DE LA TROISIÈME ÉDITION
L'accueil fait aux deux premiers volumes de mon Traité de littérature » justifie la division que j'ai cru devoir y suivre : le troisième volume, qui le termine, renferme les Genres en prose ou la Rhétorique et l'Éloquence.
Le troisième volume commence par quelques considérations générales, où je tâche de définir V éloquence, toujours si mal définie, et d'agrandir le cercle toujours si restreint de la rhétorique. A la manière dont s'expriment les rhéteurs , on dirait que nous devons tous devenir des orateurs de tribune ou de barreau , et encore à la manière des anciens : de là vient que chez eux l'éloquence n'est que l'art de persuader ; et la rhétorique , qu'un recueil de préceptes sur l'art de parler. Mais il ne suffit pas de développer la marche des discours destinés à des assemblées ; il faut encore apprendre le secret de toucher et de convaincre des juges bien plus difficiles , ceux qui, renfermés dans leur retraite, gardent tout le calme de leur raison, et pénètrent jusqu'au fond le plus caché de nos pensées.
Cette idée, dont M. Laurentie n'a fait que déposer le germe dans un ouvrage excellent* comme tout ce qui sort de sa plume, je me suis efforcé de la mettre en œuvre dans le mien. La rhétorique, quoique une de nom, y est double d'objet; et ce double objet se retrouve dans la division de l'éloquence en deux grandes espèces , V éloquence parlée et Véloquence écrite.
Si ces deux espèces d'éloquence ont besoin de préceptes
'De ces deux volumes, l'un traite du Style e*de la Composition, et Tau» tre, des Genres en vers ou de la Poétique. ' De V Elude et de V Enseignement des Ldtres: Paris, 1828.
Il AVEKTISSEMENT.
différents à cause de la diversité de leur objet, elles ont cependant quelque chose de commun qui les domine: ce quelque chose, c'est la loi morale. J'y ai ramené tous les genres en prose, comme je l'ai fait précédemment à l'égard de tous les genres en vers.
En effet , la première condition de l'éloquence , comme de la poésie , est dans la vérité , dans la vertu , dans les émotions généreuses : l'erreur, les passions vicieuses peuvent ébranler les multitudes ou séduire les intelligences , maiSiDon les gouverner ni les éclairer ; elles peuvent agiter les empires- et les cœurs , mais non les régler : ee un mot, il faut être avant tout homme de conviction et de fol pour persuader et convaincre les autres,, en d'autres- termes,, pour être éloquent.
Je n'entrerai dans aucun détail sur la rhétorique : on n'en peut juger que par l'ouvrage lui-même , et j'y regavoie. Mais je dirai quelques mots de l'éloquence.
Chaque genre de l'éloquence , soit parlée , soit écrite ^ y âst traité avec tous les développements qu'il comporte ou qu'il mérite ; mais, sans nuire à l'éloquence profane, j'ai cru devoir consacrer un chapitre s|)écial à la rhétorique de l'éloquence sacrée.
L'éloquence de la chaire a ceci de particulier qtt'elle parle aux hommes pour combattre et dompter l€UJ?s passion» ' c'est tout l'opposé de l'éloquence profane, qui ne parle que pour lesémouA^ir. Or les mêmes préceptes peuvent- ils convenir à des orateurs qui suivent des chemins si contcaices et qui tendent à des buts si différents? Non sans doute; et cependant tou& les rhéteura modernes ont voulu les soumettre aux mêmes lois. Je ne parle pas ici des règles du langage , qui sont les mêmes pour tous les orateurs ; mais je parle de ces formes oratoires , de ces ornements et de ces artifices si recommandés dans l'éloquence profane. Pour une éloquence toute nouvelle dans l'hi^oire littéraire, il fallait donc des préceptes nouveaux, une rhétorique spéciale; et c'est une admirable lettre de saint François de Sales qui me l'a fournie presque tout entière. L'éloquence profane a sa rhétorique longue et développée . serait-il juste d*eD