‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 50 sur 79 · DÉVELOPPEMENT LITTERAIRE DU PSAUME · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT LITTERAIRE DU PSAUME

Le poète sacré exprime, dans le psaume 103, son admiration et sa reconnaissance à la vue des ouvrages de Dieu. Ainsi la matière du puëme est le sentiment d'admiration, et l'objet de celle admiration , c'est la sagesse, la puissance de Dieu, et sa bonté pour le genre humain.

« ' Mon âme, bénissez le Seigneur. »

C'est le début ; bénir, c'est louer, célébrer, remercier un bienfaiteur David annonce le senliment qui ranime el qu'il va présenter dans tout son cantique. Mais comme ce sentiment tient aux objets qui le produisent, il présente ces objets pour présenter en même temps le sentiment. On va les \oir dans les tableaux suivants, que nous avons séparés exprés, alin qu'on les vit avec plus de facilité et plus de netleté :

» ^ Que voire grandeur a d'éclal, 6 mon Dieu! (^)uelle gloire, quelle majesté vous envirouue! Vous êtes entouré de lumière comme d'un vêtement. »

Il faut que l'imagination s'arrête vis-à-vis de cette peinture, pour en sentir la magnilicence. Le propliéte voit Dieu a\ec toute sa gloire; il lui parail environné de feux et de rayons éclatants ; c'est le vêlement qui le couvre.

David, ayant d'abord lixé ses yeux sur Dieu même, et voulant parcourir ses ouvrages, devait commencer par le ciel ou brille surtout sa gloire; c'est le second tableau :

'< ^ C'est vous qui avez If.ndu le ciel comme un pavillon, dont les eaux supérieures sont le toit. Vous montez sur les nuées, vous marchez sur les ailes des vents; les vents orageux sont vos ministres, et le feu brûlant exécule vos ordres. »

L'univers n'esl qu'une tente pour celui qui l'a fait, il l'a dressée en un moment, il peut la replier de même. Les eaux célestes forment une voûte immense, un plafond de cristal qui l'embellit. C'est la signilicalioii propre

• Benedic, anima mea. Domino

» Domine, Deus meus, magniticatus es vehcmenter.

tonfessionem et decorem induisti, amiclus lumine sicut vestimento.

'Extendens cœlum sicut pellem : qui tegis aquis superiora ejus.

Qui ponis imbem ascensum luum, qui ambulas super pennas ventorum.

Qui facis angelos tuos spiritus, et ministros tuos ignem urentem.

du terme hébreu. C'est sous ce dais superbe que Dieu vole a'un bout à l'autre de l'univers, et qu'il y promène sa gloire. Les nuées lui servent de chariot. Quand il veut descendre, il les abaisse, et les vents sont ses coursiers; il marche sur leurs ailes, il envoie ses ministres, qui sont les orages et la flamme dévorante. Faut-il soulever les flots, dessécher les mers, porter aux climats arides d'abondantes rosées? les vents parlent et exéculeiil. Faut-il dévorer des villes adultères, consumer des nations rebelles? le feu descend et Dieu est vengé.

Tendre le ciel est d'une énergie admirable. Il peint la chose, l'action et la facilité de celui qui agit, /'o/'s montez sur les nuées , comme sur un char de triomphe. Mnrcher sur lis ailes, pour dire être traîné par de* coursiers ailés, c'est une e\pre>sli)n aussi riche que hardie.

On a vu le ciel , les airs, les nuées , et Dieu qui y règne : c'est le trône de Dieu. Voyons la terre qui est son marchepied : Terra scabellum pe^ dum ejus :

« • Vous avez fondé la terre sur elle-même; les siècles ne l'ébranler ront jamais. L'abime l'environne comme un vêtement.

« Les ondes étaient arrêtées sur les montagnes; votre parole men» cante leur a fait prendre la fuite : la voix de votre tonnerre les a rem* plies de crainte. Aussitôt s'élevèrent les montagnes, les vallées s'abaissèrent dans les lieux que vous leur axez marqués. Vous avez posé des bornes qu'elles ne passeront jamais. Jamais elles ne reviendront couvrir la terre. »

Que de traits sublimes dans ce tableau! La terre en équilibre au milieu des airs, appuyée sur elle même. Un poids immense qui se soutient seul, sans appui, et que tous les siècles ne peuvent ébranler. La mer l'en\ Ironne comme un vêtement. Homère a employé la même expression.

