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CHAPITRE V

LA GOUTTE DANS LES ORGANES

Les anciens auteurs donnaient à ce chapitre une extension que les modernes ont considérablement diminuée. Il suffit de parcourir le livre de Musgrave de Arthritide anomala ou le traité des maladies goutteuses de Barthez, pour voir quelle infinie variété de manifestations morhides on décrivait autrefois comme de nature goutteuse. Garrod a protesté comme cette tendance outrée à la généralisation. Il y a évidemment là un écueil à éviter. Mais n’est-ce pas, d autre part, tomber dans un excès d’un autre genre que de ne vouloir reconnaître à la goutte que des localisations articulaires? Tous les médecins qui ont étudié de près des goutteux admettent, quel que soit le nom qu’ils lui donnent, goutte irrégulière, atonique, larvée, etc., la fréquence de la goutte extra articulaire ou interne. « Un grand nombre de malades, dit B. Brodie, qu’on croit souffrants d’affections locales, sont en réalité sous l’inhuence du poison goutteux qui circule dans leur corps, quoiqu’ils ne présentent aucun symptôme de ce qu’on appelle ordinairement la goutte. » Gairdner dit de même ; — « Je suis persuadé que souvent la goutte est complètement développée chez un individu sans qu il s en aperçoive jamais par une manifestation locale, et je suis persuadé encore que la diathèse scrofuleuse n’est pas plus commune que la diathèse goutteuse. »

On ne peut nier aujourd’hui que la goutte, comme la syphilis, l’alcoolisme, le rhumatisme, exerce son action sur l’ensemble des tissus de l’organisme. La localisation articulaire est un phénomène important dans l’évolution de la maladie, mais ce n est qu’un épisode, et nous n’hésitons pas à avancer que cet épisode peut faire défaut. Se refuser à admettre qu’une dyspepsie, une sciatique, une éruption cutanée sont de nature goutteuse tant qu’une

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allaquc au gros orteil ne se sera pas produite, c’est raisonner comme quekiu’un qui se refuserait à reconnaître une exostose, une céphalée, une éruption syphilitique, tant qu’il n’aurait pas constaté le développement d’nne tumeur gommeuse. La question est de trouver un critérium clinique précis pour caractériser une affection goutteuse. Ce critérium, il faut bien le reconnaître, ne saurait être établi d’une manière absolue. Qu’on le chercbe dans le sang ou dans les urines, il peut se faire qu’il manque complètement, et, dans certains cas de goutte viscérale précisément, l’excès d’acide urique peut faire défaut. Mais ce critérium, qu’on réclame avec tant d’exigence pour la goutte, le possède-t-on avec plus de certitude dans les autres maladies? Hésite-t-on à affirmer une sypbilide ou une lésion syphilitique du cerveau ou de la gorge, parce que le malade nie l’existence de tout chancre antérieur? C’est sur les caractères généraux et locaux, sur le mode d’évolution de l’alfection, sur l’influence du ti'aitement, etc., qu’on se fonde pour établir le diagnostic. C’est sur les mêmes raisonnements qu’il faut s’appuyer pour reconnaître la nature des affections goutteuses; il faut invoquer un ensemble de caractères et non pas demander à un signe unique plus qu’il ne peut donner. Voici les caractères qu’il faut recbercher quand on se trouve en présence d’une affection soupçonnée de nature goutteuse :

1“ Antécédents héréditaires.

S” Mode d’évolution et d’enchaînement des manifestations morbides.

3“ Caractères propres de certaines affections.

4® Existence de topbus aux oreilles.

5® Acide urique dans le sang.

6® Excès d’acide urique dans l’urine.

7® Influence du traitement par le colchique ou le salicylate de soude.

Pour fixer les idées, prenons un homme de trente-cinq à quarante ans, atteint d’une céphalalgie qui ne peut se rapporter à aucune lésion cérébrale, ni à la syphilis. Cet homme est fils ou petit-fils de goutteux; il rend en moyenne chaque jour de lff'',50 à 1”‘, 80 d acide urique; cette céphalalgie a été précédée deux ans auparavant d une sciatique ou d’une attaque d’asthme, qui, l’année suivante, a été remplacée par de la dyspepsie fiatulente. Enfin, après ayoii lésisté là toute sorte de moyens thérapeutiques, le mal de tête cède en quelques jours à la teinture de colchique. Nous n’hésite-

rons pas à dire que ce malade est atteint d’une céphalée de nature goutteuse. Il va sans dire que des douleurs au gros orteil précédant ou remplaçant brusquement la- manilcstation viscérale jugeraient encore bien plus rapidement et bien plus sûrement la question.

C’est en nous basant sur ces données que nous allons passer en revue les diverses modalités de la goutte localisée aux organes internes.

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