‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 49 sur 79 · DITHYRAMBE SUR LIMMORTALITÉ DE L'AME · texte numérisé non relu

DITHYRAMBE SUR LIMMORTALITÉ DE L'AME

D'où me vient de mon cœur l'ardente inquiétude?

En valu je promène mes jours Du loisir au travail , du repos a l'étude : Rien n'en saurait lixer la vague incertitude , Et les tristes dégoûts me poursuivent toujours.

Des voluptés essayons le délire.

Couronnez-moi de fleurs, apportez-moi ma lyre , Grâces, Plaisirs , Amours, Jeux, Ris, accourez tous; Que le vin coule , Que mon pied foule L&s parfums les plus doux.

Mais quoi! déjà la rose palissante Perd son éclat , les parfum.^ leur odeur ! Ma Ivre échappe a ma main languissante , Et les tristes ennuis sont rentrés dans mon cœurl ''"olons aux plaines de Bellone; Peut-être son brillant laurier A mon cœur va faire oublier Le noir chagrin qui l'environne.

Marchons : déjà la charge sonne,

Le fer brille, la foudre tonne;

J'entends hennir le fier coursier,

L'acier letenlit sur l'acier;

L'Olympe épouvanté résonne

Des cris du vaincu, du vainqueur;

Autour de moi le sang bouilluiuie :

A ces tableaux mon cœur frissonne Et la pitié plaintive a crié dans mon cœur. D'un air moins turbulent l'Ambition m'appelle, Sublime quelquefois, et trop souvent cruelle .

Pour commander j'obéis à sa loi.

Puissant dominateur de la terre et de l'onde,

Je dispose à mon gré du monde,

Et ne puis disposer de moi.

Ainsi d'espérances nouvelles Toujours avide et toujours dégoûté.

Vers une aulre félicilé Mon àme ardente étend ses ailes ; Et rien ne peut calmer, dans les choses mortelles , Cette indomptable soif de l'immorlalité.

Lorsqu'en mourant le sage cède Au décret éternel dont tout subit la loi, Un Dieu lui dit : « J'ai réservé pour moi

L'éternité qui te précède.

L'éternité qui s'avance est à toi. »

Ah ! que dis-je ? écartons ce profane langage,!

L'éternité n'admet point de partage.

Tout entière en toi seul , Dieu sut la réunir; Dans lui ton existence a jamais fut tracée

Et déjà ton être à venir

Etait présent à ja vaste pensée.

Sois clone digne de ton auteur.

Ne ravale point la hauteur •

De cette origine immortelle!

Eh ! qui peut mieux l'enseigner qu'elle A braver des faux biens l'éclaf ambitieux? Que la terre est petite à qui la voit des cieux! Que semble a ses regafds l'ambition superbe? C'est de ces vers, rampant dans leur humble cité, Vils tyrans des gazons, conquérants d'un brin d'herbe. L'invisible rivalité.

Tous ces objets qu'aerandil l'ignorance , Que coiore la vanité.

Que sont-ils apprçus dans un lointain immense, l5es célestes hauteurs de l'immortalité?

C'est cette perspective, en grands pensers ''éconde; C'est ce noble avenir qui, bien mieux que ces lois Qu'inventa de l'orgueil l'ignorance protonde, Rétablit en secri't l'équilibre du monde, Aux yeux de l'Éternel égale tous les droits, Nos rires passagers, nos passagères larmes; Ote aux maux leur tristesse, aux voluptés leurs charmes; De l'homme vers le ciel élance tous les nœux. Absent de cet atome et présent dans les cieux. Voit- il, daigiie-l-il voir s'il existe une terre, S'il y brille un soleil, s'il y gronde un tonnerre. S'il est la des hér )S. des grands, des potentats; Si l'on y fait la paix , si V'^n y fait la guerre. Si le sort y ravit ou donne des f'Iats''

Et qui du sommet d'un coteau Voyant le Nil au loin rouler ees eaux pompeuses, Défouruerait les yeux de ce riche tableau

208 TRAITÉ DE LlTTElUTUl'.E.

Et de ses eaux majpslueusps, Pour entfnilre à SfS pieds murmurer un ruisseau? Silence, être inorli'i ! vaines grandeurs , silence ! l.'obsc^urilé, l'éclat, le savoir, l'ignorance,

La force, la fragililé :

Tout, excepté le crime et l'innocence, Et le respect d'une juste puissance, Près (lu vaste avenir, courte et t'réle existence, Aux yeux désenchanieurs de la réalité ^

Descend de sa haute importance

Dans l'éternelle égalité.