Les ondes étnient arrêtées Il y a le futur dans le texte, c'est un

hébraïsme Dans le temps de la création, lorsque tout était encore confondu dans le chaos, les eaux couvraient les montagnes; elles étaient fixées sur elles, stobant. Les eaux entendirent la voix menaçjinte du Créateur; elles s'enfuirent aussitôt en mugissant. Alors les montagnes élevèrent leurs cimes, les vallées s'abaissèrent , le globe terrestre piit la ligure qui lui était prescrite. Quelle peinture! Les eaux Sf Sixit retirées dans le bassin qu'on leur a préparé, elles s'agitent, se goiifl.'nt; m.iis elles n'oseraient passer la ligne tracée par le doigt de Dieu : Non transgredieiihir.

Dans le tableau suivant, le prophète se représente les fontaines, les pluies du ciel, la fécondité de la terre :

n * C'est vous qui envoyez les fontaines dans les vallées. Leurs eaux s'intiltrent à travers les montagnes. Les bêtes des champs viendront s'y abreuver : l'àne sauvage attend qu'elles coulent pour s'y desaltérer; les oiseaux perchés sur leurs bords y feront entendre leur ramage au milieu des rochers. Vous arroserez les montagnes mêmes p;tr les eaux du ciel. Toute la terre rassasiée de vos bienfaits deviendra féconde. »

Le prophète se place dans l'instant de la création. Il voit sourdre les fontaines au premier ordre du Créateu* , il voit l'animal altéré qui attend

* Qui fundasti terram super stabilitafem suam : non inclinabilur in seculum sef^uli.

Abvssus, sicul vestimentum , amictus ejus ; super montes stabunt aquae. Ab increpalione luà fugient : a voce tonitrui tu! formidalnuit. Ascendunt montes eldescendunt campi, in locum quom fundasti eis. Terminum posuisti, quem non transgredientur, neque convertentur operire terram.

* Qui emittis fontes in convallibus, inter médium montium pertransibunt a(|u>£.

Potabunt omnes beslicB agri, exspeclabunt onagri in siti suà. Super eà volucres cœli habitabunt, de medio petrarum dabunt voce& Rigans montes de superioribus suis , de fructu operum tuorum satiabitur terra.

212 TRAITÉ DE LITTÉnATURB.

qu'elles conlfn!. Celte idi'e est IW's-belle, et marque la confiance que ka animaux munies ont en celui qui les nourrit. Il y a dans Tibulle une expression à peu prés seml)lal)le, appliquée aux herbes de l'Egypte, que le iNil arrose sans le secours des pluies :

Arida iiec pliivio Kzipplirat herha Jovi.

L'herbe altérée n'invoque point le dieu de la pluie.

Les oiseaux perches... Les bords des rivières sont plantés d'arbres; les oiseaux y Ion! entendre leur ramage dans les rochers. Ce sont des objets places comme en perspective dans le tableau. 11 n'y a rien de plus gracieux, ni (le plus riant.

F'ius nrrosL-rez... C'est l'humidilé jointe à une douce chaleur qui développe tous les germes de la nature. Les vallées et les plaines sont arrogées par les rivières; que deviendront les montagnes? Dieu a placé au-dessus délies des réservoirs; les nuages se fondront en pluie pour le» désaltérer. Ainsi toute la terre, qui est comme un amas de germes formé par la sagesse et la puissance du Créateur, sera partout féconde. Que produira-l-elle? On va le voir dans le tableau qui suit :

« ' Vous profliiisez l'herbe qui nourrit les animaux: les plantes dont vous tirez le pain qui soutient l'homme, le vin qui charme son cirur, l'huile <|ui répand la joie sur son fronl. Les arijres des forets, les cèdres du Liban qu'il a plantés, seront nourris de ses bienfaits. Ce sera la que les oiseaux feront leurs nids, tju'on verra la race du héron, qui en sera le roi. Les cerfs auront leur retraite sur les montagnes, el les hérissons dans les ro( hers. »

On voit avec quel feu et quelle force se fait l'énumération des principales pro(hiclions de la terre. On en montre en même temps l'utilité. Tout est clair, précis. Les cèdres du Liban, les montagnes, les rochers même ont leur usaie dans l'intention de la nature. Ce sont des demeures préparées pour différentes créatures (|ui ont besoin de pareilles retraites.

