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PRODUCTIONS

La production agricole a toujours été considérée comme la base de toute industrie nationale. Les hommes ne pouvant pas vivre sans aliments, les gouvernements, les publicistes, les moralistes, ont glorifié à Tenvi l'agriculture. Le plus grand monarque absolu qui existe, Tempereur de Chine, laboure la terre, dit-on, à un certain jour de Tannée et déploie à cette occasion la pompe d'un fils du Ciel ; dans la Rome républicaine, Cincinatus conduisait sa charrue, au moment où il fut nommé dictateur. L'agriculture est encore honorée de nos jours à la tribune et dans beaucoup de solennités. Dans certains débats, on assurait naguère, non sans fierté, que « la France est un pays essentiellement agri cole, » ce qui voulait sans doute dire que la France produit elle-même le pain qu'elle mange, quoique cela ne serait

pas tout à fait exact. Le Royaume-Uni, où pourtant Tagriculture est célèbre pour la perfection des procédés et l'abondance des rendements, le Royaume-Uni, lui-même ne suffit pas à sa consommation, car il lui faut un supplément annuel de plus de 20,000,000 quintaux métriques de froment, et près de 3 millions de quintaux métriques de farine. C'est environ la moitié de sa consommation, situation qu'on aurait trouvée autrefois bien dangereuse, et qui ne laisserait pas de nous inquiéter si nous étions citoyens anglais. Mais, qu'on soit sur ce point pessimiste ou optimiste, on conviendra que la production agricole est d'un intérêt de premier ordre et mérite tous les efforts que le statisticien pourra lui consacrer.

Pour qu'une agriculture soit prospère il faut: l^un climat favorable; 2^ un sol fertile; 3*» des capitaux; 4*» des cultivateurs instruits. Parlons du sol. Il importe que le territoire soit bien distribué entre la terre arabe, les prés, les vignes, etc. Voici cette distribution pour quelques pays européens.

Proportion sur iOO hectares.

Terres Anire*

arables. Prés. Vlgnp». Forêls. larrains.

France 51.9 9.8 4.3 47.7 4C.3

Royaume-Uni 30.5 31.5 » 5.0 33.0

Allemagne (ensemble de 1') 48.6 47.7 1.0 36.1 6.6

Prasse (soûle) 60.1 J8.S O.S SS.9 7.4

Bavière 4Î.S 16.7 0.4 Î9.8 10. «

Saxe 51.5 il.l 0.1 M. 5 8.R

Warlemberg 44.4 14..) l.S Sl.l 8.9

Aatriche 32.5 10.9 0.7 33.0 22.9

Hongrie 27.5 8.5 2.1 32.0 29.9

Russie d'Europe 20.9 12.2 » 40.3 26.6

Suède 7.5 2.5 » 60.0 30.0

Nor?ége 0.6 1.3 » 66.0 32.1

Danemarki 30.1 38.0 >. 4.7 27.2

Pays-Bas 21.8 35.9 » 7.1 35.2

< Le document danois de 1S74 confond (à tort) lea jachères mortes avec les prés : nous avons reproduit son classement. Antérieurement,

Terrw Aalras

anhlet. Pré». Vl^nei. ForAt*. terrains.

Bolgiqoe 519 li.6 i> i8.5 17.0

Suisse 14.8 5.7 0.6 15.9 63.0

Espagne 41.8 13.8 1.9 5.2 37.3

Portugal 18.3 1.4 1.1 4.4 74.8

Grèeo 10.0 1.7 i.O 18.9 67.4

Parmi les autres terrains, il en est qui sont encore susceptibles de culture, mais moins que Ton ne croit. C'est principalement sur les terres arabes que repose Talimentation végétale, dans laquelle les céréales jouent le premier rôle. Voici à peu près ce que Ton sait de leur production.

