Le salicylate nous a semblé jouir d’une efficacité plus grande. Aussi, ne doit-on pas hésiter à y avoir recours;
Voici une observation d’angine de poitrine, dans laquelle on pourra constater que l’efficacité du salicylate a été complète. Le malade avait antérieurement été atteint d’une cystite qui déjà avait cédé au salicylate.
üiîs. CLXI. — Angine de poitrine chez un goutteux. Attaques répétées, modifiées par le salicylate de soude.
Malade âgé de ([uarante-cinq ans. Tempérament nerveux. Aiitécéents goutteux et rhumatismaux sans attaque de goutte franche. Plusieurs proches goutteux. L’année dernière (1882), le malade a eu un rhumatisme vésical qui a résisté au cathétérisme, à la dilatation progressive de l’iirèthre et au lavage de la vessie, et a cédé à l’emploi du salicylate de soude (3 grammes par jour pendant trois jours). Antérieurement, arthrite sèche au genou gauche, fréquentes douleurs intercostales, lombaires, hématurie, pissement de caillots, urines troubles toujours
I rès acides. Le malade, n’a jamais fait de cure alcaline ; pendant ces dernières années le malade a passé quelques semaines à Aix-les-Bains,
II était habitué à mener une vie sédentaire, à veiller très longtemps et était soumis à un régime azoté.
Au mois de décembre (1883), à la suite de fatigues causées par des chasses, première apparition d’accidents devant être considérés comme (les attaques d’angine de poitrine et non simplement comme phénomènes nerveux ; première attaque en chemin de fer : douleurs sternales, oppression. Le malade absorbe de l’eau-de-vie et semble soulagé. Deuxieme attacpie après dîner, au cercle; le malade se couche, se fait donner du cognac et revient à lui quelques minutes après. Troisième attaque la nuit à deux heures et demie. Sensation de constriction à la gorge et pression au sternum, et d’engoürdissement du bras gauche. La constriction douloureuse et angoissante dure une heure et demie. Le malade est soulagé par -l’absorption de vingt gouttes d'élixir paiAgoi-ique, par l’application de ventouses sèches au thorax et par une injection hypodermique de 0'"',02 de chlorhydrate de morphine. Pendant cette attaque le pouls est resté calme, quoique serré, il n’y a pas eu d’intermittence, ni d’irrégularité. La respiration était assez régulière. Les grandes inspirations semblaient soulager le malade. La face était rouge. Des éruc-
TRAITEMENT DE LA GOUTTE. 723
lations se protluisaieiit avec peine, le ventre était dur et ballonné. Avant CCS attaques, le malade était très dyspeptique.
Ces crises se sont répétées du 12 décembre au 21 janvier une trentaine de fois. Lé traitement antinévralgique (bromure de potassium, iodure de potassium) et antispasmodique (teinture de valériane quatrevingts gouttes par jour) n’a pas produit de résultat marqué. Le valérianate de quinine, 0g'',80 par jour, a paru exercer une heureuse intluencc sur l’état général et les accès ne se sont produits pendant son usage et l’emploi du salicylate de soude durant une période de vingtquatre jours, que deux fois. L avant dernière attaque semblait avortée; il y avait constriction douloureuse à la gorge, névralgie sterno-bracliialc. Gonflement du ventre. La derniere crise aétéplus douloureuse comme durée, mais non comme intensité. Elle est survenue à onze heures du matin, au lieu d apparaitre vers minuit, comme les précédentes.
L’avant dernière crise est survenue le jour où le malade n’a pris son valérianate de quinine que tardivement dans Taprès-midi ; la dernière attaque, pendant la cessation du traitement anti-périodique et antigoutteux et après une fatigue, le malade étant allé au théâtre la veille.
La dose quotidienne du salicylate de soude est de deux grammes par jour, celle de sulfate de quinine de 0s'',20. Le malade est de plus soumis à une injection hypodermique de 0g'',02 de chlorhydrate de morphine tous les soirs et depuis la dernière attaque à 0g‘', 30 de poudre de Dower. De plus, pendant ces derniers cinq jours le malade a été purgé avec l’eau de Ilunyadi’Janos.
