‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 44 sur 79 · NO · texte numérisé non relu

NO

POÉSIE DE PLATON, (p. 27.)

« CeUe pierre, dit Platon, qu'Euripide nomme magnétique, et le peuple héracléenne, a non-seulement le pouvoir d'attirer les anneaux de fer, mais encore de communiquer sa force aux anneaux mêmes, qui peuvent comme elle en attirer a'aulres, et souvent on voit une longue chaîne composée d'anneaux suspendus, à qui l'aimant seul donne la vertu qui les soutient. C'est ainsi que la muse élève les poètes jusqu'à l'enlhousiasme; les poètes à leur tour le font descendre jusqu'à nous, et il se forme une chaîne d'inspirations. Ainsi, leschautres épiques ne doivent pas à l'art, mais aune flamme céleste, à un dieu, les belles créations de leur génie. Ainsi, les maîtres delà lyre, tels que les corybante^, toujours nors d'eux-mêmes quand ils célèbrent leurs danses religieuses, ne chantent pas de sang-froid leurs odes sublimes : il faut que l'harmonie, que le rhythme les soulève; il faut qu'une divinité les possède. Je crois voir des IJacchantes qui , cédant à une sainte manie , vont puiser le miel et le lait dans les fleuves; le charme cesse avec le délire.

« Les poètes lyriques ne nous trompent pas lorsqu'ils nous disent tout ce que leur imagination leur fait voir, lors(ju'ils décrivent ces jardins des muses, ces fontaines de miel, cesricnes vidions ou ils recueillent leurs vers, comme les abeilles en voltigeant sur les fleurs. Oui, le poète est chose légère, volage, sacrée, il ne chantera jamais sans un transport divin , sans une douce fureur ; loin de lui la froide raison. Dès qu'il veut lui obéir, il n'a plus de vers , il n'a plus d'oracles.

« Une preuve que ce n'est pas l'art qui les guide, c'est que tous les genres ne conviennent pas également a leur génie, et qu'une invincible destinée ne les fait poètes que dans les sujets où leur muse les entraine. L'un chante avec honneur des dithyrambes, l'autre des hymnes , d'autre? enfin des ïambes ; et chacun d'eux n'a qu'une gloire . parce que ce n'est pas l'art, mais une force divine qui l'inspire. S'ils devaient à l'art un succès, l'art saurait bien leur en procurer d'autres. Un dieu seul , le dieu qui subjugue leur esprit, les prend pour ses ministres, ses oracles, ses prophètes; il veut, en leur ôtant le sens, nous apprendre qu'ils ne sont pas les auteurs de tant de merveilles, mais qu'ils nous les adresse luimême, et qu'il .se fait entendre par leur voix.

« Tynnichus de Chalcis n'avait pas tm seul poème qu'on daignât retetiir , et il a fait ce Paeanque tout le monde chante, le plus beau peut^'^rre ♦es hymnes sacrés, et, comme il le dit lui-même, l'heureux ouvrage des W'jses". Kxemple mémorable, ou il nous est prouvé d'en haut, pour |j'on n'en doute plus, que les magnitiques poèmes n'ont rien d'humaia

182 TUAITÉ DE LITTÉBA^TUBE.

ni de mortel; que tout y est surnaturel et céleste, et que ces hommes ne sont que les interprètes d'un dieu qui les maîtrise. C'est dans celte vue que la Uivinité, sur la lyre du plus faible des poCtes, a fait retentir les plus beaux chants qu'elle ail inspires.

« El toi, Rhapsode, qui nous réelles les vers des disciples des dieux, n'es-tu pas l'interprète de leur interprète? Dis-moi , lorsque ta voix lidèle ravit ceux qui l'écoutent, lorsque tu chantes Ulyssekjui , se précipitant sur le seuil, apparaît aux prétendants, et répand son carquois a ses pieds, ou Achille vainqueur d'Hector, ou les pleurs d'Aiidromaque, ou les inforlunesd'Hécube et de Priara , la raison vaincue ne cède-t-elle pas a l'enthousiasme, et ne crois-tu pas assister à ce que tu racontes? Ne vois-tu pas Ithaque , les murs d'ilion et tous ces lieux ou tes chants te conduisent? Non, tu ne peux le dissimuler. Aux endroits touchants, tes yeux se remplissent de larmes ; aux scènes terribles et menaçantes, le» cheveux se hérissent d'horreur, et ton cœur palpite dans ton sein. Où est d(mc la raison d'un homme qui, tout brillant de pourpre, ceint d'une couronne d'or, sans être insulte ni dépouillé, pleure au milieu des cérémonies et des ffetes, et tremble, frissonne, environné de vingt mille défenseurs?

