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Quelquefois il suffit à VomXeuv àe prouver

10 TRAITÉ DE LITTÉRATDBE.

S'il s'agit, par exemple, d'une somme d'argent prêtée , que l'emprunteur refuse de rendre, la fonction de l'orateur se borne à prouver la vérité ou la fausseté du prêt ; le reste serait superflu.

Quelquefois il faut instruire et plaire :

Oii disputait au poète Archias sa qualité de citoyen romain. Cicéron, chargé de sa défense, instruit d'abord lesjuges en prouvant qu'il est réellement citoven, et la cause est plaidée (n'- là il) ; mais pour remplir l'attente du "nombreux auditoire qu'avait attiré sa réputation , il ajoute que si son client n'était pas citoyen , on devrait s'empresser de lui conférer ce titre ; et c'est alors qu'il charme ses auditeurs par l'éloge du poëte et par le tableau ravissant des avantages que procurent à l'homme ainsi (ju'à la société les sciences et surtout la poésie ( n" 12 a 32).

Lg plus souvent il faut instruire , plaire et toucher :

Milon est accusé d'avoir assassiné Clodius. Cicéron ne se borne pas a démontrer l'innocence de son client, en prouvant qu'il s'est tenu dans les bornes d'une défense légitime; il ne lui sufht pas de charmer ses juges par la grâce de son langage et la noblesse de ses sentiments ; il va réveiller au fond des cœurs les passions les plus vives : la haine contre Clodius qu'il représente comme un scélérat, l'indianation contre de^ factieux, l'admiration pour les vertus civiles de Milon, et la compassion pour son malheur.

( Les arguments , les mœurs et les passions sont l'objet des trois paragraphes suivants. )

§ t^"". — Des Arguments ou Preuves.

1. Qu'entend-on par argrnments ou preuves ?— 2. Quelle est l'importance des arguments?— 3. Comment distingue-t-on les preuves ?

1. On entend par arguments ou preuves, les raisons dont l'orateur appuie la vérité qu'il veut démontrer.

2. Les preuves et le raisonnement qui les développe sont le fondement du discours oratoire.

En effet, l'éloquence de la tribune et du barreau suppose au moins dans les esprits et dans les âmes le doute et l'irrésolution , le plus souvent même un combat d'opinions et d'intérêts dans lequel il faut vaincre ou succomber. Or l'orateur doit surtout savoir que la prétention de tout homme qui vajuîier, est d'être impartial et juste, de ne céder qu'à la prépondérance du bon droit et de la raison , et de se croire convaincu lorsqu'il n'est que persuadé. Ce serait don( l'aliéner que de lui laisser voir qu'on attend de son émo tion, ce qu'il veut qu'on ne doive qu'aux lumières de sot esprit et a l'équité de son âme , et lors même qu'en l'instruisant on cherche u le gagner, il faut avoir urand soin de déguiser l'appât de l'intérêt qu'on lui présente. C'est ce que dit Cicéron lui-même :

t)na ex tribus his rébus , res prse nobis ferenda est, ut nihil aliud , nisi docare, velle ^ideamu^. Reliquiu duœ , sicut sanguis in corporibus , sic illaeinperpetuis oralionibus fusai esse debebunt ( Oratnr).

La preuve est donc la partie éminente , et , en apparenc du moins , la partie essentielle du plaidoyer et de la délibération. Tous les mouvements oratoires , tous les moyens les plus violents d'intéresser et d'émouvoir sont faibles, à moins qu'ils ne portent sur des motifs sérieux et solides. Avant de s'indigner contre l'iniquité, l'oppression, la violence , il faut avoir prouvé la violence , l'oppression et l'iniquité ; avant d'invoquer la vengeance des hommes et la colère du Ciel contre la calomnie, il faut avoir confondu le calomniateur; avant de donner des larmes à d'indignes calamités, il faut avoir montré qu'elles sont accablantes et qu'elles ne sont pas méritées. En un mot, la plus grande imprudence que puisse commettre un orateur, c'est de paraître négliger dans ses juges la raison et la bonne foi , c'est d'aller droit à leurs passions et d'attaquer l'endroit sensible de leur âme avant d'avoir mis , autant qu'il est possible, leur opinion en sûreté et leur conscience en repos.

3. Les rhéteurs distinguent ordinairement les preuves elles-mêmes et la manière de les trouver, c'est-à-dire les arguments proprement dits et les lieux des arguments ou lieux communs (qui seront traités dans les deux articles suivants).

Art. P*^. — Arguments proprement dits.

i. Qu'est-ce que les arg^iments proprement dits et combien en compte-t-on? — 2. Qu'est-ce que l'argument personnel? — s. En combien de sortes générales se divisent les arguments? —4. De quelle manière les arguments proprement dits doivent-ils être traités dans le discours oratoire?

1 . Les arguments proprement dits sont des espèces de formules où l'on combine diversement les propositions pour en tirer des conséquences. On compte huit combinaisons principales : le syllogisme, l'enthymème, l'épichérème, le sorite , le dilemme, l'exemple, l'induction, (qui ont été traités dans la Logique ^j, et Vai^gument personnel (dont nous allons dire ici quelques mots).

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