Dès le début de ces accidents un larg'e vésicatoire a été appliqué sur la région sternale. Du côté du cœur, il n’y a eu rien à noter. Lel)'’ Méhu a fait une analyse des urines du malade, qui rendait 0g>',49 d’acide urique par litre.
En résumé, ces accidents ont semble résister à l’emploi du traitement anti-douloureux et ont paru se calmer sous Tintluence des alcalins et des toniques. Au moment de l’accès, les boissons très chaudes, infusion de menthe, vin chaud, ont été très utiles, surtout dans une des premières attaques où le refroidissement du corps était très accusé : « le malade se sentait comme dans la neige. » — Les préparations opiacées (éli.xir parégorique, poudre de Dower, injection de morphine) ont soulage le malade. Le salicylate de soude a eu une action très nette sur les reins et l’expulsion de l’acide urique. Aujourd’hui le malade appréhende toujours le retour de ces douleurs qui sont très pénibles, « c’est comme si l’on avait mal à Tâme » dit-il. Il ressent à la gorge une pression et au sternum un poids formidable dont il no peut complètement se défaire. Cette douleur disparait quand il est couché et ne se montre que vers les quatre heures du soir pour ne le quitter qu’avec le sommeil.
Toutes ces attaques ont ou une grande ressemblance entre elles comme début, marche et duree, quoique trois d’entre elles aient été plus longues que les autres; la dernière a duré douze heures au point lie vue de la douleur sternale, mais non de l’angoisse. Au début cette douleur semblait se propager au plexus cervical superficiel; le malade
se serrait le cou, la mâchoire inférieure, l’oreille et prétendait que la déglutition était difficile, il ne pouvait avaler sa salive et le bras était engourdi et douloureux. Dans un accès, la pression seule du doigt sur le pouls produisait une douleur intense qui [larlait du bras et allait à l’épaule et au cœur. Cette expérience a été faite deux fois, à quelques minutes d’intervalle.
Le 19 janvier, après avoir cessé l’usage du salicylate, retour d’attaque. Aussitôt on reprend la quinine, le salicylate.
Le malade, en continuant pendant trois semaines l’usage du salicylate à la dose de 1 gramme par jour, est resté à l’abri du retour des crises. Comme il existait toujours un peu de catarrhe d’estomac caractérisé par du ballonnement du ventre, de la dyspepsie, nous avons conseillé pour assurer la guérison une cure d’eau de Hombourg (source Elisabeth).
Chez ce malade nous avons toujours constaté la présence de l’acide urique en excès dans les urines, 1 gramme et lg'',20 par vingt-quatre heures.
Mais ces médicaments nous paraissent surtout efficaces lorsqu’on les administre pour combattre les troubles fonctionnels du cœur, si variés chez les goutteux et dus sans nul doute à l’e.xcitation des nerfs de cet organe par un sang trop chargé d’acide urique, tels que les palpitations, les intermittences. Ils ne réussissent pas toutefois dans tous les cas, quand, par exemple, ces troubles cardiaques sont sous la dépendance d’un état congestil du foie ou d’un catarrhe de l’estomac.
Si chez les goutteux le cœur devient graisseux et provoque de la gêne respiratoire, de l’œdème des extrémités, il faut prescrire la digitale. On la donne cinq jours de suite, sous forme de teinture, à la dose de 30 gouttes par jour, ou sous forme de poudre, à la dose de par jour, une pilule de matin et soir; puis on la
suspend pendant cinq jours, pour la reprendre ensuite jusqu’à disparition de ces différents malaises.
On conseille en même temps l’usage des toniques, des amers et des ferrugineux.