a Que dis-je? il leur communique à tous la même illusion. Du haut de

sou théâtre il les voit pleurer, s'indigner, frémir Et l'auditeur ne

vous semble-t-il pas alors le dernier anneau de cette chaîne, image de l'inspiration poétique? L'auteur ou le rhapsode est l'anneau du milieu : le premier est le poète lui-même : le dieu, faisant ainsi passer jusqu'à nous sa puissance, entraine où il veut l'esprit des hommes; et à cet aimant victorieux s attache obliquement une lonfjue lile de danseurs, de chanteurs, de choristes, qui secondent les séductions de la Muse. Chaque poëte est suspendu a la sienne, et nous disons qu'il en est po.ssédé; nous pouvons le dire, car il est son esclave. Plusieurs, sans remonter jusqu à la Muse, s'en tiennent au premier anneau, dont la vertu les élève : quelques-uns s'attachent à OrphJe, d'autres à Musée , la plupart à Homère, surtout les rhapsodes. O toi qui fais ton dieu d'Uomere, quand on chante d'un autre poêle, tu sommeilles, l'inspiration ne te vient pas; mais à peine un de .^^es vers a-t-il frappé tes oreilles , tu te ranimes, ton imasinalion travaille, Homère t'a donné l'éloquence. Il n'y a point d'art ici, point d'étude; tu répètes des mots inspirés. Vois-tu les modernes corybanles , comme ils saisissent avidement l'air consacré au dieu qui les possède ? Gestes , paroles , rien ne leur manque pour les chanter; aucun autre air ne les éveille. C'est loi, c'est la ton esprit capricieux , éloquent avec Homère et muet sans lui. Mais pourquoi tour a tour abondant et stérile? Je te Pai dit, l'art n'y peut rien, ta science est toute divine; tues l'interprète d'Homère. »

No 2.

POÉSIE DE BOSSUET (p. 27.)

« Où vais-je me perdre, dans quelle profondeur, dans quel ablmeV lésus-Christ avant tous les temps peut-Il être l'objet de mes connaissanjes? sans doute, puisque c'est a nous qu'est adressé l'Évannile. Allons, tnarchoos, sous fa conduite de l'aigle des évangélisles, du hien-aimé parmi les disciples, d'un autre Jean que Jean-Baptiste, de Jean enfant du lonnitrre , qu\ ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé, sous l'obei&sance de la foi, lorsque, par un rapide vol, fendani les airs, perçant les nues, s'élevant au-dessus des anges, des vertus, des chérubins él des séraphms, il entonne son Évangile par ce* mots : Au cmnmencement était le Ferbe, C'est par ou il commence à faire connaître Jésus-C:hrist. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce qae vou» voyez commencer daus l'anDonciatioa de

Marie. Dites avec moi : Au commencement clait le T'e.rhc. Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de celui qui n'a point en de commencement? C'est pour dire qu'au commencement, dès l'origine des choses, j7 était; il Recommençait pas, il elnil , on ne le créait pas, on ne le faisait pas, U était. Et qu'élait-il? qu'él;iit celui qui, sans être fait et pans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, était déjà? Etait-ce une matière confuse que Dieu commençait à travailler, à mouvoir, à former? Non, ce qui était au commencement était le Ferbe, la parole intérieure, la pensée, la raison, l'intelligence, la sagesse, le discours intérieur, sermoj discours sans discourir; ou l'on ne tire pas une chose de l'aulre par raisonnement; mais discours ou est substantiellement toute vérité, et qui est la vérité même.

« Ou suis-je? que vois-je? qu'entends-.ie? Tais-toi, ma raison : et sans raison , sans discours , sans images tirées des sens , sans paroles formées par la langue, sans le secours d'un airbailu ou d'une imagination agitée, sans (rouble, sans effort humain, disons nu dedans, disons par la foi avec un entendement, mais captivé et assujetti : Au commencement, sans commencement , avant tout commencement , au-dessus de tout commencement, était celui qui est et qui subsiste toujours, le Ferbe, la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.

