LES CULTES
Les rapports entre la religion et la morale paraissent évidents; puisque toutes les religions menacent les méchants de punitions et promettent des récompenses aux bons, puisque toutes renferment des préceptes de conduite envers soi-même et envers les autres hommes, et que le devoir , sous une forme ou une autre, n*est étranger à aucune d'elles. Mais, précisément parce qu'elles ont ce point commun , Tefifet de la manière diverse de formuler les devoirs, même celui de la diversité de leur objet, échappe à toute constatation chiffrée '.
D*ailleurs, un grand nombre de personnes ne remplissent pas les devoirs imposés par la religion, sans pour cela abandonner leurs croyances; ou aussi lesprescriptions'religieuses sont en même temps des lois civiles ; ou encore les mêmes actes sont commandés par Thonneur, par les convenances sociales, par le respect humain : — dans ces divers cas, peut-il être question de l'effet de la religion ? Quand nous
chette, 1872; M. Hippeau a fait paraître ane série de livres sur Tinstruction publique dana différents pays, chez Didier et C'^ (Périn, successeur); M. Levasseur a fourni un travail étendu et substantiel aux Rapports français sur TËxposition devienne; enfln, on consultera avec fruit Buisson, Rapport sur VinstrueUon primaire à V Exposition universelle de Vienne,
* On pourrait constater certains actes, par exemple, la présence à l'église, la confession et d'autres pratiques du culte ; mais nous ne parlons ici que des actes moraux proprement dits. Peut-on compter les actes de charité? La plupart de ces actes ne perdent-ils pas leur caractère moral dè^ qu*oa y met de rostentation?
nous abslenons de nous approprier le bien d'autrui ou d*assassiner, est-ce bien parce que nous pensons au Décalogue? Qu'on se méiie donc des statistiques qui rapprochent les actes moraux des prescriptions d*une religion déterminée; qu*on les regarde à deux fois, en se demandant si le parti pris, si le fanatisme religieux n*y sont pour rien. Toutefois, nous ne nions pas précisément Teffet de la religion, nous contestons seulement que la statistique puisse le constater. Elle ne peut compter que certains faits et certaines institutions particulières à un culte. Par exemple, on pourra dénombrer les couvents dans un pays catholique; on pourra s'abstenir de relever la quantité de viande de porc dans un pays habité uniquement par des israélites, des musulmans ou des brahmanes; mais il n*y aura pas lieu de comparer le nombre des vols en rapport avec la religion. La raison péremptoire qui empêche d'appliquer la statistique à la religion , c'est que l'activité religieuse se passe surtout dans le for intérieur. Le nombre de ceux qui vont à l'église n'est pas un chiffre éloquent, car nous avons connu les athées fréquentant l'église par égard pour leur femme ou par un intérêt matériel, et nous en dirons autant de ceux qui vont à confesse; certaines personnes se confessent sans doute par sentiment religieux, mais nous n*avons aucun moyen de nous en assurer. Nous ne connaissons pas non plus l'effet de la confession sur la conduite future des individus.
Ainsi la statistique ne peut s'appliquer utilement qu'aux institutions, et, sous ce rapport, il y a fort à faire. Le nombre des églises, temples, synagogues, mosquées, couvents, etc.; le nombre des prêtres de tout culte, le nombre des fidèles ; la mode de rétribution du clergé, les institutions qu'il entretient, voilà les données à notre portée,
mais dont quelques-unes sont rarement relevées. C'est regrettable. Ce que Ton sait assez bien^ c'est la répartition des cultes par pays , et c'est ce chiffre que dous nous bornons à donner ici, sans pousser la précision jusqu*aux unités.
Tableau des cuUeê (nombres arrondis).
Pa^s. Calhollqaes. ProlMtanta. Grecs orthodoxes. Iiraélltos. MaïuImiBS.
Europe :
France 36,300,000 650,000« i> 50.000 »
Bel^oe 5,300,000 20,000 » 3,000 »
Italie : 26,650,000 65,000 » 40,000 »
Espagne 46,800,000 ? »? »
Portogal 4,700,000 î »? »
Luxembourg 196,000 1,000 » 500 »
Saède 600 4,400,000 » 2,000
Noirége 300 1,740,000 d 50 »
Danemark 2,000 2,020,000 i» 4,500 »
Allemagne 15,000,000 26,000.000 3,000 520,000 r>
Prusse 8,300,000 16,000,000 » 8SO,O0O »
Bsvlire 9,470,000 J, 810,000 » 81,000 »
Sazs 74.000 1,700,000 600 8,800 ••
Wortsmberg 670,000 1,800,000 » 18.000 •
Bade 043,000 401,800 » 16.000 •
Royanmo-Uni 5,500,000 26,100,000* » 50,000
Pays-Bas 1,360,000 2,300,000 » 70,000 »
Soisse 1,085,000 4,580,000 » 7,000 > .