Tel le va.>te Apetmin , de sa cime Ijaittaine, (^onl'ondant a nos yeux el monlagne et vallon. D'un monde entier ne forme qu'une plaine. Et rassemble en un point un immense hori/.on. Ah! si ce nohie instinct p:irt|ui du grand Homère, Par (|ni des Scipions l'esprit lut enfanté,

N'était qu'une vaine chimère, Qu'un vain roman par l'orgueil inventé.

Aux limites de sa carrière,

D'où vient que l'homme épouvanté, A l'aspect du néant, se rejet le en arrière?

Pourquoi, dans l'insiabilité

De celle demeure inconstante,

Nourril-il celle longue attente

De l'immuable élernilé?

Non, ce n'esl point un vain système.

C'est un instinct profond vainement combattu;

Et sans doule l'Être suprême

Dans nos c(Kurs le grava lui-même.

Pour combattre le vice et servir la vertu;

Dans sa demeure inébranlable,

Assise sur l'éternité,

La tranquille immortalité, Propice au bon , et terrible au coupable. Du temps qui sous ses yeux marche a pas de géant)

Défend'i'ami de la justice

Et ra\it à l'espoir du vice

L'asile horrible du néant. «

Oui, vous qui, de l'Olympe usurpant le tonnerre, L'es éternelles lois renversez les autels.

Lâches oppresseurs de la terre,

Tremblez, vous êtes immortels!

't vous, vous, du malheur victimes passagères. Sur qui veillent d'un Dieu les regards' paternels. Voyageurs d'un moment aux terres étrangères,

Consolez-voiis, vous êtes immortels!

( Delille. )

No 12 (p. 44.)

CARMEN SECULARE.

Phœbe , silvarumque potens Diana , Lucidum cœli decus, ô colendi Semper et cuiti, date quae precamur Tempore prisco;

Quo Sibyllini monuère versus

Vir^iiics k'ctas puciosque caslos Dis <|uiliiis sPptem placuére colleg Dicv-iecaxrnen.

Aime sol, curru nUiJodiem qui Pi'oniis et celas, aliiisque et iclein Nasoeris, pos.sis niliil urbe Romà Visere mujus!

Rite mnturos apcrire partus Leiiis llilliulu, Itier;' maires; Sive tu Lucina pruljas vocari, Seu (;fiiilali>.

Diva, prnducas sobolem, patrumque Pi'osperes décréta saper jugandis Feuùnis, prolisque nuvœ l'eraci Lege marita.

OtIus undenos decies per annos Orbis ut caiitus referalcjue ludos, Ter die claro, lolicsiiue gratà JN'ocle fréquentes.

Vosque veraces cecinisse, Parcoe, O;iod semi'l diclum, slabilisqiie renua 'rerminus servet, boua jam peracti»

Jungite fata.

Kerlilis fru^iun pecorisque Tellu»

Spiceà doiii't Ceierem coronià :

Mulriant felusct aquœ salubres Et Jovis aurte.

Condito mi lis placidusque lelo Supplices audi pucros , Apollo, Siderum regiiia hicornis, audi, Luna, puellas.

Roma si vestrum est opus', Ilifcque l.iltus Etruscum tenuére turmœ, Jusaa pars mutare Lares et urbem Sospite cursu ;

C.ui per ardentem sine fraude Trojam Casius Eneas, palri;e superstes Liberum munivit iter, dalurus Plura relictis :

Di, probos mores docilijuventoî, Di, senectuti placidai (juietem , RojDulie geiiti date remque prolemqae Et decus omne.

Quiiiue vos boi)Us veneratur albis (^larus Ancbisa' Veneri>que .saii;;;iis, Impelrel bellante prior, jaceuteui Lenis in hostem.

Jam mari terrà(|ue manus potentes Mediis Albaiias((ue limet secures , Jam ScNltia; re>ponsa pelant, superbi ISuper, et Indi.

Jam Fides, et Pax, et Honos, Pudorqvn- Priscus, et niglecta redire Virtus Audet, apparetque beatd pleno Copia cornu

210 TRAITÉ DE LITTÉBATURE.

Augur et fulgente decorus arcu Plirebus, acceptusque novem Camœnis, Qui salutari levât arte fessos

(^orporis arlus, Si Palalinas videt a'cjuus aras, Rem((u<' Romanam Latiiimque felix Altt'ruiii lu lu.slrum meliusque semper

Proroge! a'vura, Qiia-quc Aventiniiin lenet Algiduraque ()iiiiKli'cim Diana (ireccs virorum Caret, e( noMs purTorum arnicas

Applicet aures!

Ha>c Ji)\em sailli re Deosqiie cunctos Spem lioiiam certanique duinum reporto, Doctus et Pli<jei)i chorus et Diatise,

Dicere laudes.

(HOKACE. )

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