Voilà l'homme établi sur la terre au milieu de tous les biens : il jouit. Mais quel srra l'ordre de.s temps? L'homme fait à l'image de Dieu serat-il confondu et mêlé avec tous les animaux? Se trouvera-t-il dans la campagne en même temps que l'ours et le lion? Non; le Créateur a réglé leg intervalles et a mnrqué a chacun ses heures :

« 2 11 a fait la lune pour régler les temps; le soleil a connu chaque jour le terme de sa course. "Vous avez posé les ténèbres; elles ont formé la nuit. Ce sera dans ce temps que les bêtes des forêts passeront, (|ue les petits (les lions demander >nt a Dieu leur proie, qu'ils raviront en rugissant. Le soleil a paru; déjà elles sont rassemblées et rentrées dans leurs demeures. L'homme sort pour aller reprendre ses travaux jusqu'à la nuit. Dieu ! que vos œuvres sont belles 1 Vous a\et fait toutes choses avej une souveraine sagesse. La terre est toute remplie de vos bienfaits. >>

Le prophète s'écrie, enchanlé d'un si bel ordre, fl a bien paru, dans le lableau qu'il vient de faire, qu'il était dans l'enthousiasme. Tous les traits

'Prodncens fcenum jumentis, et herbam servituti hominum :

Ut educas panem dé terra, et vinum helilicet cor hominis;

Ut exhilaret faciem ejus in oleo, et pauis cjr hominis c:)iilirmét.

Saturahunlur ligna càmpi, et cedri Libani quas plantavit. Jllic passe- IBs niiliticabunt.

Herodii domus dux est eorum. Montes excelsi cervis : petra refugiuni terinaceis.

^ Fecit lunam in tempora; sol cognovit occasum suum.

Posuisti tenebras, et facta est nox : in ipsà perlransibunt omnes bestia Slvœ.

Çatuli leonum rugientes, ut rapiant, et qusrant a Deo escam sibi.

Orlus est sol , et congregati sunt, et in cubiiibus suis collocabuntur.

Exibit homoad opus suum, et ad operationemsuam usque ad vesperam»

Quàm magnilica sunl opéra tua. Domine! omnia in sapientià fecisti: impleta est terra possessione tuâ.

en sont sublimes. Le soleil connait le terme de sa course : c'est assez pour lui de le conuaitre , il obéit en silence el marche sans cesse pour s'y rendre.

// a posé les ténèbres... II leur a dit : Vous serez là , et vous serez appelées fiuit. Les ténèbres entendent la voix de Dieu , et se rangent a ses ordres. Ce sera quand elles couvriront la terre, lorsque les astres ne fourniront qu'une lumière timide, que les bttes s,cm\aiit's passeront. Ce dernier mot peint admirablement la course errante (I<î ces animaux qui cherchent leur proie, et qui tia\ersent, comme en fu\ant, une campagne que Dieu ne leur a poinl donnée. Que dirons-nous de ces petits des lions, mil hnoQiiciit Dieu en mç/issan/, et lui demandent ainsi leur nourriture? Dieu les entend, el il exauce leur prière.

Le soleil a puni Quelle dilTéreuce si le proplièle eût dit : Le soleil

parait, aussitôt elles se rassvinblcnt. Mais non, le soleil a paru, déjà tout est rentré : elles sont 7-iis>irnthlées. C'est une sorte de peuple qui est dans les forêts. Il a ordre de s'y retirer des que le soleil parait, aiin de laisser la campagne libre a l'homme, qui est chargé de la cultiver, st qui a droit d'en recueillir les fruits.

