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CHAPITRE IV. — MALADIES DÉ LA CORNEE

La poudre de Dupuytrcn se compose de parties égales de calomcl , d'oxyde de zinc et de sucre candi. Secondé par un patronage aussi illustre, ce remède a été adopté par un grand nombre de praticiens français. Nous avons entendu dire à Dupuytrcn qu'il l'avait vu dissiper, en quelques semaines, des néphélions légers, et que son usage, longtemps continué, avait triomphé de taies épaisses qui couvraient la pupille entière.

Quand un haut degré de stimulation nous paraît utile, nous unissons l'oxyde rouge de mercure au calomel ou à d'autres substances plus énergiques. Parfois (traitement modifié du docteur Guépin), nous faisons insuffler, pendant cinq ou six jours, entre les paupières, une poudre composée de 30 centigrammes de sulfate de cuivre et de 4 grammes de sucre candi, puis, pendant deux ou trois jours, une autre poudre contenant 50 centigrammes d'iodure de potassium et I - ranimes de sucre, applications qu'on réitère ensuite suivant le même mode.

Autres remèdes. — J'ai vu M. Trousseau conseiller un mélange de 25 centigrammes de précipité blanc et de 5 grammes de mucilage de gomme arabique. Le docteur Hope (de Bàle) dit avoir fait disparaître des opacités étendues et anciennes à l'aide de pommades à l'oxyde noir de cuivre. La dose de ce dernier, au début, est de 5 centigrammes pour 4 grammes d'axonge ; on peut la porter plus tard à 25 et même à 50 centigrammes. Andreae (de Magdebourg) recommande un collyre composé de 5 centigrammes de tartre stibié et de 30 grammes d'eau distillée ; Marc-Antoine Petit considère comme un excellent topique un mélange de 4 grammes de ce sel et de 30 grammes d'huile de noix. Hufeland associe à 8 grammes de cette huile 10 centigrammes de mercure soluble de Hah nemann, Arlt 30 centigrammes de potasse caustique, Graefe père 5 gouttes d'ammoniaque, dont les proportions sont augmentées à mesure que l'œil devient moins irritable. Ces expédients énergiques sont portés sûr les opacités à l'aide d'un pinceau. Himly cite le sous-carbonate dépotasse comme pouvant rendre les services les plus signalés. La dose de ce sel est de 10 ou 15 centigrammes au début, pour 30 grammes d'eau distillée ; on la rend ensuite plus énergique. On peut conseiller encore une pommade composée de 50 à 75 centigrammes de souscarbonate de potasse pour 4 grammes d'axonge, avec addition d'une certaine I quantité de laudanum. Demours préconise beaucoup les bains, à l'aide d'une œillère, dans l'eau de Balarac naturelle ; l'organe doit y rester ouvert pendant 4 ou 5 minutes, parfois pendant 10 minutes, suivant les dimensions de la taie et la tolérance pour ce remède qui ne produit généralement aucune irritation. La composition chimique de l'eau thermale de Balaruc (Hérault) témoigne de son efficacité dans le traitement de quelques affections oculaires. C'est une eau chlorurée sodique qui, d'après de récentes analyses faites par M. Béchamp, professeur de chimie à la faculté de médecine de Montpellier, contient encore une certaine quantité de cuivre.

La scarification ou l'excision des vaisseaux hypertrophiés qui vont aboutir aux opacités keratiques est posée comme règle dans la plupart des traités d'ophthalmologic. Ce n'est qu'avec une grande réserve que nous avons recours à ces moyens si souvent suivis .le la récidive de la vascularisation ; ils offrent des avantages tellement douteux, que Chelius, Lawrence, et beaucoup d'autres oculistes y

,.,vhk u, — MAVADIBS 1") GtOBfi oceuiiu-.. ont compîeîemcnl renoncé. La section des cordes vasculaires, suivant leur longueur, m'a paru, dans quelques cas, utile (page 10'.)).

Nous mentionnerons encore les ] étions multiples des tachas de la çornea,

expédient dont on a singulièrement exagéré la valeur. Quand l'e^uMon esl asL considérable pour donner lieu & ine certaine élévation au-dessus de la superficie du miroir, Demours conseille d'introduire obliquement, dan* quatre ,)U cinq points de l'opacité, l'extrémité d'une lancette wguë ou relie d'un bistouri de même forme, Des laies, dit-il, dans lesquelles l'œil n'apercevait aucune trace de vaisseaux rouges, fournissent du sang par l'effet de ces scarifications, qu'il prescrit, d'ailleurs, de ne pas prodiguer et dans lesquelles la moitié à peine de l'épaisseur de la cornée doit être entamée. Dans la pratique de M Holscher. ces ponctions, effectuées avec le kératotome, paraissent avoir parfois provoqué un processus inllammatoire et résolutif assez prononcé pour que la transparence, ramenée à la périphérie du leucome, l'ait mis en demeure de pratiquer une pupille artificielle. Comme Demours, d'ailleurs, M. Holscher recommande simultanément quelques moyens propres à activer l'absorption et notamment les instillations du laudanum.

