‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 79 sur 94 · LOUE · texte numérisé non relu

LOUE

Une logique pressante et des mouvements accélérés caractérisent le tact et le talent suprême deBourdaloue. Son zèle s'y abandonne pour le moins avec autant de liberté dans ses panégyriques que dans ses sermons Où le déploie-t-il,en effet, avec plus d'éclat, qu'en terminant la

première partie de l'éloge de saint André, au moment où il présente cet apôtre honoré du martyre de la croix?

Voilà donc, dit-il, voilà, chrétiens, Je prédicateur que Dieu a suscité pour votre nistiuction. .. c'est saint André sur la croix. N'avez plus nul égard ni à mes paroles, ni à mon zèle ; oubliez la sainteté de mon ministère. Ce n'est point a moi, c'est à cet apôtre à vous prêcher sur la croix un Dieu crucihe; c'est cet homme crucitié dont la prédication , plus pathétique et plus eflicace que la mienne, se fait entendre dans tout le monde chrétien. Le voilà, ce ministre irrépréhensible, ce prédicateur auquel vous n avez rien a répliquer. Mais que n'a-t-il pas à vous reprocher -ui-nîéme? Il vous prêche encore maintenant le même Dieu qu'il prêchait aux Juiis et aux païens, un Dieu qui vous a sauvés par la croix. Le croyez-vous? ... On vous a dit cent fois, et il est vrai , qu'au jugement de Dieu la croix paraîtra ptur vous être confrontée, tune paiebit siguuni Fdii hominis ( Matt., c. 24 ). Mais, outre la croix de Jésus- Christ, on vous en confrontera une autre, celle de saint André. Oui, la croix de cet homme apostolique , après lui avoir servi de chaire pour nous instruire, lui servira de tribunal pour nous condamner. Vovez-vous cesintideles? nousdira-t-il; la vue de ma croix les a convertis. De païens qu ils étaient , j'en lis des chrétiens , et de parfaits chrétiens. Voilà ce qui nous confondra. Et ne vaut-il pas mieux dès aujourd'hui prévenir par une confusion volontaire , cette confusion forcée qui ne nous sera pas seulement inutile , mais funeste ? ^ p

Ce trait sublime, voyez-vous ces infidèles? etc., manifeste l'élan et la verve d'un grand orateur, et il démontre qu'il suffisait à Bourdaloue de se livrer à son génie dans toutes les matières, pour s'élever à la plus haute éloquence.

No 37 (p. 171).

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