Jusqu'ici on n'a parlé de la mer qu'en passant, et parce qu'elle lient nécessairement à l'image de la terre, qui a été la matière du troisi^'me tableau. Celui qui suit ne sera que pour elle :

« ' Olte mer vasie, immense, de combien de pMssons n'est-elie pas remplie, de grands et de peiits! C'est la que passeront les navires, et qu'habiteront ceux qui se jouent dans les ahimes. »

Le prophète présente d'abord une étendue immense, une mer vaste et profonde. Au dedans, elle est remplie d'animaux; il y en a d'une gro.sseur monstrueuse qui se jouent des vagues et des tempêtes. Drao signilie en cet endroit des monstres, Leviallian. Le singulier est beaucoup plus poétii|ue que n'eut été le pluriel. Sur sa superiicie, on voit passer des vaisseaux : ils volent; on les \oil; un in>tant après ils ont disparu. Cet élément qui semblait fait pour séparer les peuples, devient uu lien de commerce, et sert a rapprocher les nations les plus éloignées.

La terre , la mer, l'air, tout est rempli d'animaux qui ont chaque jour besoin 1e nourriture. C'est Dieu seul (|ui la leur fournit ; il ne fait qu'ouvrir la main, ils sont tous rassasiés; c'est le huitième tableau :

« ^ Tous attendent de vous leur iiourrilure, quand le temps est venu. Vous la leur donnerez, ils la recueilleront; \ous ne ferez qu'ouvrir la main, et ils seront remplis de vos bienfaits. ■>

C'est ainsi que la main qui nourrit les petits d'un oiseau domestique, s'ouvre et lai.>>se tomber le grain (ju'ils recueillent avec avidité. Elle est prête dans l'instant du besoin , in tem/.ore.

« 5 Détournez votre visige , ils se troublent ; vous leur retirez la vie , ils périssent et rentrent dans leur poussière, tn voyez votre souftle divi>; , ils renaissent, et la face de la terre est renouvelée. »

Il n'est pas possible de peindre avec des traits plus vifs et plus hardis. Tout l'imiver.s se décompose, se bouleverse, parce que Dieu a'détourné de dessus lui ses regards. Tous les animaux reprennent leur pou^siè^e : leur est plein d'énergie : que de choses dans ce seul mot ! on les sent. Kt le mol de poussière.' il aurait dit le néant , mais il a voulu laisser a l'imaginatiou uu objet , et c'est celui qui est le plus vil et le plus proche du

' Hoc mare magnum et spatiosum manibus rillic reptilia gaarum non est numerus;

Animalia pusilla cum raagnis. Illic naves pertransibunt.

Draco iste quem formàsti ad illudendum ei , omnia a te exspeclant ul des illis e.scam in tempore.

' Dante te illis colligent , aperiente temanum tuam, omnia implebuhtur Lonitate.

^ Avertenle autem te faciem, turbabnntur : auferes spiritum eorum et delicieflt, et in pulverem suum reverlunlur.

Ëmitles spiriluni tuum et t!**'j»baatur, el rcnovabis faciem terra.

2N TBAITE DE LITTÉBATUBË.

néant, la poussière. L'esprit de Dieu souffle, tout est ranimé. Où trouvera-t-on des traits si sublimes?

Tous ces tableaux sont fondus dans le sentiment : on sent la joie,radmiration qui sortent par les tours singuliers et rapides. Quelquefois 1«

Ïirophete parle à Dieu, quelquefois c'est à lui-même, quelquefois c'est à a nature. Ses expressions annoncent partout une imagination étonnée, une awie ravie, emportée au-(il'^sus d'elle-même. Dans ce (jui rc.ile, la sentiment est plus Mi cncori' et muins (^(.iiloniJu avec li'S idées :

« ' Que la gloire du Seigneur soit cef-bree d ms tous les siècles! Que le Seigncui s'applaudisse lui-même dans ses oun ragns! li re;;arde la terre, eJle frémit de crainte; il touche les montagnes, elles sVxliaienl en fumée. Je célébrerai la gloire de mon Dieu; toute ma vie il .-era l'objet de mes cliants. »

« ' Puissent mes louanges lui être agréables ! 11 est ma joie et mon bonheur. Peris.senl a jamais ceux qui l'oflensentl Qu'ils suient anéantis! O mon àine, bénissez le Seigneur I »

Voila la conclusion. C'est le sentiment pur. Après avoir p;irc'iuru tant de tableaux sublimes, qui porlaieiit tous au cœur a peu près la même impression, le sentiment devait éclater d'une façon singulière. Aussi cette liu est-elle pleine de l'eu, d'écarts, de tours extraordinaires

(BàTTEUX.)

