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MODES DE DÉPOUILLEMENT. — TRAVAIL DANS LES BUREAUX

Les différentes matières dont nous allons avoir à parler se tiennent étroitement, malgré la diversité des procédés qu'on peut employer; pour plus de clarté, nous subdiviserons ce paragraphe en plusieurs sections.

A. — ContraliMtlti et dêeentralisatlOD dm diptniUeneitf.

On sait que le recensement de la population se fait par le dénombrement direct, en s'adressant à chaque chef de famille. Jusque dans ces derniers temps, les bulletins de

famille étaient partout résumés par les maires; les résultats des communes étaient résumés par les sous-préfets; dans les préfectures, on totalisait les chiffres fournis par les arrondissements, et ce total départemental (accompagné ou non des détails par arrondissement et par commune), était envoyé au bureau central, c*6st-à-dire au ministère, et ce bureau établissait un tableau pour l'ensemble du pays. C'est le procédé décentralisé ; car chaque commune etchaque division administrative du pays dépouille les bulletins élémentaires qui la concernent, et transmet à l'autorité supé« rieure un travail complet et achevé.

Le procédé centralisé, au contraire, consiste dans Tenvoi au bureau central des bulletins mêmes que le chef de famille a remplis, sans soumettre ces bulletins à autre chose qu'un contrôle plus ou moi ns matériel, con sistant en des vérifications, par exemple, celles-ci : si tous les habitants ont répondu, si toutes les colonnes ont été remplies, s'il n'y a pas eu d'inexactitude évidente. Cette révision peut être poussée plus ou moins loin; elle sera plus ou moins rigoureuse selon les agents qu'on aura employés. (Voy. chap. xi, § 4, Frat5). Dans le système centralisé, c'est donc le bureau central qui dépouille les bulletins primaires ou individuels, et qui établit ainsi la statistique par commune, par arrondissement et par département. Ce procédé a été employé à Paris, dès 1836, mais pour la ville seulement; puis, par Horeau de Jonnès, pour la statistique de la grande industrie, en 1841 et années suivantes : il s'agissait de 80,000 bulletins de fabriques, qui furent transmis au bureau tels qu'ils avaient été fournis par les fabricants. Nous avons aidé au dépouillement de ces bulletins individuels, à cause de leurs défectuosités qu'il eût été impossible de faire élaborer

dans les mairies et même dans les préfectures, où les hommes spéciaux manquent généralement. A peu près à la même époque, la centralisation du dépouillement, mais sur une bien plus grande échelle, fut appliquée eu Angleterre par le Registrar gênerai des naissances, mariages et décès : il s'agissait de centaines de mille fiches par an. En 1851, une commission nommée par le Borne Office proposa , et une loi ordonna l'envoi au Registral gênerai des bulletins de dénombrement; mais, dès 1861, on suivit un système mixte ; les subordonnés du Registrar durent résumer les principaux renseignements, afin de pouvoir donner plus vite les résultats généraux (Journ. ofthe Slat. Soc. de Londres, t. XIII et XIV); mais le travail fut revu sur les éléments, et le dépouillement des autres renseignements se fit à TofBce central. Enfin, on a centralisé en Allemagne, en Prusse, en Saxe, en Hesse, les bulletins du dénombrement, qui, avec les accessoires, se sont élevés à une quarantaine de millions, rien que pour la Prusse ^ On entrevoit déjà que l'opération est devenue colossale, et qu'il importait d'examiner de près si les inconvénients ne dépassaient pas les avantages. Comme nous n'avons pas pratiqué nousmême le procédé sur une grande échelle, nous nous défions de notre propre jugement sur ce point; nous allons donc présenter au lecteur un résumé des arguments présentés pour et contre.

Commençons par un travail remarquable de M. G. Mayr, alors chef de la statistique de Bavière, en l'accompagnant de quelques notes empruntées à l'excellent compte rendu de M. Eiigelsurle résultat de ropération.(Ztfitoc^rt/ïdel870.)

1 M. ËQgel avait déjà fait un essai de ce procédé à Dresde, en iS51 (iCxtiait d'une lettre particulière.)

Nous ajouterons, entre parenthèses, quelques observations personnelles.

