CHAPITRE 11. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE
vent être indiquées si la membrane est largement décollée par une suffusion
"^quelques cas très-rares, c'est de l'air qui s'infiltre dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. Ce genre d'emphysème sera décrit avec celui des pau-
pières.
ECCHYMOSE SOUS-CONJONCTIVALE.
caractères anatomiques et physiologiques. -Engendrée par la rupture d un ou de plusieurs des vaisseaux qui rampent à la face antérieure de l'œil , cette forme morbide (hémophthalmie externe) se reconnaît à une plaque d'un rouge foncé, uniforme, dénuée de la présence de vaisseaux isolés. Un observateur exercé distinguera de prime-abord cette disposition anormale de celle qu'offre une inflammation conjonctivale, laquelle, toutefois, peut se compliquer de l'apparition de petites ecchymoses, qui se détachent au milieu de l'injection. Le plus souvent, la plaque est nettement tranchée, la conjonctive, dans le reste de son étendue, conservant habituellement son intégrité physiologique. Dans d'autres cas, la suffusion s'étend à toute la conjonctive scléroticale et s'arrête brusquement aux limites de la cornée qu'elle ne dépasse jamais. Le bourrelet, d'un rouge vineux, susceptible de l'entourer, dans de telles conditions, a reçu le nom de chémosis hématique.
L'infiltration sanguine ne cause généralement aucune douleur. Elle passe successivement du rouge au bleu, du bleu au jaune, et s'évanouit lentement, sans laisser de trace. Ces transformations ne se font pas d'une manière homogène; elles se montrent graduellement, dans des points plus ou moins éloignes les uns des autres, la plaque, pendant le travail de la résolution, étant sujette à des bigarrures variées.
étiologie. — L'hémophthalmie externe peut être traumatique ou spontanée. Ses causes les plus communes sont les contusions, les commotions violentes, la blessure de la conjonctive dans certaines opérations chirurgicales ( ptérygion, cataracte, strabisme, etc. ), les efforts musculaires, Féternument, les toux convulsives. Je l'ai vue déterminée par l'action de porter sur la tête un lourd fardeau. Les vomissements causés par le mal de mer, l'étranglement d'une hernie, une indigestion sont susceptibles de la produire. Comme le docteur Gairdner 1 et d'autres observateurs , je l'ai constatée chez des cholériques. 11 faut considérer l'ecchymose sous-conjonctivale comme une véritable apoplexie oculaire, quand elle se manifeste tout à coup et sans cause connue chez des gens
avances en âge.
traitement.— Les personnes étrangères à la médecine sont très-effrayées de l'apparition du phénomène morbide qui nous occupe ; il n'offre par lui-même
1 Union médicale, année 1849, p. 343.
aucune gravité. Les fomentations glacées sont un bon moyen résolutif, principalement au début de l'accident. On pourra les faire pratiquer encore avec l'eau deCoulard, avec une solution de teiulure d'arnica (une cuillerée à café de celleci pour un verre d'eau froide), et surtout avec un collyre qui m'a très-souvent réussi dans les circonstances de ce genre. 11 se compose d'un gramme de chlorhydrate d'ammoniaque et de 2 grammes de teinture d'arnica pour 60 grammes d'eau. L'infiltration lardc-t-ellc longtemps à s'évanouir, on stimulera l'action des vaisseaux chargés de son absorption par les applications aromatiques et camphrées, et notamment par les vaporisations d'éther. Le malade verse quelques gouttes de ce liquide dans le creux de la main, et tient celle-ci rapprochée de l'œil jusqu'à ce que l'éther soit évaporé. On scarifiera ou l'on excisera la conjonctive, dans les cas où elle est soulevée par un très-fort épanchement trauraatique.
Le traitement ne saurait être purement local, quand les ecchymoses conjonctivales et palpébrales ont été causées par une contusion du crâne (page 35); il sera mis en harmonie avec l'intensité des symptômes. Une hémophthalmie spontanée a-t-elle apparu chez un malade dont le tempérament, les habitudes et surtout l'âge peuvent faire redouter une congestion encéphalique ( page -43), il faudra avoir égard.à cet avertissement et conseiller les purgatifs, les sinapismes, un régime doux, l'exercice, toutes les mesures, en un mot, capables de prévenir un grand désastre.
SECTION VIII