‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 8 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

Le dévou-e-ment est rare [ en ce siècle égoïste. Le dévoù-ment est rare (

I 2 « 4 15 6 7 Je vous pai-e-rai , ! lui dit-elle.

Je VOUS pai-rai, '

5. On appelle hiatus la rencontre de toute autre voyelle que l'e muet avec une voyelle; il n'est permis que dans le cas d'aspiration. Boileau dit à ce sujet :

Gardez qu'une voyelle à courir trop Adtée Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée.

Ces vers donneut à la fois le précepte et l'exemple. Ainsi l'on ne dira pas, comme il était permis de le faire du temps de Marot ;

Un doux nen/îe a\pc un doux sourire

Est tant honnête! 11 vous le faut apprendre;

ni , comme la Fontaioe :

Le juge prétendait qu'à tort et à travers,

On ne saurait m:in juer, coudaniiiaal un pervers.

£'^est le seul mot de notre langue qui, finissant par une consonne , soit susceptible de faire hiatus. Cela tient à ce qu'il ne se lie jamais au mot suivant.

L'o de oui, de onze et de onzième, équivaut à une aspiration. Ainsi l'on peut dire :

Oui, oui, je veux venger votre honneur et le mien. Lui onzième arrivant, chacun se mit a lable

On a VU , par les vers de Boileau , que les voyelles nasales an , in, on, un, ne forment point hiatus Ex. :

Celui qui met un (rein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots.

§ 4. — Du Repos.

I. Conibienya-t-ildesortS'îde repo"!, et cnmnients'appcljpnt-il.s? — 2. Quelles sortes de vers uni besoin il' hriiii-tichi, et uii(l(it-n Sffaire ^ — 3. 1,'hémisticlic doit-il toujours être riu'Oiireius'-ii ent riiarcinf ' — i. Ijiqiioi \j ci^ure diilcre-t elle de l'IuMiiistiche? — 3. Sur (|Ui|li" espèce de syllabes ou deuiots l'héiid^iehe doit-il touibrr? - 6. Le repos linal csl-il nécessaire, et dans quels \ersl'. st-11 le plus? — 7. Qu'c«t-re que ronjauibeuient ? — t. Quand l'enjainbeun ut Cïl-il permis?— 9. Quand l'tnjauibcmcnt Cst-il plutôt une beauté qu'un défaut?

1. Il y a deux sortes de repos : celui qui se fait dans le vers, et celui qui se fait à la fin du vers. Le premier s'appelle héi/iislic/i.e , et le second, repos final.

2. H n'y a que les deux grandes sortes de vers quiaien^ /'besoin de l'hémistiche. Dans les vers de douze syllabes , il

se fait après la 6^ , et dans les vers de dix , après la 4*^. Ex. :

Que toujours dans vos vers — le sens, coupant les mots, Suspende l'hémistiche, — en marque le repos.

CBOILEAH.)

Dn ennemi , — dit un célèbre auteur, Est un soigneux , — un docte précepteur,

* TRAITÉ DB LÏTTÉRATUBB.

Fâcheux parfois , — mais toujours salutaire , Et qui nous sert— sans gage ni salaire.

(J.-B, Rousseau.) /f"^' La nécessité de couper toujours le vers alexandrin en ■ deux parties égales peut amener la monotonie; mais aussi le grand art est de varier la mesure sans la détruire , et de couper le vers sans le briser. Le moyen qu'ont employé nos bons poètes , c'est de placer de temps en temps des repos à différentes places , afin qu'un vers ne ressemble pas à l'autre. Ex. :

II faut des châtiments dont l'univers frémisse; Qu'on tremble — en comparant l'offense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient nojés. — Je veux qu'on dise un jour aux siècles effravés : II fut des Juifs; — il fut un peuple abominable....

( Racine. ) Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière , Revêtu de lambeaux, tout pâle; — mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil.

(LE MÊME

Tous ces vers sont d'une coupe différente , et la césure y est toujours placée avec une intention relative au sers.

4. Laceswre diffère à&V hémistiche, en ce qu'elle se place où l'on veut ; mais l'hémistiche exprime essentiellement la moitié d'un vers divisé en deux parties égales. On peut aussi en varier l'effet, suivant les diverses structures de la phrase; c'est ce que nous enseigne Voltaire dans ces vers, qui sont à la fois une leçon et un modèle :

Observez l'hémistiche, — et redoutez l'ennui Qu'un repos unilorme — attaclie auprès de lui. Que voire phrase heureuse — et clairement rendue Soit tantôt terminée — et tantôt suspendue; C'est le secret de l'art. — Imitez ces accents Dont l'élégant Marot avait<charmé nos >ens. Toujours harmonieux — et libre sans licence, Il n'appesantit point ses sons ni sa cadence; Marot dont Terpsichore, avait conduit les pas, Fit sentir la mesure, — et ne la marqua pas.

