‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 19 sur 94 · CONFIRMATION · texte numérisé non relu

CONFIRMATION

F« Partie.

lA re)igion chrétienne est raisonnable.

SuMivision.

En ce qu'elle repose : i° sur l'autorité la plus grande , la plus respectable et la mieux établie qu'il y ait sur la terre; 2» sur les idées les seu ea dignes de Dieu et de l'homme, les seules conformes aux principes de 1 equité , de l'honnêteté , de ia société, de la conscience ; 3» sur les motifs les plus trioraplmnts, les |;lus propres à soumettre les esprits les moins crédules.

I" membre de la subdivision : La religion chrétienne a pour elle l'an cienneté, la perpétuité et l'uniformité, c'est-à-dire qu'aussi ancienne

Sue le monde , elle sVst conservée jusqu'à nos jours sans altération ; or, e toutes les religions , c'est la seule qui possède cet avantage.

2« membre : 1° La rtliftion chrrttiennp donne le* seules idées convenables de Dieu ; 2° elle met l'homme à sa véritable place , en Iiu faisant coii naître sa nature et sa destination; 3° elle rèftle mieux que toute autre doctrine ses devoirs à l'égard des autres hommes.

3» membre : Los motifs de soumission et de crédibilité qu'elle nous présente sont appuyés ; 1° sur des prophéties incontestables; 2» sur des faits miraculeux , éclatants, publics ; 3» sur le témoignage et la foi de i'univors entier.

Conclusion de la I" partie : Donc la religion chrétienne est raisonnable.

2* Parité.

La religion chrétienne est glorieuse.

Subdivision.

l«Du côté des promesses qu'elle renferme pour l'avenir ; 2» du côté de la situation où efle met le fidèle pour le présent ; 3° du cote des grands modèles qu'elle lui propose à imiter.

i" membre de la subdivision : Développement de ces promesses qui apprennent à l'homme que son origine est divine et ses espérances éternelles. Son avenir est plein de {jloire.

2" membre .-Peinture de la grandeur et de l'élévation du chrétien dans toutes les circonstances de la vie. Rien n'est plus glorieux que lui, soit devant Dieu , soit devant les hommes.

S' membre: Les hautes vertus de tous les grands hommes, de tous les héros chrétiens, depuis Abel jusqu'à nos jours, sont proposées a l'imitation du lidèle. Quelle plus glorieuse carrière peut être ouverta devant lui?

Conclusion de la 2« partie: Donc la religion chrétienne est glorieuse

3» Partie, La religion chrétienne est nécessaire.

Subdivision.

1° Parce que la, raison de l'homme est faible et qu'il faut l'aider; r parce qu'elle est corrompue et qu'il faut la guénr; 3» parce quelle est changeante et qu'il faut la fixer.

I" membre de la subdivision : Peinture de l'ignorance où l'homme est de lui-même et de tout ce qui est hors de lui. C'est la religion qui seule le guide et le soutient au milieu des ténèbres qui l'environnent.

2« membre • Peinture de la dépravation de la raison humaine, relativement à Dieu et à la morale. C'est la religion qui la guérit en redressant ses erreurs.

Z^ membre : Peinture des variations infinies de la raison humaine et de l'incroyable mobilité de ses opinions. C'est la religion qui la fixe, en lui donnant une règle infaillible, invariable , indépendante desUeux, des temps, des hommes, etc.

Conclusion de la z' partie : Donc la religion chrétienne est nécessaire

Conclusion de tout le discours ou péroraison.

Donc la religion est vraie; donc il faut s'y attacher, vivre selon ses lois , et rendre sa foi certaine par ses bonnes œuvres.

On voit par là qu'un discours bien conçu peut se réduire à un syllogisme dont les prémisses sont développées avec toute l'étendue nécessaire pour opérer la conviction , et dont la péroraison renferme la conséquence.

1 1 . Rien ne serait plus utile pour les jeunes gens que d'analyser ainsi quelques discours remarquables, d'essayer ensuite à reconstruire eux-mêmes le discours d'après ce plan, et de comparer leur composition avec le modèle. Il n'y a pas de moyen plus propre à les initier à tous les secrets de l'art oratoire.

1 2. On entend par digressions des discussions qui paraissent étrangères au sujet principal, mais qui, toutefois, tendent au but que s'est proposé l'orateur. Les digressions, nécessaires à la poésie , sous le nom d'épisodes ' , le sont rarement en éloquence ; cependant, si l'on sait en faire un usage convenabl, elles peuvent être quelquefois agréables et souvent utiles.

13. Les digressions sont fondées sur la faiblesse , la légèreté , l'inconstance et la curiosité de l'esprit humain ; aussi l'ouvrage qui va droit et vite à son but court-il le risque d'être sec , monotone et fatigant. Il faut au lecteur des distractions, des repos qui réparent ses forces , préviennent des dégoûts, et soutiennent son attention en alimentant sa curiosité. Tels sont les avantages des digressions bien ménagées et faites à propos.

14. l°Les digressions, pour être bonnes, doivent être rares et d'une brièveté sagement mesurée : autrement elles fatigueraient l'attention au lieu de la soulager , dissiperaient l'auditeur et lui feraient perdre de vue le sujet principal.

2° Les digressions doivent naître si naturellement du sujet, qu'elles semblent en faire une partie nécessaire.

3° Elles doivent être placées dans l'endroit du discours le plus convenable.

4** Enfin elles doivent être prévues par l'orateur lorsqu'il forme son plan , afin que , dans la composition, elles ne viennent point déranger l'économie du discours.

On peut citer comme un modèle d'heureuse digression réloge que Cicéron fait des lettres dans son plaidoyer pour le poète Archias; cet éloge se trouve dans la partie du discours où l'orateur cherche à prouver que, si son client n'était pas de fait citoyen romain , il faudrait lui décerner ce titre pour son génie. Rien ne convient donc mieux au sujet :

' Voyez Poétique , pag. 66 etsuiv.

KHÉTOBIQUE. f05

Si ex his studiis deleclatlo sola peterefur, tamen, utoplnor, hanc animirt^missionemhunianissimam ac liberalissimamjudicaretis. INam caetera neque temporuni sunt. neque œtaluiu omnium , neque locorum. Al haec studia adolescenliam alunt, st'iiectiitem obleclant , secundas rcs ornant, adversis solalium ac perfu::iiun pra-bent, délectant domi , non impe- Âiunt foris, pernoctant nobiscura , peregriiiantur , ruslicantur.

Cette digression se trouve tout de suite rattachée au sujet principal par la plirase suivante :

Quôd si ipsi Ikpc neque attingere neque sensu nostro gustare posscmus ♦ tamen ea mirari deberemus, etiamcum in aliis videremus.

Ainsi , c'est un mérite pour Archias d'être profondément versé dans la connaissance des belles-lettres , et ce mérite doit contribuer à lui valoir le titre de citoyen romaiu.

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