N° 14 (p. 47.) HYMNE DE LA TOUSSAINT.

Cœlo quos eadem gloria consecrat , Terris vos eadem concélébrât dies ; Li£li vestra simul prœmia pangimus, Duris parla laboribus.

Jam vos pascit amor, nudaque veritas .

De piano bibitis gaudia flumine; lllic perpetuam mens satiat sitim Sacris ebria fontibus.

Altis secum habitans in penetralibus Se rex ipse suo conluitu beat; lllabensque, sui prodigus, intimis Sese mentibus inscrit.

Altari medio, cui Deus insidet', Agni fumât adhuc innocuus cruor; Quœ mactata Patri se semel obtulil , Se jugis litat bostia.

îromsT8TM'§fnffifi'?8Tffi!àrironUbu?' Inter toi rutuli fulgura luminis, ^Regnanti Domino devovet aurea, Quic ponit , diademata.

Gentes innuraerœ, conspicuae stolas, Agni purpureo sanguine candidas,

» Sit gloria Domini in seculum : laetabitur Dominas in operibus suis. Qui respicit terrara et facit eam Iremere : qui langit montes , et lumi-

Cantabo Domino in vitâ meâ : psallam Deo meo quamdiu sum. 'Jucundum sit ci eloquium meum : ego vero dekclabor in Domino. Deliciant peccatores a terra et iniqui ita ut cor îint : benedic, anima mea, Domino.

ÇXEJll'LES. 15. 215

Palmis laeta cohors , cantibus eemulis , Ter sanctum célébrant Deum.

Sit laus summa Patri , summaque Filio : Sit, persancle, tibi laus quouue, Spiritus, Qui lias pro niei'itis , opUiiiu.-) arbiler, Te .tolum siaiul omnibus.

Tel est l'enlhousiasme du cliri.->li;misme, lorsqu'il se renfern)»' li. l'eliceiilte des temples : laf^iavite uiiijeslu.use de la rcli^iuii veul .i tlujusi.isiue pur el boleuuei, une adinuatioa calme et ua auiow' trausport ui délire.

ODE DE CHAULIEU SUR LA. SOLITUDE DE FONTENAl .

Désert, aimable solitude, Séjour du calme el de la paix, Asile ou n'entrèrent jamais Le tumulte et l'inquiétude;

Quoi ! j'aurai clianlé tant de fois, Aux tendres accords de ma lyre.

Tout ce qu'on souffre sous l'empire Du sentiment et de ses lois :

Et rempli de reconnaissance Pour tous les biens que lu m'as faits. Je laisserais dans le silence Tes agréments et tes bienfaits!

C'est toi qui me rends à moi-même.

Tu calmes mon cœur agité ,

Et de ma seule oisiveté

Tu me fais un bonheur extrême.

Parmi ces bois et ces hameaux , C'est là que je commence a vivre, El j'empêcherai de m'y suivre.

Le souvenir de tous mes maux.

Grotte, d'où sort ce clair ruisseau, De mousse et de fleurs tapissée. N'entretiens jamais ma pensée Que du murmure de ton eau...

Ali ! quelle riante peinture Chaque jour se montre a mes yeux, Des lie.sors dont la niain des dieux Se plaild'enricliir la nature!

Ouel plaisir de voir les troupeaux»

Quand le midi brûle l'iierbelle, Uaiigés autour de la houlette.

Chercher l'ombre de ces ormeaux!

Puis sur le soir, à nos muselles Ouïr répondre les coteaux, El retentir tous nos hameaux De hautbois el de chansonneltea !

216 TBAITé DE LITTÉBVTUBB.

Mais , liélas ! ces paisibles joam Coulent avec trop de vilRbse; Mon indolence et ma paresse N'en peu \ eut arrêter le cours.

Déjà la vieillesse s'avance; El je verrai bientôt la mort Exécuter l'arrél du 'ort Qui m'y livre sans espérance.

