VI AVERTISSEMENT
Grèce et de Rome. Le traité de Versification , par lequel débute la Poétique, et où l'on remarquera quelques aperçus nouveaux, sera donc un prélude à l'étude des Genres en vers, non moins intéressant qu'il est indispensable.
Après avoir montré ce qu'est la poésie dans son essence et dans ses caractères , il fallait adopter un ordre de classification pour ses genres. Au lieu de commencer, comme oo ie fait ordinairement, par les poésies fuiiitivcs, fruits tardifs des littératures, pour m'élever par les petits poèmes jusqr.'à l'épopée, j'ai pris la poésie à sa source et dans sa forme primitive, c'est-à-dire dans la forme lyrique. La poésie, en effet, a été d'abord un cri de l'âme, un élan vers les cieux , à l'aspect des merveilles de la nature, des bienfaits de la Divinité, des prodiges de la vertu. Les premiers accents des poètes ont été des accents d'admiration, de reconnaissance et d'amour; leur premier besoin n'a pas été de s'amuser à des jeux d'esi)rit, mais de se livrer aux épanchements du cœur; ni de raconter longuement l'histoire de quelque événement, mais d'en célébrer l'auteur par des chants inspirés. Et ici se présente l'idéal de la poésie lyrique , celle des Livres saints, dont on s'occupe trop peu ùans les écoles comme dans les ouvrages classiques , et qui , dans le mien, est justement devenu l'objet d'un développement particulier.
L'épopée a été traitée ensuite sous les différents points de vue qu'elle présente. En la considérant sous le rapport moral , par exemple , j'ai fait voir, contre l'opinion de plusieurs critiques, combien le Christianisme offre de ressources au poète épique, et comment, en particulier, la seule épopée de notre langue, la Henriade , eût été plus intéressante, si le génie de l'auteur eût été animé par la foi chrétienne , au lieu de l'être par une philosophie qui a desséché toutes les fleurs de sa poésie.
Tous les autres genres ont été ramenés également à quelque idée morale ou religieuse. C'est ainsi que, dans le genre dramatique, je n'ai pas craint, tout en admirant le génie de Molière, de vouer au blâme celle de ses pièces que notre siècle moqueur cite avec le plus de complaisance ; que, dans le genre didactique, j'ai montré comment l'épître devait éclairer les hommes sans les éblouir, et la satire , leur rappeler la vertu sans leur apprendre le vice ; comment , dans le genre élégiaque, l'élégie pouvait s'épurer par une
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pensée religieuse, à la manière des poëmes hébraïques; comment, dans le genre pastoral, i'églogue pouvait devenii plus noble et moins fade en devenant plus morale. Enfui, il n'est pas jusqu'aux poésies fugitives qui n'aient été soumises à la grande règle des productions humaines, que le bon et le vrai sont les conditions du beau dans les arts. Cette Poétique présente donc un caractère neuf et propre en même temps à rassurer les esprits dont les séductions de la poésie peuvent à juste titre alarmer les scrupules.
Ainsi qu'au volume du Style et de la Composition, les citations de la Poétique sont nombreuses et variées, puisquechaque règle, chaque observation, est justifiée par un ou même par plusieurs exemples. Mais comme on ne saurait trop multiplier ces espèces de pièces justificatives pour former le goût, orner la mémoire ou développer l'intelligence , j'ai terminé ce volume , comme le précédent , par un recueil de citations qui, par leur nombre, par leur choix et par les développements littéraires dont elles sont quelquefois accompagnées, forment des Leçons pratiques de Littérature, d'autant plus utiles qu'elles offrent, chacune, l'application d'un principe".
Les exemples, tant ceux du texte que du recueil final, ne se bornent pas à la langue française ; la langue grecque et la langue latine en ont aussi fourni leur part. Car puisque ces langues servent de base à l'enseignement classique, il eût été contradictoire de les exclure d'un ouvrage destiné à cet enseignement.
Les citations ont généralement été faites dans la langue des auteurs auxquels elles sont empruntées ; non qu'après les travaux de tant d'hommes habiles, je n'en eusse pu présenter aux élèves d'excellentes traductions ; mais il s'agissait moins ici de leur faire connaître le talent du traducteur que le génie de l'original». Un autre motif, d'ailleurs, m'a déterminé : c'est que ces morceaux pourront leur être donnés en versions, et que le travail de translation , appliqué à des exemples spéciaux, leur inculquera, d'une manière ineffaçable , les préceptes qui s'y rapportent.
' Comme les volumes du Traité d<: Littérature peuvent s'acquérir séparément , j'ai cru devoir répéler ici ce ([ue j'ai dit, dans l'AverUssemetil du premier, sur l'avantage des cilatioiis linales et des questions Initiales.
' J'en excepte quelques morceaux de grec dont j'ai donné la traduction à la suite du texte.
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Au moyen d'une exacte correspondance de numéros , on peut aller des citations aux règles ou des règles aux citations.
Je dirai maintenant un mot de la forme sous laquelle j'ai rédigé cet ouvrage. On a blâmé justement comme fastidieuse ou comme puérile la méthode des demandes et des réponses alternatives. Cependant cette méthode a quelque chose de bon , même pour les classes où l'on ne s'adresse plus à des enfants ; mais il faut savoir en tirer ce qu'elle a d'utile, sans lui laisser ce qu'elle a de mesquin ou de fatigant. Cette difficulté , je crois l'avoir pleinement résolue. A la tête de chaque paragraphe ou de chaque article, j'ai rais un certain nombre de questions numérotées, et dont les numéros se trouvent exactement reproduits à chaque réponse correspondante. Cette disposition offre un avantage frappant et pour les maîtres et pour les élèves. Sans rompre la suite des idées , elle facilite aux uns le moyen d'interroger, aux autres celui de répondre; et soit qu'on apprenne ce livre par cœur, soit qu'on se contente de l'étudier, elle permettra de se reconnaître sans peine au milieu de l'infinie variété des matières qui y sont traitées.
Pour les traiter, j'ai rais à contribution tout ce qu'on a dit de raeilleur sur chaque sujet. J'ai surtout consulté La Harpe, Domairon, Battcux, Blair, etc. ; MM. Laurentie, Théry, etc. ; et, si je puis me citer, les études approfondies que j'ai faites de ce bel art. La poésie a été mon premier culte , et l'amour que je lui porte aura peut-être contribué à m'en faire parler plus dignement.
Km. Lefhaisc.