‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 6 sur 94 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'invention.

De V Invention en général.

I. Ou'est-cc que l'invention? — 2. Quelle différence y a-t-il entre persuader et convaincre? — 3. Combien v a-t-il de movens de persuader?— 4. Comment instruit-on , plaît-on et touclie-t-on ? — s. Les trois moyens de persuader sont-Us nécessaires à l'orateur dans toutes les circonstances?

1. L'Invention est la partie de la Rhétorique qui en- "^^ seigne ou consiste à trouver les moyens nécessaires pour persuader.

» Cicéron exprime ainsi ces trois premières parties de la rhétorique : Tria videnda sunt onttori, quid dicat , etquo quidque loco, etqtjoraodo (, Orator, c. xiv).

RHETOBTQUE. ^

2. Il ne faut pas confondre la conviction avec \^ persuasion. La conviction n'agit que sur l'entendement ; la persuasion agit sur la volonté par l'imagination et le sentiment. l 'une domine à force ouverte ; l'autre s'insmue par tous les moyens de séduire, d'intéresser et d'émouvou'. C'est l'office du raisonnement d'opérer en nous la conviction en faveur de la vérité ; c'est l'office des pensées et du style d'opérer en nous la persuasion d'agir conformément à notre conviction. Mais ces deux choses ne vont pas toujours ensemble. Telle est la constitution de la nature humaine, que je puis être convaincu de l'excellence delà vertu , de la justice , de la bienfaisance , et néanmoins n'être pas persuadé , c'est-à-dire entraîné à suivre , dans mes actions, les;principes que ma raison adopte. L'inclination se révolte quelquefois contre les vérités que l'entendement approuve. Les passions remportent sur le jugement. La conviction est toutefois un des moyens de parvenir au cœur, et c'est celui vers lequel l'orateur doit diriger ses premiers efforts ; car la persuasion ne saurait être durable , si elle n'a pas la conviction pour fondement. Mais pour persuader, l'orateur doit aller au delà de la simple conviction; il doit considérer fhomme comme susceptible d être mu par des ressorts de plus d'une espèce , et il doit n en négliger aucun. H faut qu'il excite les passions , qu'il frappe l'imasination et qu'il touche le cœur. Ainsi , outre la solidité^des arguments et la clarté de la méthode , tout ce qui peut plaire ou intéresser fait partie de l'éloquence oratoire.

3 II y a trois moyens de persuader : instruire, plaire et toucher. Cicéron et Quintilien les expriment de la manière suivante :

Erit eloquens is qui in foro causisque civilibus itàdicet, ut prolet^ ut delectet , at flectat ( Orat., c. xxi ).

Tria suntquaeprœstare débet orator,ut doceat, delecUt, moveat (Inst. Orat., 1. m, c. 5).

4 On instruit mmonXvdiwX la vérité de ce qu'on avance ; ou plaît en méritant la confiance , l'estime et la bienveiL lance des auditeurs; on touche en leur inspirant les sentiments convenables au but qu'on se propose.

En termes de l'école , on instruit par les arguments et les j^reuves; on plaît par les mœurs; on touche par les passions.

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