Les avantages du procédé de la centralisation se résument ainsi :

1. Les diverses administrations des départements, sont débarrassées de rétablissement de nombreux tableaux compliqués, travail qui est en dehors de leurs attributions ordinaires. (Nous ajouterons : et dont elles se plaignent vivement, en France et ailleurs.)

â. La centralisation fait passer le dépouillement, qui exige souvent des connaissances spéciales, aux mains d*un personnel qui a un intérêt permanent à la bonne et correcte exécution du travail.

3. Cette méthode est la seule qui assure l'interprétation uniforme de tous les faits similaires. (Il est, en effet, impossible d'obtenir cette uniformité dans un travail décentralisé. Lors de l'établissement de la première statistique agricole par les commissions cantonales de statistique, années 1853 et 1854, nous avons cherché à obvier à cet inconvénient, en faisant parvenir à toutes les commissions les interprétations que nous donnions à Tune d'elles, — quand elle demandait une solution. 11 y eut ainsi toute une série de < notes explicatives, > mais nous sommes loin d^ètre sûr que ce moyen ait suffi. Ce n'est qu'en mettant la main à la pâte qu'on se rend compte des difficultés à vaincre pour obtenir l'identité ou, du moins une certaine uniformité d'interprétation.)

4. La centralisation permetseuled'employerles meilleures méthodes de dépouillement. Dans le dépouillement local, la même personne fait tout le travail, tandis que, dans la centralisation, la besogne peut être divisée par spécialités. Or,

on connaît les avantages de la division et de la spécialisation du travail.

5. Le burau central possède seul un personnel capable de dépouiller ou de tirer pleinement partie de tableaux compliqués. Pour que le dépouillement local soit possible, on est obligé de s*abslenir de donner les développements nécessaires au questionnaire.

M. Mayr développe ces divers points, puis il expose les inconvénients de la centralisation. Les voici :

1. La masse des renseignements qui affluent ainsi au bureau central rend difficile sinon impossible la vérification des détails, vérification qui est cependant bien désirable. On ne pourrait s*en tirer qu*en augmentant considérablement le personnel spécial attaché au bureau central.

2. Le bureau central ne connaît pas suffisamment bien les circonstances locales. M. Mayr pense qu'on y remédierait en consultant fréquemment les autorités locales.

3. Les administrations départementales ne resteraient pas au courant des faits qui concernent leurs circonscriptions respectives. M. Mayr est d'avis que ces administrations seraient renseignées par les travaux du bureau central, dont les publications pourront être rendues plus détaillées (par arrondissement, par canton, par commune au besoin). M. Engel, dans son compte rendu, indique un moyen. Il consiste, pour lesadministrations locales, àretenircopie de certains renseignements ; elles pourront les dépouiller rapidementsiles besoinsdu service Texigent^ (Le /{«^ù/rarj^en^ra/ de Londres, avait introduit un système analogue dès 1861.)

* En imprimant une statistique par communes, on fait une dépense inutile et rend le document encombrant. Que chaque commune conserve dans ses archives les renseignements qui la concerne.

MODE DE RECU£[LLIK ET ûfi DÉPOUILLER LES DOCUMENTS. 297

4. Les directeurs des bureaux centraux seront ainsi surchargés de soins matériels, et auront moins de temps pour cultiver la science.

5. Enfin, la méthode rendrait nécessaire d*augmenter le crédit budgétaire ouvert au bureau central; toutefois, il est probable que le surcroit des frais causé au centre, serait compensé par les économies qu'on ferait aux extrémités ^

M.Engelconteste que les bulletins individuels causent plus de frais que les bulletins de ménage. 11 présente, page 40 de h ZeiUchrift de \S10 y un tableau, auquel nous renvoyons pour les détails, mais dont nous reproduisons les totaux. 11 compare trois méthodes au point de vue du travail et des frais, et trouve ce qui suit (nous réduisons les thalers en francs, à raison de 3 fr. 75).

Dépoaillement DépODÎIiomeat

non centralisé. centralisé.

