OPHTHALMIES INTERMITTENTES OU PÉRIODIQUES
On trouve dans les annales de la science un grand nombre d'observations d'ophthalmies, que leurs auteurs qualifient d'intermittentes, parce qu'elles se reproduisent, chez le même individu, à des intervalles plus ou moins longs, mais à accès régulièrement périodiques. Il est facile, en analysant ces faits, d'en expliquer le mécanisme pathologique.
Observation IX. — Un malade qui consulta, en 1833, le docteur Cazenave (de Bordeaux), était attaqué tous les ans d'une conjonctivite, qui, se renouvelant à une époque à peu près fixe depuis le printemps de 1829, durait un mois. Elle était constamment précédée, pendant une quinzaine de jours, d'élancements fort douloureux dans la région oculaire. Comme la phlogose existait au moment où l'on s'adressa au docteur Cazenave, ce praticien se borna à la combattre, en recommandant au malade de revenir l'année d'après, trois semaines environ avant la période présumée de la crise. Il fut exact au rendez-vous. Le sulfate de quinine ayant été administré tous les trois jours d'abord, puis quotidiennement, l'accès ne revint pas, et, grâce aux mêmes précautions, il ne reparut plus les années suivantes.
Observation X. — Dans un autre fait, extrait de la pratique du docteur Szokalski, le type de l'intermittence était de trente jours , et l'afleclion céda de même aux antipériodiques. Telle était, depuis deux années, la périodicité des accès que le malade pouvait en calculer d'avance le retour. Les souffrances étaient horribles , et s'accompagnaient parfois de vomissements. Les yeux étaient alors vivement injectés , larmoyants et pbotophobes.
Observation XI. — Le \% janvier 1857, j'aLélé consulté par un négociant de Vouziers, âgé de quarante ans, et qui avait éprouvé jadis de nombreuses atteintes de rhumatisme. Il accusa d'être en proie depuis une année, et Irès-régulièrement tous les douze jours, à des douleurs qui se montraient tantôt a l'œil droit, tantôt, et le plus souvent, â l'œil gauche; elles s'irradiaient vers le front et la tempe du côté de l'œil compromis, lequel était alors le siège d'un mouvement congestif, avec intolérance de la lumière.
•'Hi LIVRE II. — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.
Telle était l'acuité des accidents que cet homme était contraint de se mettre au lit à une demi-obscurité, et de se priver de nourriture. Au bout de douze heures, la perturbation nerveuse cessait, niais la conjonctive restait rouge et l'œil très-irritable pendant quatre ou cinq jours. Des collyres, des pommades à l'oxyde rouge de mercure un vé- 6Îcatoire au bras avaient été vainement employés.
Comme le consultant avait été sujet pendant plusieurs années à de violentes crises douloureuses dans la région de l'estomac , et que c'était depuis leur disparition radicale qu'avait surgi l'ophlhalmie périodique, je pensai à la métastase d'une névralgie, de nature probablement rhumatique. Je conseillai l'aloès, à prendre tous les cinq jours, des frictions de huit en huit jours derrière les oreilles avec une pommade contenant de l'huile de crolon, et j'insistai surtout sur l'administration quotidienne de pilules de sulfate de quinine et d'extrait de valériane.
Le 30 mars suivant, le malade m'écrivit que, mes prescriptions ayant été régulièrement suivies, les accès ne s'étaient plus reproduits. Ayant eu l'occasion de le revoir en juin 1858, je reçus de lui l'assurance que ses .crises s'étaient évanouies sans retour. Les membres étaient souvent le siège d'une roideur pénible , et la région occipitale était parfois occupée par une douleur déchirante.
Qui ne reconnaît dans ces faits une névralgie de la cinquième paire, qui sollicite, au moment des paroxysmes , la congestion etl'éréthisme de l'organe visuel. La plupart des ophthalmies dites intermittentes sont de ce genre, et ne méritent pas , à vrai dire, de figurer dans le cadre des inflammations oculaires.
Le plus habituellement, les crises se manifestent chaque jour (ophthalmie intermittente quotidienne). Tantôt le sulfate de quinine en triomphe immédiatement, tantôt les accès changent d'allure et ne tardent pas à s'évanouir. Nous avons vu que, dans d'autres circonstances, les paroxysmes étaient séparés par un laps de temps plus long ; c'est d'après cette modification de la périodicité que les ophthalmies ont reçu les qualifications de tierce, quarte, quintane. sextane, octane, quindécirnane, annuelle. Le type annuel, toutefois, me parait ne devoir être accepté qu'avec réserve.
Dans quelques cas, ceux, par exemple, précédemment cités, l'élément nerveux tient sous sa dépendance l'élément sanguin ; dans d'autres, le contraire a lieu. Nous avons dit que la plupart des phlcgmasies indiennes suscitaient des crises douloureuses le soir; mais alors, quelle que soit la périodicité de la perturbation nerveuse, les caractères matériels, les signes primordiaux de l'inflammation n'ont jamais disparu complètement. C'est bien certainement à cette catégorie qu'appartiennent les exemples relatés d'iritis intermittentes.
Parfois, le retour d'oplilhalniies est régulièrement subordonné à celui des époques menstruelles. Tel était le cas d'une de mes malades, âgée de dix-huit ans, et chez qui, depuis deux années, une inflammation oculaire , oflranl les caractères de l'ophtlial mie catarrho-rhtinialismale des Allemands, se manifestait tous les mois, huit jours environ avant la période des règles. Kilo s'exaspérait graduellement , déclinait et disparaissait enfin. L'évolution de ces symptômes exigeait un laps de quinze ou dix-huit jours, de telle sorte que la malade n'en était délivrée-, chaque mois, que durant douze ou quinze jours; ses yeux