GENRE DRAMATIQUE
Nous diviserons la théorie du genre dramatique en trois sections : l° le (jenre. dramatique en (loncral ; '1" le (jenre trcujique ou tragédie; 3** le genre comique ou comédie.
I'"" SECTION. — Du genre dramatique en général.
% 1*'. — Origine de la poésie dramatique, et .caractère de la tragédie ancienne.
l.(>uclle est rorigine de la piJi'sic ili:iiii;iti(|iie? — 2. Quels en furent les progrès?— s. Oiicllc a eU' la dcsliniM' du i hirur 1* — 4. Quel et lil le rôle du elitrur? — s. Qu'est-il résulté de la préseiui' i(]iuiiiiielle du eliieur sur la scène? — g. Quels sont les autres caractères distinctifs de la tragédie greciiue?
1. Chez les Grecs, les concours de poésie avaient lieu aux fêtes de Bacchus, et le prix du chant était un bouc; de là le mot de Tpaycootoc ^ , tragédie, c'est-à-dire chant du bouc. Rien n'était plus propre que les Dionysiaques à fournir des sujets aux poètes. Les aventures merveilleuses du dieu inspiraient les dithyraral)es (p. 44 ): et le cortège de Bacchus, les Faunes les S.vivains, les Satyres, donnaient lieu a des farces grossières. Ainsi dans le dithyrambe se trouve l'origine de la tragédie ; et celle de la comédie , dans
' Voyez Hist. delà Littérature française , t. m.
'TpaYoç, bouc; (ùS-/), chaut. — yoyvzHisl. de la Littérature grecque , p. 71 etsuiv.
les bouffonneries qui d'ordinaire accompagnaient les pièces sérieuses. Tragédie ou comédie ne signifia donc d'abord qu'un poëme lyrique sous une foDiie dramatique^ Mais bientôt ces deux parties du poëme se séparèrent ; la comédie resta à la campagne, d'où elle tira son nom (xwa/) , village) , et ne fut introduite à la ville que longtemps après la tragédie.
2. Les poèmes lyriques des Dionysiaques étaient cbantés, tantôt par toute l'^-ssemblée . tantôt par des bandes séparées qui se répondaient alternativement, et formaient ce qu'on appelle un chœur, mêle de strophes et d'antistropbes. Pour jeter quelque variété dans cette espèce de divertissement, et pour donner aux chanteurs quelque relâche, on imagina d'introduire un personnage qui récitât quelques vers entre les chants. C'est à Thespis, contemporain de Selon , que cette innovation est due. Comme elle fut généralement goûtée , Eschyle , qui fleurit cinquante ans après lui , fit un pas de plus : il introduisit un dialogue entre deux personnages , imagina d'y mêler quelque histoire intéressante, et fit monter ses acteurs sur un théâtre orné de décorations analogues au lieu de la scène. Tout ce que débitaient ces acteurs s'appela épisode (IttI , etç, wôri), c'est-àdire addition au chant lyrique ; et le chant du chœur, cessant de se rapporter aux fêtes de Bacchus, se lia à l'histoire représentée par les acteurs : c'est ainsi que 'e drame commença à prendre une forme régulière, qu'achevèrent de lui donner peu de temps après Sophocle et Euripide*.
/ ' "Virgile allribue aussi à ces fêtes l'origine de la poésie dramatique / (Georg. , ii , 380) :
I Baccho caper omnibus aris
/ Cicditur, et veteres ineuDt proscenia ludi,
' Prœmiaque in^eniis pagos et compila circum
Thesidœ posuére.
' Boileau a retracé eti vers aussi précis qu'élégants ce qui vient d'être dit sur l'oriçine de la tragédie :
La tragédie, iiiforrae el grossière en naissant, N'était qu'un simple chœur, ou chacun en dansant , Et du dieu des raisins, entonnant les louanges , S'ettorçait d'attirer de fertiles vendanges. Là, le Vin et la joie éveillant les esprits. Du plus habile chantre un bouc était le prix. Thespis fui le premier qui, barbouillé de lie,' Promena par les bourgs cette heureuse lolie, ' Et, d'acteurs mal ornés cliargeant un loml>ereau,
i^ Amusa les pas^ants d'un sp<'c-lacle nouveau.
\ Eschyle uans les chœurs jeta les personnages ,
'i D'un masque plus honnête habilla les visages ; Sur les ais d'un thé;itre en public exhausse. Fit paraître l'acteur d'un brodequin chaussé.
