CHAPITRE IÎ. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE
dans son opinion, louto lésion de la cornée et toute cicatrice consécutive; il exemple aussi de recourir à l'emploi des caustiques.
VESICULES . — KYSTES . — TUMEURS HYD ATIQUES .
Je rencontre souvent sur la conjonctive scléroticale des protubérances vésiculeuses contenant un liquide diaphane, de la grosseur environ d'une tête d'épingle, et intimement soudées à la membrane qui les supporte. Une femme, qui m'a récemment consulté, portait trois groupes de ces vésicules aqueuses; elles étaient adossées l'une à l'autre, comme les grains d'un chapelet. Ces tumeurs se déplacent avec la conjonctive sous le corps qui les heurte, et ne reçoivent pas de vaisseaux, des plaques variqueuses, comme les phlyetènes et les pustules caractéristiques de la conjonctivite lymphatique des Allemands. Elles sont en outre souvent éloignées de la cornée , tandis que les phlyetènes et les pustules sont rapprochées du limbe de cette membrane, et touchent même fréquemment à ce dernier. Les vésicules conjonctivales occasionnentà peine un peu de gêne; j'ai vu des sujets qui n'en étaient nullement incommodés et qui en ignoraient même l'existence. Elles se développent sans cause connue. Demours, qui les localise sous l'épithélium de la conjonctive, conseille de les exciser avec les ciseaux combes sur le plat. C'est ce que j'ai fait souvent, et je n'ai jamais constaté de récidive.
Observation XII. — Le 26 avril 1847, madame Bazin se présenta à mes consultations cliniques, portant sur la région scléroticale, vers l'angle externe de l'œil gauche , une tumeur du volume d'un pois, d'un blanc jaunâtre, rénitente, peu mobile et antérieurement sillonnée par des vaisseaux assez nombreux. J'enlevai avec les pinces et les ciseaux de Cooper ce corps, qui me parut être un petit kyste développé dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. Il donna lieu à l'épanchement d'une matière séreuse trouble. Peu de sang coula. Après avoir cautérisé le point d'extirpation avec le nitrate d'argent je conseillai les fomentations réfrigérantes. La malade ne tarda pas à guérir.
Des faits de ce genre, très-exceptionnels, ont été observés par Dupuytren, par Weller et quelques autres chirurgiens. Des kystes hydatiques ont encore été rencontrés sous la conjonctive. M. Sichel, qui en a publié deux cas, a produit les documents suivants ' sur la symptomatologie de ces tumeurs d'un diagnostic parfois épineux: Il n'y aura pas à hésiter sur l'existence d'un cysticerque sous-con jonctival, lorsque la face antérieure de l'œil, vers l'un des angles offre une tu meur couverte par la conjonctive*, protubérançe arrondie, rosée, semi-diaphane au centre, ou l'on constate presque constamment un disque blanchâtre ou jaunâtre. La tache dont il vient d'être question est caractéristique du cysticerque;
1 Iconographie, p. 702.
326 Ul VU K Il, — MALADIES 1)11 (UOBE OCULAIRE.
elle ne manque qu'exceptionnellement *. Plus vascularisée et d'un rouge plus prononcé vim s sa circonférence, la luineur est élastique, bien <pie pourvue d'un peu de dureté ; on peut la déplacer dans une certaine étendue ; elle est soudée a la sclérotique par le point central de sa paroi postérieure. Iji malade n'accuse aucune.douleur; la sensation qu'il éprouve se. borne à un peu de gêne quand les voiles palpébraux se rapprochent l'un de l'autre. Les perceptions visuelles conservent habituellement leur intégrité normale. L'ablation du produit morbide est l'expédient curatif le plus certain et le plus radical.
ŒDÈME SOUS-CONJONCTIVAL.
CARACTÈRES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES. — La Suffusion d'une sérosité pli
ou moins abondante dans le tissu cellulaire sous-conjonctival est rarement bor née à la conjonctive oculaire; très-souvent les paupières prennent part à l'infiltration. A un degré peu élevé , la maladie se présente sous forme d'une sorte d'empâtement élastique ; une infiltration plus copieuse donne lieu à une tuméfaction translucide, à un bourrelet mollasse dépourvu ou peu pourvu de rougeur. 11 s'arrête autour de la cornée encadrée par la tumeur vésiculaire, et il constitue le chémosis séreux.
étiologie. — Rognetta fait observer avec juste raison qu'il y a dès œdèmes sous-conjonctivaux de nature active ou par irritation vasculaire, et d'autres purement passifs. Lorsqu'un certain degré de pblogose , dit-il, s'empare d'un tissu quelconque, du sérum s'épanche entre ses mailles ; une conjonctivite, un érysipèle de la face sont aptes à engendrer de la sorte un œdème à la surface de l'œil. Celui qu'un simple orgelet peut provoquer n'est que le résultat de l'irradiation du travail phlegmasique au tissu cellulaire sous-conjonctival. Le boursouflement œdémateux, d'allure passive, s'observe plus particulièrement chez les sujets lymphatiques, affaiblis, âgés, et chez ceux qui , par suite d'une cause générale, sont en proie à l'anasarque ou à des hydropisies partielles. Quelques œdèmes sous-conjonctivaux reconnaissent pour cause un obstacle à la circulation par une tumeur voisine du globe, comme une orbitocèle.
traitement.— Les considérations qui précèdent indiquent la nature des médications qui s'approprient généralement le mieux à l'œdème sous-conjonctival. Certaines conditions de pblogose militent pour l'application des antiphlogisÉ tiques, qui peuvent êtré parfois utilement associés à quelques topiques astringents; ces derniers suffiront même dans les cas légers. Les stimulants locaux, les aromatiques, sont indiqués dans d'autres circonstances. La compression et, au besoin, quelques mouchetures, cl même l'excision d'un ou deux replis conjonctivaux sont recommandées par Pellier, par presque tous les auteurs, et peu-
* Archives d'ophlhalmologie, t. 11, p. 238.