Autriche 27,900,000 3,570,000 3,052,000 1,400,000 »
HQSsie(enUère)s... 7,600,000 2,750,000 60,800,000 2,840,000 7,400,000
Crèce 10,000 2,000 2,400,000 2,600 »
Tarquie« 100,000 10,000 5,000,000 500,000 30,000,000
Roumanie 415,000 14,000 4,500,000 400,000 2,000
Serbie 3,500 350 1,200,000 1,600 4,500
Amérique :
ÉUts-Unis 3,800,000< 3,700,000 » 150,000 »
Les autres contrées ensembles 44,000,000 34,000,000 » 100,000 »
AVSTRALIB :
ÈralnaUon 600,000 4,000,000 » 5.000 »
< NouB avons lieu de croire que le chiffre réel est supérieur. 3 Ves Anglicans compris.
3 Non compris 1 million 5 à 600,000 Asiatiques dont il n'est pas possible de désigner la religion.
* Avec TAsie et l'Afrique. Ce sont d'ailleura, on le comprend, de simples évaluations.
* Sur un ensemble de 63,082 églises avec 21,665,062 places, les catholiques avaient en 1870 3,806 églises avec 1,900,514 places. L'ensemble de la population des États-Unis était de 38,558,000 habitants. Les ieraélites avaient 152 synagogues avec 73,265 places. {Census.)
«Chrétiens. SUuolmaBs. BrthntBes. BonddbislM. Atiin>«. A«iEBTAFniouc: 10,000,000 400^000,000 100,000,000 400,000,000 290,000,000
§ 2. — l'instruction PRIMAIRE.
Quelle que soit rimportance de rinstruction secondaire et supérieure, et celle de rinstruction spéciale artistique, scientiflque, agricole, industrielle, commerciale, forestière, militaire, etc., c'est surtout de rinstruction primaire que se préocupe la statistique démographique. C'est, en effet, là qu'est le grand intérêt, l'intérêt général, car nous devonspassertousparrécoIeprimaire.Quelques-unsd*entre nous entreront au lycée ou dans une autre école supérieure; un petit nombre fréquenteront les facultés et rechercheront les diplômes qui sont comme le grand sceau d'une éducation scientifique achevée. Il ne faudrait cependant pas porter trop bas l'importance des institutions dont ne profite en apparence que le petit nombre ; leur influence pénètre partout, quoique souvent par des détours. L'enseignement passe de la chaire dans le cerveau d'hommes qui l'élaborent et l'appliquent. Ajoutons que les théâtres, les musées, les bibliothèques, la presse, contribuent également pour une forte part à l'enseignement, et le statisticien doit en relever le mouvement. Mais, jusqu'à présent, on n a pas encore fait beaucoup de rapprochements entre les chififres de l'enseignement supérieur et les autres statistiques, si ce n est qu*on a comparé les institutions, les maîtres et les élèves à l'ensemble de la population. On ne s'en est guère servi pour chercher les lois sociales. On l'a, en somme, peut-être un peu négligé.
* Nous n*avons aucune donnée sur le nombre des sauvages. ^ En dehors de la Turquie et de la Russie.
11 n'en est pas de même de l'instruction primaire. Quoi qu'en disent les socialistes, on s'occupe du «grand nombre,» et en donnant l'instruction à tous, on veut lui fournir un instrument de progrès. Dans beaucoup de pays, le législateur n'a même pas reculé devant la coercition , en établissant l'instruction obligatoire; et dans quelques-uns, on a institué ce que qu'on appelle la gratuité, c'est-à-dire qu'au lieu de mettre la dépense uniquement à la charge des pères de famille, et en proportion du nombre des enfants que chacun envoie à l'école, on rétribue les instituteurs et institutrices sur les fonds généraux de la commune. L'obligation et la gratuité ont naturellement contribué à peupler les écoles, comme cela ressort du tableau qui suit, et que nous empruntons au rapport de I\I. Levasseur sur l'Exposition universelle de Vienne en 1873.