3. Le chœur (comme on vient de le voir) était la base ou le fondement de l'ancienne tragédie : mais insensiblement il cessa d'en être la partie principale; il ne fut plus qu'un accessoire. Enfui, dans la tragédie moderne, il a tout à fait disparu, sauf de quelques pièces, comme Esthet et At Italie, etc.
Le chœur avait le double effet de rendre la tragédie plus pompeuse, et plus instructive on plus morale. C'était toujours la partie de l'ouvrage la plus poétique et la plus sublime; et comme elle était chantée avec des accompagnements de musique, elle devait varier agréablement le spectacle et en augmenter l'éclat. D'un autre côté, le chœur donnait en toute occasion des leçons de vertu. Il se composait de personnes que l'on pouvait naturellement supposer présentes à l'action qui se passait sur la scène : c'étaient des habitants du lieu , ou des compagnons de quelqu'un des acteurs principaux, qui, par conséquent, prenaient intérêt à l'issue de l'action tragique. Cette troupe ou ce chœur, qui se bornait à quinze personnes au temps de Sophocle , occupait constamment le théâtre pendant le cours de la représentation, entrait en couver ■iation avec les acteurs, prenait part à tout ce qui les intéressait, leur donnait des avis, moralisait sur tous les événements, et dans les intervalles de l'action, entonnait des odes ou chants dans lesquels il s'adressait aux dieux, les invoquait en faveur des personnages vertueux dont il déplorait les infortunes, appelait leur colère sur le crime, et débitait des maximes morales et religieuses :
y Actoris partes chorus ofliciumque virile
/ Defendat ; neu quid medios intercinat ac(us, ,/ Quod non proposilo conducat et tiare^tl apte. ; lîle bonis faveat(|ue et cousilielur amicé, i Et regat iratos , et amel peccare timentes : î nie dapps laudct mens;e brevis ; ille salubrem \ Justiliam, le^i-sque et apertis otia porlis.
\ Ille tesat coinniissa; deo.s/(ue preteluret oret \lJt redeat miseris, abeat torluna bupcrbis.
'"'^ (HOR. , de Art. poêl. , 193.)
Sophocle enlin , donnant l'essor à son sénie. Accrut encor la pompe, augmenta l'harmonie, Intéressa le cti<EUrdans toute l'aclion, D('>vers trop rabob'ux [oill l'expression; Lui donna cliez les (irecs i-viU' liaulcur divine Ou jamais n'atteignit la faiblesse latine. Voy., (lu rcit:.', mon Uiit. de la Littérature grecque,
82 TRAITÉ DE LITTEBATUBE.
5. La présence continuelle du chœur sur la scène adonné naissance aux unités de temps et de lieu. La tratiédie «irecque était en effet une représentation continue du commencement à la fm. Le théâtre n'était jamnis vide, et l'on ne baissait jamais la toile. Mais après certains intervalles de temps tous les acteurs se retiraient , à l'exception du chœur, qui restait sur la scène et chantait. Il n'y avait ni actes ni entr'actes, et l'illusion sur la durée du temps n'était point possible, puisque la représentation n'occupait guère que le temps nécessaire pour l'action qu'on représentait. Par la même raison, le changennent de lieu n'était pas moins impraticable. En outre, il n'eût pas été facile défaire mouvoir souvent les machines sur des théâtres aussi vastes que ceux des aticiens.
6. L'origine religieuse du drame influa beaucoup et sur le choix des sujets traités par les poètes, et sur la manière dont ils les présentaient aux spectateurs. D'abord on représenta seulement des aventures de dieux, et surtout de Bacchus; puis on mit sur la scène les aventures des hommes. Cependant les dieux n'en furent pas exclus, ou du moins, lorsqu'ils ne paraissaient pas, ils étaient toujours présents par leur influence. Les avertissements, les songes , les présages, les oracles, furent les principaux ressorts de l'action dramatique. Lorsque la catastrophe était amenée par les passions humaines, elle était néanmoins provoquée par la volonté du Destin. La fatalité est donc le premier mobile de la tragédie grecque, et l'on peut y considérer le Destin comme le personnage actif par excellence.
V' § 2. — Du Drame en général.