Goutte broncho-pulmonaire. — Bien que le colchique puisse être considéré comme le spécifique de la goutte dans les cas de manifestations articulaires, on doit reconnaître que sa puissance d’action est moins considérable lorsqu’il s’agit de manifestations viscérales. Néanmoins il faut toujours le conseiller, surtout dans les cas où la goutte viscérale se traduit par des manifestations nerveuses. Nous l’avons vu modifier l’angine de poitrine, parfois la colique néphrétique, nous le verrons employé avec avantage.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
dans certains cas de névralgies et de troubles nerveux: centraux.
L’astbme goutteux nous a paru aussi favorablement influencé par la teinture de colchique. Nous avons pu, à l’aide de ce médicament, diminuer l’intensité des accès.
Nous l’avons également employé avec avantage dans les cas de catarrhe sec, si communs chez les goutteux, dans les congestions partielles du poumon, souvent unilatérales, siégeant tantôt au sommet, tantôt à la partie moyenne ou à la base.
Dans d’autres cas, toutefois, ces congestions nous ont semblé plus favorablement influencées par l’usage des eaux bicarbonatées sodiques faibles ou sulfatées calcaires.
Nous n’avons retiré que des résultats à peu près insignifiants de l’emploi du colchique dans le traitement du catarrhe aigu ou chronique, bien que la présence de l’acide urique en excès dans le sang ne laisse aucun doute, puisque dans l’une de nos observations on a pu l’observer dans le liquide de l’expectoration. Aussi, lorsqu’il s’agit de catarrhe bronchique, surtout de catarrhe aigu, tout en conseillant l’usage du colchique, devra-t-on recourir sans hésiter aux médicaments employés dans le traitement du catarrhe vulgaire, c’est-à-dire aux expectorants (kermès, antimoine), aux calmants (opium, belladone, jusquiame), et enfin, aux révulsifs cutanés.
Si le catarrhe passe à l’état subaigu ou chronique, ou s’il est d’emblée chronique, on prescrira, en outre, les médicaments employés en pareille occurrence, c’est-à-dire, les balsamiques. Toutefois, en dehors de ces différents agents médicamenteux, on devra soumettre les malades à l’usage des eaux propres au traitement de la diathèse goutteuse et de ses différentes manifestations. Ce sera le seul moyen de mettre un terme au catarrhe chronique qui se prolonge indéfiniment ; ce sera le seul moyen de prévenir le retour de ces poussées de catarrhe aigu, si fréquentes et si pénibles dans certains cas.
L’opportunité de telle ou telle eau variera suivant l’époque d’apparition du catarrhe, c’est-à-dire suivant l’âge de la diathèse.
Il est rare qu’il soit opportun d’envoyer des malades bronchitiipies aux eanx bicarbonatées sodiques fortes, telles que Vais ou Vichy, ou aux eaux sulfatées sodiques, telles que Carlshad et Marienhad. Le catarrhe bronchique est une manifestation d’ordinaire tardive. Il n’apparaît que lorsque déjà la diathèse goutteuse existe depuis longtemps, que la constitution du malade est forte-
ment tovicliéc, alors qu’il n’y a aucun intérêt, mais au contraire danger, à diminuer l’intensité du processus nutritil'. C’est le plus souvent aux eaux bicarbonatées sodiqucs faibles, comme celles d Ems, de Soullzmalt, de Bilin, de Neunahr, de Asmannsbauseu qu’il faut s’adresser, et même ne devra-t-on pas, dans certains cas, hésiter à envoyer ces malades cà des eaux bicarbonatées mixtes, comme celles de Saint-Nectaire, de Royat qui sont encore moins débilitantes que les précédentes. Nous préférons, pour le traitement du catarrhe bronchique, ces différentes eaux bicarbonatées aux eaux sulfatées calcaires qu’on pourrait au besoin conseiller. Voici un exemple de catarrhe goutteux des bronches heureusement modifié par une cure au Mont-Dore.
Obs. CXLII. — Goutte articulaire. — Coliques néphrétiques. —
Sciatique. — Corijza et catarrhe bronchique améliorés par les
eaux du Mont-Dore.
