CHAPITRE IV. — MALADIES PE LA CQBNBE
de mes malades, portait à l'œil droit un leucomc qui obstruait tellement la pupille cpie la vision ne pouvait s'exercer que du côte" delà tempe droite. Sous l'influence d'une ophthalmie consécutive à un érysipèlc de la face et qui dura deux mois, la cornée s'ulcéra au siège de l'opacité centrale; peu à peu, celle-ci se résorba partiellement, de telle sorte que les corps présentés de face purent être distingués, presque suivant les conditions normales.
Les sujets, jeunes encore, sont surtout favorablement disposés pour la guérison des taies ; il suffit parfois chez eux de la force absorbante de la partie malade et des propriétés cndosmotiques de la cornée pour provoquer la disparition de ces obstacles. Chez quelques individus, néanmoins, de quarante, de cinquante ans et plus, j'ai obtenu des succès qui ontdépassé mes espérances.
Les remèdes destinés à la curation des taies sont administrés sous forme liquide, sous forme de pommade ou sous forme de poudre. L'on procédera dans leur emploi par transitions graduées et en se conformant à quelques principes que nous nous proposons de formuler, quand les éléments thérapeutiques les plus aptes à être invoqués avec fruit seront connus du lecteur.
Collyres. — Lorsque nous appliquons le borax à la médication des taies , nous le conseillons à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme pour 15 grammes d'eau distillée et 15 ou 20 gouttes de laudanum de Sydenham. Il peut être remplacé par le chlorhydrate d'ammoniaque, l'alun, le sulfate de cuivre, la pierre divine, en quantités toujours plus fortes que s'il s'agissait de combattre une conjonctivite. Scarpa parait avoir une grande confiance dans le collyre azuré (eau saphirine ou eau céleste; page 147) ; d'autres préfèrent le nitrate d'argent à la dose de 5 à 25 centigrammes pour 15 grammes d'eau distillée.
Le sidfate de cadmium a été préconisé contre les taies par Himly , Graefe père, Fronmùller, Lusardi ; nous ne pensons pas que ses propriétés diffèrent beaucoup de celles du sulfate de zinc ou du sulfate de cuivre. Nous en conseillons habituellement de 10 à 15 centigrammes, en solution dans 15 grammes d'eau distillée, avec addition de quelques gouttes de laudanum. Une formule de Rust porte 10 centigrammes de sulfate de cadmium pour eau et teinture d'opium, de chaque A grammes. Une autre de M. J. Ansiaux comprend la dose progressive de 5 à 50 centigrammes de ce sel pour 8 grammes de mucilage de gomme arabique et une semblable quantité de laudanum. M. Ansiaux affirme que des succès nombreux ont couronné cette médication, qu'il considère comme supérieure à la plupart des moyens usités contre les taies. Il ne croit pas que la guérison doive être exclusivement attribuée au laudanum, car, après avoir échoué avec ce dernier seul, il réussit avec la prescription ci-dessus énoncée.
Nous formulons le collyre de Conradi (page 152), au début, avec 12 milligrammes de sublimé pour 15 grammes d'eau distillée et 15 ou 20 gouttes de laudanum. La dose du sel mercuriel peut être plus tard rendue plus forte, être élevée, par exemple, à 5 centigrammes pour la même quantité des autres éléments.
Je conseille souvent contre les obscurcissements de la cornée les instillations d'huile de foie de monte seule ou associée au laudanum ou au camphre. Nous rappellerons à ce sujet que le licl de brochet et celui de barbeau étaient fort en
.RiO 1.IVKI'. II. -MALADIES m (.LOUE OCULAIRE.
vogue contre les taies, dans la pratique des ancien* oculistes : Dom Calmet, qui a commenté la Bible, Scarpa, Lassus 1rs préconisent. Je prescris fréquemment encore et avec succès, contre les opacités produites par l'ophthalmie puriforme des nouveau-nés et contre les taies en général , un mélange à parties égales d'huile de foie de morue et d'huile «le noix. Pellier cite une jeune fille frappée de cécité et qui guérit à la faveur de l'huile de noix. Dans ce moment, ajoutet-ïl, elle se conduit seule et distingue le trou d'une aiguille ; celte infortunée , sans le secours de l'huile de noix, serait peut-être restée toute sa vie aveugle.
Pommades.— Le bojpt, le nitrate d'argent et un grand nombre des agents dont il vient d'être question peuvent entrer encore dans la composition des pommades. Celles qui contiennent de l'oxyde rouge de mercure sont, avec juste raison, le plus habituellement employées (page 466).. Nous prescrivons fréquemment un mélange de précipité rquge et d'axoijge avec quantité suffisante d'huile d'amandes douces, pour obtenir une pommade molle et homogène. Quelques oculistes substituent, dans cette préparation, à l'huile d'amandes douces celle de foie de morue. Dans la série des remèdes applicables à des affections d'une si longue durée, on peut associer à l'oxyde rouge le laudanum de Sydenham, le camphre, l'acétate de plomb cristallisé, le sulfate de zinc, de cuivre, de cadmium, la pierre divine, etc.
Les pommades iodées se sont montrées fort salutaires dans ma pratique, comme dans celle de Middlemore, de Fischer et d'autres oculistes. La dose de l'iodure de potassium est, dans le principe, de 15 centigrammes pour 4 grammes d'axonge; on la porte, peu de temps après, à 20 ou à 25 centigrammes, et l'on peut progressivement arriver cà75 centigrammes. J'associe parfois à la formule une petite quantité de camphre ou de laudanum. Chelius accorde, dans l'espèce, une telle confiance aux pommades iodées, qu'il les prescrit souvent à l'exclusion des autres remèdes. Ce professeur affirme que, sans avoir jamais constaté quelques suites fâcheuses résultant de leur intervention, il a vu disparaître entièrement ou presque entièrement, par leur unique emploi, continué longtemps et même pendant des années, des obscurcissements qu'il regardait, au début, et qui étaient considérés par d'autres médecins comme au-dessus des
ressources de l'art.
Poudres.— On a proposé en insufflations, contre les opacités de la cornée, le verre pilé, l'os de seiche, le charbon, la crème de tartre, le sous-nitrate de bismuth le sublimé corrosif associé à la farine (Van Swieten) et surtout le calomel. Un médecin me disait qu'il avait vu, aivx États-Unis, une femme qui employai! avec succès la poudre de fève de Saint-Ignace. Le sucre, qu'on unit généralement aux substances qui entrent dans la composition de ces poudres , tend a modérer l'énergie de plusieurs d'entre elles. Les malades doivent se garder de se laver les yeux après l'application de ce genre de remèdes.
Nous conseillons quelquefois la poudre d'alun ou de pierre divine associée au sucre candi. Un mélange pulvérulent d'oxyde de zinc et de sucre candi, de chaque 2 grammes, avec addition d'un gramme de gomme arabique, es! un topique fort doux , qui a été publié et recommandé par le Collège de suite de la Saxe.