Fontenai, lieu délicieux.

Ou je vis d'abord la lumière, Bientôt au Iwul de ma carrière, Chez loi je joindrai mes aïeux.

Muses , qui dans "e lieu champêtre Avec soin me files ."'«urrir; Beaux arbres qui m'a «z vu naître.

Bientôt vous me verrez mourir.

N» 16 (p. 53.) CANTATE POUR LES ENFANTS D'UNE MAISON DE CHAKITE.

Le temple de Sion était dans le silence , Les saints hymnes dormaient sur les harpes de Dieu; Les foyers odorants que l'encensoir balance S'éteignaient; et l'encens, comme un nuage immense. S'élevait en rampant sur les murs du saint lieu. Les docteurs de la loi , les chefs de la prière

Étaient assis dans leur orgueil :

Sous leurs sourcils pensifs ils cachaient leur paupière, Ou lançaient sur la toule un superbe coup d'oeil ; Leur voix interrogeait la timide jeunesse: Les rides de leurs fronts témoignaient leur sagesse; Respirant du Sina l'antiijue majesté, De leurs cheveux blanchis, de leur barbe touffue Ou croyait voir glisser, sur leur poitrine nue,

La lumière et la cliarité;

Comme des neiges des montagnes DescenJenl, ô Saron , sur tes humbles campagnes

Le jour et la fertllilé!

Un enfant devant eux s'avança plein de g.-àce. La fouie, en raJmiraiit, devant ses pas s'ouvrait,

Puis se refermait sur sa trace;

Il semblait éclairer l'espace D'un jour surnaturel que lui seul ignorait!

Des ombres de sa chevelure

Son front sortait, comme un rayon

Echappé de la nue ob>cure

Éclaire un sévère horizon.

Ce front pur et mélancolique

S'avançait sur rœirinspiré;

Tel qu'un majestueux porli(^ue

S'avance sur un seuil sacré :

L'éclair céleste de son âme

S'adoucissait dans sou œil pur,

Comme une étoile dont la flamme

Sort plus douce des flots d'azur.

Il parla; les sa^es doutèrent

De leur orgueilleuse raison ,

Et les colonnes {'écoutèrent,

Les colonnes de Salomon ! .

PREMIERS vorx.

O merveilleuse histoire! ô prodiges étranges, Que la mère à ses ûls se plait à raconter!

DEUXIÈME VOIX

Que disait cet enfant?

PREMIÈnEYOIX.

Interrogez les anges :

Eux seuls pourraient le répéter !

DEUXlÈiUE TOO..

D'où sortait ce Joas?

PREMIÈRE YOTX. '\

De l'ombre de la vie.

De l'exil , du silence et de la pauvreté !

DEUXIÈME VOIX

Comment disparut-il de la foule ravie ?

PREMIÈRE VOIX

II rentra dans l'obscurité; Dans les humbles travaux d une vie inconnue,

Comme l'aurore sous la iiue, Il se cacha vingt ans dans son humilité; On ne le revit plus cju'a la lin du mystère,

Enseignant le ciel à la terre, Sur le sable ou sur l'eau semât;! la vérité. Puis traînant son supplice au sommet du Calvaiie, De l'homme qu'il aimait, victime volontedre.

Revêtir l'iniquité, Arroser de son sang sa semence prospère El payer a son père Le monde racheté !

LE CnC£DR.

Du sage et de l'enfant c'est le maître sublime. C'est le flambeau qui nous luit, C'est l'âme qui nous anime.

Le chemin qui nous conduit!

PREMIÈHE VOIX.

Il disait à celai dont la main nous repousse : Laissez-les venir à moi !

DEUXIÈME VOIX

Et voilà qu'une main mystérieuse et douce Tout petits jusqu'à lui nous mène par la foi !

PREMIÈRE VOIX

H disait : Faites-vous des trésors que la rouille Ke puisse pas ronger sous d'impuissants v.rroux!

DEUXIÈME voix.

El voilà que des mains que ce seul mol dépouille S'ouvrent devant lui seul et s'épanchent sur nous !

PREMIÈRE VOIX

Il disait : Espérez et fiez- vous au Père !

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