Production des céréales (en millioas d'hectolitres*)-

Fromrnl. Scipla. Orfre. Avoine. Blalv. France 110 S6 90 80 10»

PATS IMPOBTATCUBS :

Royanme-Uni 41 1 iS 70 »

Belgique 2 6 2 8 »

Pays-Bas 8 3 2 4 »

Allemagne 49 94 30 87 »«

Suisse 1 ' 1 »* 1 .»»

iUlie 51 1 6 7 31

Espagne 60 8 27 IV 4

Portugal 2 2 1 >» 5

Suède 1 7 4 11 »

Norrége »« 2s 3 3 »

Danemark 1 5 8 10 »

Grèce .'. 3 * 1 1.1

r*TB ■XP0BTATCDH8 :

Russie 100 200 50 190 »

Antricho-Hongric 33 38 36 42 23

Roumanie 14 2 3 1 10

Serbie 3 1 1 * 1

Egypte 5 o 4 » 4

Provinces turqiiei« 10 2 6 1 10

États-Unis 97 7 10 92 250

Canada 13 2 » 19 1

Inde et Australie 17 » 3 2 1

Tolanx 6fÔ 4Ô6 23Ï 643 33Î*

nous avions trouvé 59 pour les terres arables, et C.5 pour les prés : c'est peut-être plus exact.

f L'hectolitre de froment pèse environ 75 kilo^r., les autres j^^rains 10 à 15 kilogr. de moins.

2 Et 7 millions d'hectolitres de sarrasin.

' Une faible quantité.

* On ne doit pas additionner les différentes sortes ds grains, car les

Ces chiffres ne peuvent être en général, qu'approximatifs, ils ne comprennent pas les menus grains, les marrons, le riz surtout, qui est, comme on sait, le principal aliment de plusieurs centaines de millions d'Asiatiques.

On aura remarqué le grand nombre de pays importateurs; nous renvoyons pour les chiffres, — qui varient d'une année à Tautre, selon l'abondance des récoltes indigènes, des prix et autres circonstances, — aux tableaux des douanes de chaque pays. Mais le fait, que la plupart des pays de TEurope importent du blé, n'en est pas moins très grave, et, à un moment donné, ce fait pourra dominer la politique. C'est une raison pour étudier de près, dans chaque pays, les conditions de la production, conditions qu'on réunit quelquefois sous l'expression générale d'économie rurale. Le nombre des cultivateurs, comparé à l'ensemble de la population ; la distribution des propriétés et des cultures en grandes, moyennes et petites; le nombre proportionnel des ouvriers agricoles; l'emploi des machines perfectionnées; la diffusion de l'instruction agricole; l'abondance des capitaux, sont des données c^uMl faut relever et élaborer pour éclairer ces questions, afln de voir s'il y a possibilité d'accroître la production.

La résultante de toutes les conditions de la production est exprimée par les prix. Le relevé en est généralement fait avec soin dans les différents pays, et nous avons pu en donner des séries dans noire Statistique de la France (t.II,p.48et50). Ou y verra, par exemple, que la fameuse loi de Ring ne s'applique plus à notre époque, et de plus que le prix du blé ne hausse d'une manière sérieuse qu'après deux mau-

uns sont consommés par les hommes, les autres par les animaux : un hectolitre de froment et un hectolitre d'avoine n'en font pas deux.

vaises récoltes successives. Nous avons donné sur ce point un tableau que nous allons reproduire :

MILLIONS DHBGTOLITBBS PriX n07«ll

■ ^ agricole'

Prodaellon totale Moyeane pir

do Froment. par habitant. bcelolitre.

Moyenne do 1841 à 18U 74.7 2.16 19.68

Annéel845 73.0 f.OO 22.05

Moyenne de 1847-50 91.1 2.61 15.94

Année 1866 81.1 2.23 24.10

Après la guerre, nous trouvons comme production totale 69 millions en 1871, 120 en 1872, 82 en 1873, 133 en 1874, et les prix agricoles de 23 fr. 45; 24 fr. 82; 23 fr. 07, etc.

On sait que le prix du blé exerce une influence si sensible qu on le compare volontiers avec les naissances, les mariages et les décès, avec le nombre des crimes, le montant des épargnes, le cours de la rente, etc. Toutefois, le blé n'est pas le seul aliment en Europe; de sorte qu*une récolte de céréales manquée n'y produit pas des effets aussi pernicieux que le ferait, par exemple, une mauvaise récolte de riz en Chine ou dans Tlnde : les médecins sont d ailleurs d*accord avec les économistes et avec les agronomes pour recommander de varier les cultures.

