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ALTÉRATIONS DIVERSES

Plusieurs auteurs, qui ont décrit l'inflammation de la membrane de l'humeur aqueuse, ont noté, parmi les traits qui la caractérisent, la perte de transparence de ce fluide et l'existence de flocons de lymphe plastique, les uns nageant au milieu du liquide, les autres attachés à la face postérieure de la cornée. Bien qu'il me paraisse fort probable que la capsule de Dcscemet ne reste pas étrangère à la constitution des hypolymphas, je regarde comme fort exceptionnelle l'apparition des flocons albumineux précédemment mentionnés; chose semblable, du moins, ne se présente jamais à mon observation.

Le trouble intermittent de l'humeur aqueuse est encore une manifestation pathologique très-rare, mais que des documents, consignés dans les annales de la science, ne permettent pas de révoquer en doute.

OusEnvATioN XXII >. — Au commencement de mars -1757, Janin fui consulté par un homme atteint d'une cécité périodique qui, depuis une année, survenait régulièrement tous les quinze premiers jours de chaque mois; celle époque passée, les yeux revenaient

' Janin, loc. cit., p. 412.

CHAPITRE VI.— MALADIES DES CHAMBRES ÔCUW1RES. 441 à leur éut normal. Janin trouva les deux chambres antérieures obstruées par une matière jaunâtre trop épaisse pour qu'on pût distinguer la coloration de 1 iris et la pup.lle; chose remarquable, la conjonctive était à peine phlogosée. et il y avatt absence complète de douleurs. Un collyre résolutif et quelques purgations n'amenèrent aucun résultat ; les yeux ne s'éclaircirenl que vers le \ 5 mars. La cécité s'élant manifestée de nouveau le <l " avril, Janin constata les mêmes phénomènes ; mais cette fois la v1Sion se rétablit le huitième jour, sous l'influence d'un collyre spiritueux, d'un vésicatoire dernere chaque oreille et de pilules minoralives. Le malade ayant cessé tout tra.tement, il redevint aveugle le 4« mai ; le vingt-deuxième jour, la cécité durait encore. Plus docile des lors, il prit régulièrement tous les matins 36 grains de quinquina , fit usage de collyres appropriés, porta quatre mois un selon, moyens qui produisirent une guérison complète. En 1761, époque à laquelle Janin le vit pour la dernière fois, il jouissait de la santé la plus parfaite.

Dans un fait du même genre, extrait de la pratique de Richter, il s'agit d'un homme qui devenait aveugle chaque matin, par suite d'un trouble de l'humeur aqueuse. Elle s'éclaircissait dans le courant de la journée et la vue se reconstituait.

M. Frœbelius, qui qualifie ce curieux phénomène d'affection non encore décrite, est plus explicite en ce qui le concerne1. Il n'eut l'occasion de le constater qu'à l'œil gauche, chez des sujets âgés de 40 à 50 ans et qui souffraient d'hémorrhoïdes. Le type de l'intermittence était quotidien, les accès se manifestant vers le milieu de la journée, persistant quelques heures et se dissipant complètement le soir. M. Frœbelius n'a jamais vu les paroxysmes traversés par des accidents inflammatoires ; la conjonctive n'offrait qu'une injection modérée; l'humeur aqueuse était d'un blanc de lait, parfois d'un blanc grisâtre ; elle peut n'être pourvue que d'une teinte louche. La vue est tantôt trouble, tantôt radicalement abolie, les conditions de cette fonction étant généralement en rapport avec celles de l'obstacle. L'auteur ajoute que la maladie dure une semaine ou deux, parfois deux jours seulement, si elle est reconnue et bien traitée dès ses débuts; a- t-elle persisté pendant quelques mois, le pronostic est moins favorable. M. Frœbelius l'attribue à une altération qualitative dans la sécrétion de l'humeur aqueuse, par suite d'une crase du sang, et croit qu'il est probable que le trouble du fluide dépend de la coagulation d'éléments albumineux plus ou moins abondants. Le traitement qu'il prescrit se compose de frictions au voisinage de l'œil avec une pommade iodée, que l'on additionne de camphre ou d'extrait de belladone, d'onctions sur cette même région avec un mélange de parties égales de teinture de noix vomique et do teinture éthéréc de valériane, etc. 11 surveille les conditions des hémorrhoïdes ou du flux hémorrhoïdal et administre à l'intérieur les antipériodiques.