X... âgé de soixante cinq ans vient nous consulter pour des troubles respiratoires (pi’il caractérise du nom d’asthme et qui manifestement sont de nature goutteuse.
Ce malade est bien constitué, vigoureux, ))icn qu’il ait eu de nombreuses manifestations goutteuses.
Il n’a pas de goutteux parmi ses ascendants ; mais à l’âge de trentesept ans, il fut pris de violentes douleurs de tête, de troubles oculaires qui persistèrent plusieurs années et qui ne cédèrent qu’à l’emploi de vésicatoires fréquemment répétés. Ces douleurs ont depuis longtemps disparu et de ses troubles oculaires caractérisés par des douleurs intra-orbitaires, une sensibilité excessive, de la diplopie, il ne reste que de l’inégalité pupillaire ; la pupille gauche est rétrécie, la droite est légèrement dilatée. C’est l’œil droit qui a été le plus longtemps le siège de douleur. 11 ne voit double que de temps à autre, lorsqu’il regarde les objets dans une certaine direction à sa droite et en haut.
.A quarante ans, il eut à plusieurs reprises de violentes attaques de coliques néphrétiques avec expulsion de gravier. Ces coliques se reproduisirent à intervalles plus ou moins éloignés pendant une dizaine d’années et il fit plusieurs cures à Contre.xéville.
A cinquante ans, il fut pris d’une douleur de la hanche et de la fesse, douleur qui s’irradiait sur le trajet de la jambe et qui persista longtemps. Depuis lors plus de coliques néphrétiques.
A cinquante-neuf ans, il eut pour la première fois une attaque de goutte qui dura quinze jours, d’abord à l’orteil droit, puis, à l’orteil gauche.
Ce n’est qu’à Tûge de soixante ans que se manifestèrent des troubles du côté des voies respiratoires. Ces troubles consistent en cnchiffrène-
TRAITEMENT UE LA GOUTTE
menls qui sc montrent à tout propos sans raison, huit à dix lois par mois, l’été surtout et qui ne persistent d’ordinaire que pendant un temps assez court. Depuis l’apparition de ces enchiffrôneraents, il éprouve une gène respiratoire caractérisée par une difficulté plus grande à monter, par l’expectoration de quelques crachats visqueux le matin.
A rauscultation, on constate l’existence dans la poitrine de quelques râles sibilants, une expiration prolongée; à la pei’cussion, on trouve une sonorité exagérée. 11 y a manifestement chez ce malade de Temphysèine et du catarrhe bronchique. Le cœur ne présente rien d’anormal.
La muqueuse du pharynx est rouge, variciueuse. 11 existe une pharyngite chronique, probablement de nature goutteuse; car le malade n’est pas fumeur et n’a jamais fait d’excès de boissons. 11 accuse aussi un peu de pituite, preuve que celte inflammation s’est étendue jusqu’à l’estomac. L’appétit est bon toutefois et les digestions assez régulières.
Ce malade s’est rendu déjà deux fois aux eaux du Mont-Dore. 11 s’en est bien trouvé et nous lui conseillons une troisième cure, qui diminuera encore, nous l’espérons, l’intensité des attaques de coryza et leur fréquence, qui d’autre part ne pourra que modifier heureusement le catarrhe bronchique dont le malade est atteint et qui déjà s’est atténué sous l’influence de ces eaux.
Lorsque le catarrhe bronchique se montre à une période encore plus avancée, lorsque la débilité du malade est évidente, lorsqu’il existe de l’anémie, jointe à toutes les apparences d’un état cachectique, on devra avoir recours, si l’on veut modilier la fâcheuse tendance qu’a le malade à s’enrhumer, ou faire disparaître le catarrhe bronchique dont il n’a pu se débarrasser par les moyens ordinaires, on devra, disons-nous, avoir recours à des eaux alcalines reconstituantes et prescrire l’usage des eaux chlorurées sodiques faibles ou fortes.
