‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 10 sur 79 · Un mot ne peut rimer avec lui-même que quand il est · texte numérisé non relu

Un mot ne peut rimer avec lui-même que quand il est

pris dans des significations absolument différentes. Exemples :

Prends-moi le bon parti ; laisse là tous les livres. Cent francs au denier vingt, combien font-ils? — Vingt livres.

(BOILEAU ) Monsieur ici présent M'a d'un fort grand soufflet fait un ^cWK i/résent.

(Racine.)

deu

■'—■ 7. La rime est riche lorsqu'elle présente à lafm de d( vers plusieurs syllabes identiques, comme dans les v suivants :

Cesten vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur.

(BOILEAU

Indomptable taureau, dragon impétueux^ Sa croupe se.recourbe en replis \oitueux.

(Racine.)

8. On appelle /aM55e rime celle qui présente une consonnance soit entre l'hémistiche et la finale d'un même vers, soit entre le premier hémistiche des vers qui riment ensemble, soit encore dans le même hémistiche. Exemples :

Et déjà vous croyez, dans vos rimes obscures , Aux Saumaises Iwlars préparer des Xartures.

(BOILEAU

J'eus un frère, seigneur, illustre et généreux, Digne par sa \a\eur du sort le plus heureux.

(Créeillox.) Bientôt vous la verrez , prodiguant les miracles , Du desiirt des Lapins prononcer les oracles.

(BOILEAD )

On voit combien ces consonnances sont désagréables et fatigantes pour l'oreille.

9. Les règles de la rime masculine s'appliquent toutes à la rime féminine , en observant que les syllabes muettes ne comptent pas, et qu'il ne suffit point d'une ressemblance entre ces syllabes pour constituer la rime. Ainsi :

Monde ne rime pas avec demande, espace avec service, etc.

Pour que la rime féminine soit bonne , il faut qu'en retranchant la syllabe muette ou tout au moins le muet, ce qui reste offre une rime masculine suffisante et régulière , comme :

Fu ri-e et raille-n-e, réve-n-es et armoi-n-es , ils sou-ri-ent et ils s'éc-ri-ent, etc.

Ainsi le seul e fermé, Yi et Xu dans la pénultième d'un noot terminé par un e muet, ne sufliseut point pour la rime féminine. Par conséquent,

Dfcllir-é-e et couronii-è-e , bann-/-e et part-i-e, bonrr-i/-e et ven-M-e, ne riment p;is mieux que aécliire et courouu-c, Laiiii-< et part-*, bourr-« et Neii-«.

10. D.Kis la poésie moderne, on appelle v<-rs blancs des vers non rimp*. Plu^ieurs poêles crAuiiliterre et d'Alleina;;iie se sont aflraiichis «le la riiue : les Alhinands ont prétendu y suppléer en com|>o.>ant des \ers méirigues a la manière des Grecs et (l<s Latins; les An;ilais se sont contentés de leur vers rliythmiiiue, ou l'on compte le- syllalies san» a\oir éjîard a leur valeur prosodique, comme en italien et en Irançais.

11. Le vers peut avoir trois sortes d"avanta;;es qui le dislin^uent de la prose: une harmonie plus sen.sjble , une difiicuité de plus qu'on aie mei'ile de vaincre, et un moyen pour la mémoire de retenir plus aisélueiil la pensée et les mois duLil le vers est formé. Le vers blanc peut être au.ssi harmonieux que le vers rime, a la coiisonnance prés, dont l'habitude a lait un plaisir pour Torei le; mais 4a dil'ticulté vaincue et la surprise afiréaliie qu'elle nous cause n'existent plus dans les vers blancs. Ils n'onl pas non plus l'avanta;ie de duimer a la mémoire, dans l'unisson (les de.-.ineiices, des points d'appui et comme des si;;nau\ qui I einpéchi nt de s'égarer; et a ces deux ej^ards, les vers blancs sont intérieurs aux V( rs rimes.

On oliji'cle que la rime co i i^a la poésie bien des sacrilices du côté de la précision 1 1 du naturel. Cela l Frai a l'égard des poêles qui ont ecril ave-j trop de preci|)ilation ou de ne-.ligence; mai» lorsqui' îles lio.nines de goiil et Je génie ont écrit avec soin , ils oui parlailemeut rempli le précepte de Boileau :

La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir.

Les vers de Racine ne se ressentent pas plus de cette gène que ceux de Vir-ile ne se ressentent de la nécessité de liiiir par uu dactyle et un spondée.

Enlin . et celte raison est péremptoire, toute poésie qui ne tolère pas d'enjambement ne peut se passer de la rime'. Elle est donc essentielle aux vers français.

§ 6. — De la Licence.

I. En quoi consiste la licence poétique ? — î. Citez quelquA- ftemples de mots plus spécialement affectés à l:i pocsie. — r>. Ouillrs .sont li's altérations orlliograpbiques adiulscs eu pjésie? — 4. Qu'y a-l-U a observer sur les transposliious?

1. La licence poétique consiste : 1° dans le libre emploi de plusieurs termes dont la prose n'use qu'avec reser\e; 2° dans le retranchement ou dans l'addition de quelques lettres; 3° enlin, dans certiines transpositions.

2. 11 y a un certain nombre de termes plus spécialement affectés à la poésie. Tels sont :

/ 'Je dois cette découverte à l'un de mes anciens professeurs, dont les / lettres grecques déplorent la perle encore récente, M. MabiiQ. 11 1 a dé- I veloppée dans uue brochure sur une édition des Lusiades de Camoéns.

en prose. en vers.

Ancien Antique.

Aussitôt Soudain.

Aulrerois Jadis.

Cheval Coursier.

i Olympe.

Voûleélhéree.

Séjour des dieux , etc.

Colère Courroux.

Crime Forfait.

i L'Éternel.

L'Être Suprême.

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