Nombre Nombre

dejoaiTiées Dépenses dejoarnées Dépenses, do Irarail. fr. de travail. fr.

Bulletins de ménage dépouillés

auxtraiteî» 191,100 746,531 104,497 557,370

Balletins de ménage dépouillés

ÀTaide de fiches (individuels). 140,000 559,031 82,977 429,870 Balletins individuels (voyez plus

loin, section B) 110,100 463,281 48,622 230,651

Ce devis s'applique à une population de 25 millions d'habitants, et semble renfermer un double argument, la rapidité et le bon marché, dont on ne saurait contester la force. Si Ton ajoute que la centralisation produit un meilleur travail, et qu'elle décharge les autorités inférieures, on devra croire que l'avenir lui appartient. D'ailleurs , M. Mayr est

' Voy. les Mémoires de la commission permanente publiée à Saint- Pétersbourg, en 1876.

' En marquant dans des colonnes de dépouillement chaque renseignement par un trait.

pour la centralisation de tous les renseignements qui (comme les naissanceset iesdécès)sont relevés par des agents de l'autorité; il fait seulement ses réserves pourlesdénombrements. (Voy. le paragraphe suivant.)

B — Mode dt dénenbremtiit. — Listts par néaAge et eartet indlvldnelUs.

La nécessité de s'adressera chaque chef de ménage, pour recueillir ainsi les renseignements à la source, ne fait l'objet d'aucun doute; on a bien vite aussi adopté l'idée de rendre les listes nominatives (voy. le chap. xii) et de les faire remplir, autant que possible, à jour fixe. Il restait, pour le mode de remplir le tableau, le choix entre deux méthodes : 1<^ c'est le recenseur (Pagent gratuitou rétribué du dénombrement) qui, allant de maison en maison, pose les questions et inscrit les réponses sur les bulletins ; 3^ « des bulletins seront distribués par les soins des administrations communales, aux chefs de famille ou de ménage; ils seront remplis exactement par eux-mêmes ou par une personne capable (de la famille, sans doute); à défaut de ceux-ci, ils léseront, d'après leurs indications, par l'agent spécial commissionné à cet effet. On entend par ménage la réunion de deux ou d'un plus grand nombre de personnes vivant en commun y comprisles domestiques qui habitent avec leurs maîtres.» Nous venons de transcrire l'article 5 des instructions ministérielles annexées à l'arrêté royal belge du 30 juin 1846, et y visé. En Angleterre, les instructions portent également qu'un bulletin sera déposé dans chaque ménage; elles ajoutent seulement qu'il sera retiré à jour fixe (!*' décembre). Les mêmes dispositions ont passé dans les instructions de

la plupart des autres pays. Nous trouvons dans le rapport des États-Unis cette observation] udicieuse, que, si les pères de famille remplissent eux-mêmes les bulletins, c'est un gain de temps, et ici, timeismoney, car l'agent est rétribué. Ailleurs, on a pensé surtout à la garantie d'exactitude fournie par ce procédé.

Nous venons de voir employer des listes par ménage. Le dépouillement de ces listes présente des difficultés, purement matérielles, il est vrai : le contrôle est moins aisé, il y a plus d'écritures à faire. Pour hâter la besogne, on a d'abord proposé de découper les listes par bandes, afin de faciliter le classement, puis on a proposé d'employer des Bulietinsindividuels^ « Zahlkarten >, cartolina^ système dans lequel le chefde ménage remplit autant de bulletins, ou plutôt de fiches, que le ménage comprend d'individus. Ce système, qui, selon l'expression de M. Engel, réalise l'idéal, a eu pour but de faciliter la centralisation, mais peut également être employé par un système décentralisé. Pour donner une idée delà manipulation, nous n'avons qu'à rappeler les combinaisons auxquelles on peut soumettre un jeu de cartes. Selon les besoins, on réunit toutes les cartes de même couleur (les carreaux, les piques), ou aussi celles qui ont la même valeur (les 4 rois, les 4 dames, etc.) ; on commence par les cartes élevées, par les cartes basses, etc. De même pour les fiches : on les classe une fois par sexes, une fois par professions, une autre fois par âges, par état civil , par religions, etc., etc. Ce sont toujours les mêmes bulletins; l'employé, en travaillant, porte tantôt l'œil sur telle ou telle partie du bulletin (sur telle ou telle colonne, ligne, sur tel coin) et les distribue par tas. Qu'il s'agisse, par exemple, de I âge, il fera autant de tas qu'il y a d'âges dilférents, met-