On conseillera en même temps les toniques sous forme de fer et de quinquina ou d’eaux minérales ferrugineuses.
La pneumonie goutteuse, dont on ne saurait mettre l’existence en doute, puisque nous l’avons vue se juger dans certains cas par l’apparition d’une manifestation articulaire, nous a paru assez indifférente à l’action du colchique. Il ne faut pas toutefois en dédaigner l’emploi; mais tout en prescrivant le colchique, il faut ne pas négliger les agents thérapeutiques généralement employés dans le traitement de cette maladie. Ce qui n’a rien d’irrationnel puisque, tout en étant de nature spéciale, cette alfection n’en est pas moins de nature inflammatoire; on conseillera donc, suivant le
besoin, comme dans la pneumonie vulgaire, le tartre stibié, le kermès, les révulsifs cutanés, et l’on mettra les malades à l’usage des eaux alcalines de préférence aux sulfatées calciques pour ne pas les débiliter.
Les manifestations goulteuses qui affectent le système nerveux sont, ainsi que nous l’avons vu, des plus nombreuses. Or, dans bon nombre de ces manifestations, nous avons vu le colchique, les eaux alcalines, les eaux dites indifférentes et l’hydrothérapie donner les meilleurs résultats.
La céphalalgie goutteuse cède généralement à l’usage du colchique. Nous avons vu le colchique triompher là où les eaux alcalines étaient restées impuissantes. Nous l’avons conseillé avec le même succès dans un cas de délire goutteux. Il ne nous a donné que des résultats incomplets dans la plupart des névralgies. Dans un cas de sciatique, toutefois, de date récente, il diminua notahlement l’iiilensité de la douleur.
Si le colchique restait impuissant nous n’hésiterions pas, en pareille occurrence, à prescrire le salicylate de soude; mais lorsque les névralgies sont anciennes, c’est aux eaux qu’il faut d(; préférence s’adresser. Ainsi nous avons vu des sciatiques rebelles céder à une cure d’eau sulfatée calcaire. On pourra donc dans ces cas conseiller Conlrexéville, Vittel, Capvern, Aulus. Lorsque le résultat sera nul, on presci’ira les eaux dites indifférentes qui agissent par leur haute lhermalité : Néris, Plombières, Pfâfers- Ragatz, Gastein, Wildbad; c’est dans ces cas qu’on obtient parfois la guérison des malades eu leur conseillant Aix-les-Bains, Aix-la- Chapelle. Tout en ayant recours à celte médication pour ainsi dire spécifique des manifestations goutteuses ou plutôt de la diathèse goutteuse qui en est la cause, on ne devra pas négliger, en cas d’insuccès, de s’adresser aux moyens thérapeutiques que l’on emploie généralement contre la céphalalgie, dans les attaques épileptiformes, l’apoplexie, le délire, les névralgies de siège divers; nous voulons parler des calmants, des antipériodiques, des révulsifs cutanés ou intestinaux, de l’électricité.
Les troubles nerveux d’origine centrale et périphérique ne sont point, ainsi que nous l’avons signalé à propos de la symptomatologie, les seuls qu’on puisse avoir à constater et à traiter; il sc produit parfois, chez les goutteux, une véritable névropathie caractérisée ici par de la migraine, des vertiges, de l’insomnie, ailleurs par de l’hypochondrie. Parfois cet état névropathique n’est que
TRAITEMENT DE I.A GOUTTE
secondaire et consécutif à un catarrhe de l’estomac ou, comme le prétend Murchison, à la congestion du foie. Il faut, pour alors en triompher,.ag'ir contre l’état morbide causal. Mais dans d’autres cas il est primitif ou plutôt intimement lié à la diathèse goutteuse et dû, sans nul doute, à la présence de l’acide urique en excès dans le sang, ou à l’état de cachexie provoqué par la goutte. On devra alors avoir recours soit à l’usage du colchique, soit à l’usage du salicylate, soit à l’usage des eaux minérales.