« Il était, il subsistait, mais non comme quelque chose détachée de Dieu ; car il était Dieu. El comment expliquerons-nous être en Dii^u ! Est-ce V être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n'est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc, commi^nl expliquerons-nous ce que dit notre aigle, notre évangélisle. Le rerbc était riiez Dieu, apitd Deiim, pour dire qu'il n'était pas quelque chose d'inhérent à Dieu, quelque cnose qui affecte Dieu, mais quelque chose qui demeure en lui comme y subsistant, comme étant en DIpu une personne, et une autre personne "que ce Dieu en qui elle est. El celte personne plait une personne divine : elle était Dieu. Comment Dieu? étail-ce Dieu sans origine? Non; car ce Dieu est tils de Dieu et fils unique, comme saint Jean l'appellera bientôt. Nous avons, dil-il, t^u su gloire comme la yloire dujils unique. Ce Verbe donc qui est en Dieu, qui demeure en Dieu, qui subsiste en Dieu, qui en Dieu est une personne sortie de Dieu même et y demeurant, toujours produit, toujours dans son sein, ainsi que nous le verrons par ses paroles : Unigenitus Jilius qui est in sinu palris, le fiU unioue qui est dans le sein au Père; il en est produit, puisqu'il est tils; il y aemeure, parce qu'il est la pensée éternellemenl suljsistante; Dieu comme lui, car le Verbe était Dieu ; Dieu en Dieu , Dieu de Dieu , engendré de Dieu , suboislanl en Dieu , Dieu comme lui, au-di$sus de tout, béni aux siècles des siècles. Amen. Il est ainsi, dit saint Paul.

« Ah! je me perds, je n'en puis plas,^e ne puis plus dire qu'y/wen, i7 est ainsi : mon c«>ur dit : il est ainsi. Amen. Quel silence! quelle admiration! quel étonnement! quelle nouvelle lumière, mais quelle ignorance! Je ne vois rien, et je vois tout. Je vois ce Dieu qui était au commencement, qui subsistiiit dans le sein de Dieu, et je ne le vois pas. Amen , il est ainsi. Voila tout ce qui me reste de toul le discours vjue je viens de faire, un simple et irrévocable acquiescement par amour à la vérité que la foi me montre. Amen, amen, amen. Encore une fois amen. A jamais amen. <*

POÉSIE D'ISAFE (p. 27 )

■ Son temps approche, disait îsaïe en parlant de Babylone, ses jour» ne sont pas éloignés, car le Seigneur aura pitié de Jacob; il aura eotore

184 TRAITA DE LTTTÉRATL'r.i:.

«PS élus dans Israël , et il leur donnera ane ferre de repos : 1' tranger m Joindra à eux , el grossira la maison de Jacob.

« Et les peuples seront leurs guides, et les introduiront dans leur patrie. La maison d'Israël leur donnera des lois dans la terre du Seisnfur, et ils deviendront les maîtres de ceux qui les avaient tenus captifs, el s( soumettront leurs persécuteurs.

'• En ce jour, lorsque le Seigneur vous aura donné le repos après \ni longues douleurs et vos persécutions , et la dure servitude où vous aviri gémi , vous ferez eotendre votre voix contre le roi de Babylone, et vous vous écrierez: Comment a disparu le persécuteur? comment a cessé li tribut qui pesait sur nous? Le Seigneur a brisé le sceptre des impies, \i verge des aominateurs, cette verge qui frappait sans pitié les peuple» d'une mortelle blessure, qui tenait les! nations dans un affreux e&clavage, et les persécutait avec cruauté. Toute la terre s'est reposée el s'est tue, elle a fait éclater sa joie; les sapins et les cèdres du Liban ont aussi fait éclater leur joie à l'aspect de sa ruine : Tu dors, ont-ils dit; qui montera maintenant pour nous renverser?