Nous passerons sur la production du vin et sur celle de tant d*autres végétaux utiles, pour nous arrêter un moment sur la statistique du bétail, en ajoutant celle des chevaux :

* L'année agricole, qai va d'une récolte à Tautre, commence le 1" août, et finit le 31 juillet suivant.

France (1872)

Royaome-Uni (1876)

Belgique (1866)

Pays-Bas (1874)

Danemark ( 1874)

Snède (1874)

Nor?ége (1875)

Allemagne (1873)

Praua (Mule) U87S)

B«Tlèr» (18TS)

Rassie (1872)

Aatriche-Hongrie. . . . (1869)

Saiwe (1876)

Italie (1874)

Espagne (1865)

Portugal (1870)

Grèce (1867)

Roumanie (1866)

Serbie (1866)

ÉUts-Unis (1875)

Che.

Miet

Bêiea

Taux .

à cornet.

h laln*.

Poros.

CbèTrM.

eio

MB

Voici, pour quelques pays des chiffres réels (ou absolus] d*une date plus récente :

ChcTiax.

France 1880.2,848,800

Grande-Bretagne. 1884 1,414,377

Belgiqoe 1880 271,974

Pays-Bas 1881 271,071

Danemark 1881 347,561

Snède 1881 459,093

Norfége 1875 151,903

Allemagne 1883 3,522,545

Pmsse 1883 2,417,367

Antriche 1880 1,463,283

Hongrie 1880 1,819,508

Italie 1881 951,412*

ÊUU-Unis 1881 10,521,554

B8lPaàeerD«.

BêtssàlaiB*.

Porci.

CbèTret.

S'il y avait pour la consommation de la viande, une

I Comme il n'y a de chèvres qu'en Irlande, il est plus exact de prendre pour diviseur la population de l'Irlande seule, on trouve alors 40 par 1,000.

3 L'Allemagne en comptait, en 1873, 24,999,401.

' Y compris les mules. Nous avons dû omettre partout les mules et les ânes.

526 LIVRE lY. — PARTIE APPLIQUÉE OU DÉMOGRAPHIE.

moyenne un peu générale, on pourrait la prendre pour point de départ d'un raisonnement et indiquer, d'une part, les pays qui doivent importer du bétail, et, de l'autre, œux qui doivent en exporter. Mai$ cette moyenne n'existe pas. Tel pays, comme la Grande-Bretagne, qui possède déjà un chiffre de bestiaux assez considérable, en importe plus que d'autres qui en ont bien moins. Les consommations dépendent avant tout de l'aisance des populations, puis des des habitudes et de quelques autres circonstances.

Comme il est absurde d'additionner ensemble des chevaux, des bœufs, des moutons et des porcs, et qu'on désire cependant pouvoir comparer ensemble les divers pays, on est convenu de prendre pour unité commune une mesure un peu vague : une tête de gros bétail. Alors 10 moutons, ou 6 porcs, ou 6 chèvres, ou 2 ânes, sont considérés comme l'équivalent d'une tète de gros bétail , à l'égal d'un cheval ou d'une vache. On réduit par le calcul tous les animaux en tètes de gros bétail, par exemple, en comptant 10 millions de moutons, 6 millions de porcs et 1 million de bœufs, comme faisant ensemble 3 millions de tètes de gros bétail. Au moyen de cette convention, on peut comparer les divers pays. Il vaudrait peut-être mieux employer les poids, mais on ne les connaît pas.

Pour comparer l'ensemble des productions de l'économie rurale, ou l'ensemble des richesses agricoles, il faut les évaluer en argent. La première difficulté à vaincre, c'est d'être complet; la seconde, c'est d'éviter les doubles emplois. Quand on additionne la valeur du produit du bétail, — le lait, par exemple, — avec la valeur des fourrages, on commet un double emploi. Aussi les traités d'économie rurales ne comptent pas le foin destiné à être consommé

dans la ferme au prix du marché voisin , mais à la valeur obtenue par son emploi : s'il a servi à nourrir 6 vaches qui ont produit pour 1,000 francs de lait, le foin est coté 1,000 francs; si Ton a engraissé des bœufs, on crédite son compte de l'excédent de valeur obtenu par l'engraissement. De même, pour le travail des chevaux, c'est le prix de leur travail et la valeur de l'engrais qu'on inscrit.

