‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 78 sur 226 · Charcot, Loc. cit · texte numérisé non relu

Charcot, Loc. cit

nient avoir traité un goutteux dont tout le corps était parsemé de dépôts uraliques et qui en avait jusqu’aux paupières: « In tolo corpore,per poros,adeo ut etiam palpebræ oculorum non exemptæ fuerint, ejus modi materia gypsœa, circa poros cutis mox in tophis mutata, prodisset. » Il faut se garder de prendre pour des tophus les amas de matière sébacée formant concrétion, que l’on peut rencontrer au niveau des l’égions palpébrales (Garrod).

Les concrétions de l’oreille externe sont de beaucoup les plus fréquentes. Sur trente-sept goutteux examinés spécialement à ce point de vue, Garrod a noté seize fois ces dépôts au niveau des oreilles. Nous les avons aussi rencontrés un grand nombre de fois chez nos malades, mais nous n’avons pas noté le fait d’une manière assez constante pour pouvoir donner un ebilfre précis. Approximativement nous pourrions l’évaluer au cinquième des cas. Comme Garrod nous avons exceptionnellement observé ces concrétions chez la femme.

Le sillon de l’hélix, le bord du repli et sa face interne sont le siège habituel des tophus de l’oreille. Lorsqu’ils sont placés sur le bord de l’hélix, ils y forment des saillies plus ou moins considérables qui lui font perdre la régularité de son contour. Ces tophus, comme les tophus cutanés des doigts, s’accompagnent d’une certaine injection des téguments environnants. Il sont, comme ces derniers, entourés d’une aréole; la peau présente même à leur niveau certaines veinosités qui s’étendent plus ou moins loin dans le voisinage. Leur grosseur varie depuis celle d’une tête d’épingle jus- (lu’au volume d’un petit poi's. On peut en voir un ou deux seulement au niveau d’une oreille; parfois leur nombre est plus considérable; un de nos malades en présentait cinq à une oreille et six à l’autre. Tantôt ils ressemblent à de petites grains crayeux qu’on peuténucléer; tantôt ils sont mous, et donnent, comme les tophus cutanés, un liquide lactescent à la piqûre.

Les tophus présentent rarement le même aspect. Ils sont d’âge différent, les uns en voie de développement, les autres en voie d’élimination. Souvent même on aperçoit des cicatrices, tantôt pâles, tantôt vasculaires, qui apparaissent comme dernier vestige d’une élimination de date plus ou moins ancienne. Ces tophus modifient considérablement, on le comprend, la configuration de l’oreille, dont le bord tuméfié est parfois comme déchiqueté, présente des teintes de coloration diverse, ou blanche, ou rouge, en rapport avec la coloration des tophus et des téguments.

LA GOUTTE DANS LES ARTICULATIONS

A-t-on alTairc, dans ces cas, à des toplms développés dans le derme même ou dans le cartilage de l’oreille? Garrod les considère comme des dépôts cutanés. On ne peut, il est vrai, à aucun moment de leur développement, imprimer à la peau un mouvement qu’on ne leur communique; mais il peut se faire que cette particularité tienne à ce que la peau de l’oreille est très mince, le tissu cellulaire sous-ctitané peu abondant et très dense. Nous n’oserions toutefois affirmer le siège primitivement intra-cartilagineux de ces concrétions.

Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut retenir, c’est la valeur de ces toplms au point de vue du diagnostic de la goutte. Leur existence avait été remarquée par divers auteurs, avant Garrod, par Ideler, par Fauconneau-Dufresne, par Todd. Mais on doit reconnaître à Garrod le mérite d’avoir le premier fixé l’attention sur ces tophus en en démontrant l’importance séméiologique. Il faut toujours les rechercher avec soin chez tout individu soupçonné de goutte, même indemne de toute manifestation articulaire. Car les concrétions uratiques peuvent apparaître à l’oreille longtemps avant toute localisation vers les Jointures. Garrod a vu des tophus de ce genre précéder de cinq ans la première attaque de goutte, et Charcot raconte avoir pu, chez un dyspeptique, n’ayant jamais eu d’accidents articulaires, prédire à l’avance l’explosion de la goutte, gixAce cà la présence d’uii tophus de l’oreille. C’est donc, dans le cas de goutte purement viscérale, un signe précieux à rechercher et à ajouter aux signes fournis par l’analyse des urines et du sang, pour le diagnostic de la nature réelle de la manifestation morbide.

Tels sont les caractères de la goutte articulaire cbronique. Ces symptômes peuvent exister seuls; mais le plus souvent ils se combinent ou alternent avec une ou plusieurs des localisations de la goutte dite viscérale. Aussi l’étude d’ensemble de la marche, de l’évolution générale de la maladie, nous semble-t-elle devoir être mieux placée après la decription des différentes manifestations de cette goutte interne.

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