PRIÈRE
O toi dont l'oreille s'incline Au nid (lu pauvre passereau, Au l)rin (TlierNe de la colline Qui soupire après un peu d'eau!
Providence qui les console.
Toi qui sais de quelle humble main S'ccliappe la secrète obole Dont le pauvre acheté son pain!
Toi qui tiens dans ta main diverse L'at'ondance et la nudité, Ahn que de leur doux commerce Naissent justice el charité!
Charge- toi seule, ô Providence, De connaître nos hienfaiteurs , Et de puiser leur récompense Dans les trésors de les fa\eurs!
Noire cfpur qui pour eux t'implore, A lisnorance est condamné; Car loujours leur main ganclie ignore Ce que leur niain droite a donné l
Slais que le bienfait qui se cache Sous l'humhle manteau de la foi , A leurs mains pieuses s'attache Et les trahisse devant toi !
Qu'un vœu qui dans leur cœur commence'. Que leurs soupirs les plus voilés boient exaucés dans ta clémence Avant de t'étre révélés!
Que leurs mères dans leur vieillesse Ne meurent qu'après des jours pleins !
El que les liis de leur jeunesse Ne restent jamais orphelins!
Mais que leur race se succède, Comme les chênes de Mamhré, Dont aux ans le vieux tronc ne cède Que quand le jeune a prospéré!
Ou comme ces eaux toujours pleines.
Dans les sources de Siloe, Ou nul Ilot ne sort des fontaines Qu'après que d'autres ont coulé !
220 TRAITÉ DE LITTÉBATURB,
NO 17 (p. 64.) LE GÉNIE DES TEMPÊTES.
Ce hardi PorluRais, Gama,dont le courage D'un nouvel Océan nous ouvrit le passage, De l'Alrique déjà voyait l'uirles rochers; Uu fautôiue, du sein de ces mers inconnues,
S élevant jusqu'aux nuis.
D'un prodige sinistre effraya les nochers.
Il étendait son bras sur l'élément terrible; Des riua^ies épais chargeaient son front horrible; Autour d(! lui grondaient le tonnerre et les vents; Il ébranla d'un cri les demeures profondes ,
Et sa voix sur les ondes Fit retenlir au loin ces funestes accents :
« Arrête, disait-il, arrête, peuple impie; Reconnais de ces bords le souverain génie. Le dieu de l'Océan dont tu l'ouïes les flots! Crois-tu ((u'inipunémenl, o race sacrilège ,
Ta fureur qui m'assiège Ait sillonné ces mers qu'ignoraient tes vaisseaux?
« Tremble, tu vas porter ton audace profane Aux rives de Meiinde, aux bord> de Trapohane, Qu'en vain si loin de toi placèrent les tieslins. Vingt peuples t'y suivront; mais ce nouvel empire
Ou tu vas les conduire N'est qu'un tombeau de plus creusé pour les humains.
B J'entends des cris de guerre au milieu des naufrages,
Et les sons de l'airain se mêlant aux orages ,
Et les foudres de l'homme au tonnerre des cieux.
Les vainqueurs, les vaincus, deviendront mes victimes
Au fond de mes abimes Leurs coupables trésors descendront avec eux. «
Il dit, et se courbant sur les eaux écumantes , Il se plongea souilain dansées roches bruyantes Où le Qotva se perdre et mugit renfermé. L'air parut s'embraser, et le roc se dissoudre,
Et les traits de la foudre Eclatèrent trois l'ois sur l'écueil enflammé,
( LaHari'E. )
NO 18 (p. 76.) COMBAT DU GESTE ENTRE ENTELLE ET DARÈ;
Constilit in digitos extemplô arrectus uterque, Brachiaque ad superas interrilus extulit auras. Adduxère reiro longé capila ardua ah ictu , Iniiniscentque raanùs manilius, pugiiaini|uelacessunl. Ille pedum meiior motu , iretusijue jiivenlà ; Hic memhris et mole valens . sed tarda Irementi Genua labant ; vastos quatit œger aunelitus arlua.
Malta viri nequicquàm inter se vulnera jactam, Multa cavo lateri ingeminant, el pectore vastos Daal sonitus ; erratque aures et tempora circum Crebra cnanus; duro crépitant sub vulnere inalse. Slal gravis Enlelius, nisuque immolus eodem, Corpore teiamodo atijue oculis vi^ilanliljus exit; llle, velul celsam oppugnalqui molilius urbem, Aut monlana sedel circum castella subarinis, Nunc hos, nunc iilos adilus, oinneiu'jue pererrat Arle locum, et variis a.ssuli,ibu> irritas urget. Ostendit dexlram insurgens Enlelius, el allé Extulit; ille iclum venieiitem a vertice velox Praevidit , celerique elapsus corpore cessit ; Entellus vires in venluin effundit, et ultro Ipse gravis gravilerque ad lerrarn pondère vasto Concidit; ut quondam cava concidit, aut Erymantho, Aut Ida in raagnà, radicibus eruta pinus. Consurgunt sludiis Teucri el Trinacria pubes : It clamer cœlo; primus(iueaccurrit Acestes, i£qu£vunique ab bumo miserans atlollit amicom. At, non tanlatuscasu nequeterritus, héros Acrior ad pugnam redit, ac viin suscitai ira. Tum pudor incendil vires et conscia virlus; PriEcipileoique Daren ardens agilaequore loto, Nunc dextràingeminans ictus, nunc ille sini^trà : Nec mora, necrequies : quara mullA grandine nimbi Cuiminibus crépitant, sic densis ictibus héros Creber Jlrâque manu puisât versatque Dareta. Tum pater tneas procedere longius iras, Et s;evire animis Enlellum haud passus acerbis; Sed linem imposuit pugnjE, fessumque Dareta Eripuil, mulcens dictis, ac talia falur; Infelix! qu* tanta animum dementia cepit! Non vires alias, couversaque numiiia sentis? Cède deo. Dixilque, et pra;lia voce dircrait. Astillumtidi œquales, genua a-gra Irahentem, Jactnntemqueulroquècaput, crassuinque cruorem Ore rejectantem, mixtosque in sanguine dentés, Ducunt ad naves, galeanique ensemque vocati Accipitmt; palmam Entello taurumque relinquunt. (Virgile, Enéide, liv. v, y. 426.)