Mais à quel prix coter les produits? Moreau de Jonnës voulait qu'on indiquât le prix du lieu de production ; c'était ne pas faire preuve d'un grand savoir économique : c'est sur le marché que les prix sont fixés. On vend même souvent du blé au prix — encore inconnu — c du prochain marché de X... X» C'est donc le prix du marché qu'il faut préférer, ou plutôt c'est le seul qui existe. Dans quelques cas, on est même obligé de prendre la moyenne des prix d'un grand nombre de marchés. Toutefois, quand c'est possible, pour établir la valeur totale de la production de tout un pays, on doit commencer par calculer cette valeur par localité, en multipliant le chiffre du produit de la circonscription par le prix du — ou des — marchés les plus voisins.

Mais il est une erreur plus grande à éviter. On aime calculer des moyennes par tête, et, à cet effet, on se contente généralement de multiplier les quantités par les prix en gros , et de diviser la somme produite par le nombre total des habitants. S'il s'agit, par exemple, du blé, on croit avoir trouvé ainsi combien chacun dépense pour son pain. Or, on a omis ici le travail du meunier et celui du boulanger , sans parler des ouvriers accessoires. Pour un pareil calcul, ce n'est pas le prix du blé en gros, mais le prix au détail du pain (du produit achevé et prêt à être consommé) qu'il faut établir. On doit surtout suivre ce principe lors-

qu'on veut dresser le tableau des revenus de rensemble des habitants d*un pays. Pour un pareil travail, l'emploi des prix eu gros diminue toujours le dividende (la valeur totale des produits), sans que le diviseur soit diminué en proportion ; celui-ci est fiie, puisque c'est le chiffre de la population. Pour connaître Tensemble des revenus, en effet, ce qu'il y a encore de moins mauvais et de moins diflScile à faire, c'est de calculer l'ensemble des dépenses'. Ce sont donc les prix au détail qu'il faut employer, parce qu'ils renferment tout ce qui a été payé dans les préparations successives auxquelles les denrées ou marchandises ont été soumises: le prix définitif, réel, est celui que le consommateur paie.

La statistique de Tindustrie laisse encore beaucoup à désirer, surtout relativement aux quantités produites; on est assez bien renseigné sur la production des mines, et même sur celle des fers. On évalue la production du charbon de terre à 136 millions de tonnes (1,000 kil.) en Angleterre, à 47 millions en Âllemargne, à 17 en France, à 15 en Belgique, à 13 en Autriche-Hongrie, à 1,250,000 tonnes en Russie, à 500,000 en Espagne, à 50,000 en Turquie, environ autant en Suède et dans les Pays-Bas, et moitié autant en Portugal. Voilà pour l'Europe. Les États-Unis fournissent actuellement 42 millions de tonnes, le reste de l'Amérique environ 1 million, chiffre que l'Australie commence à dépasser. En Asie , on n'a encore des chiffres un

< C'est dô cette manière seule qu'on arrive pratiquement à un chififre qui peut donner une idée du revenu moyen individuel. Toutefois ce chiffre ne comprendrait pas l'épargne. Les caisses d'épargne, le montant des nouvelles émissions de toutes sortes , ne font pas connaître toute l'épargne; il 8*en faut même de beaucoup; chaque amélioration de Toutillage agricole ou industriel, chaque accumulation de matière premièi^e, etc., etc., est une épargne.

MillUra (U

Tconetd* 1.000 kilof.

STATISTIQUE ÉCONOlirQUE ET SOCIALE. 529

peu positifs que pour Tlnde anglaise : 750,000 tonnes ; mais la Chine et le Japon entreront bientôt sérieusement eu lice.

La production du fer est surtout avancée dans les pays que nous allons indiquer :

Grande-Bretagne

ÉUU-Uni8

Allemagne

France

Boigtqoe

Antriche-Hongrie

Suède

Rasêie

Espagne

Antres pays 566 662

La houille et le fer , puis les tissus, sont les principales grandes industries; mais il en est encore d'autres qui atteignent une importance assez considérable : seulement , les renseignements qu'on possède sur le montant de leurs produits sont très incomplets; souvent on est obligé de se contenter de conjectures, en s*aidant des tableaux de Timportation et de l'exportation. Nous aurons à revenir sur ce sujet un peu plus loin.

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