Le colchique et le salicylate de soude réussissent parfois à faire disparaître quelques uns des troubles de cet état névropathique, la migraine, le vertige; mais il n’y a guère que les eaux qu’on puisse prescrire contre l’hypochondrie. On devra seulement, pour en tirer tout le profit possible, ne les prescrire qu’avec la plus grande circonspection. Si cet état névropathique apparaît à une période peu avancée de la diathèse goutteuse, s’il semble être une manifestation de la goutte aiguë plutôt que de la goutte chronique, on conseillera les eaux capables de faire baisser le travail de nutrition et par suite de diminuer la formation d’acide urique; on conseillera, suivant le besoin, les eaux bicarbonatées et sulfatées sodiques ou calcaires; plus lard, loi’sque se sont développés tous les symptômes de la goutte chronique, si cet état névropathique se manifeste, on conseillera au contraire, les eaux reconstituantes : les eaux chlorurées sodiques,' les eaux ferrugineuses et l’hydrothérapie.
Voici une observation de névralgies multiples qu’il nous paraît intéressant de rapporter au point de vue thérapeutique.
Obs.C.\.LIII. Név)'algies goutteuses multiptes traitées par le colchique
et les eaux de Wildbad.
L... fils de rliumalisants, âgé de soixante-sept ans et demi. 11 y a vingt-cinq ans, première attaque de goutte, caractérisée par l’œdème sans douleur. N’a jamais eu qu’orteil et talon pris, deux fois l’an, mais à peine y a-t-il privation do sommeil; seulement pendant quinze jours, trois semaines, marche difficile; il ne reste ([ue deux jours à la maison au moment des attaques. (Cataplasme, Idq. liOville. — Liq. Uesparquets.) 11 y a deux mois douleur de tôle ; il y a quatre ans cette céphalalgie avait disparu à Wildbad, et avait été remplacée en revenant des eaux [)ar une attaque de goutte et de sciatique. Depuis, plus de maux de tête, mais attaquede goutte trois fois i)ar an. Il y a deux mois retour de mal de tête a])rès une saison de Plombières, qui avait été
infructueuse. Céphalalgie d’abord le matin en s’éveillant ; la douleur passait en se levant. Depuis, la douleur est continue au front et à la nuque, sous forme de coups de marteau. Pas de bourdonnements d’oreilles ni de vertiges, dort assez bien. La céphalalgie n’empêche pas le malade de manger, elle paraît même céder au.v repas.
Le café la soulage.
Le salicylate n’a rien fait (3 grammes par jour.)
Depuis que la céphalalgie existe (deux mois), pas de douleur d’orteil. La sciatique a cédé aux bains thermo-résineux.
Il n’a plus do gravelle. Les eaux d’Ems, Cllrlshad, ont été trop fortes et ont provoqué de la diarrhée.
Quand apparaît la céphalalgie, la douleur cesse aux pieds. Plus de manifestations articulaires depuis que la douleur de tête existe d’une façon persistante et à peu près continue
Nous conseillons à ce malade l’usage du colchique et nous sommes heureux de voir ses douleurs se dissiper sous l’influence de ce médicament. Nous nous proposons pour combattre ces névralgies multiples de lui conseiller une nouvelle cure à Wilhad.
Goutte musculaire et cutanée. — Contre les manifestations de nature musculaire, crampes, myalgie, atrophie, on conseillera avec avantage l’usage des eaux dites indifférentes : Néris, Plombières, Wildbad, Gastein, ou les eaux d’Aix-la-Cbapelle, d’Aix-les-Bains. Mais on aurait tort, dans ces cas, de se désintéresser complètement de la médication vulgaire, des frictions, du massage, de l’électricité, tous moyens qui, s’ils ne sont pas d’une efficacité complète, ne peuvent qu’aider à l’action des eaux.
On agira dans le même sens, pour le traitement des affections cutanées de nature goutteuse, conseillant aux malades l'usage des arsénicaux, des alcalins, tout en leur prescrivant les eaux minérales que réclame leur état diathésique.
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