Choix des remèdes. Cautérisation des taches. Traitement des opacités métalliques -Le choix des topiques sera calculé de telle sorte que ces modificateurs ne se bornent qu'à produire une certaine excitation dans l'œil. Cette exatalion ne doit pas être trop faible, car elle serait stérile. Toutefois, si elle était convertie en une inflammation durable, l'opacité pourrait s'accroître.

Les agents que nous prescrivons le plus habituellement, dans cette circonstance, sont les instillations du laudanum de Sydenham coupé d'eau dans le pnq. cine, puis pur, remède fort efficace surtout dans les cas de vasculantes keratiques ; le collyre de Conradi ; l'huile de foie de morue ou un mélange de cette huile e d'huile de noix, topiques qui ramollissent les épanchements épais et y suscitent un mouvement très-apte à en seconder l'absorption ; quelques pommades rouges, des pommades iodées, et la poudre de Dupuytren. Si nous avons men honne d'X éléments thérapeutiques, c'est que leur efficacité a été constatée prudes praticiens distingués et que les affections auxquelles fis s adressent s i te 1* ment tenaces, qu'on ne saurait être trop riche en moyens destines a les com- Zto uZ Xn, d'ailleurs, effectuée de temps àautre, des meilleurs topique, e l^avantageise dans l'espèce. Il est de règle de débuter par « irritants pour s'élever graduellement à d'autres plus énergiques. C est d W JW -s l'influence de la médication, la taie se diuse, lorme

les poudres ophthalmiques, et tous 1? reincd, , général! susceptibles de donner lieu à une stimulation " «U appliqués que le soir. Le repos de la mut en seconde 1 action q, s u alors doucement et sans fatigue ; il suit de là que la médication dev, , 1 c t facile, que le malade A adonne nec persévérance. Quelque, topiques , dins pourronl être employés matin et soir. D'autres lois encore on agent énergique, au moment du coucher, et à un autre .noms mitant, au du malade.

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Rien ne seconde, avec autant d'efïieacilé, les eilets locaux de ce genre de pommades, comme des frictions iodées simultanément effectuées sur le front, [es tempes et fa paroi cutanée de la paupière supérieure. Ces mêmes frictions pourront encore être prescrites avec avantage, quand on emploie d'autres remèdes qu'on introduit dans l'œil. Nous ne saurions assez recommander également d'associer aux meilleurs topiques, conseillés contre les taies, les fumigations avec des infusions aromatiques.

Ces ressources ont-elles été impuissantes, l'opacité est-elle trop forte pour qu'elles soient invoquées avec quelques chances de succès, la vision est-elle gravement compromise, il y a lieu de tenter un moyen énergique, pour lequel cependant les malades finissent par montrer une grande tolérance : c'est la cautérisalion avec le nitrate d'argent. 11 résulte d'un bon nombre de faits tirés de ma pratique et de celle de M. Bourrousse de Lafforc 1 que le caustique ne doit point être employé à de longs intervalles; il faut l'appliquer deux, ou trois fois par semaine ; au lieu d'y renoncer au bout d'un ou deux mois, s'il semble ne fournir aucun résultat, il faut persévérer pendant trois ou quatre mois et même davantage. M. Bourrousse pense, avec juste raison, qu'il ne trouve son indication que dans les taches qui sont un produit froid, non enflammé, ayant succédé, depuis un temps plus ou moins long, à des phlegmasies, soit aiguës, soit chroniques. Ce praticien emploie constamment h pierre infernale; parfois, des succès n'ont été obtenus qu'après deux ou trois cents cautérisations. L'observation m'a démontré que les solutions très-chargées d'azotate d'argent pouvaient être substituées avec succès au crayon. Il sera surtout prudent de débuter par elles, quand les yeux sont délicats et enclins aux ophthalmies. Dès que la cornée a subi Taclion du caustique, l'œil sera plongé dans un verre rempli d'eau et prêt à le recevoir. Cette médication m'a souvent conduit à des résultats inespérés. Nul doute qu'elle ne soit destinée à se populariser dans la pratique, quand on en aura apprécié la salutaire influence.

Lorsque les incrustations métalliques sont de petite dimension, Ton réussit souvent à les extraire avec facilité à l'aide d'une aiguille à cataracte. Se présentent-elles en plaques étendues, on a proposé de procéder par abrasion. F. Cunier a même imaginé, pour arriver à ce but, une rugine qui racle la cornée et coupe au besoin, afin de déchirer la fausse membrane formant kyste.

