‹ Traité théorique et pratique de littératureChapitre 88 sur 94 · LES ÎVTALHEURS DE L'EXIL · texte numérisé non relu

LES ÎVTALHEURS DE L'EXIL

(Beux (les oiseaux) qui , de nos hivers redoutant le courrouic.

Vont se-réfugier dans des climats plus doux,

Ne laisseront Jamais la saison rigoureuse

Surprendre parmi nous leur troupe pai-esseuse.

Dans un sage conseil par les chefs assemblé ,

Du départ général le grand jour est réglé.

Il arrive; tout part : le plus jeune, p?ut-étre,

Demande , en regardant les lieux qui l'ont vu naître ,

Quand viendra le printemps par qui tant d'exilés

Dans- les champs paternels se verront rappelés.

( Racine le flk. )

Nous avons vu des infortunés à qui ce dernier trait faisait venir les larmes aux yeux. Il n'en est pas des exils que la nature prescrit comme de ceux commandés par les hommes. L'oiseau n'est banni un moment que pour son bonheur; il part avec ses voisins, avec son père et sa mère, avec ses sœurs et ses frères; il ne laisse rien après lui : il emporte tout son cœur. La solitude lui a préparé le vivre et le couvert ; les bois ne sont point armés contre lui; il retourne enfin mourir aux bords qui l'ont vu naître; il y trouve le fleuve, l'arbre, le nid, le soleil paternels. Mais le mortel chassé de ses foyers y rentre-t-il jamais? Hélas ! l'hommene peut dire, en naissant, quel' coin de l'univers gardera ses cendres , ni de quel côté le souffle de l'adversité les portera. Encore si on le laissait mourir tranquille ! Mais aussitôt qu'il est malheureux , tout le persécute : l'injustice particulière dont il est l'objet devient une injustice générale. Il ne trouve pas, ainsi que l'oiseau, l'hospitalité sur la route; il frappe, et l'on n'ouvre pas; il n'a, pour appuyer ses os fatigués, que la colonne du chemin public , ou la borne de quelque héritage. Sou\ ent même on lui dispute ce lieu de repos qui, placé entre deux champs, semblait n'appartenir à personne ; on le force à continuer sa roule vers de nouveaux déserts. Le ban qui Ta mis hors de son pays semble l'avoir mis hors du monde. Il meurt, et il n'a personne pour 'l'ensevelir. Son corps git délaissé sur un grabat, d'où le juge est obligé de le faire enlever , non comme le corps d'un homme, mais comme une immondice dangereuse aux vivants. A.h ! plus heureux lorsqu'il expire dans quelque fossé au bord d'une grande route, et que la charité du Samaritain jette en passant un peu de terre étrangère sur ce cadavre! N'espérons donc que dans le ciel, et nous ne craindrons plus l'exil; il y a dans la religion toute une patrie.

Cdatemjbrianb.

DISCOURS DE BIRON .V HENRI IV, ksQVSl ON CONSEILLAIT, DANS UNE CIRCONSTANCE CRITIQUE , DE SE RETIRER EN ANGLE- TERRE.

Quoi ! sire, on vous conseillé de monter sur mer, comme s'il n'y avait pas d'aulrft moyen de conserver voire royaume que de le quitter! Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de >oos les hasards et' de tous les obstaclas pour y venir, et maintenant que vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez ; et vos lamis seraient d'avis que vous lissiez de bon gré ce que les plus grands efforts de \os.

«ennemis ne sauraient vous contraindre de faire. En l'état où vous êtes . sortir de la France seulement pour vingt-quatre heures , c'est s'en bannir pour jamais. , ^, ■ ,

Le péril, au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint : ceux qui nous pensent enveloppés sont , ou ceux même que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens qui ne valent pas mieux, et qui auront plus d'affaires entre eux-mêmes que contre nous. Enfin , sire , nous sommes en France , il faut nous y enterrer : il s'agit d'un royaume , il faut l'emporter ou y perdre la vie ; et quand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mille fois mieux mourir de pied ferme , que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'on dit qu'un cadet de la maison de Lorraine lui aurait fait perdre terre , encore moins qu'on la vit mendier à la porte d'un prince étranger.

Non , sire , il n'y a ni couronne ni honneur pour vous au delà de la mer. Si vous allez au-devant du secours de l'Angleterre, il reculera; si vous vous présentez au port de la Rochelle en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance des flots et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes el tant de vieux soldats qui sont prêts à lui servir de rempart et de bouclier; et je suis trop serviteur de "Votre Majesté pour lui dissimuler que, si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans leur vertu , ils seraient obligés de chercher la leur dans un autre parti que dans le sien.

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