tantensemble les bulietinsdes individus de mêmeàge, comptant ensuite le nombre des bulletins par tas : pour chaque tas, autant de bulletins', autant d'individus du même âge. Voilà le système. Il est incontestablement excellent au point de vue technique, il pouvait cependant avoir ses inconvénients. Lors du recensement que fit l'Allemagne en 1871, on convint de faire un essai sur une grande échelle, essai cependant qui ne fut pas exécuté dans tous les États. On trouvera les règlements in extenso dans la publication officielle du bureau impérial ' (Becker, SlatisUk des deulschen Reiclis, tome I", Berlin, 1873), et M. Engel, dans sa Zeiischrift, année 1874 , après avoir reproduit les instructions spéciales à la Prusse, donne une analyse des avis exprimés parles autorités provinciales sur les résultats de Texpérience. La plupart des avis ont été favorables, mais un certain nombre de districts ont éprouvé des difficultés, seulement nous ne savons pas si la faute en est à la méthode ou aux personnes chargées de rappliquer. En tout cas, c'est un premier essai, qui n'a pas empêché l'administration prussienne de le renouveler en décembre 1875. Toutefois, le jugement porté en Bavière est moins favorable. M. Mayr, alors chef de la statistique de ce pays, donne à entendre (Die Organisation der ArbeitsthàligJteit, p. 47) qu'on s'est un peu passionné dans le Nord en faveur des bulletins individuels, dont la rédaction, selon lui, est déjà une opération technique. Le recenseur, en effet, ne se trouve pas généralement en présence de l'individu qui remplit lui-même son bulletin, mais du chef de ménage; c'est ce dernier qui rédige les bulletins individuels, il y est évidemment forcé pour les enfants en bas âge.

* Nous en donnons une analj'se au chap. xii.

MODE DE nECUEILLIK ET DE DÉPOUILLER LES DOCU&IEKTS. 301

La liste par ménage, qui impose moins de travail au parliculier, est donc l'instrument naturel du dénombrement, et d'autant plus que le bulletin individuel est toujours accompagné d'une liste récapitulative. M. Mayr ne veut pas qu*ou charge le public d*un surcroit de travail dansTintention de réconomiser au bureau de statistique. Cette observation nous parait aller trop loin. Nous n'hésiterions pas un instant à demander 5 à 10 minutes de travail à chaque citoyen pour épargner au bureau de statistique l'emploi d'une centaine (en Prusse, plus de 300) d'auxiliaires pendant beaucoup plus d'une année. Nous sommes plus touché par le second argument du savant statisticien bavarois : c est que ces bulletins individuels sont souvent si peu lisibles, Técritare changeant d'ailleurs à chaque instant, qu'il n*y a pas de temps à gagner ainsi.

Du reste, H. Mayr ne méconnaît pas ce que le principe du bulletin individuel renferme de bon; mais il préfère à ces bulletins, remplis par les chefs de famille, un procédé qui consiste à faire faire dans le bureau des fiches * individuelles, pour le cas où elles sont utiles. Nous décrivons sa méthode au chapitre xii, consacré au dénombrement et où nous traitons plus particulièrement les procédés. Ici nous nous bornons à des vues d'ensemble.

M. Mayr est cependant d^avis que, si l'on doit se contenter de listes ou bulletins de ménage en s'adressant au particulier, on peut très bien exiger des bulletins individuels pour les renseigneînents demandés à une autorité publique. On le fait, par exemple, pour le mouvement de la population, puisqu'on reçoit des bulletins individuels pour chaque nais-

* M. Mayr Tant qa*OD distingue le bulletin de la fiche, et il convient, en efiet, de donner un nom différent à une chose différente.

sance, décès ou mariage, tandis qu'on a opéré le dénombrement par liste.