n A ton approche l'enfer s'est troublé; il a poussé vers toi les princes de l'abime ; les rois de la terre , les chefs des nations se sont levés de leurs trônes, et tous se sont écriés : Tu es donc blessé comme nous; tu es donc semblable à nous. Ton orgueil est tombé dans l'enfer, ton cadavre e^t couché sur la terre, les insectes te dévorent et les vi-rs sont tes vêtements. Comment es-tu tombé du ciel , astre du jour, qui brillais au matin comme l'acrore? Comment es-lu renversé sur la terre, toi qui écrasais les nations, toi qui disais dans ton cœur : Je monterai jusqu'aux cieiix; j'établirai mon trône par dessus les astres de Dieu, i;- m'asseierai stir la montagne du Te.stament , a côté de l'Aquilon , je m'élèverai par (lessu> la hauteur des nuées; je serai semblable au Très-Haut , et cepenilar' lu es traîné dans l'enfer, au fond de ses abimes. Ceux qui te verront .s'inclineront vers loi, et s'écrieront : Est-ce là cet homme (|ui tronbla la lerre, qui ébranla les empires, qui <it du monde im désert, (jui détruisit les villes, qui jamais n'ouvrit à ses captifs la porte de ses cachols? Tous les rois des nations se sont endormis dans leur gloire; tous ont leur tombeau : mais toi, chassé de ton sépidcre, comme une racine inutile et souillée, confondu dans la foule de opiix qui ont péri par le glaive et qui sonl descendus dans les derniers abimes du lac, tu n"es qu'un cadavre bilieux. Tu ne partageras pas les honneurs de la sépulture, car tu as désolé Ion pays et tu as égorgé ton peuple; la race des pervers ne doit pas vivre à janîais. Préparez ses fils pour la destruction : ils mourront par l'Iniquité de leurs pères; ils ne s'élèxeront pas, ils ne jouiront pas de leurs héritages, ils ne peupleront pas l'univers de leurs villes. Et je m'élèverai contre eux, dit le Seigneur des armées, et je perdrai le nom tle Babvione, et ses restes, et le germe de sa race, dit le Seigneur. Je 'ierai d'elle un marais fangeux, séjour des animaux immondes, et je baaierai ses débris, dit le Seigneur des armées. Le Seigneur des armées l'a «ré, et il a dit : Il sera ainsi que je l'ai résolu, et il arrivera ce que •ai médité; je briserai l'Assyrien dans mon empire, je l'écraserai suv Des montagnes; mon peuplesera délivré, et j'arracherai de ses épaule» .v joug qui l'accable. Voilà mes desseins sur loute la terre; voilà pour quoi ma main est étendue sur les nations. Le Seigneur des armées a porti son arrêt, et qui pourra causer son arrêt? sa main est étendue, qui la pourra détourner? C'est dans l'année de la mort d'Achaz que ceci a élientendu : Ne te réjouis pas. Philistin, jDarce que la verge de ton oppresseur a été brisée; car il sortira du serpent un basilic , dont la race étouffera les oiseaux par son haleine. Les premiers-nés des pauvres auront leur nourriture, et les pauvres jouirent du repos avec sécurité; mais Je ferai périr ta race dans la famine, et j'élejndrai tes derniers restes. Portes, poussez des hurlements : xilles, poussez des lamentations : toute la région des Philistins est désolée; un tourbillon de fumée viendra de l'Aquilon, et nul ne pourra échapper aux fureurs de cette armée. Et que gera-t-il répondu à ceux qui porteront au loin cette nouvelle? Que ceat )e Seigneur qui a fondé Sion ; et les pauvres de son peuple mettront eu lui leur espérance. » (V. t. !•', p. 3^9 et s.)

ODE SUR L'HARMONIE (n :ti i

Fille du ciel , mère féconde

Des innocentes voluptés,

J,ien des cœurs , ànie du monde ,

Souveraine des volontés,

Par toi seule, ainiatile harmonie,

Ealerpe, Eralo, Polymnie,

De leurs concerts ctiarment les dieax;

Chez les tiomraes c'est ta puissance,

Qui de la farouche ignorance

A détruit l'empire orlieux.

Pour une vile nourriture, Pour les plus honteux intérêts, Jadis, errants à l'aventure.

Ils sV^orsaient dans les forêts.

De leurs déserts tu les arraches.

De leurs vils glands tu les détaches; Ils se rassemblent à tes ;ons.

Et dans l'enceinte de ces villes Qu'élèvent les pierres dociles, ils vont écouter tes leçons.

Aux pieds du tils de Calliope

Tu tiens les tigres enchaînés;

Tu fais des hauteurs du Rhod"*»

Descendre les pins étonnés.

Par toi, conduit jusqu'au Ténare,

H attendrit ce dieu barbare

Que n'ont jamais touché nos pleure;

.■Mecton même est immobile.

Et dans le Tartare tranquille

Suspend les cris et les douleurs.

Mais qui peut compter tes merveilles.

Enchanteresse de nos sens?

Si je languis, tu me réveilles; Je ris au gré de tes accents.

Tyrtée enflamme mon courage, 11 chante . je vole au carnage ; Bellone règne dans mon cœur :

Anacréon monte sa lyre; Mes armes tombent . je soupire.

Et le plaisir est mon vainqueur.

Par quel art le chantre d'Achille Me rend-il tant de bruits divers?

Il fait partir la flèche a^ile , Et par ses sons sifflent les airs.

Des vents me peint-il le ravage?

Du vaisseau que brise leur rage Eclate le gémissement; Et de l'onde qui se courrouce Contre un rocher qui la repoasae Retentit le mugissement.

S'il me présente ce coupable Qui, da'is l'empire tcnebr?ax,

1^6 TBAIXK DE LlTTÉU^rUUE.

RouIp une pierre épouvantable .lusqu'au sommet d'un mont affreux.

Des ficnoux IremMants qui fléctiissenl.