Nombre (Téîévei primaires par fOO habitants.
Ètats-Uois (secondaire comprise). 18 Irlande 8
Saxe royale 17.5 Hongrie 7.5
Bade 46 Italie 6.5
Wartembcrg ;... 45.5 Grèce 5.5
Snîsto 45.5 République Argentine 5
Danemark 45 Chili 4
Empire allemand 45 Uruguay 3.7
Prusse.... 45 Portugal 2.5
Suède 43 7 Serbie et Roumanie 2
BaTiëre 43 Mexique 2
Pays-Bas 43 Russie 2
France 43 Pérou 4.5
Nor?ége 42.5 Equateur 4.3
Grande-Bretagne 42 Brésil 1.2
Belgique 44 9 Turquie 1
Autriche 9 Venezuela 0 3
Espagne 9 Egypte 0.3
Aux États-Unis, l'instruction est gratuite, et dans une certaine mesure obligatoire. Elle est obligatoire en France dans les pays Scandinaves et allemands, en Suisse, en Au-
triche et en Angleterre. Nous indiquerons un intéressant sujet d'étude : c'est celui de trouver les causes qui, malgré une législation presque identique, font obtenir des résultats si différents.
Les renseignements qu'il importe de relever sont : le nombre des écoles et des maîtres et maîtresses, afin de pouvoir établir ensuite le nombre des enfants par école et par maître ; le nombre dés maîtres, avec ou sans brevet; le montant des traitements des instituteurs et des institutrices, et la part contributive de TËtat, des provinces ou départements, des communes, des parents, des fondations. Pour les élèves , il est nécessaire d'en constater le nombre inscrit, la fréquentation, — c'est-à-dire le nombre moyen annuel de journées de présence à Técole; il faudrait tâcher aussi de faire connaître si les enfants profitent de l'enseignement, s'il y a un enseignement complémentaire (de dimanche ou de soir, ou primaire supérieur). Enfin, on doit distinguer entre les écoles publiques et les écoles libres (ou privées), et, s'il y a lieu, entre l'enseignement laïque et l'enseignement congréganiste; et, selon les pays, il y aurait encore tel autre point à relever, par exemple, si les écoles sont ou non professionnelles, c'est-à-dire consacrées exclusivement aux élèves d'un culte déterminé.
Une bonne statistique de l'instruction primaire doit nécessairement renfermer une courte esquisse de la législalation : — Quelques pages de texte suffisent. L'auteur doit ajouter toutes les explications que le lecteur ne pourrait pas
trouver de lui-même nous sommes disposé à ajouter :
et à première vue.
CHAPITRIi: xviir.
statistique économique et sociale.
Nous abordons maintenant la matière la plus vaste et à coup sûr la plus ardue pour le statisticien. Dans le mouvement de la population, les problèmes sont sans doute souvent difficiles et même délicats; mais du moins on travaille sur des chiffres certains ou à peu près, tandis que, dans les matières économiques et sociales, du moins pour plusieurs parties des plus importantes, on doit se contenter déchiffres approximatifs. Voyez en effets combien est étendu le di&Qiaine que nous allons rapidement explorer, nous bornant à poser des jalons pour les travaux futurs, qui que ce soit qui les fasse. Il y a d*abord à faire la statistique des productions • , c'est-à-dire celle de l'agriculture, avec l'élève du bétail et la sylviculture, celles de la pèche maritime et fluviale, des mines et de Tensemble de l'industrie; puis la statistique des distributions, comprenant le com-
* On a sans doute fait la plupart de ces .«tatistiqucs, mais pas assez à fond, et beaucoup de chilTrcs laissent à désirer.
520 LIVRE lY. — PARTIE APPLIQOÉB OU DÉMOGRAPHIE.
merce, les institutions de crédit, les voies de communication par terre et par eau ; enfin la statistique des consommations. Ce n'est pas tout. Depuis 20 ou 30 ans, on a détaché de la statistique industrielle les salaires et quelques matières accessoires pour en Taire une statistique sociale, en y ajoutant les institutions de prévoyance, et surtout les sociétés de secours mutuels, le travail des enfants et les associations de coopération. Nous avons consacré à ces matières de nombreux chapitres dans notre Statistique de la France, où nous nous sommes presque borné à exposer les faits : ici nous avons plutôt à montrer, par des indications générales et des exemples, comment on tire partie des renseignements recueillis par le statisticien.