Lors du recensement de 1881 , on a employé en France le bulletin individuel ; mais comme personne n'avait été charge de diriger et de centraliser l'opération , l'expérience peut être considérée comme manquée. Au ministère de rintérieur personne n'y avait pris intérêt.

II n'est pas sans intérêt de rechercher qui a inventé le bulletin individuel. Il est probable que l'idée a été trouvée deux fois : la première fois à Paris, la deuxième à Berlin. Pour le recensement de 1836, le ministre de l'intérieur de France avait donné les instructions que nous résumons plus loin au chapitre xii, mais il n'y est pas question du bulletin individuel. Celui-ci a été uniquement prescrit dans les instructions du préfet de la Seine, comme nous l'apprend le Journal ofthe statistical Society de Londres, tome III [1840], page 76 et suivantes. Le Journal n'est pas favorable au bulletin individuel, qu'il trouve beaucoup tropcompliqué; mais il ne nous apprend pas le nom de Tinventeur : il dit seulement que Moreau de Jonnès, qui a transmis à la Société de Londres un exemplaire des instructions du préfet ^ se prononce chaleureusement en faveur du système (p. 78), et il l'a en effet adopté lui-même^ à cette époque, pour la statistique de l'industrie. (V. plus haut, p. 28). Ce n'est qu'après avoir fait de très grands efforts que nous avons pu nous procurer un exemplaire de ces instructions. Le secrétaire de la StalisUcal Society a fait à notre prière des recherches répétées; à Paris, l'incendie ayant détruit la Préfecture et en même temps la Bibliothê(|ue et les Archives de la ville, nous

* La société avait demandé ded renàeignements danà tous les pays.

avons cherché dans la Bibliothèque nationale et dans les Archives nationales; enfin, après bien des recherches dans les archives des mairies de Paris, nous Tavons découvert à la mairie du huitième arrondissement. Nous donnons en Dotecopiedu passage essentiel, en ajoutant que, — très probablement, — ridée est venue à M. Lefebure, qui avait alors ce service, et que nous avions Toccasion de voir souvent, de 1844 à 1865. Il a pris sa retraite peu de temps après cette dernière date * .

C'est H. Engel qui, sans connaître Tessai fait à Paris, en 1836, a introduit en Allemagne le bulletin individuel. Il avait déjà souvent fait usage de fiches dans le travail des bureaux : ce procédé des fiches est déjà ancien dans les bibliothèques et parfaitement connu. En 1867 (voy. Zeilschrifc de cette année, p, 303 et suiv.), il recommanda remploi des iiches pour le dépouillement du recensement, en perfec* tionnant un procédé, celui des carloline (fiches), déjà en Qsage en Italie. Le succès fut si grand qu*il résolut de supprimer au dénombrement suivant, qui eut lieu en 1871, les bulletins de ménage et de les remplacer par des bulletins individuels, qui dispenseraient les bureaux de faire des fiches, car les bulletins sont des fiches dressées par les re<^

* Voici ce passage :

(( Le recensement 8*opérera à domicile, dans chaque ménage, par les commissaires, au moyen de bulletins destinés à Tinscription no^ minative des habitants, soit présents, £Oit momentanément absents du ménage, pour quelque motif que ce soit. Les bulletins d*un même ménage seront, par eux, places ensemble dans un dossier portant le nom de Belevé de bulletin de ménage, et ils réuniront tous les relevés de bulletins de ménage d'une même maison, avec les bulletins qui y seront joints dans une même enveloppe portant le titre de Liste de maison, »

Ce passage est pris dans les instructions aux commissaires; on sait qu'il en est d*autres pour les maires.

304 LIVRE m. — PARTIE PRATIQUE.

censés eux-mêmes. M. Engel a toujours été partisan de la Selbslzâhlung (le recensement de soi-même). C*cst donc la fiche qui a fait trouver le bulletin. Dans la réunion des statisticiens allemands, comme nous le verrons au chapitre xii, le bulletin individuel a rencontré des contradicteurs; mais M. Engel a tenu bon, et le recensement de 1875 s*est fait, du moins en Prusse et dans quelques autres Ëtats allemands, à Taide de bulletins individuels ; les autres Ëtats sont restés fidèles aux bulletins de ménage, dépouillés parfois au moyen de fiches établies dans les bureaux.