Des bras nerveux ijui se roulisseut , Me fon! pour lui pâlir d'effroi ; Le malheur eux enfin succoiiiLt)e, Et de la pierre qui retombe Le bruit résonne jusqu'à moi.

Par la cadence de Virgile, Un coursier devance j'irlair.

SouvenI , prêt a suivre Camilie, Comme elle je me crois en l'air.

Du bieuf tardif (ju;- rien n'étonne.

Et qu en vain son maître aijjuillonne, Tantôt je presse la lenteur; Et tantôt d'un ;;éarit énorme La masse lourde, horrible, informe, Maccable de sa pesanteur.

Qu'avec plaisir je me délasse

Sous ces arbres délicieux ,

Que la main d'Horace entrelace

Par des nœuds qui charment les yeax!

Leurs branches se cherchent, s'unissenl.

S'embrassent et m'ensevelissent

Dans l'ombre que font leurs amours ;

Tandis que l'onde tugitive

D'un ruisseau que son lit captive

Murmure de ses longs détours.

Dans l'Italie et dans la Grèce, La langue riche en tours heureux.

N'offrait, nous dit-on, que noblesse, Que mois sonores et nombreux.

Chaque syllabe mesurée.

Par sa courte ou lente durée, Conspirait aux plus doux accorda '■ Pour nous les Muses plus sévères Ont, par des bornes trop austères, Rendu timides nos transports.

Quelle humeur triste et dédaigneuse Nous dégoûte de notre bien?

Notre langue est riche et pompeuse Pour quiconque la connaît bien; Et, moins brillant par son génie.

Qu'aimable par son harmonie , Notre Malherbe sut cueillir Ces feuilles si vertes , si belles, Dont les couronnes immortelles Empêchent son nom de vieillir

Mais quoi! le fer brille à ma vue , Et de morts les champs sont couvert».

Vair/le par Vaifjle est abattue; On combat pour choisir ses fers.

Home déchire ses entrailles; Que de meurtres! de funérailles!

Paix sanglante! ouvrage d'horreur !

Que de cris percent mon oreille !

Plein d'effroi , j'admire Corneille, Et je me plais dans ma terreur.

Toi qui rends n la tragédie

L'ornement pompeux de se» chœurs.

Ta inase encore plus hardie

D'un saint trouble remplit nos coear;

Je te suis jusqu'à la montagne

Où Dieu , que sa gloire accompagne,

Fient dicter ses commandements

Frappé du bruit de son tonnerre,

Je crois sentir trembler la terre

Sur ses antiques fondement-

Au moindre zephijr dont Phaleine Fait rid'.-r ta face de t'eiiu , L'aimable et tendre La Fontaine M'intéresse au sort d'un roseau- Mais s'il appelle la tempête Contre cette orgueilleuse tête Qui veut entra\ erses efforts.

Quelle chute! quelle ruine!

Le cbène qu'elle déracine Touchait a l'empire des morts.

Que j'aime la voix languissante Qui laisse tomber faiblement Ces mots dont la douceur m'enchcuite.

Et qui coulent si lentement !

O ^rand peintre de la Mollesse, J'aime encor jusqu'à ta vieillesse, Lorsqu'après dix lustres pesants Amassés sur ta tête illustre, Elle jette un onzième lustre, Qu'elle surcharge de trois ans.

Si le maître de notre lyre Aujourd'hui chante loin de nous.

Dans l'air étranger qu'il respire, Ses accords n'en sont pas moins doux Non , la rive de notre Alcée N'a point encore été glacée Par la froideur de ses climats.

Où si souvent de la Scylhie Le fougueux époux (TOrythie Rassemble les tristes frimas.

Telle est la noble poésie

Que les Muses nous font goûter,

Su'à son tour avec jalousie omère pourrait écouler.

Ne regrettons point le Méandre , La Seine nous a fait entendre

Suelques cygnes mélodieux, ais partout ils ont été rares : Si les dieux étaient moins avares.

Leurs dons seraient moins précieux

Amateurs des pointes brillantes , Des jeux d'esprit et des éclairs; Toutes ces beautés pétillante* N'immortalisent point nos ver».

Mais une constante harmonie .

A la raison toujours unie.

De l'oubli nous rendra vainqueurs.

Qu'elle soit l'objet de nos veilles .

«SS TaAITR DE LITTEBATIÎRE.

Cfst l'art d'enchanter les oreilles Qui fait ia conquél^ des cœars.

( Racine le fil». )

NO 5. (p. 35.) PREMIÈRE OLYMPIQUE DE PIND.VRE.

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Lxçoffi a! . — KcôXcdv iC'.

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