‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 137 sur 501 · CHAPITRE I. — OPHTHALMIES. 'M · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — OPHTHALMIES. 'M

fébrile .manifeste, on ût une saignée qui fut suivie d'un amendement notable. Or, le sang offrit un caillot dense et résistant, comme le caillot des phlcgmasics, et ce dernier était couvert d'une couenne parfaitement caractérisée.

OPHTHAUIIK PUERPÉRALE OU DES FEMMES EN COUCHES, OPBTHALMIE DES nourrices.— Les cas les plus graves de l'ophthalmie des nouvelles accouchées ont pour source l'inflammation cl la suppuration des veines de l'utérus (phlébite utérine) , et le transport du pus dans la circulation. Un seul œil est habituellement atteint de cette ophthalmite, qui a encore reçu le nom d'ophthalmie phlébitique. Sous l'inflence de la pyémie, l'organe devient rouge et photophobe ; un chémosis phlegmoneux apparaît ; la cornée s'ulcère et se rompt ; les humeurs de l'œil s'écoulent au dehors.

Le genre d'ophthalmite, dont il est ici question, est fort rare. Tous les accoucheurs que Cimier interrogea, sur son degré de fréquence en Belgique , ont été unanimes à reconnaître qu'ils ne l'avaient jamais observée. Sur sept femmes qui en furent atteintes, et pour lesquelles Cunier fut consulté, six succombèrent. Chez toutes, l'œil gauche avait été envahi seul; la malade qui survécut y conserva un très-petit moignon et l'autre globe resta frappé de cboroïdite. Cette dernière femme accoucha à terme ; chez les six autres, il y avait eu avortement du cinquième au huitième mois.

Une seconde forme d'ophthalmie puerpérale consiste dans une simple inflammation de la conjonctive, avec plus ou moins de tendance à l'ophtbalmo-blennorrhée et à l'ophthalmie interne. On prétend qu'on l'a observée chez les femmes qui n'étaient pas en état de nourrir, et même chez celles qui, après avoir allaité quelque temps, avaient cessé brusquement de le faire. Parfois, a-t-on dit, les chambres oculaires se remplissent, partiellement ou en totalité, d'un fluide blanc, semblable au lait, d'où résulte l'abolition de la vue, pendant toute la durée du phénomène. La métastase laiteuse (hypogala) surgirait à diverses reprises, dans le cours de la maladie ; on aurait même constaté l'apparition et la disparition de la collection, suivant que la nourrice ôtait ou rendait le sein à l'enfant. Peu de praticiens adhéreront à ces théories fabuleuses. Nul doute, dans ma pensée, que le prétendu hypogala ne fût un hypolympha, phénomène si commun dans la pratique ophthalmologique.

conclusions. — Il résulte de ces considérations et des détails précédemment exposés que, s'il est permis de différencier les ophthalmies d'après les tissus où elles résident, il y a loin de cette classification anatomique à celle de Beer, qu'on a vainement cherché à populariser parmi nous. Nous ne saurions admettre étiologiquement parlant, une foule de formes, dont la spécificité supposée expose à diagnostiquer et à traiter en conséquence une inflammation scrofuleuse, goutteuse, etc., chez des sujets qui peuvent n'être entachés d'aucun vice constitutionnel. On ne saurait méconnaître qu'il n'y ait un grand nombre de variétés spéciales dophthalm.es, ou égard aux âges, aux professions, aux maladies concertantes, etc. ; mais les deux seules que nous considérions comme émana» <h, ne cause virulente, et conséquemment connue , miment spéciliques, sont ophth*™ granuleuse et l'ophthalmie syphilitique. La première nous montre les granulations typiques, forme toujours ide, te, comme sont identiques les cris-

Wï LIVftB II. — MALADIBB DU OLOBB OCUUIRB.

tallisations d'un grand nombre d'agents décrits par la cliimie. Quant à la seconde, si elle n'est pas constamment caractérisée par des symptômes qui différent de ceux des autres irilis, elle offre néanmoins) dans les données commémoratives, dans les lésions extra-oculaires, dans ses allures et dans les modifications surtout que lui imprime le traitement antivénérien, un cachet spécifique qui ne saurait être méconnu.

Bien que les caractères tracés par Béer n'aient pas, d'après nous, le genre de portée qu'on leur a assignée, il n'en est pas moins vrai qu'ils constituent une ressource de diagnostic des plus précieuses. En précisant avec une telle exactitude les modifications si variées que l'oeil enflammé est susceptible d'offrir, l'ancienne école allemande a bien mérité de l'ophllialmologie. Ce n'est donc pas sur l'existence de ces formes qu'il y a lieu de discuter, mais sur le mode seulement d'en interpréter la valeur. Il faut convenir, d'ailleurs, que si un grand nombre de qualifications indiquées ci-dessus ont été rejetées comme vicieuses, presque rien encore n'a été fait pour les remplacer par d'autres plus satisfaisantes.

Page 1