G. — Prooédéi de déponiUeBent.

Aucun dépouillement* ne devrait avoir lieu sans un contrôle minutieux. Malheureusement, à la révision, on ne peut guère constater que les erreurs de calcul, — elles révéleront cependant quelquefois des fautes plus graves; si, en dépouillant, Ton trouve des chiffres exceptionnels ou improbables, on remonte à la source pour s*informer de la cause de Terreur.

Le dépouillement en lui-même peut, de son côté, également donner lieu à des erreurs; aussi un directeur intelligent combinera-t-il les opérations de manière que Tune contrôle l'autre. Les additions devraient être faites deui fois : chaque employé écrit le total sur une bande de papier qui s'adapte au tableau, et le chef du bureau compare les les deux bandes avant de faire inscrire définitivement le total ; il est inutile de dire que les deux additions doivent

* M. Engel a traduit, à tort, dépouillement par aufarbeiten; ce mot allemand correspond plutôt au mot élaborer.

donner un résultat identique. Du reste, le contrôle peut se faire de diverses autres manières.

Mais le point pratiquement le plus difficile, c'est le dépouillement rapide et à peu de frais des masses de listes, et surtout des bulletins individuels qui affluent au bureau de statistique, sous le régime de la centralisation des travaux. Autrefois, pour diminuer sensiblement le travail matériel des bureaux, il suffisait de faire imprimer ou lithographicr des nomenclatures, tableaux réglés, contenant les noms des départements et des arrondissements (dans les départements, s'il y a lieu, ceux des communes), ou Ton faisait imprimer des cadres de toutes sortes pour faciliter le dépouillement. Si le travail est décentralisé, c*cst-à-dire si le maire résume la commune et le préfet le déparlement, le bureau central n*a qu'à réunir les départements, et alors le personnel du bureau suffit; la centralisation, au contraire, rend indispensable l'admission d'employés auxiliaires. Comment occuper et surtout rétribuer les auxiliaires? On peut faire exécuter le travail à la journée ou à la tâche, tout comme dans Tindustrie. Aussi a-ton fait dans les bureaux les mêmes observations que dans les fabriques : le travail à la tâche est plus rapide, mais moins sûr; le travail à la journée est plus sûr, mais plus lent. L'expérience seule peut indiquer ce qui est préférable dans chaque cas; il est impossible de formuler des règles généralement applicables, mais nous pouvons au moins donner quelques indications tirées, soit de notre propre expérience, soit de Tenquète faite par M. G. Mayr.

En France, les services centraux paient quelquefois des auxiliaires à tant par journée de travail (nous donnons des chiffres au chap. xi); d'autres fois, ils donnent aux employés ordinaires un travail extraordinaire à faire k domi-

cilc, en dehors des heures de bureau. La rémunération a lieu à tant par heure (affaire de confiance), ou à tant par rôle (à la tâche] . Le rôle représente des quantités différentes, selou la nature du travail. Dans les recensements, c*est tant par 100 bulletins, ou d'après d*autres mesures conventionnelles. Il u*estpas nécessaire de dire qu*en fixant l'unité de la tâche, on doit se rendre compte de ce qu'il est possible de faire en une heure ou en un jour, car il faut que le salaire soit suffisant, sinon le personnel se disperse.

L'emploi du travail à la tâche est rarement nécessaire dans les petits Étals ; il a été pratiqué dans divers grands États, mais on a semblé presque partout préférer le travail à la journée, ce qui — a priori — semble plus rationnel en matière statistique. Il importe, en tout cas, de conserver les mêmes personnes le plus longtemps possible, parce que l'expérience du travail supplée en quelque sorte à l'habileté du travailleur.

Nous n'avons pas besoin de dire que l'emploi d'auxiliaires ne s'applique qu'aux recensements quinquennaux ou décennaux et à d'autres travaux extraordinaires; le travail courant du bureau doit être fait par un personnel stable.

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