Observation XIV. — Mademoiselle Lacroix, âgée de vingt-trois ans, se présenta, en février 4849, à mes consultations cliniques. Elle était atteinte aux deux yeux de bléphante ciliaire. De plus, les cornées étaient le siège d'opacités nombreuses, de points crétacés d'un blanc mat, les uns isolés, les autres formés en groupes; leur ensemble apportait à l'exercice de la vision une atteinte grave. Comme le centre des cornées était surtout envahi, les pupilles s'étaient dilatées, afin de permettre aux rayons lumineux d'armer plus abondamment au fond des globes. Je diagnostiquai des taches métalliques .Ma conv.ct.on fut entière quand j'appris que, dans le cours d'une kératite, dont mademoiselle Lacroix avait été affectée il y avait quelques mois à Charleville, les yeux avaient été fréquemment bassinés avec une solution d'extrait de Saturne.

« Bourrousse de LatTore, médecin de l'hospice impérial des Quinze-Vingts Des taches de la cornée et des moyens de les faire disparaître. Paris, 4 860.

Remettant a une époque ultérieure les tentatives nécessaires pour l'ablation des collections saturnines, je prescrivis contre la blépharilo ciliaire des pommades à l'oxyde rouge de mercure. Dix mois après, je vis un jour (igurer de nouveau mademoiselle Lacroix au nombre des malades présents dans la salle d'attente de la consultation. J'annonçai aux élèves qui assistaient à la clinique que j'allais leur montrer un fort bel exemple de dépôts métalliques à la cornée ; je leur lis part des principales dispositions qu'ils offraient. Quel fut mon étonnement quand rien de ce que j'avais constaté les premières fois n'existait plus! Les tacbes d'un blanc mat avaient disparu; quelques néphélions subsistaient seuls : la vue avait éprouvé une amélioration très-grande.

Dans l'espèce, il faut admettre que les corps étrangers étaient assez superficiellement placés pour que le larmoiement abondant que provoquèrent les pommades rouges en eût opéré le déebatonnement. On doit tenir compte aussi du mouvement résolutif que lirent naître ces mêmes agents dans les amas lymphatiques épanchés dans les cornées. Ne faut-il pas invoquer enfin la transsudation à travers la substance de la membrane d'une rosée émanant de l'humeur aqueuse, et qui vient se mêler aux larmes? Le refoulement d'arrière en avant, qu'imprime aux collections kératiques celte évaporalion continuelle, ne doit-il pas en seconder l'expulsion?

La rédaction des Annales d'oculistique, qui eut connaissance de cette observation, ne la considéra pas comme aussi exceptionnelle que je l'avais pensé; je m'en félicite au double point de vue de la science et de l'humanité. L'un des rédacteurs de ce journal annonça, à ce sujet, que les faits de guérison des taches métalliques étaient loin d'être rares 2 ; on voit fréquemment, ajoutait-il, de larges dépôts plombiques, récemment fixés dans les cornées, disparaître spontanément ou sous l'influence de l'application des pommades ; l'on a plusieurs fois constaté, à la clinique de Cunier, les bons effets presque instantanés, qu'on peut retirer, en pareille occurrence, de l'emploi du collyre à la teinture d'iode.

Abrasion de la cornée. Kératoplaslie. Cornées artificielles de Pellieret du docteur Nussbawm. — La première de ces opérations a pour objet l'ablation avec l'instrument tranchant des cicatrices et des taies incurables qui abolissent la vue. Mentionnée dans le Dictionnaire ophthalmologique de Wenzel et dans quelques anciens traités d'ophthalmologie, elle a de nouveau été tentée, dans ces dernières années, par MM. Malgaigne, Szokalski, Bowman, Gulz, etc. Quelques rares oculistes la préconisent, mais elle est presque universellement bannie du cadre des opérations rationnelles.

M. Malgaigne ayant excisé sur des animaux vivants la moitié de l'épaisseur de la cornée dit avoir obtenu des cicatrices transparentes. Comme, dans sa théorie, les taches de la cornée en occupent le plus habituellement les couches externes, les couches internes restant diaphanes, il y a quelques chances d'enlever avec succès les parties compromises. Ce praticien décrit sur la cornée, avec un petit bistouri ou un couteau à cataracte, une incision circulaire, saisit par son bord supérieur, et à l'aide de pinces à dents de souris très-fines, le lambeau ainsi circonscrit, et le dissèque de haut en bas comme un lambeau cutané. M. Szokalski soumet au chloroforme les enfants et les sujets irritables, écarte les

1 Annales d'oculistique, t. VIII, p. "279; t. X, p. 271. 1 Annales d'oculistique, t. XXIU, p. 176.

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