■ I. Qu'est-ce (jup le drame, et en quoi diffère-t-ll de l'épopée? — î. 0"'''xlge et que produit le genre dntniatique? — 5. Combien (iistingnc-t-on d'espèces d'actions dramatiques et de drames? — 4. Le tr:it,'igue et le comique ne dnlvenl-Us pas avoir un earaetôre moral qui leur soit commua? —s. Quelles sont les règles communes aux deux geures de drames?
1 . Le drame • (com.me on vient de le voir) est la représentation d'une action. L'épopée procède par voie de description et de récit; dans le diame, le poète disparaît, et les personnages viennent eux-mêmes aiiir et parler sous nos yeux d'une manière conforme à leurs caractères. - 2. (11 résulte de làqu'jilny aaucun genre de composition
' Apaeiv , agr ; Spà]i.a^ action.
poF/riouM. 83
qui demande une plus profonde connaissance du cœur humain. Aucun aussi , lorsqu'il est habilt^ment exécuté , n'excite un plus vif intérêt, n'offre des plaisirs plus piquants et plus multipliés : tout s'y réunit pour charmera la fois l'âme
V et les sens.
^ 3. On distingue deux sortes d'actions dramatiques • ! une illustre, héroi(|ue,-érieuse ; l'autn^ commune, bour<ieoise, enjouée. De là deux espèces de drames : le tragique et le coinkiue.
.--4. Le tragique et le comique, malgré leur objet distinct, ^nt quoique chose qui leur est commun. Tous deux doivent en effet se proposer également d'instruire les hommes : l'un par le spectacle des douleurs et des infortunes qui troublent la vie humaine; l'autre par l'aspect des vices et des misères qui la dégradent.
5. Les règles communes aux deux genres de drames se réduisent à trois points, savoir : l" les q'ialitrs de l'action ; 2" la conduite de cette action; 3" les personnages içui concourent à cette action.
Art. P^ — Qualités de Faction dramatique.
I. Quelles sont les qualités de raction dramatitrue' — ï. Tout ce qui ftst vrai ob
resardi- Col c l»-! est-il prnpre A é're uiis sur l:i' sc^-ne? — 5. One pcnl-on faire
si raclinn ne p'iit èlrc prcscntéf sur la sci^ne telle qu'elle sest p.issee? — \. Kn quoi consiste le vraisenibialile de l'action dr iiualii|iie ;' —a V.n quoi consisle l'intet-Til^ de l'action draiiiatituie ;■• - B. Kn quoi «iinsisle l'iiiiili' de raetiin drainutl(|iie? — 7. Quand l'action est-elle une p.ir le fait? - r. l.'un'tedu fait c\clMl-ellf les l'pLsodes? — 9. Quelle différence v a-t-il entre l'unité d'action et la simplcUf d'intr cue'J — 10. En quoi consiste l'aniie do lii-n? - 11. En (iiioi consiste l'un U du temps? — n. Ksl-il permis d'enfreindre l'nnité de temps;» — H. Sur quoi est fondée riuiportancc de la règle des unités , et en quoi consiste l illusion Uiéâtrale?
t. Les qualités de l'action dramatique sont la vérité ou la vraisemblance y Vintcgrïté et Vunité.
2. Tout ce qui est vrai ou regardé comme tel n'est pas toujours propre à être exposé sur le théâtre. Les horreurs, les atrocités, les images dégoùiantes, ne doivent jamais être offertes aux yeux du spectateur. Il ne supporterait pas la vue de Médée qui massacre ses enfants, d'Orestc qui tue sa mère, d'Œilipe qui se crève les yeux, d'ilippolytc attaqué par un monstre et traîné par ses chevaux. Il est môme des choses vraies qu'il aurait de la répusiuance à croire, s'il les voyait, et qu'il croira sans peine lorsqu'il en entendra le récit , parce qu'à cet égard l'oreille est moiits
84 TBÀITÉ DE LITTÉRATURE.
rigoureuse et plus crédule que les yeux. Horace et Boileau tracent ainsi ce précepte :
..... Non tainen , intus Digna geri, promet in scenain, multaque toiles / Ex ocutis, quic inox narret lacunrlia prœsens : / Nl' piieros cniain populo Mr'cl(\a tnicliiet , / Aut huMiaiia palam copiai e\la iiplaiiiis Atreus, \ Aut in avéra Fro^ni' vcrlatur, Cadinus in ani^uem. V.^J^U"'^'^^™'!^*^ oslendit rnitii bic, incrcilulus Oïli.
{H.OR- , de Arl. poet., 182.)