En signalant, il y a quelques années, le fait que relate Janin, je m'exprimais ainsi2 : « Dans cette observation si curieuse à tant de titres, on ne peut dire que l'épancheinent était le résultat d'une irilis, car il n'y avait aucune douleur,

1 Annales d'oculisliqtie, t. XXXVII, p. 277.

aCh. Deval, Chirurgie oculaire. Paris, 1844, p. 284.

et la pupille d'ailleurs n'aurait pas manqué de s'oblitérer sous l'influence de ces apparitions incessantes de phénomènes inflammatoires. Ce n'était pas du pusdans quel point en chercher la source, et comment l'œil anrail-il pu supporter sans altération le séjour longtemps prolongé d'une matière aussi irritante? Ce ne pouvait être qu'une substance douce et fort innocente, comme un produit albumineux; la membrane de Dcsccmct en était très-probablement la source. » Cette proposition est corroborée par l'opinion plus récemment formulée de M. l'rœhelius. Les exemples, d'ailleurs, qui se rattachent à cette singulière anomalie, sont trop rares et trop insuffisamment appréciés«pour que cette question de pathologie puisse être considérée comme jugée en dernier ressort.

Nous mentionnerons encore la présence dans l'humeur aqueuse de paillettes de cholestérinc, susceptibles de donner lieu à des phénomènes de scintillation dont nous parlerons plus tard. Les infusoires. découverts dans les yeux des poissons, des quadrupèdes, et même de l'homme, ont fait penser qu'on y trouverait peut-être une nouvelle explication des mouches volantes. Dans une excursion que fitMaunoir à Neuchàtel avec M. Agassiz, ce dernier lui montra, dans l'humeur aqueuse d'un œil de lotte, qui sortait de l'eau, des diplostomes et des oxyures qui ne le cédaient pas en activité aux anguilles du vinaigre. On a cité quelques faits constatant l'existence du cysticerque dans la chambre antérieure; une ponction effectuée sur la cornée avec le couteau-lance (kératotomie linéaire) doit être recommandée comme la meilleure voie d'en pratiquer l'extraction.

Observation XXIII1. — Chez une femme d'une vingtaine d'aimées, observée par M. de Graefe , et qui offrait depuis dix mois à l'œil droit des symptômes d'irilis , la chambre antérieure était partiellement occupée par une petite ampoule d'un blanc laiteux, légèrement transparente, et pourvue de mouvements particuliers de contraction qui, émanant du fond de la vésicule, se propageaient à ses parties latérales. Il était facile de vérifier, surtout à la loupe, que l'ampoule était munie de plusieurs saillies qui correspondaient aux suçoirs. Adhérant dans un point circonscrit à la région inférieure de la marge pupillaire de l'iris, la vésicule couvrait la presque totalité de la pupille. La vision, qui en était fort gênée, gagnait sensiblement par les instillations mydriatiques.

Le cysticerque extrait offrait les dispositions suivantes : poche ronde, blanchâtre et cependant diaphane, de près de A millimètres de diamètre. Le cou a une longueur de 6 millimètres. Les deux parties dont il se compose sont séparées l'une de l'autre pai un anneau opaque. Au cou se trouve soudée une tête délicate, armée de ses suçoirs et ayant 1 millimètre et demi à peu près de diamètre.

La pièce, conservée dans de l'eau additionnée d'alcool, offrait sa forme et presque sa diaphanéilé primitive, fors de la publication de cette observation.

Un excès d'humeur aqueuse fait bomber la cornée, dans l'hydrophtlialniie antérieure, et parfois alors Ja chambre antérieure acquiert des dimensions trèsconsidérables. Un effet contraire est produit par la diminution de la quantité de ce fluide. M. Bouisson, auteur .d'un remarquable travail sur ce point encore

1 Archiv fiir Ophthalmologie, t. 1, 1" partie, p. -î 53.

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