‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 67 sur 79 · ANALYSE D'UNE FABLE DE PHÈDRE · texte numérisé non relu

ANALYSE D'UNE FABLE DE PHÈDRE

Phèdre intéresse surtout par la précision des détails. Choisissons le» deux Mulets et les Foleurs.

Muli giavati sarcinis ibant duo.

Unus ferebat liscos cum pecuniâ; Aller tumentes inulto saccos hordeo.

nie onere divps cclsà cervice eminet, Clarumqae collo jactat tinfiiiuabulum.

Cornes quieto sequitur et placido gcadu. Subito latroiies ex insidiis advolant, Inlercjue caidem ferro mulum .sauciaut.

Diripiunt Dummos, negligunt vile hordeum. Spohatus igitur casus cum fleret suos : Equidem, iiiquit alter, me conlemptum gaudeo; Kam nihil amisi , nec sum passus vulnera.

Les trois premiers vers présentent la situation respective des deux acteurs. Le quatrième peint merveilleusement la marche du mulet orgueilleux qui avance à grands pas, la léle haute, et faisant retentir ses sonnailles. Celsâ n'est point inutile; c'est un coup de force qui rend emiiiet plus expressif. Il en est de même de clarum et de collo, syllabes sonores et retentissantes. Quel effet ne produisent-elles pas, jointes au mot tintinnabulum ! Ne croit-on pas entendre des sonnettes? L'autre mulet suit doucement et sans bruit : Cornes quieto sequitur et placido gradu. Que ce contraste est beau ! Mais voici bien un autre incident : Subito latrotics ex insidiis advolant. Que d'art dans cette peinture, et que de variété! D'abord, on entend la marche bruyante du mulet qui porte les finances. Ensuite la modestie et le silence de son compagnon font une sorte de repos. Tout à coup les voleurs fondent sur eux ; c'est un mouvement plus vif, ex insidiis advolant : combien d'idées dans ces mots ! Le muh't financier est dépouillé de son riche fardeau et couvert de blessures, tandis que son humble compagnon est méprisé, et a lieu de se féliciter de ce mépris. Le sort des deux mulets a prouve, selon l'intention du poète , que les honneurs et les richesses exposent à des dangers plus grands que la médiocrité d'une condition privée. (Batteux.)

No 42 (p. 147).

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