Ce qu'on ne doit point %oir, qu'un récit nous l'expose; Las yeux en le vo\anl saisirai 'iil mieux la chose; Mais il est des (>i)jets que l'art judicieux Doit oflrir à l'oreille et reculer des jeux.
( BoiL. , Art poél., ch. m. )
3. Lorsffu'uue action ne peut être présentée sur la scène telle qu'elle s'est passée, le poëte peut, pour l'accommoder au théâtre , négiiuer la vérité historique , soit par l'addition ou le retranchement de quelques circonstances, soit par la réunion de celles qui sont arrivées en différents temps. C'est ce qu'ont fait Corneille dans Nicomède, et Racine dans Atkalle. Le poëte peut môme inventer une action entière, comme l'ont fait Corneille dans le Cid et dans Hérnclius, dont les noms seuls sont historiques, et Voltaire dans Zaïi-e et Alzire, dont quelques noms même n'appartiennent pas à l'histoire.
4. Lorsque le poëîe feint une action, soit en tout, soit en partie , cette action doit être présentée selon le vi'aiseirblab/e, ]e possible ou le nécessaire. Une action est vraisemblable, lorsqu'il y a quelque raison de croire qu'elle a été faite ; elle est possible , lorsque rien ne répugne à ce qu'elle ait été faite; elle est nécessaire, lorsqu'elle ne peut pas ne pas être , soit comme moyen , soit comme conséquence. Un exemple éclaircira cette distinction :
Polyeucte entre dans le temple, et, à la vue de tout un peuple, en présence des magistrats, contre les lois de l'empire, il brise les idoles. Cette action n'est que vraisemblable et possible Mais une fois faite, elle doit avoir des suites; il faut que Polyeucte soit arrêté et ju^é. Félix lui Gif re la \ie, s'il adore les faux dieux; il s'y refuse constamment, il faut qu'il soit mis à mort. Ici l'action est nécessaire.
^^- L'intégrité de l'action consiste à lui donner une juste ^tendue, c'est-à-dire un commencement ou exposition ' du sujet, un milieu ou nœud, et une fin ou dénoûment (F. p. 76).
6. L'unité de l'action dramatique consiste en ce que cette action soit une par îe fait , par le lieu et par le temps :
?u'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli ienne jusqu'à la liu le théâtre rempli.
(BoiL. , ArtpoéL, c. m.)
7. L'action QsXunepar le fait : 1° lorsque toutes les parties qui la composent aboutissent au même point.
Ainsi le martyre de Polyeucte est le sujet de la tragédie de ce nom. Tontes les petites actions qui précèdent cette action principale concourenl a son établissement. Polyeucte sort du palais, malgré les prières de Pauline, sa femme, et va recevoir le baptême. Il entre ensuite dans le temple avec son ami Néarque, et brise pendant le sacrifice les statues des faux dieux. Néarque est mis à mort par 1 ordre du Kouverneur Félix , beau-pere de Polyeucte. Ce même Félix se joint à Pauline pour eng;n',er Polyeucte à marquer publi(iuement queUpie repentir de son action. Polyeucte le refuse; il est inébranlable, et sa ferineté lui fait trouver la mort après laquelle il soupirait.
2" Lorsque le principal personnage se trouve toujours dans le même péril , depuis le commencement jusqu'à la fin; car si le péril cesse, l'action est finie, et s'il revient un autre péril , c'est aussi une autre action qui commence.
Dans Jthalie, le jeune Joas, depuis l'instant où le grand-prétre prend la résolution de le couronner, est en danger de tomber au pouvoir de la reine; et ce danger, croissant toujours, ne cesse qu'à la mort de cette femme. — 11 n'en est pas de même dans les Hornces. Le héros de la pièce, revenant \ainqueur du combat contre les Curiaces, est sorti d'un péril général qui intéressait tout l'État. Mais, en tuant sa sœur, il tombe dans un nouveau péril qui lui est particulier, puisc|u'il n'y va que de sa vie. Aussi Corneille a-t-il reconnu lui-même que cette duplicité de péril rendait l'action double dans sa tragédie.
11 en est de même de YŒdipc de Voltaire, qui renferme deux pièces bien distinctes. On y voit les ridicules réminiscences d'amour entre Jocaste et Hhiloctète; ies rôles de ces deux personnages sont remplis de froides sentences , et Philoctète n'est qu'un fanfaron qui disparait tout à coup à la lin du 3" acte , au moment ou il vient d'ollrir a OEdipe son secours contre l'insolence du grand prêtre.