Il ne faut qu'un peu d'oreille pour sentir que ces vers, quoique tous partagés en deux parties égales, chacune de six syllabes, offrent néanmoins une cadence variée : en effet, la phrase est tantôt renfermée dans un demi-vers, tantôt dans un vers entier, tantôt dans deux vers.

5. L'hémistiche doit toujours tomber sur une syllabe sonore, comme té dans adversité, ou ttme dans infortune.

lorsque Ve muet est élidé. Dans le cas contraire, l'e muet 3St trop faible pour servir d'appui à la voix , et par conséquent pour marquer l'hémistiche. On ne dira donc pas :

' C'est dans l'infortu-ne — qu'on connaît ses amis. Mais on dira bien :

Cest dans l'adversi-té — qu'on connaît ses amis. Est-on dans rinfoi'tu-ne? — on connaît ses amis.

L'hémistiche ne doit point couper des mots que le sens rend inséparables, et qui par conséquent doivent être prononcés de suite et sans pause. Ainsi les vers suivants sont vicieux :

Ma foi, j'étais un franc— portier de comédie.

( Racine. )

Sur cette robe, à maint rieur encor

Derrière elle faisait — lire argumentabor.

( B01LEA.U. ) J'ai trouvé l'action tellement hors d'usage. Que j'ai donné des deux à mon cheval, de rage. (Molière.)

La mesure du vers exige qu'on s'arrête après ces mots : ma foi J'étais un franc — derrière elle faisait — que f ai donné des deux; mais le sens s'y oppose.

6. Le repos final est encore plus nécessaire que le repos intérieur, et il doit être d'autant plus marqué que le vers est plus grand ; d'où il suit que dans les cinq ou six dernières sortes de vers il peut être faible. On le néglige môme tout à fait dans les vers de 2 et de 3 syllabes; on se contente alors de ne pas couper les mots en deux.

7. \Jenjambement , qui est le vice contraire au repos final, a lieu lorsque le sens commence dans un vers et Unit dans une partie du vers suivant. C'était le défaut de nos anciens poètes , et surtout de Ronsard. Ex :

. Cette nymphe royale est digne qu'on lui dresse

X; Des autels

Les Parques se disaient : Charles, qui doit venir ^ Au monde

•^ Delille y est aussi tombé souvent :

O jeunes voyageurs , dites-moi dans quels lieux

Je puis In retrouver. Énée à la déesse

Répond ce peu de mots : La jeune chasseresse...

{Enéide.)

10 TBAITÉ DE LITTÉRATURE.

Les vers suivants de Racine sont également fautifs :

Mais de ce mi'me front l'héroïque (ierlé

Fait connailre Alexandre; et certes, son visage...

8. L'enjambement est permis dans les vers familiers, dans les fables et dans le style marotique , ou il s'emploie surtout avec grâce. Ex. :

Vous connaissez l'impétueuse ardeur

De nos Français; ce ionl fous pleins d'honneur.

Ainsi qu'au bal , ils courent aux batailles. (VOLTAIRE./

rai peu loué. J'eusse mieux fait encor JJe luner moins. ]Non que pincer sans rire Soit de mou yoûl- Je tiens qu'en fait d'écrire, Le meilleur est de rire sans pincer.

Nous ne devons les vices caresser; Mais, d'autre part, il ne faut les reprendre Trop aiyrcmenl. Les hommes, à tout prendre, Ne sont niéchanls que parce qu'ils sont fous; Ce sont enfants moins dignes de courroux

Que de risée

( J.-B. Rousseau.

Le trou de l'escargot se rencontre en chemin.

Je laisse a penser si le gile Était sur. Mais ou mieux? Jean lapin s'y blottit. (La Font.)

9. L'enjambement est plutôt une beauté qu'un défaut quand il fait image, que par la passion on s'interrompt soi-même , ou que dans le dialogue on est interrompu par un autre. Ex :

Mais j'aperçois venir madame la comtesse De Pimbcsche.

(Racine, Plaideurs.)

Ce vers, qu'on a critiqué, est au contraire fort plaisant. Le nom de l'illustre plaideuse semble ne pas finir comme son procès.

Là, du sommet lointain des roches buissonneuses

Je vois la chèvre pendre

(Delille.) Soudain le mont liquide élevé dans les airs Retombe ; un noir limon bouillonne au fond des mers

(LE MÊME

Elle parle , un roi tremble ; et l'oracle homicide

Se tait... Un calme heureux succède à tant d horreurs.

(Racike.) andromaque.

Ainsi tous trois , seigneur, par tos soins réunis , Nous vous

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