CHAPITRE VI. — MALADIES DES CHAMBRES OCULAIRES
EPANCIIEMENTS SANGUINS INTRA-OCULAIRES . — DE l'iIYFOHEMA.
Les sufTusions sanguines de la cavité oculaire peuvent avoir lieu dans les chambres, siéger entre les membranes pariétales ou exister dans le corps vitré. Elles sont le plus habituellement déterminées par des lésions traumaliques : contusions, plaies pénétrantes, opération de la cataracte ou de la pupille artificielle et plus particulièrement l'iridodialysis, etc. Elles viennent parfois compliquer le scorbut. Les efforts immodérés du corps, tels que l'action de lever un lourd fardeau, un accouchement laborieux, l'éternument souvent répété, les vomissements, une toux violente, peuvent être considérés comme causes possibles de l'hémophthalmos1. Une jeune fille de six ans, atteinte de coqueluche, perdit tout à coup la vue d'un côté, pendant un paroxysme ; les chambres de l'œil affecté furent trouvées encombrées de sang; [l'organe ne tarda pas à s'élever au double de son volume ordinaire ; les accidents devinrent tels que M. Dugas, chargé de cette malade, jugea à propos d'exciser la cornée et de vider le globe, pour faire porter plus tard un œil artificiel La rupture des vaisseaux de l'iris ou de la choroïde, dans les fortes congestions de ces membranes, est susceptible de produire la lésion qui nous occupe. Chez les jeunes sujets atteints de fongus médullaire de la rétine, j'ai vu survenir des suffusions sanguines, qui se résorbaient plus ou moins rapidement pour se reproduire tôt ou tard. Dans d'autres cas, une extravasation de ce genre s'opère au sein du bulbe, subitement et sans cause appréciable (apoplexie oculaire). Parfois, l'on a constaté cet accident, chez les femmes après la ménopause.
On désigne plus particulièrement sous le nom à'hypohéma ou à'hyphema un épanchement de sang déposé dans la partie déclive de la chambre antérieure. On distingue alors, derrière la portion inférieure de la cornée, une masse rouge qui, comme l'hypopyon, est bornée en haut par une ligne droite et en bas par un segment de cercle. Dans quelques cas, et quand la suffusion surtout est de fraîche date, elle est assez fluide pour se déplacer par les mouvements de la tête et son niveau obéit à l'inclinaison de cette dernière. Dans d'autres circonstances, la collection présente deux couches distinctes : l'une supérieure, liquidel'autre inférieure, concrète et formant caillot. L'épanchement est-il assez abondant pour occuper toute la cavité des chambres, la pupille et l'iris échappent à nos regards et la coloration générale de la cornée devient d'un rouge noirâtre. Des phénomènes d'étranglement plus ou moins sérieux ont été constatés dans de telles conditions.
Les suffusions des chambres sont infiniment moins graves que celles nui ont pour s.ége d'autres régions de l'organe visuel. Quand le sang, qui constitue
• Les termes hémophthalmos et hémophthaîmie sont employés indistinctement par les auteurs pour des.gncr les épanchements hématiques intra ou extra-oculuircs 2 Gazette des hôpitaux, année 1839, p. 63.
l'hypohéma, reste liquide, il se résorbe le plus habituellement avec rapidité sous
l'influence de la reproduction incessante de l'humeur aqueuse; les caillots, par
contre, sont généralement très-réfractaircs. 11 est aussi digne de remarque que
fréquemment l'iris contracte une teinte brunâtre, qui dure longtemps, quand
cette cloison a été en rapport avec une abondante collection sanguine qui s'est
résorbée.
traitement. — Le traitement des épanchements sanguins des chambres cousiste dans l'emploi des anliphlogistiques, des mercuriaux, de l'eau glacée ou de la solution de teinture d'arnica en fomentations, et de l'administration interne du polygala senega (page 124). La lenteur de la résorption peut militer pour l'usage d'applications aromatiques ou étbérées. Dans les cas extrêmes, c'est-àdire si la cornée est refoulée en avant par une collection abondante et si le malade est en proie à des douleurs vives, force est d'ouvrir le miroir et d'entraîner les caillots au dehors. La curette de Daviel et des pinces déliées sont d'un emploi avantageux dans ce dernier but; quant à la ponction, elle sera faite à l'endroit indiqué, pour l'hypopyon et avec le couteau lancéolaire. 11 est bien entendu que la tentative dont il s'agit n'est applicable qu'à la sufl'usion proprement dite et devrait être remplacée par d'autres opérations plus radicales, s'il s'agissait, par exemple, d'un fongus médullaire de la rétine qui pourrait militer pour l'extirpation de l'œil.