‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 66 sur 79 · LES DEUX RATS · texte numérisé non relu

LES DEUX RATS

OliU!

Rusticus urbanura murem mus paupere fertur

Accepisse cavo , veterem v etus hospes amicuni ;

Asper, et attentus qusesitis, ut tamen arctum

Solveret hospitiis animum. Quid multa? neque ille

Sepositi ciceris, nec longse invidit avenae :

Aridum et ore ferens acinum , semesaque lardi

Frusta dédit, cupiens varia fastidia coenà

Viucere tangentis malè singula dente superbo :

(Jum paler ipse domùs paleà porrectus in borna

Esset ador loliumque , dapis meliora reiinquens.

Tandem urbanus ad buiic : Quid le juvat, inquit, amice,

Pnerupti nemorJs palientem viveredorso?

Vis tu bomines urbemque feris pra;ponere silvis?

Carpe viam , mibi crede, cornes; terrestria quando

Mortales animas vivunt sorlita, neque uila est,

Aut magno aut parvo leli fu^a : quo, Ijone , cirdi

Dum licet, in rébus jucundis vive beatus :

Vivememor quàmsis ;cvi brevis. Hac nbi dicl i

Agrestem pepulére, domc levis exsilit : indè

Amho propositum peragunt iler, urbis a\ entes

Mœnia nocturni subrepere. Jamque tenebat

Nox médium cœ!i spatium , cum ponit uterque

In iocuplete domo vestigia , rubro ubi cocc-o

'lincla super lectos canderet veslis eburnos,

Multaque de maguà superesseut fercula coenà,

QiiiB procul e.xsfructis inerant hestenia canîfitris.

Ergo ul)i purpureà porrectum in veste locavit Agresleui, veluti succinctus cursitat hospes, Continuatque (lapes, nec non vprniliter ipsis Fungitur ofUciis, prtelambens omne quod affert. (Ile cubans gaudel mutafà sorte bonisque Rnbus agit lœtuni convivam, cura subito ingens Vais arum strepitus iectis excussit ulrumque. Currere per tolum pavidi conclave, inagisque Exaniuies Irepidare; simul domus alla Molossis PtTsonuil canibus. Tum rusiicus : Haud miht vitâ Est opus bac, ait, et valeas; me silva cavusque Tutus ab insidils lenui solabitur ervo.

(HOR., l. II, sat. 6.)

La Fontaine, qui a emprunté à Horace cetle idée de la fable des Deux K ats , a traité le sujet a\ ec une négligence qui semble avoir eu pour cause le désespoir d'égaler l'original. On trouve dans le poêle latin toutes ces 1 ormes légères et badines prodiguées avec l'abandon et la grâce qu'on admire dans les antres fables de La Fontaine; et le poète français , au contraire, semble ici avoir voulu se restreindre à un récit simple' et sans iirnemeuts, tel qu'il se rencontre dans les fabulistes de l'antiquité ( L i. t 9^ :

Autrefois le rat de \'ille Invita le rat des champs , D'une façon fort civile, A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis ; Je laisse a penser la vie Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête ; Rien ne manquait au festin :

Mai.s quelqu'un troubla la fête.

Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle Ils entendirent du bruit :

Le rat de ville détale.

Son camarade le suit.

Le bruit cesse , on se retire Rats en campagne aussitôt; Et le citadin de dire :

Achevons tout notre rôt.

C'est assez , dit le rustique , Demain vous viendrez chez moi.

Ce n'est pas que je me pique De tous vos festins de roi.

Mais rien ne vient m'interrompre; Je niante tout a loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre.

No 41 (p. 14 7).

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