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ENFANTS NATURELS

La statistique des enfants naturels a été souvent considérée comme un critérium de la moralité d'une nation, mais on a maintenant sur ce point des opinions moins absolues. On reconnaît toujours que c*est un symptôme fâcheux, mais on ne se dissimule pas que le nombre des enfants illégitimes n'est pas une mesure exacte des rapports irréguliers entre les deux sexes ; on a même rappelé avec plus ou moins d'à-propos que l'excès même des rapprochements irréguliers, en un mot, la prostitution, causait la stérilité et diminuait le nombre des enfants. D'un autre côté, on a fait voir que, dans certains pays, le mariage des gens peu aisés éprouvait des obstacles dans la législation, qu'il se formait ainsi des familles illégales, mais qui n'en vivaient pas moins régulièrement ; de sorte que des hommes aussi pieux que MH. Wappaeus et A. d'QEttingen, croyaient devoir en parler avec indulgence. En Bavière, où, jusqu'en 1868, le mariage d'un homme vivant de son salaire pouvait être empêché par la municipalité, il y avait, de 1860 à 1868, une moyenne de 22.3 enfants naturels sur 100 naissances; depuisi868, la proportion va en décroissant : elle est de 12.6 p. 100 en 1875. Ces obstacles au mariage ont heureusement disparu presque partout , mais il en reste encore quelques légères traces dans différents pays. Enfin, on devrait tenir compte aussi des légitimations d'enfants naturels, le nombre en est assez grand. En Bavière, elles étaient si nombreuses

que, d'abord chaque septième, puis chaque cinquième mariage, légitimait les enfants nés hors ou avant mariage. Quoi qu*il en soit, même si nous renonçons à faire du nombre des enfants naturels un critérium de la moralité d'un État, ce chiffre peut servir du moins pour faire ressortir un phénomène extrêmement curieux. Il s'agit de la régularité presque automatique avec laquelle se reproduisent des actes si essentiellemennt volontaires , — puisqu'il faut l'accord de deux personnes, — et dont l'ensemble aboutit à des chiffres si remarquables, qu'ils deviennent dignes des méditations du philosophe non moins que de l'homme d'Ëtat. Voici un tableau indiquant, pour divers pays, le nombre des enfants naturels sur 100 naissances.

Enfants naturels sur iOO naissances.

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Ajoutons :

Empire alUmandy de 1872 à 1882 : 8.77 — 9.13—8.57

— 8.56 - 8.57 — 8.57 — 8.58 — 8.75 — 8.90 — 8.97 — 9.20, moyenne 8.55.

Norvège, de 1865 à 1882 : 7.80 — 7.93 — 8.10 — 8.33 — 8.54 — 9.09 — 9.10 — 8.89 — 9.05 — 9.15 — 8.83 — 8.75

— 8.50 — 7.94 — 8.44 — 8.32 — 8.28 — 8.03, moyenne 8.49.

Danemark, de 1865 à 1882 : 10.58 — 11.81 — 11.25 — 11.00 — 11.40 — 11.14—11.36 — 11.18 — 11.62—10.82 — 10.39 — 9.99 — 10.25 — 10.12 — 10.05 — 10.05 — 9.92 — 10.49, moyenne 10.72.

La statistique montre ici des faits curieux , malheureusement elle ne nous éclaire pas ou presque pas sur les causes du mouvement, les explications qu*on peut donner sont (comme presque toujours) prises en dehors d*elie.

Nous avons déjà expliqué la cause de la diminution des naissances naturelles dans la Bavière, cette diminution semble être arrivée à ses dernières limites, elle commence même à remonter. Il faut d'ailleurs n'accepter que sous bénéfice d'inventaire les moyennes ci-dessus.

Le tableau des enfants naturels montre l'étonnante régularité qui se manifeste généralement dans les chiffres d'un même pays, les éléments les plus divers produisant des totaux presque identiques souvent des années de suite. Faudrait- il admettre que le climat ait une influence sur le nombre des enfants naturels ^ En dehors de la législation, les mœurs et sans doute aussi les professions, — en rapprochant des hommes et des femmes dans les mêmes

* En comparant les Étato Scandinaves à ritalie,et même à TEspagne où le nombre annuel oscille entre 5 et 6, on à la Grèce, il y est de moins de t, on pourrait croire à cette influence. En Serbie la moyenne est de 0.56 (?); ici c'est un eflet des mœurs.

