‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 61 sur 94 · PAR EFFETS · texte numérisé non relu

PAR EFFETS

Voici comme Massillon parle de l'ambition des grands :

Au grand rien ne suffit, parce qu'il peut prétendre à tout : ses désirs croissiBnt avec sa fortune. Tout ce qui est plus élevé que lui le fait parai- Ire petit à ses yeux : il est moins tlatté de laisser tant d'hommes derrière lui, que Vongé d'en avoir qui le précèdent. Ce n'est pas tout : de' Mâmbition nai&sejit les jalousies dévorantes; et cette passion si basse et si lâdie est pourtant le vice et le malheur des grands. Jaloux de la réputation d'autrui , la gloire qui ne leur appartient pas est pour eux comme ane tache qui les flétrit et qui les déshonore. Jaloux des grâces qui tombent à côté d'eux, il semble qu'on leur arrache celles qui se répandent SOT les autres. Jaloux de la faveur, on est digne de leur haine et de leur mépris , dès qu\>n l'est de l'amitié et de la confiance du maître. Jaloux même des succès glorieux à l'État, la joie publique est souvent pour eux un chagrin secret et domestique; les victoires remportées par leurs rivaux sur leurs ennemis leur sont plus amères qu'à nos ennemis mêmes ; leur maison, comme celle A'' Aman, est une maison de deuil et de tristesse , tandis que Mardochée triomphe, et reçoit au milieu de la capitale les acclamations publiques ; et peu contents d'être insensibles â la gloire des événements, ils cherchent à se consoler, en s'efforçant de les obscurcir par la malignité des réflexions et des censures. Enfin cette injuste passion tourne tout en amertume, et on trouve le secret de n'être jamais heureux, soit par ses propres maux, soit par les biens qui arrivent aux autres.

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