MALADIES DE LA SCLÉROTIQUE
STAPHYLÔME SCLÉRO-CHOROÏDIEN .
L'une des formes nosologiques précédemment décrites (page 266), désignée par des ophtalmologistes sous le nom de sclérotite, peut aboutir à la production d'une tumeur pourvue de caractères nettement tranchés, protubérance s.tuee sous la conjonctive, à la partie antérieure .lu bulbe visuel : telle est l'altération qualifiée des termes àejtaphylôme de la choroïde, de staphylôme de la sclérotique. Cette dernière expression est surtout inexacte, parce que le tissu sclérotical n est pas seul intéressé dans l'affection, le rôle qui lui est dévolu paraissant même plutôt secondaire. La saillie morbide est le résultat d'une extrusion simultanée de la sclérotique et de la choroïde plus ou moins phlogosées, adhérentes 1 une a l'autre amincies et distendues par les fluides, par des vaisseaux gorgés de san& par toûs les éléments intra- oculaires placés derrière elles. La compression, a laquelle les contractions des cordes motrices soumettent la coque oph.halnnque, doit également avoir une large part dans la production et dans la persistance du genre de tumeurs qui nous occupent, et auxquelles le nom de sterne sclérochoroïdien nous paraît s'approprier avec justesse.
CARACTERES ANATOMIQUES ET PHYSHOLOGIQUES. -Quand la maladie CSt bornée a
une région circonscrite de l'hémisphère antérieur de l'œil, elle apparaît communément à 3 ou I millimètres du limbe kératique, sous forme d une sailli ardoisée ou bleuâtre, ronde, ovale ou irrégulière, et de dimensions qui varient depuis le volume d'une, forte tète d'épingle jusqu'à celui d'un pois ou ,1 un.
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aveline. J'ai vu souvent lu pupille anguleuse et entraînée vers la protubérance, condition facilement explicable par les connexions analoiniqucsqui lient la choroïde à l'iris. Parfois, plusieurs bosselures du même genre sont groupées les unes à côté des autres. La marche de ces tumeurs est d'habitude indolente et s'accomplit avec beaucoup de lenteur. Les désordres, dans quelques circonstances, semblent concentrés dans une région assez limitée de l'hémisphère antérieur de l'organe et n'impriment qu'une médiocre souffrance à l'accomplissement des fonctions visuelles. Dans d'autres cas, une inflammation sourde a gagné l'intérieur du globe, l'iris s'est modiflé dans sa teinte, des exsudats ont envahi le champ pupillaire, la vue est altérée gravement, les douleurs s'irradient dans les ramifications de la cinquième paire; il y a, en un mot, une îndochoroïdite évidente. Si le mal s'accroît , la coque scléroticale contracte une coloration ardoisée, par suite de la. distension qu'elle éprouve et qui permet d'entrevoir la teinte de la choroïde ; les bosselures scléro-choroïdiennes qui existaient augmentent de volume ; d'autres se manifestent ; les brides seléroticales qui les côtoient et les traversent leur fournissent un aspect mamelonné. Fréquemment, en outre, un bourrelet, tantôt incomplet et tantôt complet ou annulaire, bourrelet constitué par des saillies inégales et livides, vient encadrer la cornée (staphylôme du corps ciliaire). La face antérieure de l'œil est sillonnée de vascularités noueuses, tortueuses et gorgées de sang. Déformé et dur, le globe a souvent acquis une telle augmentation de volume, qu'il n'est qu'incomplètement protégé par les paupières. C'est l'ensemble de ces symptômes qui a reçu le nom de cirsophthalmie. L'organe, alors, est perdu sans ressource, bien que continuant longtemps encore à faire souffrir le malade. Celui-ci n'est délivré de ses douleurs que quand le bulbe s'est graduellement atrophié, quand une inflammation plus franche a abouti à la perforation de l'œil et à l'évacuation de ses humeurs, ou quand l'intervention de la chirurgie vient produire artificiellement ce résultat.
Le staphylôme scléro-choroïdien est appelé antérieur, lorsque, localisé sur le devant de l'organe, il est constatable à la vue et au toucher. Il faut , dans certains cas, éloigner les paupières du globe pour le découvrir. Quelques staphylômes sont latéraux. Le staphylôme postérieur, au contraire ( staphylôme rétro-sclérotical, staphylorna posticum), occupe la moitié postérieure de la coque ophlhalmique et se trouve refoulé au fond de la cavité orbitaire. Nous aurons à revenir plus tard sur cette dernière disposition, qui ne pouvait jadis être reconnue qu'à Fautopsie, et à laquelle les ressources ophthalmoscopiques impriment aujourd'hui un grand intérêt.
