LE PETIT NOMBRE DES ÉLUS
Je ne parle plus du reste des hommes ; je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre, et voici la pensée qui m'occupe et qui m'épouvante. Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'univers ; que les cieux vont s'ouvrir sur vos tètes , Jésus-Christ paraître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre, et comme des criminels tremblants à qui l'on va
prononcer ou une sentence de grâce, ou un arrêt de mort éternelle
Or, je vous le demande, et je vou le demande avec terreu^, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et hie mettant dans la même disposition où jb souhaite que vous entriez ^si Jésus-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous
sommes j ri fût placé à la droite? cro>oz-vous du molDS que les choses fussent éf^alcs? croyez- vous qu'il s'y trouvât seulement dix justes, que leSeiiineiu" ne puttrouver autrefois en cinq villes tout entières ? Je vous le demande; vous Vignorez , et je l'ignora moi-même. Vous seul, ô mon Dieu, connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs n(^ iui appartiennent pas. Or, qui sont les lidèles ici assemblés? les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien; vous en serez dépouillés devant Jésiis-Christ. Qui sont-ils? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir ; encore plus qui le voudraient , mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin, un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte : car ils en seront retranchés au grand jour. Paraissez maintenant, justes, ou êtes-vous? restes d'Israël , passez à la droite; froment de Jésus-Christ , démèlez-vous de cette paille destinée au feu. O Dieu, où sont vos élus? et que reste-t-il pour votre partage ?
^ A ces mots , un transport de saisissement s'empara de l'auditoire; presque tout le monde se leva à moitié par un mouvement involontaire ; le murmure d'acclamation et de surprise fut si fort qu'il troubla l'orateur, et ce trouble ne servit qu'à augmenter le pathétique de ce morceau.