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TUMEURS DIVERSES.— DU KÉRATOMË

Quelques autres protubérances, susceptibles de se développer dans la substance cornéale, ont été divisées en plusieurs groupes : kystes, sarcomes, lipomes, excroissances iibro-plastiques, verruqueuses, cornées, cancéreuses, etc. C'est surtout en ce qui concerne cette catégorie de lésions oculaires que nous dirons, avec le professeur .Nélaton, qu'elles sont peut-être les moins connues des anatomo-palbologistes ; il en est peu qui aient donné lieu à une plus grande confusion de langage,' et partant à plus d'erreurs de diagnostic ; des dénominations de tous genres ont été imposées à des altérations mal définies et dont la nature n'avait été que préjugée ou méconnue. Quelques-unes de ces tumeurs ont présenté des poils.

Dans une observation pleine d'intérêt, recueillie par le docteur Foltz dans le service de M. Pétrequin, à l'Hôtcl-Dieu de Lyon1, il s'agit d'un fongus mélanique de la cornée droite, lésion très-rare et dont Travers avait déjà publié un exemple. Le sujet était un homme de trente ans, d'une bonne constitution et d'un tempérament sanguin. L'hémisphère antérieur du globe ayant été extirpé, > on constata les dispositions suivantes. La dégénérescence n'occupe que le champ : de la cornée dont elle comprend toute l'étendue; elle n'en a envahi que les couches superficielles. L'iris, le cristallin sont intacts; la chambre antérieure a une profondeur un peu moindre que dans les conditions habituelles. L'épaisseur du fongus est de 1 centimètre et demi ; de nombreux mamelons sont tassés au milieu d'une trame cellulo-fibreuse, et donnent lieu à une masse pulpeuse qui saigne par la pression, sans offrir de vaisseaux distincts. La matière mélanique, qu'on trouve dans ce tissu, se présente sous forme de granulations bistrées. Les couches antérieures de la cornée ne montrent plus que des débris informes au milieu desquels est déposée la matière mélanique. Lisses en arrière, mais grisâtres et dépourvues de transparence, les couches les plus profondes du miroir n'ont point été atteintes par le mal. Les caractères qui viennent d'être notés sont très-saillants encore, après deux jours de macération de la pièce dans l'alcool.

Constatée par les docteurs Desmarres et Robin 2,- et plus tard par M. Nélaton, une autre espèce de tumeur, qui avait passé inaperçue jusqu'à cette époque, a reçu de la part de ce professeur, le nom de Kératome 8. Voici la description qu'il en donne :

«.Elle débute sur l'un des yeux, à l'âge de la deuxième dentition, chez des

1 Annales d'oculistique, t. XXI, p. 130. ' Gazelle médicale, nnnée 1 85li, p. '287.

» Le mot kératome, que nous proposons, nous paraît justifie par la terminologie usilée dans l'histoire des tumeurs. Le karalome est une affection caractérisée par l'hypergénèse de quelques éléments du tissu cornéen. (Nélaton , Du kératome ou variété peu connue de tumeur de la cornée.— Gazette des hôpitaux, année 4859, p. 209.)

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onfants robustes et nés de parents l)ien portants. Sans cause occasionnelle connue des vaisseaux apparaissent en assez grande abondance sur la sclérotique, et accompagnent une véritable kératite ponctuée, avec ses troubles habituels : pb0lophobie, larmoiement, brouillards, douleurs circumorbilairee, en un mot, tous les signes inséparables d'une inflammation plus ou moins intense, que le chirurgien cherche à combattre par les moyens généralement mis en usage. Contre son attente, la marche n'en est pas entravée, et deux ou trois mois se sont à peine écoulés que déjà ou voit se former dans la chambre antérieure, à l'implantation de l'iris sur la sclérotique, une tumeur bosselée d'un gris noirâtre, et un stapbylôme selérotidienaumême niveau, pendant que la cornée se dépolit, se ramollit, laisse agrandir les taches qui occupent ses couches lamelleuses. Peu à peu, la tumeur intérieure prend l'aspect grisâtre, purulent, la forme oblongue, s'avance au-devant de la pupille qu'elle déforme, finit par masquer complètement l'iris; pendant ce travail, les vaisseaux sclérotidiens deviennent si nombreux, si animés, qu'il y a tout lieu de croire à une inflammation violente de l'iris, de la choroïde, des procès ciliaires, quand l'esprit non prévenu du chirurgien ne suit pas l'enchaînement de cet appareil symptomatique. C'est alors que l'œil commence à s'atrophier; que sous la conjonctive cornéo-scléroticale, soit en dedans soiten dehors, surgit une tumeur jaunâtre, ocreuse, striéede filaments blanchâtres, parcourue par de fins capillaires émanant de la sclérotique. Du volume d'un grain de millet, elle peut passer en quelques semaines à celui d'un pois.

« La production de cette petite masse, coïncidant avec la disparition de l'iris voilé par la tumeur rétro-cornéenne, non moins que la déformation du globe, font supposer que l'on est en présence d'un cancer qu'il faut extirper au plus vite. L'opérateur prudent, et qui désire s'assurer préalablement de l'état des tuniques et des milieux profonds de l'organe de la vision, se contente d'exciser l'hémisphère antérieur, conduite d'ailleurs indiquée et qui ne tarde pas à être 1 couronnée de succès. Une dissection attentive permet alors de découvrir que la tumeur, qui remplit la chambre irido-cornéenne, est aplatie ou repliée, d'un blanc grisâtre, semi-transparente, homogène, luisante, demi-élastique ; qu'elle adhère par un pédicule au tissu de la cornée et de la sclérotique à leur point d'union, et entre en continuité de substance avec la tumeur sous-conjonctivale qui est un peu plus jaunâtre. Si l'on soumet alors à l'examen microscopique des préparations bien faites de la substance morbide, on pourra facilement s'assurer qu'elle est invariablement composée des éléments anatomiques suivants : l°des faisceaux celluleux semblables à ceux de la cornée ; 2° des cytoblastions groupés en abondance au milieu d'une matière amorphe transparente ; 3° des noyaux fibroplastiques; A° des plaques à noyaux multiples ou myéloplaxcs ; 5° enfin l epitbélium de la surface qui compose la membrane de Descemct. » Ou sait, ajoute M. Nélaton, que la cornée contient, à l'état normal, la plupart de ces éléments, y compris les myéloplaxes ; désormais donc, il devient impossible de méconnaître l'analogie et la continuité de substance de cette sorte de tumeurs avec le tissu de la cornée, comme aussi leur indépendance complète par rapport à l'iris et a la rétine. «

Si nous avons cru devoir retracer les caractères assignés à une maladie qui

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