étiologie. — Les staphylômes scléro-choroïdiens se développent souvent sans cause appréciable. Il est permis d'admettre que toutes les influences capables de solliciter une congestion Vers l'intérieur de l'œil, et surtout vers la choroïde, sont aptes à les faire naître. Les sclérotites primitives ne paraissent en être que rarement le point de départ, sauf néanmoins les cas où la sclérotique a été directement lésée par un corps vulnérant. Le mal, dans de telles conditions, peut être local, et il guérit généralement avec plus de facilité que quand il a sa source dans l'intérieur de l'œil, en admettant, bien entendu, que les parties internes
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de ce dernier n'aient point été sérieusemenl intéressées dans la vulnération.
traitement.— Tant que le staphylôme antérieur est d'un petit volume, on peut en espérer laguérison et obtenir la diminution el même l'aplatissement de la tumeur. Les moyens locaux, doués de quelque énergie, ne seront mis en œuvre qu'en l'absence d'une congestion des parties internes; il y aura donc lieu, dans vm bon nombre de cas, de faire le traitement de la choroïdite. Les principales ressources, destinées à solliciter l'affaissement de la protubérance, ont pour but le développement d'exsudals à sa surface et dans ses racines, produits qui , par leur transformation en fausse membrane, peuvent faire rétracter la tumeur ver, le sein de l'organe : tels sont le laudanum de Sydenham porté sur elle avec un pinceau, et la cautérisation, plus ou moins réitérée, avec une solution concentrée de nitrate d'argent, et même avec la pierre infernale. Jamn cite une observation dans laquelle le beurre d'antimoine détermina la guénson de deux staphylômes qui proéminaient fortement vers l'angle externe. « La première application, dit-il l, diminua, au moins de moitié, le volume des deux tumeurs; la seconde, que je fis huit jours après, les fit disparaître entièrement. Les perceptions se rétablirent parfaitement, de même que la forme naturelle du globe. Il resta, sur la partie qu'occupaient les deux stapbylômes, une tache violette. » Recommandées par d'Àmmon, par Chelius, par Rosenmùller, les ponctions de la protubérance avec une aiguille à cataracte, à large, fer de lance, ou axer le couteau lancéolaire, méritent d'être conseillées, tant pour l'accomplissement de l'indication précédemment énoncée que comme moyen de détente et de de- Koro-ement. Des fluides séreux ou autres se trouvent-ils accumulés vers a base de la tumeur, leur évacuation ne peut que favoriser l'aplatissement désire. L'instrument devra être dirigé vers le centre du corps vitré et éviter le cristallin, de peur que la lésion de ce dernier ne donne lieu à . une cataracte. Une compression bien ménagée sera utile. si le sujet peut la supporter, car, dans les conditions opposées, elle tendrait plutôt a exaspérer le mal.
Une cirsophthalmre enfin rend-elle inapplicables les moyens qui viennent «d'être signalés , deux expédients s'offrent à l'homme de l'art pour délivrer e malade des douleurs auxquelles il est en proie : L l'extirpation du ^globe transformation en un moignon destiné à recevoir un œil artificiel. L extnpat on totale n'est qu'exceptionnellement indiquée; il n'y aurait guère heu d y recourir qne dans des dégénérescences de nature suspecte. Le procède qu emploi M I^clïer ( de Darmstadt ) dans les cas de stapbylômes de la cornée, et que j'ai décrit au tome XX, page 174, des Annales «oculisti^ rendu de gi^ services dans les circonstances qui nous occupent, et m a fourni des tubercules très-résmliers et irréprochables au point de vue de la prothèse,
Manuel opératoire^ malade étant couché et ayant été soumis an dj£ forme , on écarte les paupières l'une de l'autre avec le dda a ; Wden an I fis. 5), puis on pratique, avec lecouteau a staphylôme d< (H VI fig 8 t dan a direction d'un angle à l'autre, une simple — U-ansve'rsaL Pour l'effectuer , l'instrument dont le tranchant est tourne en
i Janin, Mémoires et observations sur tœtt. Lyon et Paris, 1712, p. 401.