âOO LIVRE IV. — PARTIE APPLIQUÉE OU DÉMOGRAPHIE.

locaux,— exercent une action sensible. En France Ja proportion des naissances illégitimes n'a presque pas varié depuis une quarantaine d*années, elle était (sur 100 naissances) :

De«831àl835 de 7.36 De«85i à 1855 da 7.28

En Angleterre, au contraire, la diminution est constante. En 1841-1845, la moyenne est assez près de 7 sur 100 naissances, puis elle suit la progression descendante que voici :

Nous avons donné ci-dessus la moyenne de l'ensemble des pays ; mais il est inutile d'ajouter qu'il y a souvent une grande différence entre les diverses provinces, entre les villes et les campagnes. Sur ce dernier point, par exemple, il faut se méfier, car beaucoup de jeunes filles devenues enceintes à la campagne, vont accoucher en ville pour cacher leur faute, ou aussi parce qu'il y a des maisons et hospices d'accouchement. C'est ce qui explique, en partie, que le département de la Seine (Paris) a â6.â3 naissances naturelles sur 100, lorsque la population urbaine en a, dans toute la France, 11.49, et la population rurale 4.39. Même en tenant compte de la circonstance que nous venons d*iDdiquer, il reste encore une grande et fâcheuse supériorité pour les villes^. Pour l'atténuer un peu, nous ne trouvons

* 38» Rapp. du Reg, gen., p. lxxxi.

» En Anf?leterre, selon le 38* Rapp. du Keg. gen,, c'est Londres qui a le minimum des enfants naturels, 3.9 en 1874, et 3.8 en 1875, sur 100 naissauces. Le comté industriel de Lancashire n'en a que 4.7 et 4.4 dans les

que ces trois faits : 1<^ à la campagne, bien des naissances sont rendues légitimes, parce qu*on hâte le mariage en cas de grossesse, â^ dans les grandes villes, le mariage sans consécration légale (la cohabitation) est assez répandu, les enfants sont inscrits comme naturels — par respect pour la loi écrite; — mais les parents forment ménage toute leur vie, et élèvent leurs enfants absolument comme s'ils étaient légitimes; 3^ la légitimation par mariage subséquent est peut-être plus fréquente à la campagne qu*à la ville.

Plusieurs statisticiens trouvent qne la comparaison des naissances naturelles avec les naissances légitimes ne donne pas une idée exacte et vraie de la fréquence des naissances qui ont lieu hors mariage; ils préfèrent comparer ces naissances illégitimes au nombre des célibataires femmes adultes. En procédant ainsi, H. Bertillon, s*arrëtant aux âges entre 15 et SO ans, trouve les rapports suivants : Pour 1,000 filles ou veuves, il y a en France (1856-65) 16.8 naissances naturelles(sansles mort-nés); en Angleterre (1861-70), 17.2 *; en Belgique (1865-66), 16.36; en Danemark (1860-70), 29.23; dans les Pays-Bas (1859-69), 9.62; en Irlande (1862-72), 5.9; en Italie (1868-72), 20.4; en Norvège (1861-70), 18.97; en Prusse (1868-74), 23.17; en

deux mêmes années; le comté essentiellement agricole de Huntingdon» 5.4 en 1874, et 3.9 en 1875, mais ce dernier chiffre doit être une faute tj'pographique, puisque dans ce comté on constate, on 1875, un accroissement de ^.8 p. 100 sur 1874.

Il circule en Angleterre de petits livres qui indiquent le moyen de cacher les suites d'une faute. Ces petits livres n'auraient-ils pas, sur la diminution des enfants naturels, une influence plus grande que l'accroissement de la moralité?

* Le Beg. gen. donne le rcnsci;»nomcnt pour les célibataires de 15 à 45 ans. Voici, selon lui, le nombre des enfants naturels par 1,000 filles adultes : 1846-55, 18.1); 1860-75, 17.9.

Suède (1861-70),21 .8; en Suisse (1867-74), 10.9. D'après ces chiffres, si Ton pose celai de la France comme égal à 100, les autres pays présentent, proportionnellement, les nombres suivants: Danemark 174,Écossel45,Prussel41,Suèdel29, Italie 121, Norvège 113, Angleterre 102, France 100, Belgique97, Suisse 65, Pays-Bas 57, Irlande 35. Ces questions peuvent donner ample matière à méditation ; il en est d'une nature tellement délicate, que nous nous méfions un peu de celui qui prétend, d'un ton péremptoire , être en état de les résoudre. Il y a tant de si et de mais! La question des maisons de prostitution, celle des tours, s'y rattachent, et l'on se demande même parfois s'il y a un rapport entre telle législation et le nombre des infanticides. Mais il est un rapport que nous n'admettons pas : c'est celui des enfants naturels et de l'accroissement de la population , ou , pour parler tout à fait clairement, nous trouvons absurde l'argumentation d'un auteur qui, pour défendre les tours, dit qu'ils contribuent à l'augmentation de la population.

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