3" Quand le principal personnage réunit tout l'intérêt du spectateur, comme.Toas dans AlhaUe, et Britannicus dans la tragédie de ce nom. Ce n'est pas qu'on ne puisse s'intéresser aux autres personnages ; mais tous ces intérêts secondaires doivent toujours se rapporter à celui du premier rôle. S'ils ne s'y rapportaient pas, l'intérêt serait double,, et l'action le serait aussi.
C'est sur ce principe que quelques critiques exagérés trouvent une duplicité d'action dans VAndromaque de Racine. Il faut convenir que
86 TBAITÉ DE LITTéRATUBE.
l'intérêt excité par Oreste, amant d'Hprmione, se rapporlant à lui seul, etiaiitlit beaucoup riiilerèl excité par A-dnnnaque, ainicc (Je Pyrrlius. Le ahur est pailasé entre ces di-ux personiia.'ies, i-t de la \ienl (juoi» entre moins \i\eiiieid dans l'amour de la \(miu' d'Hec or pour >on tils .4sl\ai)..x M li-, d'un autre ctilé, cel amour d'Oie.sr tient a l'aclion piiiici.iale, pui.(|iie H rmione, ((uia.n)e Pyrrlius >.mi> en i tii diuiee, lurieuse de Noir (ju ou lui prelcre une rivale ", en^ajje OriSle a lucr celui qui la dedaii^ne.
8. L'unité du fait n'exclut pas les épisodes, pourvu qu'ils soient liesàiiectement a rdction jifiiicipale par un rappoft nécessaire, et qu'ils iuflueut sur le deuoiiment d'une umniet-e efficace.
Ainsi l'on doit l)lânipr l'épisode de l'Infante dans le Cld de Corneille , et celui d'\ntiochus dans la lieremce de Racine, [.e grand Condé, qui n'était pas un médiocre connai>>eur, assi.slait a une représentation de Brrenie. Quelqu'un dit : El .liili'i'lms , qu'en Jerons-nous? — Il fauL, reprit le prince, le mûrier avec l'Infante du CiU.
L'épisode d'Aricie, dans la Phèdre de Racine, n'a pas non plus été à l'abri de la critique, parce ipi'il n'influe que fort peu sur le dénoùmeni. Cel épisode ne se lie à l'.iction prirn ipale que vers la lin du 4' acte, ou Phèdre parait porlée ajusiilier Hippolxte auprès di' Thésée, mais reûouce à ce dessein aussltùl qu'elle apprend qu'Aricie est sa rivale.
9. Il ne faut pas confondre l'unité d'action avec la simplicité de l'intrigue. L'intrigue est simple lorsqu'elle ne contient qu'un petit nombre d'incidents; mais elle peut être complexe, sans toutefois manquer d'unité. Ilsuflit pour cela que tous les incidents tendent au but principal île la pièce, ct([u'ils y soient liés dune manière naturelle. Toutes les tragédies grecques sont unes d'action et simples d'intrigue; au point qu'elles nous paraissent quelquefois trop rues, trop dépourvues d'événements propres à produire l'intérêt.
Ainsi le sujet de VŒdIpe à Co'one de Sophocle se réduit a ceci : Œdipe, aveugle et misérable, erre autour d'.^thenes, et veut y mourir. Son lils Po!>nice et Ciéon arri\enl en même temps; l'un et l'autre, séparémetd el" par différents motifs, tâchent d'en^a^er le vieillard a retourner a Thehes. Il s'v refuse. Tliesee , roi d'Athènes, lui accorde sa proteciion. et la mori d'OEdipe termine la pièce. iV. Hist. de Ut Liilér. grecque , p. |-2:i. )
Dans le Pliilnctele du même auteur, l'infrisue de la fable n'est guère moins simple. Ulysse el le lils d".\cliille s'eflorcenl d'enfiauer Philoctête souffrant a qiutler sou ile déserte pour alh'r a Troie avec eux; Philoctete refuse de cédera leurs instances, jusqu'au moment ou Hercide, ipil i'a fait dépositaire de ses Qeches, descend du ciel et lui ordonne de partir.
Quelque simples que soient d? tels sujets, queJcjue arides même qu'ils puisserd iiou> paraître, ils ont été maniés par Sopitocle avec tant d'art, qu'ils ont produit les scènes les plus leudres et les plus pathétiques.